Le chemin d'Ignace de Loyola (suite)
🎓 Enseignement
Parcours 2 — Comprendre la dynamique ignatienne · diffusé en déc. 2020
🎧 Écouter sur Radio Grand CielEn bref : Sœur Michèle Marchant vous fait suivre l'évolution des confessions d'Ignace de Loyola, du simple souci de « se mettre en règle » avant la mort à la découverte d'un Dieu qui délivre par pure miséricorde. Elle vous propose ensuite, avec le cardinal Martini, une manière de renouer avec le sacrement du pardon en commençant par l'action de grâce.
Sœur Michèle Marchant, du Prieuré Saint-Thomas, vous parle de vie spirituelle. Bonjour à tous. La dernière fois, nous avons vu comment progresser dans ma vie avec Dieu, comment vivre avec lui, un peu comme les saints l'ont fait. Et je vous ai parlé de la vie spirituelle d'Ignace de Loyola. Je vous ai dit que je vous parlerais ensuite de ses confessions. « Confessions » : le mot devient rare, et pourtant c'est un bon moyen pour progresser. Regardons comment se passent les confessions chez Ignace, puis nous regarderons ce que nous pouvons faire nous-mêmes.
Les confessions d'Ignace : d'abord se mettre en règle
Dès le début de son récit autobiographique, Ignace fait mention d'une confession. Dans Pampelune assiégée, à la veille de l'assaut et selon la tradition de la chevalerie — je cite —, « il se confessa à l'un de ses compagnons d'armes ». Pour Ignace, le salut éternel est plus important que la vie terrestre, et pour y avoir droit, il convient d'avoir, s'il n'a reçu l'absolution, du moins confessé ses péchés. Il s'agit d'abord de confesser : l'acte humain prévaut sur le don de Dieu.
On peut se demander quelles images Ignace se fait de lui-même et de Dieu, puisque, nous le savons bien, notre comportement dépend fortement de notre imaginaire. Ignace apparaît comme un jeune courtisan cherchant à faire carrière, se regardant avec une certaine complaisance et ne semblant avoir avec le ciel que des relations utilitaires. Une image l'intéresse : la sienne. Et la blessure de Pampelune va la mettre à mal. Il ne peut plus être ce qu'il était, et les souffrances inouïes qu'il s'impose pour la conserver montrent bien à quel point il tenait à cette image de lui-même.
Nouvelle confession lorsque, je cite, « les médecins, ayant très peu d'espoir de le sauver, lui conseillent de se confesser ». Par rapport à la confession de Pampelune, la forme change, puisque là il y a un prêtre. Mais le fond reste le même : il s'agit toujours de se mettre en règle. Sans doute Dieu est-il vu comme capable de pardonner, sans quoi il n'y aurait rien à faire, mais à condition que ce soit demandé dans les règles. Nous sommes dans la logique d'une religion fortement ritualisée : puisque les sacrements ont été correctement célébrés, le salut est assuré.
Ignace survit, retrouve progressivement la santé. Il lit la vie du Christ et la Légende dorée, puisqu'il n'y a pas d'autres livres chez lui, et il découvre par là un nouvel horizon. Sa vie n'est que vide, et il en vient à se détester, désirant la pénitence pour elle-même, voulant égaler, voire dépasser en héroïsme les saints qui viennent remplacer dans son imaginaire les chevaliers, héros de ses lectures. De Dieu lui-même, il n'est toujours pas question, même si, racontant cela plus de trente ans après, il reconnaît qu'il était bien à l'œuvre.
Petit à petit, d'autres images se forment en lui. Il se voit bien toujours comme pécheur, mais les pénitences qu'il envisage ont comme but d'être agréables à Dieu et de lui plaire. Il occulte ainsi sa propre réalité et fait de Dieu un être qui prend plaisir à la souffrance des hommes ou à leurs exploits : un peu un dieu prédateur, amateur de sacrifices, combattu par tous les prophètes et par le Christ.
De Montserrat à Manrèse
Cependant, ayant pensé encore plus sérieusement à sa vie passée et à la grande nécessité où il était d'en faire pénitence, la décision du pèlerinage à Jérusalem, forme suprême de pénitence, s'impose à lui, et il quitte Loyola avec cet objectif. Il se rendra d'abord à Montserrat pour y faire une veillée d'armes et revêtir les armes du Christ, en suivant le rituel d'adoubement du chevalier comprenant confession, vêture, veillée, messe. Sa confession, celle-ci, sera, avec l'aide du confesseur, préparée pendant trois jours. Puis, modifiant son projet initial, il obliqua vers Manrèse, où il décida de rester quelques jours, dit-il lui-même.
Ici, nous voyons un changement radical par rapport aux deux confessions précédentes. Les précédentes devaient lui permettre d'échapper à la mort éternelle ; celle-ci est la porte d'une nouvelle vie. Une nouvelle vie qui, cependant, s'avère difficile, accompagnée de tentations, d'alternances de son état intérieur, avec une sorte d'hallucination rémanente : la vision d'une chose extrêmement belle, un serpent.
Les scrupules et le cri vers Dieu
C'est alors aussi que surviennent des scrupules. Que se passe-t-il donc ? Sans comprendre pourquoi, il a l'obscure conscience que sa vie n'est pas vraie. Plus ou moins consciemment, il ressent le besoin de découvrir quel mensonge se trouve en lui et le met dans ce malaise intérieur permanent. Puisqu'il pense en toute bonne foi s'être engagé dans un vrai chemin de sainteté, c'est forcément dans le passé que quelque chose ne va pas, et il doit le retrouver pour l'expier. Dieu prend la figure du débiteur impitoyable de la parabole. Est-ce un hasard, alors qu'à la cour de Juan Velázquez il était employé au service de la délivrance des dettes ?
Il prend alors tous les moyens possibles pour en sortir, mais rien n'y fait. Et son confesseur — car il se confesse fréquemment — ne parvient pas davantage à l'aider. Cela va le conduire jusqu'à la tentation du suicide, ou, plus tard, la tentation d'abandonner la partie. Et voilà qu'il se trouve alors littéralement acculé à s'en remettre à Dieu, ayant enfin reconnu que sa libération ne dépend pas de lui. Ayant fait tout ce qu'il pouvait, il n'arrive à rien. Alors il commence à pousser des cris vers Dieu à haute voix, en disant : « Secours-moi, Seigneur, car je ne trouve aucun remède chez les hommes, ni dans aucune créature. »
Ainsi doit-il poursuivre le chemin qui le convaincra de sa totale impuissance et lui permettra finalement de comprendre que ce n'est pas dans le passé, mais bien dans le présent, dans ce mode de vie héroïque, qu'il est dans le mensonge. Dieu ne désire pas cette vie héroïque, et dans cette vie héroïque il est toujours rempli de lui-même.
La découverte d'un Dieu de miséricorde
Et le Seigneur voulut qu'il s'éveillât comme d'un rêve. La réalité, c'est un Dieu qui délivre du péché par pure miséricorde, gratuitement. Son imaginaire se trouve restauré, il n'a plus à jouer les héros. Et Dieu n'apparaît plus comme le débiteur impitoyable, mais comme celui qui a voulu le délivrer par sa miséricorde. Peut-être est-ce à ce moment que surgit en lui la nécessité, pour l'homme, de respecter Dieu, c'est-à-dire de le regarder tel qu'il se révèle par ses actes, et non tel que nous l'imaginons.
Là se trouve la véritable assise : ce renoncement à ses anciennes images et aux pratiques qui en découlaient — se laisser pousser les cheveux, la barbe, les ongles, parce qu'il en avait été très soucieux dans son passé. Ce renoncement semble lui ouvrir les yeux. Il découvre Dieu tel qu'il veut se révéler : le Dieu Trinité, le Dieu Créateur, le Dieu qui se donne dans l'Eucharistie, le Dieu qui s'incarne en Jésus-Christ.
Enfin, il dit que, alors qu'il se trouve au bord du torrent du Cardoner, les yeux de son entendement commencèrent à s'ouvrir. Il se met alors au pied de la croix pour rendre grâce à Dieu. Ce qu'il aimait tant, à présent, au pied de la croix, il l'identifie clairement comme démoniaque : cette vision d'un serpent. N'est-ce pas un miroir lui renvoyant l'image séduisante qu'il veut, bien qu'il s'en défende, donner de lui-même ? Reflet inconscient du combat que, depuis Loyola, il mène consciemment contre la vaine gloire, et qu'il continuera à mener sans relâche, pour lui comme pour la Compagnie de Jésus, dont il sera le fondateur, et qui pour lui devra toujours rester une petite compagnie.
Si l'on peut, sans anachronisme, parler de réconciliation, c'est bien ici : au-delà des pratiques apparemment pieuses, mais qui sont en fait mauvaises parce qu'elles séparent et divisent l'homme de Dieu, des autres, de soi-même. La grâce de Dieu, en faisant sortir de mon imaginaire, permet de poser des actes symboliques, des actes qui rassemblent dans l'unité l'homme avec lui-même, les autres et Dieu. Voilà ce qu'Ignace a découvert.
Et maintenant, pour nous
Comment nous confesser d'une manière juste ? Je veux dire : demander pardon à Dieu en croyant qu'il est tout amour, miséricorde. Je m'inspirerai d'une suggestion du cardinal Martini, jésuite, ancien archevêque de Milan. Voici, je le cite.
La suggestion du cardinal Martini
Voici une suggestion à ceux qui ont peut-être, à un moment donné, espacé de plus en plus leur confession, sans réussir à bien analyser le pourquoi. Ils sont dans l'incapacité de reprendre cette pratique, à cause d'un certain malaise intérieur. Je voudrais proposer une suggestion, uniquement parce qu'elle m'a été utile, dit le cardinal Martini.
Il me semble qu'il s'agit avant tout d'un dialogue avec un frère qui représente l'Église, donc un prêtre, en qui je vois un représentant direct de Dieu. Un dialogue fait en priant ensemble, dans lequel je me présente tel que je suis, devant l'Église et devant Dieu.
S'il est chaque fois si difficile, si pénible de dire ses péchés, pourquoi ne pas commencer par les bonnes actions ? Seigneur, je veux d'abord te remercier parce que tu m'as aidé : telle chose a eu lieu, j'ai pu me rapprocher de telle personne, je me sens plus serein, j'ai dépassé un moment difficile, j'ai pu mieux prier.
Cela fait, devant Dieu, on peut passer à ce qui maintenant me met mal à l'aise, ce que je voudrais faire disparaître. Par exemple, je dirais devant Dieu : je regrette de ne pas pouvoir parler sincèrement avec telle personne ; mon rapport n'est pas authentique avec tel groupe, je ne sais par où commencer ; je regrette de ne pas réussir à prier ; je me sens mal à l'aise d'être pris dans ma sensualité, par des désirs que je ne voudrais pas avoir, des fantasmes qui me troublent.
Je ne m'accuse peut-être d'aucun péché en particulier, mais je me mets devant le Seigneur et lui demande qu'il me guérisse. Il s'agit d'une immersion baptismale dans la puissance de l'Esprit. Seigneur, purifie-moi, éclaire-moi, illumine-moi. Il s'agit de mettre tout cela dans la puissance du crucifié et du ressuscité, par la puissance de l'Église.
Je remercie Mgr Martini de nous prêter ces mots.
Transcription de l'émission Foi, chemin de liberté, produite et diffusée par Radio Grand Ciel (Chartres). L'écoute reste la référence : épisode original.