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Le pardon

🎓 Enseignement · Mt 18, 21-22 ; Lc 23, 34

Raymonde Richard · Enseignements et témoignages · diffusé en sept. 2020

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📖 Ce texte à la messe : Lu récemment : Dimanche 13 septembre 2026 · 24ᵉ dim. ordinaire A

En bref : Qu'est-ce que pardonner ? Cette émission vous propose de regarder le pardon comme une manière de restaurer une relation blessée sans faire comme si rien ne s'était passé. De la question de Pierre à la Croix, du sacrement de réconciliation au don de l'origine, vous êtes invités à découvrir un pardon qui ouvre l'avenir et libère de la culpabilité.

Ce qu'est le pardon

Pour cette émission, « Foi, chemin de liberté » propose de regarder ce qu'est le pardon. Il intervient dans les relations humaines lorsqu'il y a eu une rupture. Il s'agit de restaurer une relation et d'espérer qu'un avenir est possible. Lorsque cet avenir paraît brouillé, marqué par une rupture, cela ne veut pas dire qu'on remet les compteurs à zéro, comme s'il n'y avait pas eu de blessure. Mais cela permet d'aller un peu plus loin, de renouveler un espace de vie commune : on peut recommencer après cette blessure.

De ce fait, le pardon ne drape pas l'offensé dans un rôle de victime. Il ne fige pas la relation, il ne fige pas l'offenseur dans son rôle d'offenseur, mais intervient pour rétablir, dans le champ du possible, cette relation.

Pardonner soixante-dix fois sept fois

Bien sûr, le pardon intervient aussi dans les relations entre Dieu et l'homme. Ainsi, Pierre demande à Jésus combien de fois il faut pardonner, et ce nombre lui paraît être d'une grande générosité. Et Jésus répond : non pas sept fois, mais soixante-dix fois sept fois.

C'est-à-dire que le pardon n'est pas à distiller au compte-gouttes, ou avec des conditions suspensives, mais qu'il est une attitude, peut-être une attitude intérieure. Une attitude qui ne cherche pas à tenir compte de la comptabilité des manquements des uns et des autres, une comptabilité qui amène à ressortir, sous forme de reproches violents, le moment venu, ce que l'un ou l'autre n'a pas fait, n'a pas vécu, n'a pas mené comme il convenait.

Et ce n'est pas non plus une attitude qui relève du blindage : « Ce que tu me fais, peu importe, de toute façon, moi je suis au-delà de tout cela. » Je suis blindé, rendu insensible aux injustices, au non-respect, comme si, dans la vie de relation, cette blessure ne comptait pas.

Les fautes doivent être parlées

Il est donc important que ce pardon se situe dans une démarche à reproduire un certain nombre de fois. Si le pardon n'est pas un acte exceptionnel, mais se situe dans une qualité de relation, cela veut dire que les fautes doivent être parlées. L'offensé doit expliquer son ressenti, l'offenseur doit pouvoir l'entendre. Cela exige de chacun une grande confiance dans l'autre.

Au calvaire et au matin de Pâques

Dans l'Évangile, au calvaire, Jésus révèle que c'est le pardon qui est sur le chemin de la miséricorde : « Père, pardonne-leur, car ils ne savent pas ce qu'ils font. » Mais le vendredi saint ne se conclut pas par la réconciliation générale. Il se termine par la mort, par une mise au tombeau. Et cette mort est suivie par une grande journée sans rien, qui laisse les apôtres à leur solitude et les pharisiens à leur sentiment de satisfaction.

Le troisième jour seulement, le Christ apparaît à ses apôtres et il leur montre ses mains et ses pieds. Pas question de faire comme si rien ne s'était passé. Il faut parler autour des blessures et de la mort infligée. Et les apôtres ont à découvrir — et nous aussi nous avons à découvrir — que dans le cœur du Christ, il n'y a pas de désir de vengeance, pas de reproche éternel. Mais le Christ continue de leur faire confiance, de les envoyer.

Et le centre de l'annonce qu'ils ont à faire aux hommes, c'est la rémission des péchés. La mort donnée ne supprime pas la confiance qu'il leur avait faite, et le pardon reçu devient pour eux une mission : ils ont non seulement à l'annoncer, mais à en témoigner. Et la vie de l'Église qu'ils sont chargés de fonder inclut, dès l'origine, le pardon.

C'est intéressant, cette affaire, parce que les évangélistes n'ont pas peur de raconter le triple reniement de Pierre : saint Pierre, le premier pape, a renié trois fois. Et puis, dans les Actes des Apôtres, l'un des deux piliers de l'Église a commencé sa vie en étant un persécuteur de chrétiens. Les premiers chrétiens ne cherchent donc pas à faire tout bien, mais ils témoignent d'une manière d'être qui prend en compte le péché, la mort avec le Christ et le pardon.

Vivre avec le Christ, c'est prendre des risques

Vivre avec le Christ, c'est prendre des risques. Et pardonner, c'est aussi prendre des risques. C'est jouer dans une relation pour ouvrir l'avenir. On ne sait pas, quand on prend la parole pour demander pardon ou pour pardonner, comment cela finira. On ne sait pas comment se vivra le reproche, on ne sait pas comment va se faire l'explication.

Mais dans ces démarches, il y a une prise de parole de celui qui est lésé pour dire son mécontentement, et il laisse un espace pour la réponse de l'autre. Et celui qui est l'offenseur peut reconnaître cette vérité, ne pas minimiser son erreur, son manque de jugement. C'est sur la base de l'échange — reproche, vérité — que la construction d'une relation peut se faire.

Pécheurs pardonnés

Chaque messe, chaque eucharistie commence par un temps où il est demandé de se reconnaître pécheur. Mais on sait bien que, dans la semaine qui suit, chacun retombe dans ses vieilles habitudes : un peu de médisance, un peu d'indifférence, un peu de colère, un peu de désespérance. Bref, le pardon apparaît comme un point de passage obligé, et ça repart.

Pourtant, l'objectif de ce moment est bien de se reconnaître pécheur pardonné, de reconnaître que le monde où nous sommes comporte la violence des structures de péché, comme disait le pape Jean-Paul II. Nous sommes victimes et coupables : violences faites aux pauvres, aux peuples affamés, migrants noyés... la liste est longue. Mais l'œuvre de Dieu qui pardonne, c'est que vous croyiez, nous dit saint Jean, et que nous luttions pour faire vivre nos désirs de joie, de paix, de résurrection.

Je souhaite la vie à tous les hommes. Joseph Wresinski invite à la violence du Dieu de charité, d'amour les uns pour les autres, violence qui vient, et je le cite, « du fait que nous sommes véritablement des hommes et que nous avons pris conscience qu'aucun autre homme ne peut jamais nous être étranger ou ennemi ». C'est à construire, notamment dans ces relations de pardon.

Le sacrement de réconciliation

Du côté du sacrement de réconciliation, avant l'absolution donnée par le prêtre, il est demandé d'exprimer un acte de contrition, qui dit à Dieu : « Je prends la ferme résolution, avec le secours de votre sainte grâce, de ne plus vous offenser et de faire pénitence. » Cette ferme résolution est bien fragile. Elle s'appuie sur le pardon reçu, en s'abandonnant au pardon de Dieu, à sa miséricorde.

Et comme nous sommes tous dans le même bateau, après le pardon demandé et reçu, cela nous rend membres d'un peuple de frères, tous pécheurs pardonnés. Pour témoigner qu'au-delà de la blessure, la vie est reconnue, parlée ; que la vie est plus forte que la mort et que le pardon ouvre un avenir.

Ce qu'entraîne d'être pardonné

Qu'est-ce que cela entraîne, d'être pardonné ? Cette certitude que la faute n'est plus un embarras, un obstacle qui n'autorise pas à vivre, permet de ne pas être envahi de culpabilité. Le pardon reçu, bien sûr, n'a pas supprimé la faute ni son souvenir. Mais le pécheur a trouvé une nouvelle manière d'oser, de parler, d'inventer, de vivre. Il n'a plus à se défendre, ni à défendre son image : il est libéré de ce combat. Sa faute, connue, publique, n'a plus à viser la perfection. Il a découvert qu'un autre, ou d'autres, ont pris sa défense.

Comment remercier, rendre gloire à celui qui a accordé le pardon ? Une manière est de chercher à être guéri, à ne plus recommencer, à être désormais plus charitable, décentré de soi.

On sait bien que les choses se reproduisent. Mais tant que le péché est dans l'ombre, il fait des ravages. Il laisse entendre qu'il doit rester caché, car ce serait un grand dommage qu'il soit mis au jour. Et voilà que c'est l'inverse qui se produit : la faute avouée et pardonnée fait qu'une fois démasqué, Satan a perdu tout pouvoir. Il ne peut plus menacer d'une humiliation, puisque l'image mondaine est perdue et qu'elle est remplacée par celle d'un pauvre qui a remis sa défense à Jésus-Christ. Satan ne peut plus menacer du manque, puisque le pardonné vit désormais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu.

Le don de l'origine

Le passage par le pardon n'est pas à vivre comme un regret faute de mieux, comme s'il y avait une époque antérieure où il n'était pas nécessaire. C'est dès l'origine que le Créateur donne d'une manière parfaite : il pardonne. C'est la surabondance du don, l'excès de bonté du Créateur, que nous éprouvons d'abord, et qui nous fait remonter au don de l'origine.

Il y a à vivre dans le paradis — le nôtre, aujourd'hui — qui est celui de la miséricorde. C'est l'espace du pardon qui fait naître à nouveau. L'homme qui cherche a fondé autrement sa vie, en la recevant d'un amour qui le dynamise, et en se remettant dans les bras de Dieu.

Pour cette réflexion sur le pardon, j'ai utilisé le livre de Bruno Régent sur la vie spirituelle. Bonne semaine à tous.

Transcription de l'émission Foi, chemin de liberté, produite et diffusée par Radio Grand Ciel (Chartres). L'écoute reste la référence : épisode original.