Le discernement
🎓 Enseignement
Parcours 2 — Comprendre la dynamique ignatienne · diffusé en juin 2020
🎧 Écouter sur Radio Grand CielEn bref : Vous apprenez ici à prêter attention à ce qui bouge en vous. Sœur Michèle Marchant vous introduit au discernement selon saint Ignace : repérer et nommer les mouvements intérieurs, puis distinguer, à la lumière de la Bible, le bon esprit du mauvais. Deux exemples montrent comment l'un et l'autre agissent, selon que la vie va à la dérive ou s'oriente vers Dieu.
Bonjour, je suis sœur Michèle Marchant du Prieuré Saint-Thomas, heureuse de reprendre la parole devant vous. Nous parlerons aujourd'hui du discernement.
Il se passe quelque chose en nous
Quelques mots d'introduction au discernement. Le discernement, cela veut dire : il se passe quelque chose en nous. Lorsque nous nous rencontrons, nous nous disons : « Comment ça va ? » Et nous entendons cette question à longueur de journée. Le plus souvent, nous répondons automatiquement : « Ça va. » Mais au fond, comment ça va ?
Certains jours, nous pouvons répondre : oui, cela va vraiment bien. Je suis heureux, j'ai le goût de vivre, de travailler, d'aller rencontrer les autres. À d'autres moments au contraire, je me sens lourd, triste, inquiet, je n'ai le goût de rien. Ou encore, alors que la situation extérieure est difficile — malheur, maladie, échec, problème d'argent — je peux être habité par un grand courage, ou à l'inverse me sentir envahi par le découragement.
Et ce qui se passe en moi peut changer d'un moment à l'autre de la journée. Je me suis levé tout joyeux et me voilà maintenant de très mauvaise humeur. Je suis passé de la paix intérieure au trouble. Oui, cela bouge en nous. Il se passe quelque chose en nous. Des mouvements nous agitent. Le plus souvent, nous ne prêtons même pas attention à ce qui se passe en nous, nous laissant ballotter d'un état à l'autre.
Mais d'autres avant nous ont éprouvé cela. Ainsi Ignace de Loyola, au XVIe siècle. Et l'originalité de son expérience sera de remarquer ce qui se passe en lui et d'y porter toute son attention, pour essayer de comprendre ces mouvements qui nous agitent. Car ces mouvements ont quelque chose à nous dire.
Un mouvement, c'est ce qui bouge, qui va d'un endroit à un autre. Un mouvement m'entraîne dans une direction. En effet, si nous regardons bien, nous allons repérer qu'il y a un courant qui nous porte vers la vie. Je me lève avec le courage d'affronter la journée et ses difficultés. La paix qui m'habite aujourd'hui m'ouvre aux autres, l'élan qui m'anime me donne le goût de la vie. Ou bien, au contraire, des mouvements intérieurs cherchent à freiner, à éteindre la vie en nous, pour nous conduire à la dérive. Je n'ai le goût de rien. Je suis découragée. La mauvaise humeur me donne envie d'agresser tout le monde, ou de bouder. Je me sens attirée vers le mal.
Nommer ce qui nous habite
Ces mouvements, ces sentiments qui nous habitent, nous allons apprendre d'abord à les nommer, pour mieux comprendre notre vie intérieure, comme nous savons nommer notre état physique. Ne pas simplement dire « ça va » ou « cela ne va pas », mais pouvoir se dire : « J'ai envie de rencontrer les autres », ou bien au contraire : « Je suis en colère contre telle personne. » Constater ce qui m'habite, sans me juger. C'est un état de fait, comme Jésus qui lui aussi a connu ces alternances de mouvements intérieurs. Un jour, on le voit pleurer sur Jérusalem. Une autre fois, il montre sa colère contre les pharisiens. Un autre jour, il tressaille de joie. Et une autre fois, il est assailli par la tentation.
Donc, d'abord, repérer ce qui se passe. Comme saint Ignace de Loyola, nous avons besoin de nommer ce qui se passe en nous pour distinguer le bon et le mauvais esprit. Et c'est bien cela le but : distinguer le bon et le mauvais esprit qui nous entraînent.
Ce que la Bible nous apprend
Et puis regardons dans la Bible. Que nous apprend-elle sur l'action de l'esprit de Dieu et sur le mauvais esprit ?
Sur l'esprit de Dieu, nous voyons dès le premier chapitre la Bible qui nous révèle que l'Esprit de Dieu est Créateur. Il fait naître la vie. « Et Dieu vit que cela était bon. » Ou bien dans l'Évangile : « Heureux, heureux… » Cette invitation des béatitudes qui revient si souvent nous montre combien Dieu veut le bonheur de l'homme. La vie a le parfum du bonheur et de l'amour. Je peux la reconnaître dans tout ce qui m'ouvre, m'élargit aux autres, au monde. Quelques mots peuvent nous aider à repérer la présence de l'Esprit dans notre vie. Par exemple : joie et louanges, amour et service, lumière et vérité, pardon et réconciliation, courage et force.
Le mauvais esprit, quant à lui, vient s'opposer à l'élan de vie et va essayer de défaire l'œuvre de création. Là aussi, reprenons quelques expressions qu'utilise la Bible pour parler de l'action du mauvais esprit : mensonge et secret, accusation et mépris, tentation et doute, division et désordre, esclavage et peur.
Deux exemples
Pour mieux comprendre, prenons deux exemples. Rappelons-nous toujours : l'Esprit de Dieu va dans le sens de la vie, et l'ennemi de l'homme toujours dans le sens de la mort. Mais nous, nous allons parfois à la dérive, et parfois nous décidons au contraire de nous orienter vers Dieu.
Une vie à la dérive
Dans une vie à la dérive, comment agissent le bon et le mauvais esprit ? C'est la situation de celui ou de celle qui se laisse entraîner vers le mal, qui va de péché grave en péché grave. Ceux qui choisissent délibérément un chemin de débauche ou de mensonge. Ceux qui vivent dans la corruption ou la course à l'argent. Ceux qui commettent l'injustice dans leur travail ou leur famille. C'est le chemin de la facilité, comme un cycliste descend tranquillement une route qui mène à un cul-de-sac.
Dans ce cas-là, le mauvais esprit va dans le sens de cet homme ou de cette femme. Il l'entraîne à continuer son chemin, en imaginant toutes sortes d'intérêts. Le bon esprit, l'esprit de Dieu, lui, souffle en sens inverse, essayant de freiner la dérive. Il vient déranger sa fausse tranquillité pour lui faire sentir que quelque chose ne va pas.
Lisez la vie de Charles de Foucauld avant sa conversion, lorsqu'il gaspillait son argent dans une vie de débauche. Je vous lis un petit extrait.
Je m'éloignais de plus en plus de vous, mon Seigneur, et ma vie commençait à être une mort.
Je faisais le mal ; vous me faisiez sentir un vide douloureux, une tristesse que je n'ai jamais éprouvée qu'alors. Elle me revenait chaque soir lorsque je me trouvais seul dans mon appartement. Elle me tenait muet et accablé pendant ce qu'on appelle les fêtes ; je les organisais, mais le moment venu, je les passais dans un mutisme, un dégoût, un ennui infini.
Vous me donniez, Seigneur, cette inquiétude vague d'une conscience mauvaise qui, tout endormie qu'elle est, n'est pas tout à fait morte. Mon Dieu, c'était donc un don de vous ! Comme j'étais loin de m'en douter.
Une vie de progrès
À l'inverse, dans une vie de progrès, lorsque nous essayons de nous convertir et de grandir en Dieu, et dans une vie de service, là, le mauvais esprit est très contrarié. Il essaye de se mettre en travers, un peu comme le vent qui empêche le cycliste qui, lui, a choisi de grimper la côte. Le mauvais esprit va chercher à le décourager : « Tu n'y arriveras jamais, c'est trop dur pour toi. » Le bon esprit, au contraire, nous pousse en avant, nous donnant courage et force. Il nous met dans la confiance, et cette confiance chasse nos peurs. Nous y puisons l'énergie pour aimer, servir, même si les conditions de vie sont dures. Dieu soutient celui qui choisit d'aller dans le sens de la vie.
Vous trouverez une lecture intéressante sur le discernement dans le livret de Monique Laurin, aux éditions Vie Chrétienne. J'espère que nous reprendrons et compléterons ce sujet. Merci.
Transcription de l'émission Foi, chemin de liberté, produite et diffusée par Radio Grand Ciel (Chartres). L'écoute reste la référence : épisode original.