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Le chemin d'Ignace de Loyola

🎓 Enseignement

Sœur Michèle Marchant · Parcours 2 — Comprendre la dynamique ignatienne · diffusé en nov. 2020

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En bref : Vous suivez ici, avec Sœur Michèle Marchant, l'itinéraire spirituel d'Ignace de Loyola. D'un chevalier fougueux qui savait toujours ce qu'il fallait faire, vous le voyez peu à peu devenir un homme désarmé, qui demande son chemin et le reçoit. Une traversée de crises, de doutes et de larmes qui conduit à l'écoute de Dieu et des autres, et à cette conviction de saint Paul : c'est dans la faiblesse que je suis fort.

Pourquoi regarder le chemin d'Ignace

Bonjour à tous. Sœur Michèle Marchant, du Prieuré Saint-Thomas d'Épernon, vous parle de vie spirituelle.

Si nous sommes nés chrétiens, ou si nous avons cherché depuis plusieurs années à écouter la parole de Dieu, à vivre en communauté paroissiale, à recevoir les sacrements, à nous dévouer pour les autres, ou bien nous nous lançons dans des activités multiples, ou bien nous nous demandons comment progresser dans ma vie avec Dieu, comment vivre avec lui, un peu comme les saints l'ont fait. Il n'y a pas d'autre chemin que de regarder comment cela s'est passé pour les autres. La personne spirituelle que je connais le mieux est Ignace de Loyola ; je me servirai donc de son expérience. Voilà le chemin d'Ignace de Loyola.

Tout au long de mon récit, vous remarquerez son évolution. De certains saints, on pourrait presque dire qu'ils sont nés saints, avec un tempérament sage, un désir très tôt orienté vers Dieu. Ignace, au contraire, était un homme fougueux, à la vie désordonnée, comme il dit dans son langage du XVIe siècle. À un âge avancé pour l'époque, il décide de mettre son ambition au service de Dieu, pour aider les âmes. Le fringant chevalier fait alors l'expérience de sa fragilité.

Le fringant chevalier

Comment cela s'est-il passé ? Jusqu'à 26 ans, Ignace vit sans état d'âme ni hésitation. Il veut réussir, séduire, servir un prince bien en vue, épouser une fille de très haute naissance, bref, gagner de l'honneur, comme il dit. Pour arriver à ses fins et profiter de la vie, il n'aura pas beaucoup de scrupules. Il avouera même qu'il s'est rendu coupable de bien des péchés, sauf celui de tuer.

À Pampelune, ville assiégée par les Français et prête à se rendre, il harangue tous les chevaliers et les convainc de résister, jusqu'au moment où un boulet de canon le blesse grièvement aux jambes. L'ardeur au combat disparaît et la reddition survient rapidement.

La blessure et la convalescence

Pendant plusieurs mois, Ignace est soigné chez lui, dépendant des médecins et de sa famille. D'un côté, il sait toujours ce qu'il faut faire pour poursuivre son but. Les médecins n'ont pas bien réussi la première opération. Qu'à cela ne tienne, il demande que sa jambe soit recassée pour que les os ne dépassent pas. Pour rester beau et continuer à séduire, il accepte une vraie boucherie en serrant les poings.

Mais d'un autre côté, dans ses longues journées, il demande à lire des livres de chevalerie. On ne lui donne qu'une vie de saint et une vie du Christ. C'est donc par ce moyen non désiré qu'Ignace va entrer dans le discernement des esprits et souhaiter se mettre au service du Christ, à la suite des saints.

Sur la route : le doute devant le Maure

Guéri, son désir d'aller à Jérusalem le fait partir. Sa force intérieure lui permet de ne pas tenir compte de sa famille, qui veut le retenir. Mais sur la route, voilà qu'il chemine avec un Maure, qui met en doute la virginité de la Vierge. Le doute le prend. Faut-il le tuer pour l'honneur de Marie ou non ? Tant qu'il s'agissait des affaires mondaines, il savait ce qu'il convenait de faire. Mais ici, dans son désir de suivre le Christ, que faire ? Sauver l'honneur de Notre-Dame, ou respecter le commandement « Tu ne tueras pas ». Il n'arrive pas à se déterminer. Il laisse donc la décision à sa mule, qui lui fait quitter le chemin du Maure.

À Montserrat, imitant les saints, il échange ses habits avec ceux d'un pauvre, passe une nuit de prière dans une offrande chevaleresque, et part. Mais on le rattrape. Est-il bien vrai qu'il a échangé ses habits avec ceux d'un pauvre ? Pour la première fois, Ignace est saisi d'émotion, car, à cause de lui, un autre a été inquiété, traité de voleur. Nouvel ébranlement : les grandes choses rêvées pour Dieu peuvent ne pas être bonnes et causer du tort à autrui. Il se découvre sensible, sujet à des larmes.

Manrèse : la traversée des crises

Le séjour à Manrèse, simple étape prévue vers Jérusalem, va en fait durer presque un an. Ignace demeure certain de la direction à prendre : suivre le Christ en allant à Jérusalem. Mais il ne sait plus comment il convient de vivre.

Puisqu'il reste un certain temps à Manrèse, cela va lui permettre une recherche intérieure, tout en passant par des extrêmes. Il mendie pour sa subsistance quotidienne, il jeûne, il ne soigne pas son corps, il se soumet à des pénitences nombreuses, il loge avec des miséreux. Sa détermination intérieure semble intacte à travers le choix de ses moyens, mais il découvre que son corps ne suit pas. Il ne sait pas où il va.

Il y a là ces traversées de crises, de scrupules, de doutes, voire de désespoirs, avec des tentations de suicide. Il a beau se confesser de toute sa vie passée, les scrupules reviennent. Des visions intérieures qui lui semblaient un jour agréables se révèlent le lendemain source de tristesse. Il expérimente que sa manière de rechercher et de maîtriser l'excellence spirituelle, à la suite du Christ, n'est pas droite.

Le chemin vers la paix

Peu à peu, un chemin intérieur vers la paix va se faire. Ignace note ce qui l'a aidé : des conversations avec quelques personnes spirituelles, la relation avec son confesseur. En effet, au lieu de garder tout pour lui, ses doutes, ses scrupules, Ignace lui dira tout, et s'en tiendra à ses conseils. Il vit aussi un chemin de prière dans lequel il se met à entendre la voix d'un autre, la voix de Dieu qui l'enseigne, à la manière d'un maître d'école vis-à-vis d'un enfant.

Cette ouverture à Dieu et aux autres le sort de lui-même. Ignace découvre l'amour de la Trinité. Il découvre Dieu créateur, son projet sur nous. Il découvre le Christ, Fils de Dieu fait homme. Il découvre sa présence dans l'Eucharistie. Et de manière plus générale, il entre dans une intelligence de la foi.

Quitter l'héroïsme, apprendre à écouter

Lent et profond retournement d'Ignace : il ne sait plus ce qu'il faut faire. Il devient celui qui demande son chemin et il le reçoit. La fréquentation de l'Eucharistie, l'écoute de Dieu dans la prière, l'exercice de l'obéissance à la parole de son confesseur, l'attention fine portée à ce qui lui arrive lui donnent accès à l'écoute de l'Esprit dans les âmes, qu'il va désormais chercher à aider. Aider les âmes, dira-t-il.

Ignace quitte donc la voie de l'héroïsme — l'héroïsme pour Dieu, l'héroïsme pour le monde ou pour sa propre gloire — pour entrer dans l'écoute, apprendre à consentir à l'Esprit, discerner avec d'autres. Cette écoute, devenant obéissance, devient ainsi la source de son agir et de son existence, tant pour lui-même, pour la future Compagnie de Jésus, que pour le choix des moyens, pour aider les âmes.

Plus tard, sa volonté de rester à Jérusalem s'avérera irréalisable, sauf à désobéir aux représentants du pape en terre sainte. Il ne lui restera alors qu'un désir dépouillé : suivre le Christ, c'est tout, mais sans moyens qui s'imposent. Que faire donc ? Ignace raconte dans son autobiographie comment des réponses successives se construisent selon les rencontres, les événements et un discernement priant.

Le supérieur général à l'écoute de ses compagnons

Encore plus tard, quand Ignace, élu supérieur général à son corps défendant, gouverne l'ordre naissant des jésuites, il ne redevient pas l'homme d'un savoir qui en déduirait une stratégie. Au contraire, il n'a de cesse de demander des nouvelles. Oui, il y a un service, mais il ne peut s'exercer que dans une écoute régulière de ce que vivent ses compagnons. Dans cette écoute, il cherche à percevoir si le compagnon est lui-même un écoutant, un homme dessaisi, ou bien s'il est imbu de son jugement propre. Ignace fera confiance aux avis et aux analyses des premiers. Il donnera des conseils fermes aux seconds. Vous voyez que sa propre histoire spirituelle l'aide à discerner pour les autres.

La force dans la faiblesse

Dans le fragment de son journal spirituel, il note très souvent qu'il lui est donné des larmes dans la prière. La découverte toujours nouvelle des relations entre le Père, le Fils et l'Esprit dans la Trinité, cette découverte l'émeut au point que son médecin craint pour ses yeux, tellement il pleure. Être touché par ce que vivent les autres, telle est sa nourriture quotidienne.

Alors Ignace ne sait plus. Il est devenu sensible à ce que vivent les autres. Il découvre ce que saint Paul avait expérimenté : c'est dans la faiblesse que je suis fort. La pauvreté spirituelle, qui se fait demande, écoute, discernement, donne des audaces et du courage bien au-delà de tout.

La prochaine fois, je reprendrai ce thème de la vie spirituelle d'Ignace, mais en m'appuyant sur ses Confessions. Merci pour votre écoute.

Transcription de l'émission Foi, chemin de liberté, produite et diffusée par Radio Grand Ciel (Chartres). L'écoute reste la référence : épisode original.