La communauté Vie Chrétienne (CVX)
🎓 Enseignement
Parcours 2 — Comprendre la dynamique ignatienne · diffusé en oct. 2020
🎧 Écouter sur Radio Grand CielEn bref : Vous écoutez le témoignage d'Odile Pomeray, membre depuis vingt ans d'une Communauté Vie Chrétienne (CVX) à Châteaudun. Elle raconte la conversion d'Ignace de Loyola et la naissance du discernement des esprits, présente les exercices spirituels et décrit concrètement le déroulé d'une réunion. Une porte d'entrée pour comprendre comment la spiritualité ignatienne aide à relire sa vie à la lumière du Christ.
Henri Méchel. — Nous accueillons aujourd'hui Odile Pomeray. Bonjour Odile. Odile va nous parler de la Communauté Vie Chrétienne locale de Châteaudun. Alors Odile, nous t'écoutons.
Odile Pomeray. — Eh bien, depuis vingt ans, je fais partie d'une Communauté Vie Chrétienne sur Châteaudun.
Qu'est-ce que la Communauté Vie Chrétienne ?
Odile. — Qu'est-ce que la Communauté Vie Chrétienne ? En fait, c'est un mouvement chrétien qui s'inspire de la spiritualité ignatienne. Grâce à CVX, je peux, par le partage de vie avec des compagnons et à la lumière du Christ, prendre des décisions selon la pédagogie de saint Ignace de Loyola, relire ma vie et essayer de vivre plus près du Christ.
Henri. — Et quelles sont donc les spécificités de saint Ignace ? Quelles sont les recommandations qu'il nous a laissées ?
Saint Ignace de Loyola
Odile. — Eh bien, saint Ignace de Loyola est né à la fin du XVe siècle dans le Pays basque espagnol. C'est un soldat, un aristocrate espagnol qui, à l'âge de trente ans, subit de graves blessures sur le champ de bataille de Pampelune. Durant sa convalescence, il revient au château familial. Et pour tuer le temps, il entreprend la lecture des deux seuls livres trouvés dans le château où il se trouve. L'un porte sur la vie des saints, l'autre sur la vie de Jésus.
En parcourant la vie des saints, Ignace en vient à se demander : « Pourquoi ne ferais-je pas ce qu'ont fait saint François d'Assise, saint Dominique et tant d'autres ? » Une conversion totale s'opère, que viendra confirmer, durant une nuit, une vision de la Vierge Marie et de l'enfant Jésus.
Le discernement des esprits
Odile. — Comme l'inaction d'Ignace lui laisse beaucoup de temps pour réfléchir, il se met à prêter attention aux divers mouvements intérieurs qui l'habitent. Il distingue en lui deux esprits : l'un provenant de Dieu, qui apporte joie et dynamisme, l'autre provenant du démon, qui attriste et rend malheureux. C'est alors qu'Ignace découvre le discernement des esprits. À partir de ce moment-là, il ne cessera plus d'affiner ses façons de prier, de méditer, de relire son histoire, afin de mieux ajuster sa vie à la suite joyeuse du Christ.
Henri. — Donc c'est discerner entre le diable et le bon Dieu quand on a une idée. En gros, c'est ça ?
Odile. — Oui, c'est ça.
Les exercices spirituels
Odile. — Et à partir de son expérience, Ignace a écrit le livre des exercices spirituels. Ce livre est nourri de son expérience pour aider d'autres chrétiens à trouver leur vocation propre. Ces exercices aident chacun à s'attacher à la personne de Jésus et à avancer librement dans sa vie, tout en gardant sa personnalité propre et sa vraie liberté. C'est ainsi que nous nous rendons davantage attentifs à l'action de Dieu dans notre monde et davantage réactifs à ce que Dieu nous appelle à faire.
Henri. — Et ces exercices, ça se structure comment ?
Odile. — Alors, l'idéal — mais tout le monde n'y est pas appelé du jour au lendemain — c'est de faire trente jours en silence, chacun un peu seul, mais tous les jours accompagné spirituellement. Nous y apprenons à lire l'Évangile et à trouver comment cette parole peut s'adresser à nous aujourd'hui, en 2020.
Henri. — Et il existe aussi des parcours qui durent moins longtemps que trente jours.
Odile. — Oui, on peut commencer par deux jours, trois jours ; souvent, c'est une semaine.
Le Prieuré Saint-Thomas à Épernon
Odile. — Nous avons la chance, dans le diocèse, d'avoir un centre spirituel ignatien à Épernon, le Prieuré Saint-Thomas, où nous sommes accueillis pour pratiquer les exercices. Et déjà, début novembre, du samedi 7 au mercredi 11 novembre.
Henri. — Et on peut uniquement venir le week-end, ou uniquement venir le lundi, le mardi, le mercredi, selon nos disponibilités ?
Odile. — Oui, c'est ce qu'on appelle les exercices à la carte.
Une communauté locale : le déroulé des réunions
Henri. — Pour notre petite communauté locale, donc, vous êtes combien de membres et vous vous réunissez à quelle fréquence ?
Odile. — Eh bien, nous sommes sept membres, et un autre membre de la Communauté Vie Chrétienne, qui a été formé, nous accompagne, c'est-à-dire nous aide à prendre un peu de recul dans nos partages. Nous nous réunissons grosso modo une fois par mois. Les réunions peuvent paraître très structurées, mais en fait, c'est une discipline qui nous soutient bien. Personnellement, j'apprécie beaucoup.
Nous commençons par un temps de prière autour d'un texte d'Évangile choisi à l'avance, puis un premier tour de partage sur un thème, avec des questions bien précises. Ce premier tour a la particularité de veiller à l'écoute jusqu'au bout : chaque membre a écrit son partage et n'est pas interrompu.
Henri. — Oui, il faut souligner ce qui est important : les membres sont informés avant la réunion, ils préparent et ils écrivent justement ce qu'ils veulent dire. C'est une structure qui a son importance.
Odile. — Qui a son importance, parce que ça permet, quand on prépare, d'aller à l'essentiel. Préparer, ce n'est pas prendre cinq minutes pour le faire, c'est mûrir sa préparation et l'écrire quand tout est mûr, quand je suis prêt.
Un deuxième tour, ou ce qu'on appelle l'interpellation — c'est un bien grand mot. Chaque compagnon peut s'adresser à un autre membre et lui dire : « J'ai été touché par ton partage, je te rejoins », ou bien : « Tu nous as parlé de tel problème, est-ce que tu peux approfondir ? » Ce qui est important, c'est la bienveillance, le regard positif que nous nous efforçons de garder sur chacun de nos compagnons.
Après ce deuxième tour de partage, l'accompagnatrice intervient souvent pour nous encourager, pour préciser quelques petits points, mais toujours avec grande bienveillance, alors qu'elle est restée silencieuse pendant presque toute la réunion. Elle a partagé la prière avec nous, mais sinon, elle est là, dans l'écoute.
Et puis, chose qui me semble quelquefois un petit peu bizarre, il y a toujours une évaluation. L'évaluation, ce n'est pas dire « c'était bien, c'était pas bien ». C'est plutôt : « Je suis arrivée fatiguée, ou le sujet ne m'inspirait pas, et je repars avec une phrase prononcée par un de mes compagnons, qui va m'accompagner tout le mois. » Je repars, ou bien déçue, et j'ai le droit de le dire ; ce n'est pas un jugement, c'est un constat, mais ça nous aide à progresser.
Parler en « je »
Odile. — Une chose qui est importante dans nos rencontres : il faut essayer de pratiquer le « je », le « tu ». Le « on » devrait être banni, mais c'est parfois difficile. Nous ne sommes pas là pour refaire le monde, nous sommes là pour regarder notre vie à la lumière du Christ. Sortir un peu de nous-mêmes, ce qui n'est pas toujours évident, en disant « je » : je suis, je dis, je pense.
Henri. — Oui.
Odile. — Donc, nous revenons aux fondamentaux de la spiritualité ignatienne, qui sont le discernement spirituel, la relecture et la contemplation sous le regard de Dieu.
Le discernement en pratique
Odile. — D'ailleurs, dans nos rencontres, il nous est arrivé qu'un des compagnons demande une aide au discernement. Il a une décision importante à prendre, et il demande non pas des conseils — non pas « tu devrais faire ci, tu ne devrais pas » — mais de l'éclairer, d'approfondir.
Ce n'est pas à Châteaudun que je l'ai vécu, mais dans une autre communauté : une personne qui ne savait pas si elle se représenterait au conseil municipal ou non. Nous avons passé deux heures à partager ce qu'elle ressentait, comment nous vivions ce partage. Et après, non plus toute seule, mais avec nous, elle a pris sa décision. Je voulais citer cet exemple parce que c'est très concret : dans notre vie de tous les jours, nous avons des décisions à prendre, et l'aide des compagnons peut être quelquefois très importante.
Et si on sent qu'on a besoin d'un soutien complémentaire, en plus de la vie habituelle et de la messe du dimanche, il ne faut pas hésiter à aller dans un groupe Vie Chrétienne. C'est facile : on vous donnera les coordonnées, vous allez au secrétariat de toutes les paroisses de notre département d'Eure-et-Loir, on vous dira à qui vous adresser en particulier. Et comme les groupes sont assez petits, on peut éventuellement fonder un second groupe, comme on vient de le faire dans un autre secteur du département, à Nogent-le-Rotrou. Et il est question, à Brou, qu'une équipe soit en formation. Nous sommes allés à Brou rencontrer une douzaine de personnes ; mais maintenant, c'est leur liberté qui décidera s'ils veulent continuer ou pas.
Une spiritualité de la liberté
Odile. — Je crois que c'est une des grandes forces de CVX, de la spiritualité : cette liberté que nous avons. Je me souviens avoir dû, une fois, prendre une décision par rapport à un engagement CVX ; j'ai répondu non, et celui qui m'avait appelé m'a juste répondu : « Je te remercie d'avoir pris le temps de discerner. » Pour moi, c'est très libérateur.
Et tout cela, c'est un renfort avec la vie paroissiale, car c'est l'essentiel : la vie de la communauté chrétienne, qui doit irradier sur la communauté de tout notre territoire, chrétien ou pas.
Henri. — Oui.
Odile. — En fait, CVX n'est pas un mouvement en soi, c'est plutôt un lieu de relecture. Je me souviens d'un compagnon qui m'a dit : « Grâce à CVX, j'ai réussi à faire le tri. J'étais débordé, je ne pouvais plus m'en sortir, j'avais trop d'engagements. »
Henri. — Merci beaucoup pour ton témoignage. Et il y a aussi d'autres communautés que CVX, bien sûr ; chacun se sent comme il est. Et on vous dit à bientôt, chers auditeurs, chères auditrices.
Odile. — Merci, Henri.
Transcription de l'émission Foi, chemin de liberté, produite et diffusée par Radio Grand Ciel (Chartres). L'écoute reste la référence : épisode original.