Teilhard de Chardin, mystique du Christ universel
🎓 Enseignement · Jn 1, 9
Témoins d'hier et d'aujourd'hui · diffusé en avr. 2020
🎧 Écouter sur Radio Grand Ciel📖 Ce texte à la messe : Dimanche 13 décembre 2026 · 3ᵉ dim. Avent B
En bref : Vous retrouvez le père jésuite Pierre Teilhard de Chardin, dont la biographie a été évoquée dans l'émission précédente. Ce deuxième volet parcourt quelques pistes de sa pensée mystique : la création comme livre ouvert et lumineux, le Christ universel au centre de tout, l'amour comme énergie fondamentale et l'Eucharistie comme présence de Dieu dans le monde. Il s'achève par la lecture de plusieurs passages de « La messe sur le monde ».
Dans notre émission « Foi, chemin de liberté », je vous propose de retrouver maintenant le père jésuite Pierre Teilhard de Chardin, dont nous avons évoqué la biographie dans l'émission précédente. Évocation bien incomplète, bien sûr, car comment résumer en peu de temps une vie si dense ?
Il en sera de même aujourd'hui. La pensée de Teilhard est riche, infiniment complexe parfois, et multiforme. Philosophe, très certainement, chercheur et scientifique de haut vol, c'est évident, mais surtout, et par-dessus tout, un mystique dont la parole et l'approche sont uniques, nouvelles, parfois déroutantes, mais toujours enseignantes. Nous ne pourrons évoquer aujourd'hui que quelques pistes au sein d'une œuvre et d'une vie foisonnantes, et je me suis essentiellement appuyé pour cela sur le travail du père André Dupleix.
Le monde, nous dit Teilhard, s'est peu à peu allumé, enflammé à mes yeux, jusqu'à devenir, autour de moi, entièrement lumineux par le dedans. La diaphanie du divin au cœur du monde. La création est pour lui un livre constamment ouvert à la recherche et à la contemplation de l'homme. Elle est parole et signe de Dieu, et d'un Dieu incarné, car la lumière véritable est venue en ce monde (Jean 1, 9).
Le Christ, alpha et oméga
Cette lumière, on le sait, c'est celle du Christ. Il est au centre de la pensée, au cœur de l'existence de Teilhard. C'est pour lui, je le cite, « l'alpha et l'oméga, le principe et la fin, celui qui achève et résume tout en lui ». Né de Marie, mort sur la croix, le ressuscité du matin de Pâques étend son pouvoir jusqu'aux limites de l'univers. C'est le Christ universel, qui habite le monde et le cœur des hommes, qui libère et accomplit.
Mort par amour sur la croix, dans la rupture, la souffrance violente et la nuit. Mais parce que le Christ est Dieu, la lumière n'est pas absente du Golgotha, elle est autre. À première vue, ce corps sanglant peut nous paraître funèbre. Mais n'est-ce pas de la nuit même qu'il rayonne ? L'abandon au Père est pour Jésus l'ouverture totale et définitive à la lumière et à la vie.
Et si la croix, bien sûr, reste toujours un scandale et une question, Teilhard nous invite à y voir le sang qui circule et donne vie, plus encore que celui qui est répandu. Enfantement et lumière. Comme pour saint Jean, dont il est proche, l'heure de la croix est pour Teilhard, à l'instant même, l'heure de la gloire du Christ.
L'amour, énergie fondamentale
Et dans cette spiritualité, la place de l'amour est primordiale. L'amour est l'énergie fondamentale, la manifestation de Dieu dans la création. Et cet amour n'étant évidemment rien d'une force anonyme, c'est une réalité personnelle, incarnée en Christ. Dès lors, je cite : « Impossible d'aimer les autres sans aimer le Christ. » Et impossible d'aimer les autres sans se rapprocher du Christ.
Et Teilhard insiste, supplie : « Mon Dieu, je vous l'avoue, j'ai bien longtemps été, et suis encore, réfractaire à l'amour du prochain. Mon Dieu, faites pour moi, dans la vie de l'autre, briller votre visage. »
Et sans cesse, Teilhard nous invite à chercher et imiter le Christ, et son témoignage fait de paroles et d'actes. Comment ne pas penser alors au récit johannique du lavement : « Ce que j'ai fait pour vous, faites-le vous aussi » ? L'action n'a de sens que par l'amour qui l'habite.
Les ardents : être, aimer, adorer
Et ceux qui agissent en ce sens sont appelés par Teilhard les ardents. Je cite encore : « Ceux pour qui vivre est une ascension. » La foi est ici vive et active. Le bon grain enfoui porte un fruit qui demeure. Les ardents marchent vers la vie.
Et pour l'atteindre, trois mouvements intérieurs, qui sont autant de balises. Se centrer sur soi, c'est-à-dire mettre encore et encore de l'ordre et de l'unité dans nos idées, nos sentiments, notre conduite. Puis se décentrer sur l'autre, et c'est là le sens profond de l'amour. Et enfin, ramener toute sa vie, tout son être, à un plus grand que soi. Pour résumer ces trois étapes : d'abord être, puis aimer ensuite, et finalement adorer.
L'Eucharistie
Au cœur même de l'adoration, il y a l'Eucharistie. Je cite encore : « Elle est le sacrement unique auquel se réfèrent tous les autres. Quand le prêtre dit ces mots, "Ceci est mon corps", la parole tombe directement sur le pain et le transforme en la réalité individuelle du Christ. Mais à travers tous les temps, tous les jours de chaque homme, et tous les âges de l'Église, et toutes les périodes du monde, il n'y a qu'une seule messe et qu'une seule communion. »
La foi du savant jésuite est avant tout eucharistique. Ce sacrement est, par excellence, signe de la présence de Dieu dans le monde. Dans sa vision mystique, elle est bien sûr au centre de la vie spirituelle, mais aussi au cœur même de l'évolution de l'univers. Le corps mystique prend alors toute sa dimension.
L'Eucharistie nous rappelle que le royaume est au-dedans de nous et qu'il est appelé à se développer. Peu à peu, la présence de Dieu signifiée dans la communion peut transformer le regard et le cœur, et unir toujours plus étroitement le croyant à son Dieu. Je cite encore : « En moi, Seigneur, périodiquement, les saintes espèces pourront s'évanouir. Chaque fois, elles me laisseront plus profondément dans les nappes de votre omniprésence. Vivant et mourant, je ne cesserai à aucun moment d'avancer vers vous. »
La messe sur le monde
« La messe sur le monde » est sans doute le texte le plus connu de Teilhard. C'est une longue prière qui célèbre la présence lumineuse et active de Dieu dans le monde. Sa structure suit celle de l'Eucharistie, et je me propose de vous en lire quelques passages. Pour des raisons de temps, bien sûr, il a fallu faire de nombreuses coupures dans les passages cités.
Tout commence par l'offrande, c'est-à-dire l'offertoire.
Puisqu'une fois encore, Seigneur, je n'ai ni pain, ni vin, ni autel, je vous offrirai, moi, votre prêtre, celle de la terre entière, le travail et la peine du monde. Je placerai sur ma patène, ô mon Dieu, la moisson attendue de ce nouvel effort. Je verserai dans mon calice la sève de tous les fruits qui seront aujourd'hui broyés. Et là, j'appellerai le feu.
Et c'est le feu au-dessus du monde, c'est-à-dire la préface et l'invocation.
Au commencement, il y avait le verbe. Au commencement, il y avait le feu. Esprit brûlant, daignez cette fois encore descendre pour lui donner une âme sur la frêle pellicule de matière nouvelle dont va s'envelopper le monde aujourd'hui.
Et c'est ensuite le moment, le temps du feu dans le monde, c'est-à-dire la prière à l'esprit qui descend sur les offrandes.
C'est fait. Le feu, encore une fois, a pénétré la terre. Il n'est pas tombé bruyamment sur les cimes, comme la foudre en son éclat. Le maître force-t-il les portes pour entrer chez lui ? Sans secousse, sans tonnerre, la flamme a tout illuminé par le dedans.
Vient alors la communion.
Je me prosterne, mon Dieu, devant votre présence dans l'univers devenu ardent. Et, sous les traits de tout ce que je rencontrerai, de tout ce qui m'arrivera et de tout ce que je réaliserai en ce jour, je vous désire et je vous attends.
Et cette messe se termine par la prière de conclusion, véritable hymne au Christ reçu et glorifié.
Seigneur, enfermez-moi au plus profond des entrailles de votre cœur. Christ glorieux, vous dont le front est de neige, les yeux de feu, les pieds plus étincelants que l'or en fusion, vous dont les mains emprisonnent les étoiles, vous qui êtes le premier et le dernier, le vivant, le mort et le ressuscité, vous êtes vraiment mon Seigneur et mon Dieu.
Transcription de l'émission Foi, chemin de liberté, produite et diffusée par Radio Grand Ciel (Chartres). L'écoute reste la référence : épisode original.