Fratelli Tutti, tous frères (4/4)
📖 Méditation du dimanche · Présentation du Seigneur · Lc 2, 22-40 ; Ps 129 (130), 6
Sœur Michèle · Laudato si' et Fratelli tutti · diffusé en janv. 2021
🎧 Écouter sur Radio Grand Ciel📖 Ce texte à la messe : Dimanche 27 décembre 2026 · La Sainte Famille de Jésus, Marie et Joseph
En bref : Sœur Michèle vous conduit auprès du vieux Siméon, au jour de la Présentation du Seigneur. À l'appui d'un texte du jésuite Claude Flipo, elle vous montre en lui l'espérance en personne. Et elle vous invite à reconnaître, comme lui, la joie que seul Dieu peut donner : ce que saint Ignace nomme la consolation.
Au début du mois de février, le 2, nous célébrons la fête de la Présentation du Seigneur. Dans l'évangile de ce jour apparaît le vieux Siméon. Siméon prend l'enfant Jésus dans ses bras et bénit Dieu, dans les termes que nous connaissons et chantons à l'office de complies :
Maintenant, Seigneur, tu peux me laisser m'en aller dans la paix. Maintenant, Seigneur, tu peux me laisser reposer. Tu peux me laisser m'en aller dans la paix, car mes yeux ont vu le salut que tu prépares à la face des peuples.
Pour vous parler de Siméon, je m'aiderai aujourd'hui d'un écrit de Claude Flipo, jésuite, qui est venu plusieurs fois au Prieuré Saint-Thomas pour donner une retraite.
Siméon, l'espérance en personne
Siméon est là, dans le temple, comme un veilleur, murmurant nuit et jour les paroles du psalmiste : « Mon âme attend plus sûrement le Seigneur qu'un veilleur n'attend l'aurore. » Le vieillard Siméon, dont le nom signifie « Dieu a écouté », personnifie l'attente séculaire d'Israël, tendue depuis Abraham vers l'accomplissement de la promesse. Siméon est la figure de l'espérance, ou, pour mieux dire, l'espérance en personne. Il attendait la consolation d'Israël, et l'Esprit Saint reposait sur lui, dans le chapitre 2 de saint Luc.
La consolation
La consolation, c'est cet exaucement du cœur exilé que les prophètes avaient annoncé au peuple avec tant de force et d'allégresse. La joie du retour à Jérusalem, la gloire de Yahvé venant lui-même rassembler son troupeau dispersé et le conduire avec douceur, tel un berger ses agneaux. Siméon est donc venu au temple, averti divinement qu'il ne verrait pas la mort avant d'avoir vu le Christ du Seigneur. Et voici que ce jour-là, la gloire d'Israël venait à lui sous les traits d'un enfant.
Siméon, qui avait sa vie durant médité la promesse dans un cœur fervent et droit, était monté sur les épaules des prophètes — vous savez, comme les évangélistes dans la cathédrale de Chartres. Aussi était-il nettement en avance sur les autres pour comprendre les choses de l'invisible : il voyait plus loin, plus profond. Aussi, quand ses parents apportèrent le petit enfant Jésus au temple pour le présenter au Seigneur, selon les prescriptions de la loi du Seigneur, Siméon le reçut dans ses bras et bénit Dieu.
Nous pouvons imaginer Siméon qui reçoit dans ses bras, avec une immense tendresse, l'Agneau de Dieu, l'enfant de la promesse. Il accueille avec émotion la gloire d'Israël et la lumière des nations. Mais déjà, il voit en lui l'agneau immolé, celui qui, livré aux mains des hommes, révélera par son innocence les pensées intimes de bien des cœurs. Et c'est ce qu'il dit à Marie : « Et toi-même, une épée te transpercera l'âme. » Tel sera le fils, telle sera la mère : la joie dans la douleur, l'allégresse en butte à la contradiction. Tel est aussi le propre de l'espérance chrétienne, et cela nous intéresse.
Une espérance éprouvée
La petite fille espérance, plus têtue, plus forte que la mort même, dont Péguy disait qu'elle étonnait Dieu lui-même. Et à Chartres, on connaît Péguy. Il peut nous sembler qu'aujourd'hui l'espérance est bien fragile, diluée dans une sorte de morosité généralisée. « Le Fils de l'homme, quand il viendra, trouvera-t-il la foi sur la terre ? » Le monde qui nous entoure, gris, morose, qui cherche son avenir, semble ne plus rien attendre que le fruit décevant de sa propre agitation. Vers quel but courons-nous ?
La figure de Siméon est précieuse. Elle nous rappelle que nous allons vers la promesse, vers la rencontre bienheureuse de celui qui est à l'origine et au terme de l'histoire. Elle nous dit notre mission dans le monde, qui est de veiller.
Veiller
Toute la vocation de Siméon, toute sa raison d'être, fut de tenir haut l'espérance, de voir plus loin, plus profond. N'est-ce pas le propre de l'Église et sa raison d'être ? De tenir haut, de dresser l'espérance dans un monde sans horizon, dont la vue s'arrête à l'apparence des choses. L'Église, communauté de l'espérance, qui célèbre son Seigneur venu dans l'humilité du Serviteur et qui attend son retour dans la gloire, l'Église a, elle aussi, de l'avance pour comprendre les choses de l'invisible et annoncer le monde qui vient, celui qui vient réellement. Telle est sa mission : figurer d'avance parmi les hommes ce temps que le Royaume promet. En travaillant à bâtir une civilisation de l'amour, une civilisation où nous sommes tous frères, dans la joie et dans la douleur, avec Marie, comme la prophétesse Anne qui, servant Dieu nuit et jour dans le jeûne et la prière, survient à cette heure même pour louer le Seigneur et parler de l'enfant à tous ceux qui attendent la délivrance d'Israël.
Le texte : Lc 2, 29-32
Alors Siméon dit :
Maintenant, maître souverain, tu peux laisser s'en aller ton serviteur en paix, selon ta parole, car mes yeux ont vu le salut que tu prépares à la face des peuples : lumière pour éclairer les nations et gloire de ton peuple Israël.
Les complies, prière du soir
Oui, l'Église a inséré ce chant de louange pour l'accomplissement des promesses dans la prière du soir, appelée justement « les complies ». Cette prière du soir nous invite à terminer nos journées par la reconnaissance du don de Dieu : « Aujourd'hui, j'ai vu ton salut. » Heureux celui qui reconnaît ce salut à l'œuvre dans l'aujourd'hui de sa vie, et qui peut alors s'endormir dans la confiance, sûr que Dieu conduira son accomplissement jusqu'à la fin.
Ce que Siméon apprend aux Ignatiens
Et qu'est-ce que Siméon peut bien apprendre aux Ignatiens que nous sommes, ou que nous tâchons d'être ? Siméon n'attend que Dieu. Et Dieu lui donne la joie parfaite, dans l'espérance parfaite. Siméon peut nous apprendre à reconnaître en nous cette joie, la joie que seul Dieu peut donner. Une joie profonde qui nous fait traverser les attentes et la morosité. Une joie qui dure et nous porte vers la vie et la créativité, même en période de pandémie. C'est cela que saint Ignace appelle la consolation.
Transcription de l'émission Foi, chemin de liberté, produite et diffusée par Radio Grand Ciel (Chartres). L'écoute reste la référence : épisode original.