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Fratelli tutti, tous frères

🎓 Enseignement

Sœur Michèle · Laudato si' et Fratelli tutti · diffusé en déc. 2020

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En bref : Sœur Michèle ouvre la lecture de la dernière encyclique du pape François, Fratelli tutti, sur la fraternité et l'amitié sociale. Elle en présente l'introduction et le premier chapitre : les sources d'inspiration du pape, le constat des ombres du monde actuel et les chemins d'espoir. C'est une première étape, avant deux ou trois autres émissions pour goûter ce texte.

Bonjour à tous, je suis Sœur Michèle, du Prieuré Saint-Thomas. Dans le cadre de l'émission « Foi, chemin de liberté », j'ai choisi aujourd'hui de vous parler du dernier grand écrit du pape François, Fratelli tutti, « Tous frères », sur la fraternité et l'amitié sociale.

C'est un chemin que nous commençons aujourd'hui ; il nous faudra bien deux ou trois émissions pour goûter ce texte inspirant et nous en nourrir pour notre quotidien. Pour le moment, je ne vous parlerai que de l'introduction et du premier chapitre. Nous avancerons pas à pas. Pour cela, je m'aiderai de l'introduction à cette lettre, écrite par Grégoire Catta, jésuite, mais aussi je citerai souvent le pape lui-même.

Constituer un « nous »

Vous vous souvenez que, dans l'encyclique précédente, le pape François attirait notre attention sur l'urgence du soin apporté à notre maison commune. Dans Fratelli tutti, il invite à constituer un « nous » qui habite cette maison commune. Le chemin pour construire ce « nous », c'est celui d'une fraternité universelle qui permet de reconnaître, de valoriser et d'aimer chaque personne, indépendamment de la proximité physique, peu importe où elle est née, où elle habite. Fraternité va de pair avec amitié sociale : ce sont comme deux pôles inséparables.

En fait, dans Fratelli tutti, le pape rassemble ses très nombreuses interventions sur ces sujets depuis le début de son pontificat. Il les rassemble en un document ordonné qui, sans nul doute, fera date dans le magistère social, par son ampleur et sa profondeur, comme Laudato si' également. C'est une véritable feuille de route pour une vie sociale authentiquement humaine, du plan le plus local des relations en famille ou avec les voisins jusqu'au plan le plus global des relations internationales.

Les sources d'inspiration du pape

Je voudrais que cette lecture soit inspirante pour nous. Mais le pape, lui, qu'est-ce qui l'a inspiré ? Il nous le dit. D'abord, la grande figure d'Église dont il a choisi le nom, saint François d'Assise, parce que ce François-là incarne concrètement dans sa vie la fraternité et l'amitié sociale. Saint François, qui se sentait frère du soleil, de la mer et du vent, se savait encore davantage uni à ce qui était de sa propre chair. Il a semé la paix partout et côtoyé les pauvres, les abandonnés, les malades, les marginalisés, les derniers. Saint François n'a pas hésité à aller au-delà des frontières et des barrières de la religion et de la culture pour rencontrer le sultan Malik al-Kamil en Égypte, témoignant ainsi d'une fraternité qui va toujours plus loin.

La deuxième source inspirante pour le pape est celle-ci : sa rencontre personnelle avec le grand imam Ahmad al-Tayeb et le dialogue qu'il a engagé avec lui. La déclaration commune signée à Abou Dabi en 2019 n'était pas un simple acte diplomatique, mais une réflexion faite dans le dialogue et fondée sur un engagement commun.

Nous laisser inspirer, nous aussi

Je vous invite à nous arrêter un moment ici pour nous laisser inspirer, nous aussi. Où le pape trouve-t-il son inspiration ? Je pourrais dire : où trouve-t-il le souffle qui le pousse à inventer un chemin nouveau ? Chez une grande figure d'Église universelle, François d'Assise, et dans son expérience personnelle d'une rencontre concrète avec un homologue religieux, le grand imam Ahmad al-Tayeb.

Ce chemin-là nous est accessible, à nous aussi. Lisons les vies de saints. De plus, le Prieuré Saint-Thomas vous offre, tous les premiers lundis du mois, la rencontre d'une figure d'Église qui est toujours éclairante, qui nous transmet sa manière de vivre de l'Esprit de Dieu. Inscrivez-vous auprès du prieuré : 02 37 83 60 01. Ceci fonctionne même en temps de confinement, par conférence téléphonique.

Ce chemin du pape François nous est aussi accessible par nos rencontres avec des personnes d'autres bords politiques, d'autres religions. Ouvrons de vrais dialogues. Rencontre de figures d'Église et vrais dialogues, nous aussi : Dieu peut nous parler par ces expériences qui marquent nos vies et qui nous envoient sur des chemins nouveaux.

Les rêves et les ombres de notre temps

Dans son encyclique, le pape nous rappelle les rêves qui ont habité nos sociétés ces dernières décennies, tirés des leçons de tant de guerres et d'échecs. Je cite le pape :

Le rêve d'une Europe unie, capable de reconnaître ses racines communes et de se féliciter de la diversité qui l'habite.

Souvenons-nous de la ferme conviction des pères fondateurs de l'Union européenne. Ils ont souhaité un avenir fondé sur la capacité de travailler ensemble afin de dépasser les divisions fortes, profondes de ce temps-là, afin de favoriser la paix et la communion entre tous les peuples du continent.

Souvenons-nous aussi du désir d'une intégration latino-américaine.

Et je poursuis en citant le pape :

Des signes de recul apparaissent. Nationalisme étriqué, exacerbé. S'ouvrir au monde ne s'applique plus qu'à des intérêts économiques. L'économie mondiale impose son modèle culturel unique, et la société mondialisée nous rapproche mais ne nous rend pas frères. Les intérêts individuels s'imposent et affaiblissent la dimension communautaire de l'existence. Les régions et les personnes les plus fragiles deviennent plus vulnérables et dépendantes.

Pour le pape, nous voulons oublier les leçons de l'histoire comme si elles étaient sans valeur. Que signifient aujourd'hui des termes comme liberté, justice, unité, démocratie ? Parce que l'économie mondiale impose son modèle, les peuples oublient leurs traditions et leur âme ; ils perdent leur identité spirituelle, leur consistance morale et, enfin, leur indépendance idéologique, économique et politique. Je cite le pape :

Dans les conflits d'intérêts qui nous opposent les uns aux autres, où gagner devient synonyme de détruire, comment est-il possible de lever la tête pour reconnaître son voisin ou pour se mettre du côté de celui qui est tombé en chemin ?

Dans la tradition de l'enseignement social de l'Église, l'encyclique regarde et fait le constat des tendances du monde actuel qui entravent la promotion de la fraternité universelle : tensions multiples, recul du multilatéralisme, montée des populismes, inégalités, dignité humaine bafouée, prolifération de l'information sans sagesse, mépris des faibles et des pauvres.

Protéger le monde qui nous entoure et nous contient, c'est prendre soin de nous-mêmes. Mais il nous faut constituer un « nous » qui habite la maison commune. Certes, une tragédie mondiale comme la pandémie de Covid-19 a réveillé un moment la conscience que nous constituons une communauté mondiale qui navigue dans le même bateau, où le mal de l'un porte préjudice à tout le monde. Nous nous sommes rappelé que personne ne se sauve tout seul, qu'il n'est possible de se sauver qu'ensemble. Après la crise sanitaire, la pire réaction serait de nous enfoncer davantage dans une fièvre consumériste et dans de nouvelles formes d'autopréservation égoïste.

Les migrations

Le pape poursuit sur les questions migratoires. Dans certains régimes politiques, on soutient que l'arrivée des migrants doit être évitée à tout prix. On affirme aussi que l'aide aux pays pauvres devrait être limitée pour qu'ils touchent le fond et décident de prendre des mesures d'austérité. Mais pourquoi ces gens émigrent-ils ? Beaucoup cherchent à échapper à la guerre, aux persécutions, aux catastrophes naturelles. D'autres sont en quête d'opportunités pour leurs familles.

Voyons-nous que ceux qui émigrent vivent une séparation avec leur environnement d'origine et connaissent souvent un déracinement culturel et religieux ? Réalisons-nous que la fracture concerne aussi les communautés locales, qui perdent leurs éléments les plus vigoureux et les plus entreprenants ? Le pape demande alors que le droit à ne pas émigrer soit reconnu, c'est-à-dire le droit d'être en condition de demeurer sur sa propre terre. Ailleurs, le pape réaffirme qu'une personne et un peuple ne sont féconds que s'ils savent, de manière créative, s'ouvrir aux autres.

Des chemins d'espoir

Malgré ces ombres épaisses, le pape évoque des chemins d'espoir. Dieu continue de répandre des semences de bien dans l'humanité. La pandémie nous a permis de distinguer et de valoriser de nombreux hommes et femmes, compagnons de voyage, qui, dans la peur, ont réagi en offrant leur propre vie. Nous avons pu reconnaître comment nos vies sont tissées et soutenues par des personnes ordinaires qui, sans aucun doute, ont écrit les événements décisifs de notre histoire commune. La liste est longue : médecins, infirmiers et infirmières, employés de supermarché, agents d'entretien, transporteurs, hommes et femmes qui travaillent pour assurer des services essentiels et de sécurité. Oui, nous avons tous compris que personne ne se sauve seul.

Gardons l'espérance. L'espérance est audace : elle sait regarder au-delà du confort personnel, au-delà des petites sécurités et des compensations qui rétrécissent l'horizon, pour s'ouvrir à de grands idéaux qui rendent la vie plus belle et surtout plus digne. Marchons dans cette espérance pour que nos vies puissent être réalisées.

Transcription de l'émission Foi, chemin de liberté, produite et diffusée par Radio Grand Ciel (Chartres). L'écoute reste la référence : épisode original.