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Notre-Dame et Saint Ignace

🎓 Enseignement · Lc 1, 26-38 ; Lc 2, 1-20 ; Lc 2, 41-52 ; Jn 19, 25-27

Parcours 1 — Connaître Ignace · diffusé en avr. 2021

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📖 Ce texte à la messe : Mardi 8 décembre 2026 · Immaculée Conception de la Bienheureuse Vierge Marie

En bref : Vous découvrez ici quelle place Notre-Dame occupe dans la vie et la spiritualité de saint Ignace de Loyola. En suivant le livret des Exercices spirituels, Sœur Michèle vous conduit de l'Annonciation à la croix, puis au matin de Pâques, pour montrer comment Marie reçoit tout de son Fils et nous unit au mystère de son Fils.

Bonjour à tous, Sœur Michèle vous parle aujourd'hui de spiritualité ignatienne. Et plus particulièrement, je vous parlerai de qui est Notre-Dame pour Ignace de Loyola.

Une vie placée sous le signe de Notre-Dame

Saint Ignace a eu toute sa vie pour Notre-Dame un amour privilégié. Depuis les jours où le chevalier Ignace de Loyola rêvait de venger l'honneur de Notre-Dame, depuis les mystérieuses apparitions où il la voyait des yeux intérieurs, jusqu'au sommet de plénitude mystique où la mère de Dieu l'aidait auprès de son Fils et auprès du Père, la vie entière d'Ignace est marquée du signe de Notre-Dame.

Plutôt qu'il ne parle d'elle, il se place sous sa protection à tous les moments décisifs de son destin : offrande de sa chasteté à Notre-Dame, veillée d'armes devant la Vierge de Montserrat, vœux de Montmartre en la fête de l'Assomption en 1534, première messe dans la basilique de Sainte-Marie-Majeure, profession à l'autel de la Vierge de Saint-Paul-hors-les-Murs, etc.

C'est toute la vie d'Ignace que nous pourrions suivre pour montrer comment son ascension spirituelle se déroula selon la très sainte Vierge Marie. L'amour qui s'exprime ainsi dans la vie du chevalier, d'Íñigo, du pèlerin et du mystique, relève d'une expérience intérieure dont nous pouvons saisir les grandes lignes à travers le livret des Exercices spirituels. Ce livret contient, en actes plus qu'en doctrine, toute la spiritualité ignatienne.

L'Annonciation

Après la première semaine des Exercices, après la solennelle contemplation de la vie du roi éternel, les Exercices nous introduisent dans la contemplation évangélique. La scène de l'Annonciation, qui précède et inaugure la vie du Christ, nous est présentée dans les perspectives chères à saint Ignace. Il ne s'agit pas du tout d'une scène à la Fra Angelico, réduite à la seule chambre où prie Notre-Dame et où surgit l'ange porteur du message, mais il s'agit du vaste tableau de l'histoire du salut du monde, sur lequel se détachent les deux personnages et la petite maison elle-même de Nazareth, dans cet instant du temps humain parvenu à sa plénitude.

La chambre de Notre-Dame est le lieu de rencontre entre Dieu qui se donne et l'humanité qui reçoit. Chaque étape de la contemplation nous oblige à garder les yeux fixés à la fois sur la Trinité qui sauve, sur le monde plongé dans le péché, et sur la Vierge en qui va s'opérer et s'opère l'union du Dieu Sauveur et de l'homme sauvé.

Le péché rend spirituellement aveugle. Il durcit les cœurs dans la haine de Dieu. Il est mort et puissance de mort. En contraste avec lui, la Vierge, saluée par l'ange, est toute lumière. Elle ne parle que pour accepter le don de Dieu. Son activité essentielle est de s'humilier et de rendre grâce. Le mystère de Marie ne s'affirme donc qu'en relation avec le salut universel, comme étant déjà le mystère de l'Église, c'est-à-dire de l'humanité croyante et sauvée.

Pour Ignace, cette méditation ne doit jamais dissocier les deux tableaux de l'Incarnation et de l'Annonciation, mais s'élargir sans cesse aux dimensions de l'univers créé, racheté. Il ne s'agit pas de s'attarder à des émotions, mais de vivre en Marie et avec elle le mystère du Messie qui vient, du Dieu attendu, désiré, donné. À la fin de cette contemplation, le dialogue de la prière s'adresse aux personnes divines, au Verbe incarné et à Notre-Dame. Il nous entraîne en définitive à suivre et aimer notre Seigneur, et donc à rentrer nous-mêmes dans cette histoire du salut.

La Nativité

La contemplation de la Nativité va dans le même sens. Nous contemplons simplement la crèche : contemplation détendue, où nous cherchons à adorer le mystère de la Nativité, comme de petits pauvres, de petits serviteurs indignes. Une contemplation qui ne s'attache pas aux détails de la scène contemplée, seulement pour voir le mystère de la Nativité, pour voir dans la naissance du Sauveur le chemin ouvert vers la croix, vers la réalisation de la rédemption. Car l'ombre de la croix enveloppe déjà la crèche de Bethléem et lui donne tout son sens.

La Vierge Marie semble porter dans ses bras celui qui, dit saint Ignace, après tant de souffrances, après la faim, la soif, la chaleur et le froid, les injustices et les affronts, va mourir en croix. Maternité selon la chair, qui est déjà pour Marie la maternité spirituelle étendue à tous ses fils, que lui engendrera le sacrifice de son Fils Jésus.

Jésus à Nazareth et au Temple

Puis, dans les Exercices spirituels, nous contemplons Jésus soumis à ses parents et Jésus perdu au Temple. La Vierge Marie reçoit dans son cœur le mot prophétique de Jésus : « Il faut que je sois aux choses de mon Père. » Première annonce pour elle du « Il faut que le Messie endure ses souffrances pour entrer dans la gloire ». Et désormais, dans la vie toute intime du foyer de Nazareth, elle reconnaît, dans l'obéissance que lui marque son enfant, la présence d'un amour qui dépasse son propre amour maternel. Et elle répète incessamment le « fiat », et se dispose ainsi à le prononcer une dernière fois au pied de la croix.

Marie au pied de la croix

Et quand nous retrouvons Marie, elle est au pied de la croix pour entendre le dernier adieu de Jésus mourant : « Voici ton fils », et pour recevoir son corps immolé. Saint Ignace n'a évoqué aucun des mystères de la Vierge pendant toute la vie publique de son Fils. Mais il insiste maintenant sur sa présence auprès de Jésus mourant, mort, enseveli. Plus encore, une contemplation entière nous la montre sur le chemin qui la mène du tombeau de Jésus jusqu'à la maison.

De la maison de Nazareth et implicitement à la maison de Jérusalem s'est accompli tout le mystère de Jésus donné, offert et livré, en même temps que celui de Marie, mystiquement associé à l'œuvre et au cœur de son Fils. Désormais, la solitude de la Vierge de Nazareth est devenue la solitude de la mère du calvaire.

La solitude du samedi saint

Dans le dernier jour qu'il consacre à la Passion, les Exercices spirituels nous montrent longuement la solitude de Marie. Dans une telle douleur et un tel épuisement, tandis que repose au tombeau le corps de son Fils, Marie éprouve une totale solitude, à laquelle répond, sans la combler, la solitude des apôtres.

Marie offre son Fils immolé. Ce n'est pas la Pietà douloureuse, mais déjà l'Église qui, pour la première fois, revit le mystère de la Cène : « Il est bon pour vous que je m'en aille. » Il fallait à Marie sa solitude pour qu'elle puisse — première de la Nouvelle Alliance — offrir son sacrifice en mémoire de son Fils disparu à ses yeux de chair. La troisième semaine des Exercices spirituels se termine ainsi sur cette solitude qui laisse place à une perpétuelle offrande.

L'apparition du Ressuscité à sa mère

La quatrième semaine s'ouvre sur l'apparition du Christ ressuscité à sa mère bénie. Ignace avoue que cette apparition n'est pas racontée dans l'Écriture. Mais il en appelle cependant à l'intelligence spirituelle des textes : puisque l'Évangile nous rapporte que le Christ est apparu à beaucoup, il faut penser que sa première apparition fut pour sa mère. Du reste, ce n'est pas seulement d'une priorité dans le temps qu'il faut ici parler. Marie est première parce que tout ce qui advient à l'Église et à ses membres se trouve déjà réalisé en elle. C'est en effet la situation privilégiée de Marie vis-à-vis de l'Église entière que saint Ignace met en relief dans cette méditation.

Vainqueur de la mort, Jésus vient consoler sa mère. Cette consolation, au-delà de toute émotion, au-delà de tout sensible, est un fruit de l'Esprit Saint. C'est l'Esprit Saint lui-même, donné dès ce matin de Pâques où le Fils de l'homme est glorifié. Quand saint Ignace parle de consolation spirituelle, c'est toujours pour nous inviter à nous soumettre à cette action de Jésus vivant par son Esprit dans l'Église.

Marie est ainsi la première à recevoir l'Esprit. Mieux vaudrait dire qu'en elle c'est l'Église qui reçoit le Consolateur promis au soir de la Cène. Saint Ignace rend apparent, dans la personne de Notre-Dame, le lien étroit qui unit la mort à la gloire, le sacrifice à l'effusion de l'Esprit. Une fois de plus, la Vierge reçoit tout de son Fils, et son rôle est de nous unir au mystère total de Pâques, mort et résurrection.

Finalement, Notre-Dame est la voie unique de la sainteté.

Transcription de l'émission Foi, chemin de liberté, produite et diffusée par Radio Grand Ciel (Chartres). L'écoute reste la référence : épisode original.