Fratelli Tutti, tous frères (3/4)
🎓 Enseignement
Sœur Michèle · Laudato si' et Fratelli tutti · diffusé en janv. 2021
🎧 Écouter sur Radio Grand CielEn bref : Sœur Michèle poursuit sa lecture de l'encyclique Fratelli tutti du pape François. Vous y entendrez une série de passages choisis sur l'amitié qui ouvre le cœur, la fraternité à construire, le service des plus fragiles, la destination commune des biens, l'accueil des migrants et la charité politique. En fin d'épisode, vous verrez en quoi ce message rejoint la spiritualité ignatienne.
Poursuivre la lecture de Fratelli tutti
Bonjour à tous. Sœur Michèle, du Prieuré Saint Thomas, vous parle dans le cadre de l'émission « Foi, chemin de liberté ». Nous poursuivons ensemble notre lecture de Fratelli tutti, tous frères, du pape François. J'ai récolté quelques passages qui vous intéresseront, j'en suis sûre, sur des sujets tellement variés, tellement ouverts.
L'amitié qui ouvre le cœur
Les formes les plus nobles d'amitié résident dans des cœurs qui se laissent compléter. Le fait de constituer un couple ou d'être des amis doit ouvrir nos cœurs à d'autres cercles pour nous rendre capables de sortir de nous-mêmes, de sorte que nous accueillions tout le monde. Ce n'est pas pour rien que de nombreuses petites villes survivant dans des zones désertiques ont une capacité généreuse d'accueil des pèlerins de passage et ont forgé le devoir sacré de l'hospitalité.
Dans l'amour, l'être aimé m'est cher, c'est-à-dire qu'il est estimé d'un grand prix. L'amour implique donc plus qu'une série d'actions bénéfiques : les actions jaillissent d'une union qui fait tendre de plus en plus vers l'autre, le considérant comme précieux, digne, agréable et beau au-delà des apparences physiques ou morales.
Dans un autre paragraphe, le pape poursuit : « De fait, le nombre toujours croissant d'interconnexions et de communications qui enveloppent notre planète rend plus palpable la conscience du partage d'un destin commun entre les nations de la Terre. Je voudrais faire mémoire de ces exilés cachés qui sont traités comme des corps étrangers dans la société, de nombreuses personnes porteuses de handicap, des personnes âgées. »
Je poursuis avec le pape : « Comment regarder l'avenir ? Il n'est pas monochromatique. Il est possible si nous avons le courage de le regarder dans la variété et la diversité de ce que chacun peut apporter. »
Liberté, égalité, fraternité
Puis le pape explique comment il voit ces mots chers aux Français : liberté, égalité, fraternité. La fraternité n'est pas le résultat du respect des libertés individuelles. Que se passe-t-il sans une fraternité cultivée consciemment, sans une volonté de fraternité traduite en éducation à la fraternité, à l'enrichissement mutuel comme valeur ? On n'obtient pas non plus l'égalité en définissant dans l'abstrait que tous les êtres humains sont égaux. L'égalité est le résultat d'une culture consciente et pédagogique de la fraternité universelle, quelque chose de fondamental et d'essentiel à reconnaître pour progresser vers l'amitié sociale et la fraternité universelle.
Tout cela requiert un état présent et actif, ainsi que des institutions de la société civile qui, du fait qu'elles sont vraiment ordonnées d'abord aux personnes et aux biens communs, aillent au-delà de la liberté des mécanismes économiques ou politiques.
Servir, prendre soin de la fragilité
La solidarité se manifeste concrètement dans le service, qui peut prendre des formes très différentes. Servir, c'est en grande partie prendre soin de la fragilité. Servir signifie prendre soin des membres fragiles de nos familles, de notre société, de notre peuple. Le service vise toujours le visage du frère : il touche sa chair, il sent sa proximité et, dans certains cas, même la souffre, et il cherche la promotion du frère.
Lorsque nous parlons de la protection de la maison commune qu'est la planète, nous nous référons à ce minimum de conscience universelle et de sens de sollicitude mutuelle qui peuvent encore subsister chez les personnes. En effet, si quelqu'un a de l'eau en quantité surabondante et que, malgré cela, il la préserve en pensant à l'humanité, c'est qu'il a atteint un haut niveau moral qui lui permet de se transcender lui-même. Cela est merveilleusement humain.
La destination commune des biens
Au sujet de la fonction sociale de la propriété, le pape cite saint Jean Chrysostome, père de l'Église du IVe siècle : « Ne pas faire participer les pauvres à mes propres biens, c'est les voler et leur enlever la vie. Ce ne sont pas nos biens que nous détenons, mais les leurs. »
Et saint Grégoire le Grand, pape à la fin du VIe siècle : « Quand nous donnons aux pauvres les choses qui leur sont nécessaires, nous ne leur donnons pas tant ce qui est à nous que nous leur rendons ce qui est à eux. »
Et saint Jean-Paul II : « La tradition chrétienne n'a jamais reconnu comme absolu ou intouchable le droit à la propriété privée. » Le principe de l'usage commun des biens créés pour tous est le premier principe de tout l'ordre éthico-social.
Je poursuis avec les mots du pape : « Certes, l'activité des entrepreneurs est une vocation noble, orientée à produire de la richesse et à améliorer le monde pour tous. Dieu attend de nous que nous exploitions les capacités qu'il nous a données, et qu'il a rempli l'univers de ses ressources. Mais alors les capacités des entrepreneurs, qui sont un don de Dieu, devraient être clairement ordonnées au développement des autres personnes, notamment par la création de sources de travail diversifiées. »
La conviction concernant la destination commune des biens de la terre doit s'appliquer également au pays, au territoire et à leurs ressources. Comme l'ont enseigné les évêques des États-Unis, il existe des droits fondamentaux qui précèdent toute société, car ils découlent de la dignité inhérente à chaque personne en tant que créature de Dieu. La justice exige que soient reconnus et respectés non seulement les droits individuels, mais aussi les droits des peuples, leurs droits à leur subsistance et à leur progrès, parfois gravement entravés par la pression exercée par la dette extérieure. Retenons cette notion nouvelle, dont nous entendons peu parler : le droit des peuples.
Accueillir les migrants comme un don
Si l'affirmation selon laquelle tous, en tant qu'êtres humains, nous sommes frères et sœurs n'est pas seulement une abstraction, cela nous met en face de défis qui nous obligent à envisager de nouvelles perspectives. Par exemple : augmenter et simplifier l'octroi des visas, adopter des programmes de parrainage, ouvrir des couloirs humanitaires pour des réfugiés, offrir un logement décent, garantir le droit de travailler, protéger les mineurs.
L'arrivée de personnes différentes, provenant d'un autre contexte de vie et de culture, devient un don. Par exemple, la culture des latinos est un fait de valeur et de possibilité qui peut faire beaucoup de bien aux États-Unis. En Argentine, la forte immigration italienne a marqué la culture de la société, et parmi les traits culturels de Buenos Aires, la présence de 200 000 juifs prend un relief important. Les migrants, si on les aide à s'intégrer, sont une bénédiction.
Orient et Occident, une nécessité réciproque
En élargissant le regard, le grand imam Ahmad Al-Tayeb et moi-même avons rappelé que la relation entre Occident et Orient est une indiscutable et réciproque nécessité, qui ne peut pas être substituée ni non plus délaissée, afin que tous les deux puissent s'enrichir réciproquement de la civilisation de l'autre, par l'échange et le dialogue des cultures. L'Occident pourrait trouver dans la civilisation de l'Orient des remèdes pour certaines de ces maladies spirituelles et religieuses causées par la domination du matérialisme. Et l'Orient pourrait trouver dans la civilisation de l'Occident beaucoup d'éléments pour l'aider à se sauver de sa faiblesse, de la division, du conflit et du déclin scientifique, technique et culturel.
Une meilleure politique, la charité politique
L'aide au développement des pays pauvres entraîne la création de richesses pour tous. Une meilleure politique, mise au service du bien commun, est nécessaire pour permettre le développement d'une communauté mondiale capable de réaliser la fraternité à partir des peuples et des nations qui vivent l'amitié sociale. Le XXIe siècle est le théâtre d'un affaiblissement du pouvoir des États nationaux, surtout parce que la dimension économique et financière de caractère transnational a prédominé sur la politique, d'où la nécessité d'organisations internationales.
En conclusion, nous remarquons que voir en l'autre, en tout autre, un frère, une sœur à aimer et à soutenir est non seulement un programme de vie personnelle, mais un programme de société. En ce sens, Fratelli tutti a une tonalité résolument politique. Un individu peut aider une personne dans le besoin ; mais lorsqu'il s'associe à d'autres pour créer des processus sociaux de fraternité et de justice pour tous, il entre dans le champ de la plus grande charité : la charité politique.
Fidèle à la spiritualité ignatienne ?
Et nous, revenons à nos questions de spiritualité ignatienne. Dans ce qu'il proclame, le pape François est-il fidèle à sa spiritualité ignatienne ? Oui, bien sûr, par son sens de l'universel. Choisir l'universel, c'est l'un des critères de choix de notre spiritualité ignatienne.
Merci pour votre écoute, à la prochaine fois.
Transcription de l'émission Foi, chemin de liberté, produite et diffusée par Radio Grand Ciel (Chartres). L'écoute reste la référence : épisode original.