La contemplation pour parvenir à l'amour
🎓 Enseignement · Lc 15, 11-32 ; Jn 21, 15-17 ; Ga 2, 20
Parcours 2 — Comprendre la dynamique ignatienne · diffusé en mars 2021
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En bref : Sœur Michèle vous fait découvrir l'Ad amorem, la « contemplation pour parvenir à l'amour » qui clôt les Exercices spirituels de saint Ignace. Elle vous invite à contempler Dieu qui se donne en toute chose et à lui répondre par votre amour. Une prière de chercheur et de trouveur de Dieu.
Bonjour à tous. C'est Sœur Michèle du Prieuré Saint-Thomas qui vous parle aujourd'hui dans le cadre de l'émission « Foi, chemin de liberté », l'émission de spiritualité ignatienne.
Je voudrais vous parler d'une prière très particulière des Exercices spirituels de saint Ignace, la contemplation pour parvenir à l'amour. Cette prière est reprise dans le chant « Donne-moi seulement de t'aimer » que vous connaissez bien. Les membres de la Communauté Vie Chrétienne reconnaîtront dans mon propos un thème abordé dans leur revue. Cette prière porte aussi un nom latin que certains ont entendu, c'est l'Ad amorem.
Si vous ne connaissez pas cette prière, le mieux, c'est de la prier.
La prière
Prends, Seigneur, et reçois toute ma liberté, ma mémoire, mon intelligence, toute ma volonté, tout ce que j'ai et possède.
Tu me l'as donné, à toi, Seigneur, je le rends.
Tout est à toi, dispose-en selon ton entière volonté.
Donne-moi seulement ton amour et ta grâce, cela me suffit.
Vous trouverez facilement cette prière sur internet, c'est le numéro 234 des Exercices spirituels. C'est plutôt une prière de fin de retraite. Elle est appelée « Contemplation ».
Pourquoi « Contemplation » ?
Pourquoi « Contemplation » ? Parce qu'il s'agit d'abord de contempler Dieu en toutes choses, donc dans la vie. Celui qui prie est un apôtre dans sa vie, dans l'épaisseur du monde, mais dans les pas du Christ, en particulier pendant sa retraite. Comme Paul : ce n'est plus moi qui vis, c'est le Christ qui vit en moi. Cette contemplation pour parvenir à l'amour est la prière d'un chercheur et d'un trouveur de Dieu.
En effet, avant cette prière, saint Ignace propose d'abord de me souvenir de tout le bien reçu de Dieu : ma vie, mes proches, la foi, l'Église, la beauté de la nature, et en particulier sa vie en moi, ce que je lis ou ce que je regarde.
Dans cette attitude d'action de grâce, tant de personnes et de choses deviennent dons de Dieu pour moi. D'un côté, il y a Dieu qui donne. De l'autre, il y a moi, nous. J'accueille le don de Dieu, et je l'accueille tellement bien que j'y réponds. Mais même ma réponse limitée est don de Dieu. Il m'appelle à lui ressembler.
Une relation réciproque
Ce que m'apprend cette prière de l'Ad amorem, c'est cette relation réciproque entre l'aimant et l'aimé, entre Dieu et l'homme. Dieu m'invite à vivre la ressemblance jusqu'à la prétention d'aimer Dieu. On sort là d'un Dieu tout-puissant à sens unique. On est plutôt du côté de la conversation amoureuse.
La retraite m'a préparé à être ce fils, cette fille bien-aimée du Père en tout. Et la danse commence quand l'amour va dans les deux sens.
Regardez l'expérience de Pierre. Après son reniement, après la mort du Christ, lorsqu'il le revoit ressuscité, viennent les trois questions du Christ : Simon, m'aimes-tu ? Là, Simon-Pierre ressuscite dans l'amour de son Seigneur. Alors que tout semblait bloqué, Jésus ressuscité va faire entrer Simon-Pierre dans l'amour de Dieu, dans un amour divin. Là, il va trouver une terre où se donner tout entier.
Mais que n'as-tu pas, Seigneur ? Que puis-je te donner ? Toute ma liberté, ma mémoire, mon intelligence, toute ma volonté, ce que je suis, ce que j'ai et possède. Même cela, tu me l'as donné. Ma réponse au don que Dieu me fait, ça, il ne l'a pas. Car il est amour, et il attend mon amour. Quand le Christ crie « J'ai soif » sur la croix, c'est Dieu qui a soif de ce qu'il n'a pas : ma réponse à son amour.
Chercher Dieu en toute chose
Alors je chercherai en toute chose à trouver Dieu, pour lui répondre par mon amour. C'est l'autre pan de la nouveauté de notre foi chrétienne. Et c'est une grâce en tout : un lieu, une vie, un travail, un gémissement d'enfantement, le printemps qui renaît, ma décision de vivre autrement l'après-Covid, une nouvelle école au Cambodge ou ailleurs, un voyage du pape. Dieu se donne, habite, peine, opère, souffre. Il fait de moi son temple. De lui descendent lumière, eau vive, justice, miséricorde, tout.
Regardez le père et le fils prodigue. Prodigues tous les deux. À la fin du conte, le fils étant parti, le père vient le guetter sur la route. Et après le repentir — le calcul du cadet, la jalousie de l'aîné —, le père répond : ce qui est à moi est à toi. Ce père est engendré par ses fils. Incroyable.
Notre seul travail est de devenir contemplateur de Dieu en tout. Mais si, comme le chante Lynda Lemay, je ne veux pas de visite, boulot et soucis en trop, alors je n'entre pas dans l'amour. Mais je peux contempler Dieu en tout : au travail, en entreprise, en politique, dans les couples, les parents, les familles, en Église, en tout.
Bien sûr, je peux en rester à « il me pompe l'air » ou bien « elle n'est pas drôle, mon Église ». Le Christ aurait pu trouver mieux comme épouse, en effet. Mais Dieu, et même l'Église, et même mon conjoint, sont plus que ce que je vois. Mon conjoint peut être à la fois horripilant et divin, si je suis tourné vers le bien reçu, qui m'ouvre l'esprit et m'aide à consentir au réel.
Et le mal ? Et le manque ?
Vous pouvez me dire que dans cette prière, le mal semble ne pas exister. Et la Covid ? Et les puissants qui ne cherchent qu'à dominer ? Et les organismes supposés pratiquer la charité, où le respect du personnel n'existe pas ? Et les couples et les familles éclatés ? Ignace dit seulement que parvenir à l'amour ne peut venir que si tout en moi cherche à aimer et servir un Dieu qui se donne et veut se donner en tout. L'amour, la ressemblance à Dieu, commence là.
À Gethsémani, le Père et le Fils sont malheureux et manquent de tout. Il leur manque notre réponse d'amour. C'était la nuit de l'amour pour eux. Alors, Dieu, puis-je t'aimer et te servir quand vient le manque ? Boulot introuvable, conjoint introuvable, enfant qui ne vient pas, santé qui se perd. Donne-moi seulement de t'aimer. Reçois tout ce que j'ai, que je possède. C'est toi qui m'as tout donné.
Être quelqu'un de bien, avoir toujours plus, faire toujours plus : là n'est pas le sens, nous dit cette prière. Une seule chose compte : aimer celui qui initie le don d'aimer, l'aider à allumer le feu qu'il lance ici, aujourd'hui, en tout autour de moi. Jésus n'a pas cherché à vivre longtemps. Il a seulement initié la danse de l'amour et du don.
Prière et action
Lorsque le Christ vit en moi et que je vis dans le Christ, alors Dieu m'est visible en toute chose. La prière et l'action se nourrissent l'une l'autre.
D'autres grands spirituels le disent, chacun dans ses mots. Saint Vincent de Paul s'exprime ainsi aux Filles de la Charité, au XVIIe siècle : « Vous quittez l'oraison ou la lecture, ou bien vous perdez le silence pour assister un pauvre. Oh, sachez, mes filles, que faire tout cela, c'est Le servir » — avec un L majuscule, c'est-à-dire servir Dieu. Et il poursuit : « Ce n'est point quitter Dieu que quitter Dieu pour Dieu. »
Et puis, si nous revenons à saint Ignace parlant à ses frères jésuites, des apôtres pour qui seul compte le don sans réserve de leur force aux besoins de l'Église de son temps et des âmes, comme il disait : saint Ignace les engage à trouver Dieu dans le temps même où ils agissent, pour que jamais ne leur soit volé le temps dû à Dieu dans la prière, mais pour que leur activité soit la respiration même de leur amour pour Dieu.
Je vous remercie.
Transcription de l'émission Foi, chemin de liberté, produite et diffusée par Radio Grand Ciel (Chartres). L'écoute reste la référence : épisode original.