CapBibliqueCapBiblique

La rencontre de deux désirs (2/2)

🎓 Enseignement

Parcours 2 — Comprendre la dynamique ignatienne · diffusé en mars 2020

🎧 Écouter sur Radio Grand Ciel

En bref : Sœur Michèle Marchant poursuit le récit de la vie d'Ignace de Loyola, de Jérusalem à Rome. Vous verrez comment une ambition tout humaine se retourne peu à peu en désir de servir Dieu. L'émission débouche sur une question qui vous concerne : comment nos décisions font-elles se rencontrer la volonté de Dieu et notre désir profond ?

La fois dernière, j'ai commencé à vous raconter la vie d'Ignace de Loyola. Mon titre était, et sera de nouveau, « La rencontre de deux désirs ». Chez Ignace de Loyola, un homme ambitieux, quel désir ? Le sien, celui de Dieu. En fait, ma question, comme la vôtre, est celle-ci : comment trouver la volonté de Dieu ? Regarder comment cela s'est passé chez Ignace de Loyola peut nous aider.

La suite de la vie d'Ignace

Nous en étions à 1523. Après sa blessure au siège de Pampelune, il a passé beaucoup de temps à penser, à méditer, chez lui, en convalescence. Puis à Manrèse. À Manrèse, il en vient à penser que Dieu devait lui donner les moyens d'aller à Jérusalem, pour y demeurer, parcourir les lieux saints et y aider les âmes. C'est à ce moment-là son idéal. Il part de Barcelone vers Jérusalem par Rome et Venise.

Or, à Jérusalem, on lui dit clairement qu'il n'est pas le bienvenu. En effet, à Jérusalem, les chrétiens sont capturés par les Turcs, et donc il faut les libérer. Et cela coûte cher. Mais lui veut rester. Mettre ses pas dans les pas de Jésus, c'est son rêve. Il résiste jusqu'à ce que le provincial des franciscains le menace d'exercer son droit d'expulsion, qu'il tient du Saint-Siège. Ce pouvoir devient pour Ignace la volonté de Dieu. Dieu l'éduque à la confiance et à la foi en l'Église.

Alors, il revient en Espagne. Ignace garde sa paix intérieure. Cette contrariété dans ce qu'il croyait être sa vocation le questionne. Il dit : « Je rentrais en moi-même et je méditais. J'eus une inclination à étudier pour aider les âmes. » C'est une idée nouvelle qui fait son chemin en lui. Peu à peu, il découvre que Jésus, Fils de Dieu incarné, peut être rencontré partout : dans la prière, dans la vie, pas seulement en Terre sainte, en mettant ses pas dans ses pas.

De 1524 à 1526, il est donc de retour à Barcelone pour étudier. De Barcelone à Alcalá, il vit avec quatre compagnons, fait le catéchisme, commence à donner les exercices spirituels. Mais là aussi, les épreuves arrivent. À Alcalá, on les confond avec les Illuminés, ou Robes grises, un groupe qui existait avant et qui avait pris des distances avec les sacrements et la foi en l'Église, et qui était donc vu comme suspect. L'Inquisition de Tolède s'en mêle. L'Inquisition leur interdit de parler des choses de la foi.

Ignace décide. Il décide de partir pour Salamanque. Mais là aussi, l'Inquisition lui interdit d'enseigner tant qu'il n'est pas prêtre et n'a pas fait d'études. Il répond à l'Inquisition : « Je ferai ce que la sentence ordonne, mais je ne l'accepte pas. »

Alors Ignace prend la décision de quitter son pays pour Paris. En 1528, il part donc faire des études à Paris. On peut l'imaginer, boitillant, il est toujours un peu handicapé, sur mille kilomètres, aux côtés d'un petit âne chargé de ses affaires. Il vit de mendicité à Paris et commence par étudier les humanités, c'est-à-dire l'enseignement du latin et de la grammaire, avec les enfants. Son ambition a bien changé de camp. Il supporte tout cela afin de pouvoir un jour, une fois les études finies, aider les âmes.

Puis ce sera la vie en chambrée avec Pierre Favre et François Xavier, ce noble bouillonnant, ambitieux aussi, qu'à force d'humilité Ignace gagnera au service du Christ. Puis viendra le vœu de Montmartre. L'expérience des exercices lie les six nouveaux compagnons pour travailler pour la gloire de Dieu et l'utilité des âmes. Sur cet appel et le désir profond, leur amitié se fonde. Ils s'engageront à Montmartre à suivre le Christ et à la vie apostolique, en reconnaissance à Dieu des grâces reçues. Ils seront prêtres et vivront dans la pauvreté au service des hommes.

La vie d'Ignace continue à Rome. Là, il organise le groupe des compagnons, compagnons de Jésus.

J'ai envie, avec vous, de tirer cette conclusion : d'ambition humaine en ambition pour la gloire de Dieu. Dieu l'a bien pris comme il était. Dieu l'a transformé pour son service.

Croire change la vie

Je disais au début : désir de vivre du Christ, désir de le suivre. Comment cela se fait-il ? Comment cela se combine-t-il dans nos vies ? Comme chez Ignace, dans nos vies, il n'y a pas de séparation entre la foi et la vie. Croire en Dieu change ma vie. Croire en Dieu, ce n'est pas seulement admettre que Dieu existe. C'est lui donner une place centrale dans mon existence. C'est compter sur lui, l'écouter parler et se décider pour lui, avec lui.

Le disciple de Jésus, qu'il soit Pierre, Jacques ou Matthieu, ou vous-même, ou moi-même, le disciple de Jésus doit mettre ses pas dans les pas du Fils de Dieu et demander d'être configuré à lui, dans un nouvel art de vivre. D'où nos décisions, ce lieu où se révèle l'alliance entre la volonté de Dieu et notre désir.

La volonté de Dieu, rencontre de deux désirs

D'ailleurs, j'entends souvent des jeunes me dire : « Je voudrais faire la volonté de Dieu. » La volonté de Dieu est-elle la même pour chacun des apôtres, pour chacun des saints canonisés par l'Église ? Bien sûr que non. La volonté de Dieu dépend aussi de ce que nous sommes. La volonté de Dieu, c'est la rencontre de deux désirs : celui de Dieu et le mien. De deux libertés : celle de Dieu et la mienne. Qui vont s'emmêler, se combiner dans nos décisions. Et nos décisions sont le lieu par excellence de notre liberté.

Quelles décisions ?

Dans la vie de chacun, il y a de multiples décisions à prendre. Les décisions sans vraies conséquences, quotidiennes peut-être : le matin dans la glace, quels vêtements ; quels sandwiches, jambon, bleu ; le soir, finir son roman, regarder la télé. Tout de même, ces mini-décisions ne sont pas sans conséquences.

Et puis il y a d'autres décisions, tout aussi fréquentes et ordinaires, mais qui engagent davantage : prendre la voiture, covoiturer, travailler seul ou se concerter avec des collègues, relancer une réunion ou bien laisser faire le temps. Finalement, dans une seule journée, il y a déjà beaucoup d'alternatives.

Si je poursuis, je trouve des décisions moins fréquentes, mais plus importantes par les conséquences qu'elles entraînent dans la durée. Une proposition de poste à responsabilité, mais qui suppose que la famille déménage. Accepter d'être sur une liste électorale, par exemple. Inscrire son enfant dans une autre école, pour un changement d'orientation, ou bien pour qu'il soit mieux suivi. J'ai hérité d'un bien de famille : je vends, je garde.

Enfin, des décisions qui engagent toute l'existence. Le choix d'une orientation professionnelle. Le discernement d'une vocation religieuse ou presbytérale. Le choix d'un conjoint. En tout cela, comment se décider avec Dieu ?

Se décider avec Dieu

Partir d'une conviction : Dieu sera avec nous dans le travail de discernement. Il veut notre vie et notre bonheur. Il ne sait pas à notre place ce qu'il faut faire, mais il sait ce qui est bon pour nous, ce qui nous détruit et ce qui nous construit. Il est dans la même attente que nous de la décision à prendre, et marche avec nous dans le processus de discernement, s'il doit y avoir discernement.

Saint Ignace nous dit que l'expérience nous enseigne toujours que là où il y a beaucoup de contradictions, là aussi on peut espérer un plus grand fruit. C'est la richesse des choix difficiles. Nous y reconnaissons nos tiraillements, par exemple entre le désir de reconnaissance et l'indifférence aux besoins des autres. Prendre le risque de choisir nous révèle à nous-mêmes.

Ignace dit encore : « Personne ne fait davantage que celui qui ne fait qu'une seule chose. » C'est ce davantage-là que, peu à peu, son ambition a découvert. Un davantage où il sert son Seigneur, parce qu'il se sait aimé de lui. Mais nous savons qu'investir toutes les forces de mon être dans un acte, un projet, en ce lieu qui est le cœur de notre humanité, à savoir notre liberté, ne peut se réaliser que comme une réponse d'amour à quelqu'un. C'est en se reconnaissant soi-même comme le fruit d'une décision d'amour que nous puisons, à la source de notre existence, la force de nous orienter dans la vie et de nous décider à notre tour.

Si nous regardons la vie des saints et des saintes, chacun et chacune avec son charisme propre, nous y reconnaissons un trait commun : c'est d'être tous unifiés par une force intérieure, un désir, une manière d'aimer et de servir. D'où cette efficacité dans l'action et ce pouvoir d'attraction qu'ils exercent sur nous, sur leur entourage. Ils savent ce qu'ils veulent, vont droit au but, bien loin de l'émiettement de notre volonté, souvent ballottée au gré de nos envies ou de nos répulsions.

Dans une prochaine émission, nous verrons comment, concrètement, poser un choix devant Dieu et se décider selon la volonté de Dieu et mon désir profond.

Transcription de l'émission Foi, chemin de liberté, produite et diffusée par Radio Grand Ciel (Chartres). L'écoute reste la référence : épisode original.