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Faire une petite place à l'Esprit de Dieu

🎓 Enseignement · Ex 3, 1-15

Sœur Michèle Marchant · Enseignements et témoignages · diffusé en sept. 2020

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En bref : Sœur Michèle ouvre sa série sur la vie spirituelle en vous invitant à faire place à l'Esprit reçu au baptême. Elle relit l'appel de Moïse au buisson ardent et y contemple la rencontre de deux désirs : celui de Dieu et celui de l'homme. Une manière de vous rappeler qu'être vivant et habité par un désir est le préalable de toute rencontre de Dieu.

Bonjour à tous. Je suis Sœur Michèle, du Prieuré Saint-Thomas. Je viens vous parler de vie spirituelle dans le cadre de l'émission « Foi, chemin de liberté ». Nous nous retrouverons pour quinze petites minutes toutes les trois semaines, autour de mon sujet favori : notre vie spirituelle. Merci à vous de m'accueillir chez vous.

Nous aborderons beaucoup de facettes de la vie spirituelle, puisque la vie spirituelle, c'est toute la vie, vécue en lien avec Dieu, en présence de Dieu, dans l'alliance de notre baptême. Donc pas de vie spirituelle qui ne soit aussi ma vie tout court : pensée, action, décision, temps de prière, travail, célébration chrétienne, amour et amitié, et tension relationnelle.

À mon baptême et à ma confirmation, Dieu m'a donné son Esprit. Alors toute ma vie peut prendre une coloration spirituelle, si je veux bien faire une petite place à l'Esprit de Dieu. Et nous aborderons ces différentes facettes pour voir comment y vivre davantage de l'Esprit de Dieu en moi.

Pour le moment, j'ai juste besoin de croire à cet espace intérieur en moi. Insaisissable et pourtant source de vie, caché et pourtant tout proche, unique comme peut l'être la relation d'un père avec chacun de ses enfants : il les connaît, les aime, les respecte. Il s'agit bien d'une source de vie qui donne sens, goût, parfois joie, parfois tristesse, à ma vie personnelle, à ma vie sociale. Une vie que je désire libre dans l'Esprit. Une vie qui a plaisir à s'inventer avec Dieu créateur. Et ce qu'elle invente avec lui rend gloire à Dieu.

La gloire de Dieu, c'est l'homme vivant, désirant, où vit l'Esprit. La gloire de Dieu, c'est comment mon désir — celui qui me pousse en avant chaque jour, qui me fait envisager de faire ceci ou cela — rejoint celui de Dieu, façonné par le désir de Dieu pour moi.

Je relis avec vous l'appel de Moïse, et je m'inspire du livre d'Isabelle Parmentier. J'appellerai ce texte « l'Alliance », ou « le buisson ardent d'un double désir », dans le livre de l'Exode, au chapitre 3, versets 1 à 12.

Le texte : Exode 3, 1-15

Moïse faisait paître le troupeau de son beau-père Jéthro, prêtre de Madiane. Il mena le troupeau au-delà du désert et parvint à la montagne de Dieu, à l'Horeb. L'ange du Seigneur lui apparut dans une flamme de feu, du milieu du buisson. Il regarda : le buisson était en feu, et le buisson n'était pas dévoré. Moïse dit : « Je vais faire un détour pour voir cette grande vision. Pourquoi le buisson ne brûle-t-il pas ? »

Le Seigneur vit qu'il avait fait un détour pour voir, et Dieu l'appela du milieu du buisson : « Moïse ! Moïse ! » Il dit : « Me voici. » Il dit : « N'approche pas d'ici. Retire tes sandales de tes pieds, car le lieu où tu te tiens est une terre sainte. » Il dit : « Je suis le Dieu de ton père, Dieu d'Abraham, Dieu d'Isaac, Dieu de Jacob. » Moïse se voila la face, car il craignait de regarder Dieu.

Le Seigneur dit : « J'ai vu la misère de mon peuple en Égypte, et je l'ai entendu crier sous les coups de ses chefs de corvée. Oui, je connais ses souffrances. Je suis descendu pour le délivrer de la main des Égyptiens et le faire monter de ce pays vers un bon et vaste pays, vers un pays ruisselant de lait et de miel, vers le lieu du Cananéen, du Hittite, de l'Amorite, du Perizzite, du Hivite et du Jébusite. Et maintenant, puisque le cri des fils d'Israël est venu jusqu'à moi, puisque j'ai vu le poids que les Égyptiens font peser sur eux, va, maintenant : je t'envoie vers le Pharaon. Fais sortir d'Égypte mon peuple, les fils d'Israël. »

Moïse dit à Dieu : « Qui suis-je pour aller vers le Pharaon et faire sortir d'Égypte les fils d'Israël ? » « Je suis avec toi, dit-il. Et voici le signe que c'est moi qui t'ai envoyé : quand tu auras fait sortir le peuple d'Égypte, vous servirez Dieu sur cette montagne. »

Moïse répondit à Dieu : « J'irai donc trouver les fils d'Israël et je leur dirai : “Le Dieu de vos pères m'a envoyé vers vous.” Ils vont me demander quel est son nom. Que leur répondrai-je ? » Dieu dit à Moïse : « Je suis qui je suis. Tu parleras ainsi aux fils d'Israël : “Celui qui m'a envoyé vers vous, c'est Je suis.” » Dieu dit encore à Moïse : « Tu parleras ainsi aux fils d'Israël : “Celui qui m'a envoyé vers vous, c'est le Seigneur, le Dieu de vos pères, le Dieu d'Abraham, le Dieu d'Isaac, le Dieu de Jacob.” C'est là mon nom pour toujours ; c'est par lui que vous ferez mémoire de moi, d'âge en âge. »

Le buisson ardent d'un double désir

Dans ce récit se noue une rencontre décisive entre deux appels : l'appel de Dieu et le cri de Moïse. Que se passe-t-il ? Imaginons une double scène. L'une se passe en bas, au désert ; l'autre, simultanément, a lieu en haut, dans les cieux.

En bas, Moïse garde son troupeau, s'agitant, rongeant son frein. Il n'a pas toujours été berger au désert. Élevé en Égypte à la cour du Pharaon, privilégié par la vie, il a pris peu à peu conscience de la souffrance de ses frères de race et a laissé monter en lui le désir de leur venir en aide. Un jour, il a tué un Égyptien en train de maltraiter un Hébreu, sûr de lui, prêt à prendre la tête d'une rébellion. Moïse pensait mériter la reconnaissance des siens. Il avait pensé les choses tout seul et pris l'initiative. À sa grande surprise, le voilà rejeté, dénoncé, et il doit s'enfuir au désert. Maintenant, il est vraiment seul. Mais il n'oublie rien et il tourne en rond au milieu des moutons. Ce n'est pas possible de ne rien faire. Il faut faire quelque chose. « J'ai vu, j'ai vu la misère de mon peuple. Qui pourra le délivrer ? » Ainsi marmonne Moïse, en bas sur la terre, livré aux remords, enflammé d'un grand désir, navré de son impuissance.

Et là-haut dans le ciel, un autre tourne également en rond et ronge son frein. Comment le Dieu fidèle, le Dieu d'Abraham, d'Isaac et de Jacob, peut-il supporter autant de détresse et d'injustice ? Dieu a vu la misère de son peuple en Égypte. Il a entendu les cris de ses fils captifs sous les fouets des oppresseurs. Il connaît leurs angoisses et s'est résolu à les en délivrer. Mais que faire ? Il faut que quelque chose se passe.

Et que se passe-t-il lorsque le désir de Dieu rejoint le désir de Moïse ? Qu'arrive-t-il, sinon un embrasement de l'un par l'autre, de l'un en l'autre ? Buisson ardent en vérité, qui ne se consume plus. Qui a commencé ? Dieu s'est-il penché sur Moïse ? Ou bien le désir de Moïse s'est-il élevé jusqu'à Dieu ?

Dieu n'est pas inaccessible. Il se rend proche de Moïse. Il est avec Moïse quand Moïse désire pour son peuple la liberté. Dieu vient. Il est chez lui dans le désir de l'homme. Dieu est toujours le Créateur qui suscite la vie et enflamme le cœur, dans le respect infini de la liberté des personnes. Car rien n'est joué, ni pour Moïse, ni pour Dieu, au moment où le buisson s'embrase. Simplement, le contact est établi.

Et devant Dieu, Moïse commence par se prosterner, car il y a le Créateur et sa créature. Moïse, qui rêve au peuple libéré, est à ce moment encore loin de se douter que Dieu pense à lui pour accomplir cette libération. Le dialogue est plein d'humanité entre Dieu et lui. Ce dialogue est à la fois délicat et rude, respectueux et violent de part et d'autre, comme une empoignade. Ni l'un ni l'autre ne lâche prise avant que soit énoncée la promesse qui les liera ensemble. Moïse négocie, comme avait négocié avant lui Abraham. Il consent dans la foi, comme acquiescera plus tard la jeune Marie, toute consentante, confiante à l'annonce de l'ange. Buissons ardents de l'aube nouvelle.

Un seul amour

Il n'y a pas deux désirs, disait le Père Lacordaire : d'un côté le désir de Dieu, de l'autre le désir de l'homme. L'amour de Dieu est l'amour de l'homme. Il n'y a qu'un seul amour.

Quand Dieu s'adresse à Moïse, il prend tout simplement le risque de la relation personnelle. Si Moïse avait refusé, on peut imaginer que Dieu se serait retiré comme il était venu, avec la même foi, le même respect infini pour la liberté de l'homme, en détresse sans doute à cause du peuple captif.

Être un homme vivant, une femme, mû par un désir fort : voilà le préalable à la rencontre de Dieu. Le préalable de toute vie spirituelle.

Transcription de l'émission Foi, chemin de liberté, produite et diffusée par Radio Grand Ciel (Chartres). L'écoute reste la référence : épisode original.