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Hors de l'Église, point de salut

🎓 Enseignement · Jn 15, 5 ; Mt 25, 31-46

Raymonde Richard · Enseignements et témoignages · diffusé en oct. 2020

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📖 Ce texte à la messe : Dimanche 22 novembre 2026 · Notre Seigneur Jésus Christ Roi de l'Univers

En bref : Vous êtes invités à réfléchir à un vieil adage, « hors de l'Église, point de salut », qui touche aujourd'hui bien des familles. En vous appuyant sur l'ouvrage de Bernard Sesboüé, vous en suivez l'histoire, des Pères de l'Église jusqu'à Vatican II. Vous découvrez comment l'Église a peu à peu retourné la formule, jusqu'à se faire elle-même plus modeste et plus prudente.

Bonjour, Raymonde Richard au micro. Pour cette émission « Foi, chemin de liberté », je vous propose de réfléchir sur cet adage : hors de l'Église, pas de salut.

Maintenant, cela concerne une bonne quantité de personnes, d'une part à cause du pluralisme religieux qui existe de par le monde, mais aussi parce que, dans nos vieilles civilisations chrétiennes, dans nos sociétés de chrétienté comme on disait naguère, il y a une progression de l'indifférence religieuse qui est telle que cela peut poser question à ceux qui sont restés dans le giron de l'Église.

Et puis, qui n'a pas dans sa famille un enfant qui a récusé son baptême ? Même dans les familles chrétiennes, on voit des personnes qui ont été baptisées écrire à leurs évêchés respectifs en disant : « Je veux me faire débaptiser. » « Impossible », leur répond-on. Mais tout de même, c'est très nouveau. Et pour les grands-parents, combien d'entre eux souffrent de voir que leurs enfants n'ont pas fait baptiser leurs petits-enfants, qu'ils ont laissé de côté cette appartenance à l'Église ?

Donc, c'est une question qui concerne aussi les chrétiens, ceux qui restent dans le giron de l'Église. C'est une question qui m'intriguait, parce que tous ces gens avec lesquels on partage tant, qui sont nos amis, nos relations, notre famille, ne sont pas dans l'Église. Avec, en plus, récemment, les affaires dans l'Église, la pédocriminalité qui s'y est affichée, et puis les crises d'autoritarisme. Un certain nombre de femmes disent ouvertement : « On n'est pas reconnues. » Et finalement, elles ne font pas la révolution : elles glissent à l'extérieur.

Une bonne raison de se poser la question : est-ce que, hors de l'Église, il n'y a pas de salut ? Je suis allé chercher le livre de Bernard Sesboüé, qui s'intitule justement Hors de l'Église, pas de salut, et j'y ai trouvé des réponses intéressantes.

Les aspects historiques et les autres religions

Tout d'abord, il y a les aspects historiques : d'où vient cette formule ? Et puis on peut se demander comment les autres religions envisagent le salut, le salut des chrétiens, le salut des hommes, puisque toutes les religions imaginent un après-la-mort. Est-ce que cela veut dire que, hors de l'islam, pas de salut ? Hors du bouddhisme, pas de nirvana ?

Le pluralisme et la mondialisation rendent aujourd'hui difficile d'entendre cet adage, d'autant plus que le pape lui-même pousse les chrétiens à sortir, à entrer en dialogue avec les autres religions.

Même au tout début de l'Église s'est posée la question des autres : ceux qui ont existé avant le Christ, ou bien ceux qui ne sont pas de cette Palestine où se développe le christianisme.

Les enjeux de foi

Quels sont les enjeux de foi que pose cet adage ? Un des premiers, c'est ce qu'on appelle l'inerrance du magistère de l'Église. Dans l'Église, le principe veut qu'elle construise son dogme à travers les siècles en cohérence, et qu'elle ne se trompe pas. Or, en affirmant qu'elle possède l'exclusivité du salut, puisque hors de l'Église il n'y a pas de salut, comment aujourd'hui surmonter la difficulté d'accepter un tel adage ?

Le théologien Joseph Ratzinger posait le problème ainsi :

À la conscience moderne, la certitude de la miséricorde divine, même au-delà des frontières de l'Église juridiquement constituée, s'impose avec une telle force élémentaire qu'elle ne peut finalement voir là aucun problème.

Il y a aussi un enjeu pour la foi, puisque cette prétention est en relation avec l'unicité du Christ pour le salut de chacun. Dans l'histoire, cela a entraîné un certain nombre de choix : l'engagement de l'Église en faveur des missions, la limitation de la liberté religieuse, la question de la tolérance et de l'intolérance qui a marqué la société, les guerres de religion, et puis la réflexion sur les chrétiens anonymes — parce qu'on voyait mal des personnes qui menaient une vie exemplaire être hors de l'Église et donc condamnées.

Que dit Jésus ?

La formule que Jean attribue à Jésus reste énigmatique : « Hors de moi, vous ne pouvez rien faire. » Cela renvoie au parallèle « hors de l'Église, pas de salut ». Mais c'est corrigé, puisque dans le texte de Matthieu du jugement dernier, on voit que c'est l'amour pratique des petits qui compte : ceux qui tiennent compte des sans-vêtements, des affamés, des assoiffés, des chercheurs de paix, et qui disent : « Mais qu'avons-nous fait au Christ ? Quand t'avons-nous revêtu ? » Le Christ se révèle à eux incognito, on pourrait dire, et elle est sauve.

L'histoire de la formule

Quelle est l'histoire de cette formulation ? Dans les premiers temps de l'Église, cet adage s'adressait surtout à des chrétiens qui étaient tentés de quitter la grande Église pour de petites Églises hérétiques, ou qui fuyaient les persécutions dont les chrétiens étaient victimes. Il s'agissait pour les Pères de l'époque de dire : « On ne peut l'accepter, donc hors de l'Église, pas de salut. » C'étaient Cyprien et Irénée — Cyprien étant d'ailleurs plus sévère qu'Irénée.

Au cours du Moyen Âge, autour des Xe, XIe, XIIe siècles, on continue. La rupture intervient plus tard, au moment des grandes découvertes, aux XVe et XVIe siècles, parce qu'on découvre alors des populations qui n'avaient pas pu connaître le Christ et l'Église, des continents entiers. Difficile, dès lors, de maintenir une ségrégation aussi violente entre ceux qui sont dans l'Église et ceux qui sont en dehors.

Il y a la Renaissance et la Réforme : là, l'Église a d'autres chats à fouetter, et il y a des gens qui quittent le bateau. Puis vient le concile de Trente, et après lui les Lumières et les philosophes. Au début, on a des frontières mouvantes entre ceux qui veulent une certaine sévérité et ceux qui disent : « Tout de même, ceux qui font le bien, ceux qui font la charité… »

Les philosophes obligent à revoir la copie. Un texte particulièrement révélateur, c'est celui de Rousseau, dans la profession de foi du vicaire savoyard — un bon théologien, finalement :

Quand il serait vrai que l'Évangile est annoncé par toute la terre, qui gagnerait-on ?

La veille du jour que le premier missionnaire est arrivé dans un pays, il y est sûrement mort quelqu'un qui n'a pu l'entendre.

Or, dites-moi ce que nous ferons de ce quelqu'un.

N'y eût-il dans tout l'univers qu'un seul homme à qui l'on n'aurait jamais prêché Jésus-Christ, l'objection serait aussi forte pour ce seul homme que pour le quart du genre humain.

Il pose la question de façon radicale, si j'ose dire. Et l'Église est restée avec ce questionnement, et a essayé de trouver des parades. On a imaginé l'ignorance innocente — celle de ceux qui n'auraient pas pu avoir la connaissance. On a imaginé aussi, pour les enfants qui mouraient avant d'avoir été baptisés et qui de ce fait n'étaient pas dans l'Église, l'expression des limbes : une espèce de frigidaire où on mettait les gens en attente. En attente de quoi, justement ? Exit les limbes, d'ailleurs, depuis.

Le tournant de Vatican II

Puis il y a le tournant. Quelques théologiens, entre la Seconde Guerre mondiale et Vatican II, ont amorcé une réflexion, un virage. Entre l'attitude du début de la période et celle de Vatican II, le virage est à 180 degrés, parce que le concile Vatican II a transformé le discours, non seulement sur les autres religions, mais aussi sur les valeurs présentes dans toute l'humanité. Là, impossible de dire « hors de l'Église, pas de salut », d'autant plus qu'il y a la reconnaissance des autres Églises chrétiennes.

Ce n'est plus l'unique Église de Rome, mais une relation ouverte avec les autres Églises chrétiennes, avec les Églises orthodoxes, avec les protestants. Peu à peu, l'extension se fait, bon an mal an. Et puis il y a les autres religions : on ne peut pas envoyer tout le monde brûler en enfer.

Avec Vatican II, ce sont les perspectives du père de Lubac qui sont confirmées. Il disait : le salut n'est pas la somme de saluts individuels ; il s'adresse aux hommes de manière communautaire, c'est pourquoi il respecte aussi la réalité des groupes religieux.

Quel bilan aujourd'hui ?

Aujourd'hui, l'Église reconnaît ses torts à l'égard des autres, prend mieux conscience que la mission est sa responsabilité, et renonce à employer une formule qui semblait naguère un dogme infaillible. Finalement, la responsabilité ne revient plus à ceux qui sont hors de l'Église, mais à l'Église, qui a le devoir de sortir et d'aller chercher ces chrétiens anonymes — ces personnes qui font la justice et qui, finalement, ne sont pas loin de l'Évangile, voire même le pratiquent.

Dans son ouvrage, le père Sesboüé nous dit :

L'Église est aujourd'hui plus consciente de cette situation antagoniste, et donc plus modeste et plus prudente dans ses affirmations.

Comme la volonté de Vatican II de ne rien définir de manière définitive, entre la vérité irréformable et la reconnaissance de toute la part de contingence et d'histoire, il y a toute une marge. La flexibilité est indispensable, et c'est cette flexibilité qui permet à la structure de subsister dans un monde en mutation. Voilà donc une Église flexible, qui tient compte des hommes.

Revenons à cette parole du pape : « Qui suis-je pour juger ? » C'est peut-être une parole à partager entre tous les chrétiens : qui sommes-nous pour juger les autres ? Ce sera le mot de la fin. À bientôt.

Transcription de l'émission Foi, chemin de liberté, produite et diffusée par Radio Grand Ciel (Chartres). L'écoute reste la référence : épisode original.