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L'alliance

🎓 Enseignement

Raymonde Richard · Enseignements et témoignages · diffusé en févr. 2022

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En bref : Vous suivez un entretien avec Raymonde Richard autour d'un thème au cœur de la foi chrétienne : l'alliance de Dieu avec les hommes. Vous verrez comment cette alliance, jamais rompue et toujours rouverte, se dévoile pleinement dans le Christ. Et vous entendrez en quoi ce lien, loin d'enfermer, libère et invite chacun à prendre sa place pour construire le royaume.

Pourquoi ce thème ?

— Bonjour à toutes et à tous, et bienvenue dans cette émission « Foi, chemin de liberté ». Aujourd'hui, c'est avec Raymonde Richard que nous passerons ce quart d'heure autour d'un thème qui est complexe, comme souvent avec Raymond : celui de l'alliance. Bonjour Raymond.

— Bonjour.

— Je suis un peu taquine pour commencer cette émission, mais c'est vrai qu'on aborde des sujets qui, a priori, sont plutôt complexes pour les gens qui sont peut-être un peu éloignés des thèmes d'Église. Et ce thème d'alliance, il me semble, n'est pas forcément le plus simple. Alors pourquoi ce choix ?

— L'alliance, c'est parce que c'est à la base de la foi chrétienne. L'alliance avec Dieu, et c'est l'alliance de Dieu avec les hommes. Et la question, c'est : est-ce que l'alliance est un lien qui libère ?

— On rappelle le titre de cette émission : « Foi, chemin de liberté ».

— Voilà. Alors, est-ce que, justement, l'alliance avec Dieu libère ? Parce que, finalement, quand on pense Dieu, on pense quelquefois à un corpus de lois. Alors effectivement, il y a les lois de l'Ancien Testament, mais en fait, ces lois sont celles des relations humaines.

L'alliance dans l'Ancien Testament

— Alors quand on parle d'alliance, justement, Raymond, de quelle alliance parle-t-on ? Parce que là, on évoque celle de Dieu et des hommes.

— Celle de Dieu et des hommes, oui, puisque la Bible, c'est l'histoire de l'alliance de Dieu et des hommes. Avec ses hauts et ses bas. Avec un engagement de la part de Dieu, puisque c'est Dieu qui crée l'homme, puis Dieu qui appelle Moïse. Dieu s'engage, mais il appelle l'homme à lui répondre.

— On a l'impression que cette alliance, dans l'Ancien Testament, souvent, elle ne tient qu'à un fil. Il y a des épisodes un peu dramatiques.

— Il y a des épisodes dramatiques, et puis il y a des épisodes où l'homme tourne les talons.

— Je ne sais pas, le déluge, par exemple. Justement, il n'y a plus d'alliance du tout, puisque l'histoire raconte que tout est englouti, sauf justement ce sauvetage de tous les animaux et d'un couple sur l'arche de Noé.

— Et puis après, il y a l'alliance symbolisée par l'arc-en-ciel. Dieu fait alliance avec les hommes et s'engage à ne plus détruire. En fait, cette alliance, même si on a l'impression qu'elle a des hauts et des bas, c'est une alliance qui est toujours ouverte. Dieu laisse toujours la porte ouverte. Ça, c'est ça qui me paraît très intéressant. Dieu laisse la porte ouverte. Dans l'Ancien Testament, il envoie un prophète ; mais dans le Nouveau Testament, c'est l'alliance avec le Christ qui nous dit : « Je suis venu appeler tous les hommes. » Il est juif dans un monde juif, mais il dit à ceux qui lui demandent : « Je suis venu pour les justes, mais aussi pour les pécheurs. »

L'alliance dans le Christ

— C'est de cette façon-là que le Christ éclaire cette notion d'alliance avec Dieu ?

— Le Christ a l'alliance avec son Père — « toi en moi et moi en toi » — mais il nous entraîne sur ce chemin, dans une alliance avec le Père qui passe par lui. Donc les hommes font alliance avec le Christ.

— Alors, qu'est-ce que ça nous dit, pour nous, chrétiens d'aujourd'hui ?

— L'alliance avec le Christ, elle nous fortifie. Dans notre chemin, cette alliance permet à chacun d'avancer en disant « tu peux » et en étant soi-même.

— Ce qui me paraît effectivement intéressant, c'est qu'on est loin de l'individualisme, on est loin de la compétition. On est appelé à être heureux dans cette relation avec le Christ et dans la construction du royaume. Alors, la construction du royaume, c'est…

— Eh bien, le loup dort avec l'agneau. C'est une alliance qui crée un monde de paix, un monde de justice, un monde solidaire, où c'est le regard bienveillant de chacun vis-à-vis de l'autre qui importe.

Une alliance pour toute la société

— Et dans la société contemporaine, où les chrétiens sont tout de même minoritaires — on dit que les catholiques, ceux qui pratiquent, vont à la messe le dimanche, c'est 2 % de la population…

— Mais pour l'agnostique aussi, l'alliance, elle est avec les autres hommes. Et pour qu'il y ait une relation correcte des uns vis-à-vis des autres, il faut justement qu'il y ait ce souci de la solidarité, ce souci des plus pauvres, ce souci de faire en sorte que le handicapé ait sa place, que la femme ait sa place, que ceux qui, a priori, sont inaptes aient leur place. Ça me paraît important. C'est vraiment un point sur lequel l'alliance telle que la Bible, telle que l'Évangile la propose, est une alliance positive, qui fait grandir le sentiment de fraternité entre tous les hommes. Elle ouvre aussi à la liberté, puisqu'elle dit à chacun : « tu peux. » Elle permet à chacun de continuer son propre chemin, parce que nous l'habitons, et aussi d'être responsable de la société et de la Terre. Parce que finalement, l'ensemble des hommes sont sur une planète qui est finie, où les ressources ne sont pas inépuisables, et où il y a la notion de bien commun. Dans la société civile, on dit le bien commun ; dans le monde chrétien, on dit le royaume de Dieu. Mais le royaume de Dieu, c'est plutôt un royaume où c'est le bien commun qui l'emporte sur la compétition ou sur le chacun pour soi.

Une alliance non invasive

— Alors, en préparant cette émission, Raymond, vous avez eu ce terme : une alliance qui était non invasive.

— Oui, parce qu'elle demande à chacun de prendre sa place. Mais si chacun prend sa place, ça veut dire qu'on n'envahit pas l'autre. On permet à l'autre d'exister à côté de soi, et l'autre permet à chacun d'exister. C'est important, parce que, souvent, dans la société contemporaine, les gens se plaignent d'un système qui les uniformise, voire qui les broie. On le voit : en ce moment, le grand thème, c'est vaccination, pas vaccination, et les gens disent : « C'est insupportable d'être obligé d'être vacciné. » Sur le fond de la vaccination, j'ai mes propres idées, mais on en arrive à une situation où ce qui paraît être le bien commun apparaît comme oppression. Or, pour vivre ensemble, pour circuler, il faut que les voitures circulent à droite, qu'on s'arrête au feu rouge. Il y a un ensemble de règles que l'on suit et qui permettent à chacun de respecter l'autre. Au carrefour, on attend que les autres passent. Mais aussi, dans la société, c'est très important d'avoir une place pour chacun. Je pense par exemple à l'entreprise, au travail : auparavant, on savait exactement ce que faisaient les parents ; alors que maintenant, dans ce travail parcellisé où chacun fait un petit bout, on a l'impression d'être un appendice de la machine devant laquelle on se tient, ou un appendice de l'ordinateur auquel on répond. Et là, ce sentiment de l'alliance, permettre à chacun d'être soi, me paraît important.

Un rempart contre l'abus de pouvoir

— Alors, Raymond, je n'ai pas envie de déprimer tout le monde, mais enfin, ce royaume de Dieu, ce bien commun, on a plutôt l'impression qu'il s'éloigne. Vous l'avez rappelé, le contexte est plutôt tendu, les gens sont prompts à s'enflammer. Alors, qu'est-ce qui coince ? Pourquoi est-ce que ça ne va pas de soi ?

— C'est là que je trouve que le modèle de l'alliance biblique est intéressant. L'alliance biblique appelle chaque chrétien, chaque baptisé. Je pense par exemple au rite du baptême : chaque enfant est appelé par son nom et par son prénom. C'est Adam, ou Christine, ou Marie-Thérèse qui est baptisée. On est appelé par son nom. Dans l'alliance avec Dieu, chacun est appelé par son nom et sur sa route. Et sa route n'exclut pas les routes de l'autre. Dans les célébrations chrétiennes, on permet à tous et à chacun de venir célébrer Dieu, de reconnaître qu'ils reçoivent la vie de lui, et d'avancer pour construire le royaume, chacun sur son chemin, en respectant l'autre. On arrive à une situation où les gens se trouvent stressés dans leur travail, se sentent mal, vont chercher un psychologue. Et moi, je me dis : peut-être, pour retrouver le sens, faut-il permettre à chacun de prendre sa place, de construire. Et ça, c'est typiquement chrétien.

— Et c'est un rempart contre bien des travers, et notamment contre l'abus de pouvoir ?

— Oui. Le chrétien a le devoir de se révolter contre l'abus de pouvoir. Que ce soit le pouvoir religieux, lorsqu'il devient oppressif — je vois que, dans certaines religions, si on ne suit pas exactement la règle telle qu'elle est, il nous arrive des histoires — ou bien le pouvoir de ceux qui ont l'argent, de ceux qui veulent faire que la loi serve leurs intérêts plutôt que l'intérêt commun. D'où l'appel à participer à construire le royaume en y étant responsable, et en permettant que le loup cohabite avec l'agneau. Le loup, c'est celui qui est peut-être puissant, et l'agneau, celui qui est petit. Ça veut dire qu'on permet à chacun d'exister. C'est un modèle intéressant pour la société d'aujourd'hui : une société dans laquelle on tient compte des plus petits, et, puisque nous sommes sur une terre limitée, où l'on tient compte aussi de ceux qui nous suivent et qui hériteront de la terre. Faire en sorte que la terre puisse continuer son histoire, que les hommes puissent continuer la leur : c'est vraiment tenir compte des autres. Ça veut dire aussi, dans certains cas, lutter contre ceux qui abusent de leur pouvoir, ou contre ceux qui ont tendance à imposer une loi qui ne respecte pas le bien commun.

— Alors cette alliance, ça peut être un rempart pour favoriser la démocratie ?

— Pour se parler, pour que la parole évite des critères tyranniques qui arrangent bien les puissants, ceux qui veulent faire un monde à leur manière.

— Alors, cette alliance en tant que lien qui libère — et ce sera le mot de la fin —, finalement, c'est un point à contre-courant ?

— C'est peut-être un peu un point à contre-courant. Mais ça veut dire que la société qui est créée par l'alliance est une société qui se mobilise pour que tous prennent leur place, qui s'interroge sur la manière dont elle gère la Terre, et qui ouvre la porte à tous les hommes.

— Merci beaucoup, Raymond. Et à très bientôt dans « Foi, chemin de liberté ».

Transcription de l'émission Foi, chemin de liberté, produite et diffusée par Radio Grand Ciel (Chartres). L'écoute reste la référence : épisode original.