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La spiritualité chrétienne au secours de chacun

🎓 Enseignement · Lc 10, 25-37

Émilie et Raymonde Richard · Enseignements et témoignages · diffusé en juin 2021

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📖 Ce texte à la messe : Lundi 5 octobre 2026 · lundi, 27ᵉ sem. ordinaire (paire)

En bref : Que peut la spiritualité chrétienne pour vous, personnellement ? Émilie et Raymonde Richard partent du soir de la vie et de la question de l'héritage pour montrer une foi qui invite à la vérité sur soi et au sens des gestes quotidiens. La figure du bon samaritain vient dire une charité qui rend frères, fait confiance et ouvre à la liberté.

Bonjour à toutes et à tous, et bienvenue dans l'émission « Foi, chemin de liberté ». Je suis en compagnie de Raymonde Richard. Bonjour Raymond.

Bonjour Émilie, bonjour à tous.

Une quête personnelle

Aujourd'hui, pour cette émission, je me suis proposé un sujet — vous allez dire que j'enfonce des portes ouvertes : la spiritualité chrétienne au secours de chacun. On dit qu'elle est au secours de la planète, mais pour nous, chacun individuellement ? On nous dit toujours que les églises se vident, qu'il y a de moins en moins de prêtres. Je me dis qu'il faudrait peut-être se ressaisir et se dire que s'appuyer sur le Christ, ce n'est pas faire un mauvais choix. Pour moi, c'est même un excellent choix.

Cette formule, « au secours de chacun », c'est pour rappeler que la spiritualité, toutes religions confondues, est avant tout une quête personnelle.

Oui, c'est une quête personnelle, bien sûr. On naît dans une culture : si j'étais née en Inde, j'aurais sûrement été bouddhiste ; née en France, je suis catholique. Mais il faut ensuite se réapproprier ses racines pour en vivre. Et puis il y a la question du soir de la vie : qu'est-ce qu'on peut dire ? Se fonder sur le Christ, c'est quelque chose de solide.

Au soir de la vie : quel héritage ?

Au soir de sa vie, on réfléchit à son passé, on relie un peu son histoire. On parle d'une quête personnelle, mais c'est une quête personnelle qu'on partage tous : nous avons une expérience commune à tous les êtres humains, la finalité de la mort. Là, il faut bien se poser les questions et se positionner.

Je ne me positionne pas dans la mort — ce sera peut-être demain, peut-être dans vingt ans, je n'en sais rien. Mais je peux me demander : ce que je fais chaque jour, en réfléchissant sur le passé... On se pose la question : quel héritage je laisse ? Peut-être un héritage en biens, en argent, en œuvres d'art, parce que j'ai vu beaucoup d'expositions, parce que j'ai eu une vie riche culturellement.

Oui, mais il y a aussi d'autres questions : qui ai-je aidé autour de moi ? Parce que, très honnêtement, les œuvres d'art qu'on a vues, on ne les enterre pas avec soi. On n'a jamais vu de cercueil suivi par un coffre-fort.

Ni par de grosses malles bien remplies : ça n'existe pas. Mais je peux me dire : j'ai fait ce métier, et j'y ai eu beaucoup de joie. Ou bien : j'ai planté des fleurs, et je suis contente de les avoir plantées, parce que cela rendait beau le cadre où j'étais. Les fleurs sont mortes, certes, mais cette beauté que j'ai semée autour de moi demeure. Ou encore : ai-je pu faciliter la vie de quelqu'un ? Cela ne se compte pas. Cela permet d'unifier la personne, de se dire : je suis dans ma ligne, je suis en bon accord avec moi-même.

Se faire face, sans se raconter d'histoires

Finalement, la spiritualité nous oblige à être présents ici et maintenant, et à nous faire face. Elle implique une certaine vérité et un discernement sur nous-mêmes et sur ce que nous faisons.

C'est le second point, parce que la spiritualité chrétienne demande justement de faire le point. On se pose la question : ai-je été là pour les autres ? Mais surtout, il s'agit de se retrouver, sans se raconter d'histoires. Car on peut se raconter des histoires, on peut faire semblant. Quand je fais un enterrement, il y a toujours le panégyrique de celui qui est mort ; et parfois, quand j'entends des gens parler en bien de quelqu'un, je me dis : « Oh, il est mort ! » Je m'interroge. Se retrouver, ne pas faire semblant, être en accord avec soi-même, c'est un point important. La spiritualité chrétienne nous demande de discerner ce qui est le meilleur pour soi, de regarder jour après jour : dans ce que j'ai fait, qu'est-ce qui m'a rempli de joie ? Qu'est-ce qui a été négatif ? Qu'est-ce qui m'a rendu triste ? En tout cas, ne pas se jouer la comédie.

Il y a là une notion, dans la spiritualité chrétienne, de conversion perpétuelle, de retour sur soi.

De retour sur soi, et de retour sur ce que je vais choisir. La question, c'est : qu'est-ce qui fait que je me lève chaque matin ? Pour quoi est-ce que je me lève ? On peut regarder des vidéos, faire des petits jeux, lire le journal jusqu'aux petites annonces — qui ne servent à rien. On peut faire beaucoup de remplissage. Et puis il y a des moments où l'on est beaucoup plus satisfait, parce qu'on a rencontré des personnes, parce qu'on a pu échanger sur quelque chose.

Le sens des gestes quotidiens

La spiritualité chrétienne est vraiment au secours de chacun, parce qu'elle propose, par exemple, de faire à manger — pour soi, mais aussi pour sa famille, pour les autres. Il y a un regard sur les autres.

C'est aussi trouver du sens dans des gestes très quotidiens. Vous parliez de planter des fleurs ; cela peut être préparer un repas, beaucoup de petites choses qui, finalement...

Ce ne sont pas de petites choses : elles ont du sens parce qu'elles sont faites en lien avec l'autre. Cela peut être son conjoint — moi, je suis encore mariée.

Encore ? Il appréciera le « encore » !

J'espère pour longtemps ! Mais pour chacun, il y a d'autres personnes à proximité, et ces proches sont importants. C'est la lettre que j'ai aidé à écrire, le fait d'avoir emmené quelqu'un quelque part, d'avoir aidé un enfant à mieux comprendre son problème de mathématiques. Toutes ces petites choses de la vie prennent du sens. Le Christ, dans l'Évangile, ne nous dit pas seulement « Va et suis-moi », comme une question de messe ou de prière : c'est la vie quotidienne, menée dans la vie quotidienne.

La règle d'or : devenir frères

Justement, cela nous ramène à la règle d'or.

Oui, c'est très important : « Ne fais pas à autrui ce que tu ne voudrais pas qu'on te fasse. » Ou bien : « Aimez-vous les uns les autres. » Ce sont les deux versants de la même chose : la face chrétienne, « aimez-vous les uns les autres, et aime, fais ce que tu veux » ; et la règle d'or, « ne fais pas à autrui ce que tu ne voudrais pas qu'on te fasse ».

Et cela nous rend frères. C'est la définition même : vous êtes frères les uns des autres, parce que nous sommes du même Père. Mais elle nous rend frères avec des gens dont, a priori, on se dit : « Je n'ai rien de commun avec lui, ou avec elle. » Regarder autrement l'autre, même celui qui ne partage pas les mêmes idées — auxquelles on s'accroche parfois —, grâce à cette spiritualité chrétienne, c'est aussi se faciliter la vie, plutôt que d'être dans l'acrimonie.

Une fois qu'on a eu un conflit, qu'on s'est bien disputé — et c'est important de se disputer —, il faut être capable de se dire : au-delà de cette dispute, qu'est-ce qui peut être commun ? Qu'est-ce qui nous réunit ? Tu m'as fait progresser, je t'ai fait progresser ; ou du moins, je t'ai fait bouger, ou changer ; ou au moins, on accepte qu'il y ait un autre qui pense complètement différemment.

Et c'est pertinent aujourd'hui. On voit les gens s'écharper, notamment sur les fameux réseaux sociaux. Comme on reste entre soi, on ne risque pas de s'écharper : on élimine les autres, parfois autour de choses fausses. La spiritualité chrétienne, elle, demande qu'on fasse la vérité, puisque le Christ nous dit : « Je suis le chemin, la vérité. » C'est quelque chose de fondamental dans les relations les uns avec les autres. Le secours de la spiritualité chrétienne pour mener sa vie est précieux.

Le bon samaritain : confiance et liberté

Il y a un autre épisode des Évangiles qui résonne encore aujourd'hui et n'a jamais perdu de sa pertinence : le bon samaritain. Qu'est-ce que cela nous dit de la spiritualité chrétienne ?

C'est la spiritualité avec les autres. Moi, je trouve que la spiritualité chrétienne fonde les droits de l'homme : nous sommes créés en Dieu, nous sommes frères en Dieu, et l'autre est le réceptacle de Dieu. Le bon samaritain en est l'image parfaite. Vous connaissez l'histoire, je ne vais pas la raconter, mais arrêtons-nous à celui qui s'arrête.

Celui qui s'arrête le fait par humanisme. Il s'arrête, il prend le blessé sur sa monture, il touche cette personne — c'est-à-dire qu'il se laisse toucher. Et déjà, se laisser toucher, c'est important. Mais en même temps, il ne fait pas tout lui-même : il fait confiance à l'hôtelier, donc à l'institution. La spiritualité chrétienne nous amène à faire confiance à l'autre comme partenaire pour faire avancer les choses : pour faire avancer la démocratie, le soin des autres, le soin de ce particulier qui est là.

Et puis il paye, et il s'en va : il ne rend pas l'autre dépendant de lui. Là aussi, la spiritualité chrétienne ouvre à la liberté. Notre émission s'appelle « Foi, chemin de liberté » — eh bien, c'est vraiment vrai. Le blessé est-il guéri ? Sûrement. Mais il va son chemin. On ne voit pas, dans l'Évangile, le Christ le récupérer pour le mettre dans une église ou le faire suivre comme disciple. Peut-être devient-il disciple, je ne sais pas ; mais cette ouverture à la liberté me paraît tellement importante.

Et l'hôtelier n'a pas lâché : il suit l'affaire de loin, pour que les choses aillent à leur terme. Dans la spiritualité chrétienne, ce que je fais aujourd'hui va mourir — le moment passé est mort —, mais cela ouvre toujours à un avenir : je continue à œuvrer dans le même sens. Le bon samaritain dit à l'hôtelier : « Tu suis l'affaire, je te fais confiance. » C'est un monde de confiance, un monde de liberté.

Et un monde de relation, parce qu'il ajoute : « Ce que tu auras dépensé de plus, je te le donnerai. » Il y a cette dimension : celui qui part continue sa vie loin de celui qu'il a secouru, mais il ne s'en désintéresse pas — il revient. Et il construit la relation avec l'hôtelier.

Cette spiritualité chrétienne, que d'aucuns trouvent ratiocinante, ouvre à la liberté et à la solidarité — mais pas seulement à une solidarité lointaine. Cela peut être une solidarité lointaine, mais on suit les affaires pour que la dignité de l'homme ne soit pas bafouée : ceux dont on se rend proche au loin, mais aussi ceux qui sont proches, pour lesquels on continue à prendre des nouvelles. Ce geste de prendre des nouvelles du blessé, chez le bon samaritain, est vraiment une clé.

Comme je le disais, c'est un épisode qui n'a jamais perdu de sa pertinence, qui a du sens pour toujours.

Nous allons nous quitter sur cette très belle notion de liberté, au cœur de « Foi, chemin de liberté ». Merci beaucoup, Raymond.

Transcription de l'émission Foi, chemin de liberté, produite et diffusée par Radio Grand Ciel (Chartres). L'écoute reste la référence : épisode original.