La vie de saint Ignace de Loyola (1/4)
En bref : vous suivez ici la première des quatre émissions consacrées à la vie de saint Ignace de Loyola. Vous le découvrez de sa naissance en 1491 jusqu'à ses années d'études, du jeune homme de cour au converti de Manrèse. Vous voyez peu à peu naître le discernement des esprits, au cœur de ce qui deviendra la spiritualité ignatienne.
Bonjour à vous qui rejoignez notre émission. Dans la rubrique « Témoins d'hier et d'aujourd'hui », je vous propose de découvrir ensemble la vie de saint Ignace de Loyola. Nous le suivrons au fil des années, au cours de quatre émissions.
La voie ignatienne concerne la découverte de la liberté : liberté de devenir celui ou celle que nous sommes appelés à être, liberté d'aimer et d'accepter l'amour, de prendre de bonnes décisions, liberté de faire l'expérience de la beauté de la création et du mystère de l'amour de Dieu. Cette invitation est bien le fruit de toute une vie. Nous n'allons pas aborder la spiritualité ignatienne proprement dite, mais nous accompagnerons Ignace sur les différents chemins de sa vie d'homme, ardente et emplie, je cite, « du désir d'aider les âmes ».
Ignace vient au monde (1491)
Ignace vient au monde en 1491, dans cette dernière décennie du XVe siècle, porteuse de tant de promesses et d'espoirs. 1491 : Érasme a 25 ans, Copernic 18, Michel-Ange 16, Luther tout juste l'âge de raison. Un an plus tard, Colomb offrira à l'Espagne l'Amérique et ses ors. Puis viendront Rabelais, Machiavel et tant d'autres encore, qui permettront de poser un regard neuf sur l'homme et sur son rapport à l'univers ainsi qu'à Dieu.
Ignace naît donc en 1491 à Azpeitia, dans la famille de Loyola, famille de seigneurs à la culture basque, à la tradition violente, à la piété affirmée.
Un mauvais sujet à la cour
Fidèles serviteurs de la couronne de Castille, les Loyola seront récompensés : à 16 ans, Ignace est appelé à servir auprès de l'équivalent du ministre des Finances de l'époque, en tant que page, en tant qu'écuyer, sans doute plutôt comme secrétaire. Et c'est un bien mauvais sujet que ce garçon de 16 ans. Beaucoup plus tard, son secrétaire, proche confident, nous rapporte, je cite : « Bien qu'il fût attaché à sa foi, il ne vivait en rien conformément à elle, et était spécialement adonné aux jeux et aux questions des femmes, ainsi qu'aux rixes et à l'usage des armes. »
D'ailleurs, le futur saint nous dit lui-même que, je cite, « jusqu'à l'âge de 26 ans, il fut un homme adonné aux vanités du monde, avec un grand et vain désir de gagner de l'honneur ». À 24 ans, il passa même en jugement, mais l'affaire demeure mystérieuse. Histoire d'enlèvement, bagarre avec l'intention d'infliger de sérieux dommages : une vraie tête brûlée, à l'instar de tant d'autres, avant d'être rejoint et converti de manière radicale.
Pampelune : le boulet de canon (1521)
Dix ans plus tard, à 26 ans, son protecteur meurt. Ignace part alors pour Pampelune et se fait écuyer. Gentilhomme issu d'une famille de seigneurs et de soldats, il semblait cohérent qu'après avoir été un homme de cour, il se fasse homme de guerre.
En 1521, la ville est assiégée par les Français. Un boulet va fracasser la jambe droite d'Ignace. Les porteurs de civière mettront environ dix jours à le ramener chez lui : vrai chemin de croix pour le blessé. Mais le pire était encore à venir. Arrivé à la casa solar, c'est-à-dire la demeure familiale, on constate que la première opération, faite en urgence sur le champ de bataille, a été bâclée. Ignace, fort soucieux de son apparence, se soumet alors à une suite d'opérations effroyables. Une vraie boucherie, nous dit-il, mais qu'il va supporter sans broncher, fier de son stoïcisme. Toutefois, il restera boiteux toute sa vie.
La convalescence : deux livres pour seule lecture
Il doit pour l'heure absolument garder le lit. Lui qui aimait tant les histoires de chevalerie n'a à sa disposition que deux livres : l'un sur la vie du Christ, l'autre sur la vie des saints. À quoi rêver maintenant ? Faire de grandes choses pour Dieu, comme saint François, saint Dominique, ou bien partir rejoindre la dame de son cœur ?
Et peu à peu, c'est pour lui l'occasion d'un cheminement intérieur, voire d'un retournement. Il n'est plus question de prouesse militaire, d'exploits chevaleresques. Un nouveau désir va monter en lui : devenir comme ces saints dont il découvre la vie et, comme eux, servir Dieu. Va-t-il passer de l'ambition militaire à l'ambition spirituelle ? Peut-être. Dieu a pu se servir de l'orgueil d'Ignace, Dieu qui écrit droit avec nos lignes courbes.
La diversité des esprits
Bien sûr, Ignace reste encore habité par des pensées mondaines auxquelles il se complaît. Mais, je le cite longuement : « Il y avait toutefois cette différence. Quand il pensait à ce qui était du monde, il s'y complaisait beaucoup ; mais quand, lassé, il cessait d'y penser, il se trouvait aride et insatisfait. En revanche, aller à Jérusalem à pied, ne plus manger que des herbes, se livrer à toutes sortes d'austérités : non seulement il éprouvait de grands élans intérieurs quand il méditait sur des pensées de ce genre, mais même après les avoir quittées, il restait satisfait et allègre. Saisissant par expérience qu'après certaines pensées il restait triste, et qu'après d'autres il restait joyeux, il en vint à connaître la diversité des esprits qui s'agitaient en lui. »
Cette extrême attention au mouvement qui habite chacun de nous, l'expérience de la tristesse ou de l'allégresse ainsi éprouvée, est le point de départ de la spiritualité ignatienne : le discernement des esprits, nécessaire pour faire la volonté de Dieu. De cette manière d'agir, des expériences faites, des combats intérieurs menés, Ignace tirera un certain nombre de règles et d'exercices pratiques qui seront regroupés dans ce qui deviendra les Exercices spirituels. C'est peut-être le seul livre à vivre, et non pas à lire, pour se mettre à la suite du Christ en cherchant et trouvant Dieu en toutes choses.
Le départ : Montserrat
Une fois rétabli, il décide de se consacrer entièrement à Dieu et d'aller à Jérusalem, en choisissant une vie de sacrifice et de pénitence. En février 1522, celui qui a 31 ans quitte la demeure des Loyola, en rupture radicale avec son passé.
Au début du périple, un épisode est resté célèbre. Chevauchant sa mule, il est rattrapé par un Maure, et la conversation va alors aborder le sujet épineux de la virginité de Marie, qui laisse le Maure sceptique. Ignace s'enflamme alors et finit par effrayer son interlocuteur, qui prend la fuite. Resté seul, Ignace s'interroge et se reproche de ne pas avoir combattu l'incrédule, quitte à le poignarder. Mais doit-il céder à la violence ? Lui, le maître du discernement, laisse alors la mule décider, et le sage animal va prendre une route différente de celle du Maure, lui sauvant peut-être ainsi la vie.
Ce chevalier errant qui chevauche vers Rome et Jérusalem est bien encore le seigneur basque, tout empli, je cite, du « grand et vain désir de gagner de l'honneur ». Avant d'arriver à l'abbaye bénédictine de Montserrat, en Espagne, il se revêt de ce qu'il nomme son sac, tunique de chanvre rêche et inconfortable. Il se dépouillera de tous ses vêtements, qu'il donnera à un mendiant, et va déposer armure et épée devant une statue de Marie. Le voici prêt pour le grand voyage.
Manrèse
Mais il a déjà parcouru 300 kilomètres ; son corps épuisé et sa jambe malade demandent des soins. Il s'arrête alors dans une petite ville, Manrèse. Et ce qui devait être une simple escale va devenir un haut lieu de son aventure spirituelle. Là, pendant presque un an, il multiplie les pratiques austères : il jeûne, prie jour et nuit, laisse pousser cheveux et ongles, renonçant ainsi à son ancien désir de belle apparence. Période terrible, marquée par une grande sécheresse spirituelle, allant jusqu'à la tentation du désespoir, voire du suicide.
Mais peu à peu, il modérera ses pratiques extrêmes et va vivre de nombreuses expériences mystiques, dont celle qu'on appelle l'illumination du Cardoner, au cours de laquelle, je cite, « il eut l'intelligence et la connaissance de choses nombreuses, aussi bien spirituelles que relevant de la foi et de la culture profane ». Le temps passé à Manrèse le transforme radicalement et l'aide à formuler les idées qui seront plus tard rassemblées dans les Exercices spirituels.
Rome, la Terre Sainte et le temps des études
En mars 1523, il part pour Rome, où il reçoit la bénédiction du pape, puis va vivre trois mois en Terre Sainte. Il va comprendre alors qu'il servirait bien mieux l'Église après avoir acquis une solide formation intellectuelle et en étant ordonné prêtre. À plus de 33 ans, à Barcelone, il se fait donc écolier docile ; puis, à Alcalá, en mendiant, prêchant le petit peuple, il va faire l'objet d'une enquête de l'Inquisition, dont il sortira indemne.
En juillet 1527, avec quatre compagnons, il arrive à Salamanque, la plus prestigieuse des universités espagnoles. Il est alors emprisonné 22 jours par les Dominicains, l'ordre le plus lié à l'Inquisition. Il en sortira relaxé, mais ayant compris que, pour mener à bien sa mission, il lui faut acquérir la science, la logique et l'art de communiquer. L'année suivante, il chemine vers Paris, capitale intellectuelle, pendant deux longs mois, à pied, le petit âne offert par des amis pour le soulager de sa marche ayant été chargé de livres.
La prière d'Ignace
Pour terminer cette première écoute, je vous propose d'entendre ensemble la prière composée par Ignace lui-même.
Prends, Seigneur, et reçois toute ma liberté, ma mémoire, mon intelligence et toute ma volonté, tout ce que j'ai et tout ce que je possède. C'est toi qui m'as tout donné ; à toi, Seigneur, je le rends. Tout est à toi, dispose-en selon ton entière volonté. Donne-moi seulement de t'aimer et donne-moi ta grâce : elle seule me suffit.
Donne-moi seulement de t'aimer.
Transcription de l'émission Foi, chemin de liberté, produite et diffusée par Radio Grand Ciel (Chartres). L'écoute reste la référence : épisode original.