Trouver Dieu en toutes choses
🎓 Enseignement
Parcours 2 — Comprendre la dynamique ignatienne · diffusé en oct. 2020
🎧 Écouter sur Radio Grand CielEn bref : Cet épisode vous fait découvrir un thème cher à la spiritualité ignatienne : trouver Dieu en toutes choses. En compagnie d'Augustin, d'Ignace de Loyola et de Thérèse d'Avila, vous êtes invités à relire votre vie non comme un bilan, mais comme une réponse à l'amour de Dieu. Une prière du soir clôt le temps de partage.
Bonjour à tous, Sœur Michèle du Prieuré Saint-Thomas vient vous retrouver aujourd'hui. Merci de m'accueillir encore. Nous parlerons autour de ce thème « Trouver Dieu en toutes choses ». Ce que je vous dis aujourd'hui a été fort bien écrit par Michel Rondet, jésuite, et je m'en inspire.
Trouver Dieu en toutes choses, un thème cher à la spiritualité ignatienne. On pourrait dire qu'il n'y a pas dans notre vie d'un côté les activités qui seraient par nature spirituelles et tournées vers Dieu — prier, aller à la messe, faire une retraite, faire un pèlerinage — et de l'autre côté des activités profanes, sans rapport avec Dieu, mais nécessaires à la vie, comme travailler, s'occuper de sa famille, faire la cuisine, prendre le bus. Marie conservait ces choses dans son cœur.
L'Église a toujours encouragé cet exercice. On a dit « examen de conscience » ou bien « révision de vie ». Mais trouver Dieu en toutes choses, ce n'est pas faire le bilan de ce que je suis ou de ce que je fais. Cela risquerait d'être de l'auto-justification, un peu comme le pharisien, vous savez, ou l'expression de notre culpabilité. Ce qui risque d'être sans profit spirituel. Avant nous, des hommes et des femmes ont tenté de relire leur vie sous le regard de Dieu. Ils ne l'ont pas fait dans un souci d'introspection, de retour sur eux-mêmes, mais en réponse à un appel spirituel.
Augustin, Ignace, Thérèse : relire sa vie sous le regard de Dieu
Parlons d'Augustin, saint Augustin. Même si des amis lui en font la demande, ce n'est pas d'abord pour eux qu'Augustin écrit les Confessions. C'est pour Dieu, pour répondre gratuitement à l'amour gratuit de Dieu. En effet, comment pourrait-il mieux chanter la miséricorde de Dieu qu'en la célébrant dans sa propre vie ? Si la matière de son livre est bien autobiographique, l'unique sujet en reste Dieu. Les errances de l'adolescent de Thagaste, les recherches inquiètes du jeune professeur de Carthage et de Milan, sont l'occasion du livre. C'est une théophanie, une révélation de Dieu. C'est Dieu, caché sous le voile du quotidien, mais présent dans son amour et sa miséricorde, qui se révèle à nous à chaque page du livre.
Et pour Ignace de Loyola ? Jérôme Nadal et les premiers compagnons d'Ignace de Loyola l'ont souvent sollicité d'écrire pour eux le récit de la manière dont Dieu l'avait conduit de Loyola à Rome. Il n'a accédé à leur désir qu'après avoir eu la conviction intime que c'était bien la volonté de Dieu. Il avoue alors avoir trouvé dans cette relecture de son passé une consolation qui n'avait rien à voir avec une satisfaction narcissique, mais qui s'exprimait en larmes de reconnaissance envers celui qui l'avait appelé et guidé, Jésus-Christ notre Seigneur, comme il dit. Son récit, dont la sobriété tranche avec l'exubérance de celui d'Augustin, va se révéler, pour ses compagnons, un texte fondateur. C'est là qu'ils trouveront le type de relation à Dieu qui deviendra leur vocation.
Reconnaître Dieu à l'œuvre dans nos vies
Car ces biographies spirituelles ont une valeur théologique. Et la Bible l'avait déjà souligné. Pour dire le Dieu de l'Alliance, il n'y a pas de genre littéraire plus adapté que le récit. C'est dans son agir que Dieu se révèle. Et Augustin pourra écrire : « Il ne te connaît pas, celui qui ne découvre pas ce que tu accomplis en lui. » Pour entrer dans une relation vraie avec Dieu, il faut le reconnaître à l'œuvre dans nos vies.
Lorsque Thérèse d'Avila, sur l'ordre de ses confesseurs, entreprend le récit de son expérience spirituelle, elle rejoint Augustin. Elle intitule spontanément son manuscrit « Livre des miséricordes de Dieu », connu aujourd'hui sous un titre qui est un peu une trahison, « Vie par elle-même ». Elle n'a jamais voulu écrire sa vie. Elle obéit à un appel de Dieu qui lui demande de se tenir devant lui en toute humilité pour confesser, annoncer sa miséricorde pour elle.
C'est ce que fait sans cesse le peuple de l'Alliance, découvrant Dieu dans sa tendresse pour ce peuple qu'il a choisi. C'est ce qui habite Jésus lorsqu'il s'exclame : « Je te bénis, Père, d'avoir caché cela aux sages et aux savants et de l'avoir révélé aux tout-petits. » En disant cela, Jésus éduque ses disciples à voir Dieu présent dans ce qu'il fait. L'Église naissante va elle aussi relire sa vie, les persécutions qu'elle subit, les divisions qui la déchirent. Et ce sera le livre de l'Apocalypse qui reprend toute cette histoire dans le mystère du Christ, agneau immolé et vainqueur.
Discerner l'action de Dieu
Cette relecture suppose toujours un regard de foi qui sache discerner l'action de Dieu dans les aléas de l'histoire. Il ne s'agit pas de croire que Dieu est la cause immédiate de tout. Et nous ne sommes pas des marionnettes. En fait, Dieu n'est pas dans l'événement lui-même. Il est aux côtés de l'homme qu'il affronte. Il est du côté de la liberté contre le destin. Il est le Dieu en quête de l'homme, de son amour, de sa foi, qui le rejoint dans sa détresse comme dans sa joie.
Si notre quotidien nous apparaît souvent banal, monotone, répétitif, c'est parce que nous ne savons pas le reconnaître comme la quête incessante de Dieu à notre égard. Vu dans le regard de Dieu, dont l'amour nous cherche et nous précède, notre présent devient une aventure d'amour et de foi. Et c'est cet amour qu'il nous faut chaque soir discerner, recueillir, pour qu'il pose sur la grisaille de nos jours un reflet de la tendresse de Dieu.
Agir par reconnaissance
Notre mémoire peut être le lieu de notre désir. Elle peut être le lieu de nos angoisses. Elle peut aussi devenir source d'espérance et de paix quand elle se donne pour objet de se souvenir des dons de Dieu, comme chez Augustin, Ignace et Thérèse d'Avila. Agir par reconnaissance situe d'emblée notre action dans la gratuité et la libéralité de l'amour. Quoi de plus étranger à l'activisme et à ses travers, le ressentiment, le centrement sur soi ? C'est bien sur la reconnaissance, l'action de grâce, qu'Augustin, Ignace et Thérèse ont bâti leur manière d'être.
Regardons-les un peu. Évêque, Augustin est le serviteur de tous, emportant le fardeau de l'épiscopat dont nous savons qu'il lui a été très lourd. Quelles que soient ses occupations et ses travaux, les fidèles de son diocèse, comme ses correspondants et amis, le trouveront toujours paisible et disponible. En étant à leur service, il n'accomplit pas un devoir. Il s'acquitte d'une dette de reconnaissance. Dette de reconnaissance envers le Père qui lui donne son amour, envers le Fils qui le sauve, envers l'Esprit qui est sa force.
Les contemporains d'Ignace ont admiré sa sérénité au milieu des oppositions et des difficultés. Ce qui empoisonne l'action de l'intérieur lui est étranger : envie, amertume, angoisse. Il agit par reconnaissance. Quant à Thérèse, dans son oraison comme dans sa vie, elle ne cherche qu'à « contenter Dieu », comme elle dit dans son langage du XVIe siècle. Peu importe alors que ce soit dans les consolations ou les désolations.
Mais nous avons plus près de nous une autre mystique du quotidien, Marie Noël, qui écrit dans ses notes intimes : « Il y a bien longtemps que je ne fais plus chaque soir le compte de mes fautes, mais celui de mes dettes, et je crois que Dieu aime mieux cela. » Dette de reconnaissance, action de grâce, remerciement envers Dieu. Faire chaque soir une action de grâce pour l'amour donné tout au long de ma journée, c'est faire de ma vie un culte spirituel, une eucharistie, où tout devient action de grâce dans l'unique action de grâce du Christ.
Se trouver soi-même en vérité
Il ne suffit pas de se pencher sur son passé pour renaître en Dieu. Bien des hommes l'ont tenté et n'ont rencontré que leur moi, leur moi caricaturé ou sublimé. Augustin, Ignace, Thérèse témoignent d'un autre regard sur eux-mêmes. Pour n'avoir cherché qu'à contenter Dieu, ils se sont trouvés eux-mêmes en vérité, et ils ont pu faire de leur vie une hymne à la gloire de Dieu.
Merci pour votre écoute.
Prière du soir
Au soir de ce jour, me voici devant toi, Dieu d'infini. Je veux relire avec toi ce jour que j'ai vécu, que je sache contempler où ta lumière m'a éclairé.
Ma prière devant toi s'élève comme un encens, et mes mains comme l'offrande du soir.
Laisse-moi d'abord, Seigneur, te remercier, Père de toute grâce, béni pour ta présence. Que mes lèvres chantent ta sainteté.
Bénis le Seigneur, ô mon âme. N'oublie aucun de ses bienfaits.
Transcription de l'émission Foi, chemin de liberté, produite et diffusée par Radio Grand Ciel (Chartres). L'écoute reste la référence : épisode original.