Le Mouvement eucharistique des jeunes
🎓 Enseignement
Élisabeth et le Père Silouane de l'Étra · Enseignements et témoignages · diffusé en sept. 2019
🎧 Écouter sur Radio Grand CielEn bref : Vous découvrez le Mej, le Mouvement eucharistique des jeunes, avec le Père Silouane de l'Étra, aumônier dans le diocèse de Chartres. Il en retrace l'histoire, depuis l'apostolat de la prière né chez les jésuites, et sa pédagogie enracinée dans les Exercices de saint Ignace. L'émission s'achève sur la prière du Mej.
Avec la communauté de vie chrétienne, avec la communauté jésuite et toute la famille ignatienne, le Mouvement eucharistique des jeunes, le Mej, partage une même inspiration spirituelle. Dans notre série « Témoins d'hier et d'aujourd'hui », j'ai le plaisir de recevoir le Père Silouane de l'Étra. Bonjour Père Silouane, et merci d'être là.
— Bonjour Élisabeth.
— Je vais vous laisser vous présenter, si vous voulez bien, et nous parler un peu de votre mission.
La mission du Père Silouane
Je suis prêtre depuis 7 ans, encore pour cet été dans la paroisse Saint-Lubin-du-Perche et ses villages. J'ai la joie d'accompagner pas mal les jeunes, non seulement les anciens, mais aussi les enfants qui font du catéchisme, les jeunes collégiens. Je suis aumônier du collège d'Elfeuille-Saint-Joseph à Nogent-le-Rotrou ; les jeunes de sixième aussi, qui ont préparé cette année leur profession de foi, les jeunes de l'aumônerie. J'accompagne aussi ce projet du PLVTT, un pèlerinage à vélo à travers le Perche et l'Eure-et-Loir pour les collégiens. C'est donc pour moi une grande joie de vivre cette mission de prêtre dans le Perche.
Et puis on est prêtre d'une paroisse, mais on est aussi prêtre d'un diocèse. Et donc j'ai la joie aussi d'accompagner le Mouvement eucharistique des jeunes. Les prêtres, on n'accompagne pas que les jeunes : on est prêtre pour tous les âges, pour toutes les générations, je dirais de la naissance au dernier souffle, même avant et même au-delà. Mais il est vrai que, comme prêtre, j'ai la joie d'avoir pas mal de missions auprès des jeunes.
— Merci beaucoup, Père Silouane. Maintenant que le décor est planté, il serait vraiment intéressant, pour tous ceux qui nous écoutent, de connaître un peu mieux l'histoire du Mej.
L'histoire du Mej
Le Mej, qui signifie Mouvement eucharistique des jeunes. Les premiers balbutiements du Mej sont en 1844. À cette époque, on parle beaucoup de partir en mission, c'est très à la mode. La mission est comprise comme le fait de suivre le Christ aussi loin que possible pour évangéliser, pour aller à la rencontre des populations jusque-là inconnues. Et cette mission, vécue ainsi, est considérée comme le nec plus ultra de tout croyant.
Dans une maison de formation jésuite à Vals-près-le-Puy, dans le centre de la France, un certain nombre d'étudiants sentent monter en eux une frustration. Ces jeunes jésuites qui se préparent à la mission sont pour l'instant en train de faire de longues heures d'études, et leur quotidien leur semble un peu banal. Le prêtre qui les accompagne, leur père spirituel, fâché de les voir ainsi rêver de voyage au lieu de se concentrer sur leurs études, leur fait un discours sur l'importance du quotidien. Et c'est vraiment de là que sont les racines du Mej.
Si chacun imprègne son labeur d'esprit de prière et l'offre, si plusieurs, communautairement, s'orientent dans le même sens, ce serait une convergence de forces capable de soulever des montagnes. Soyez déjà missionnaires par votre prière, par l'offrande de votre vie quotidienne. Votre mission se trouve ici, dans vos études et dans les choses simples de chaque jour. En l'accomplissant, en disponibilité à la volonté de Dieu, vous êtes déjà des apôtres qui aident toute l'Église. Priez pour les hommes que vous rencontrerez demain.
C'est une révolution de découvrir que ces petits riens du quotidien, la vie ordinaire, sont déjà une forme d'apostolat : en offrant sa journée, on découvre qu'offrir sa journée a autant de prix que de partir à l'aventure au nom du Christ. De là naît l'apostolat de la prière, la mission de ces jésuites de porter l'Église dans la prière.
Ensuite, je fais un petit bond dans l'histoire. En 1915 naît la Croisade eucharistique, qui regroupe des jeunes qui, par l'eucharistie, veulent soutenir cette évangélisation du monde. Et c'est en 1960 que 3 200 représentants du mouvement de la Croisade eucharistique vont à Rome pour fêter les 50 ans du décret sur la communion des enfants. Le pape saint Jean XXIII, qui est alors sensible au dialogue œcuménique, sensible au dialogue interreligieux, et qui ouvre le concile Vatican II, reçoit les membres du mouvement en audience et s'adresse à eux en les appelant « le Mouvement eucharistique ». Cette allusion subtile ne manque pas d'interpeller les responsables du mouvement, qui vont revenir ensuite en France avec un désir profond de réadapter le mouvement au monde contemporain — désir permanent dans l'Église de s'adapter, d'annoncer l'Évangile dans la réalité du monde dans lequel on vit —, qu'il s'agisse de son nom ou de sa proposition pédagogique. Des années vont être nécessaires pour permettre au mouvement d'adapter toutes ses propositions, sur la pédagogie, sur les camps, aux jeunes de cette époque. Et donc, en 1962, on reconnaît officiellement l'appellation Mouvement eucharistique des jeunes par l'Assemblée des cardinaux et des évêques de France.
Je veux te dire merci pour tout ce que tu donnes. Merci pour la vie, pour les hommes, pour chaque instant que tu façonnes, et pour ces gestes qui te nomment.
Merci pour ce que tu nous donnes : pour le regard posé sur cet homme blessé, pour ce regard donné qui vient le réchauffer, ce sourire qui lève et vient l'illuminer, pour ces mains qui se serrent au-delà des frontières, ces mains hier colères qui se découvrent, ce geste de lumière qui féconde nos terres. Merci.
— Votre expérience d'hier et d'aujourd'hui s'inscrit dans cette longue et belle histoire que vous venez de nous relater. Ce qui pourrait être intéressant, et ce serait sans doute notre dernier point puisque nous ne disposons que d'un quart d'heure, ce serait que vous puissiez nous partager ce qui se vit dans le Mej, et ce que vous-même, de façon plus personnelle, y avez vécu et vivez encore aujourd'hui.
Ce qui se vit au Mej
J'ai eu la joie de commencer le Mej quand j'étais en primaire, en CM2, avec les Feux Nouveaux. Chaque branche d'âge du Mej a son nom : les Feux Nouveaux, ensuite les Jeunes Témoins, les Témoins d'aujourd'hui, les Équipes Espérance. De 7 à 18 ans, chaque âge a le nom de sa branche. Le Mej m'a vraiment permis de découvrir ces trois mots du Mej. L'Eucharistie au centre : prendre part à la célébration de l'Eucharistie, soigner la célébration de l'Eucharistie. J'ai eu la chance aussi de jouer de la musique : par le Mej, souvent je jouais du saxophone à la messe, je participais à la beauté de la messe. Un mouvement pour les jeunes : ce mouvement m'a accompagné. Ensuite j'ai continué, avec quelques petites pauses, mais j'ai pu, comme séminariste, comme futur prêtre, accompagner aussi un camp Mej. Et puis c'est un mouvement qui s'adresse aux jeunes et qui nous met en mouvement : c'est toujours la pédagogie d'avancer, de grandir, de progresser.
Pour vivre cette mise en mouvement, je vous parle un petit peu du projet éducatif du Mej, qui repose sur une intuition dynamique : rejoindre chacun là où il en est, et l'aider à grandir personnellement et spirituellement. On pourrait dire, finalement : être disciple du Christ. Chaque disciple est différent, et être disciple, c'est marcher à la suite du Christ. Cette pédagogie du Mej s'inspire des Exercices de saint Ignace, les Exercices spirituels, qui sont un trésor de l'Église catholique. À partir de cette tradition ignatienne, le Mouvement eucharistique des jeunes a développé un GPS, un guide de pratique spirituelle, pour être entier, autour de six axes :
- Tisser une relation personnelle avec Dieu : faire grandir son amitié avec le Christ.
- Développer un regard bienveillant sur le monde, les autres et soi-même : on revient à ce réalisme du monde dans lequel on vit.
- Apprendre à écouter, à s'exprimer en confiance, en équipe : la vie en équipe du Mej est importante.
- Comprendre la foi de l'Église, et témoigner, être missionnaire.
- Apprendre à relire sa vie et à faire des choix en s'exerçant au discernement spirituel : on retrouve là encore l'enracinement ignatien.
- Prendre des initiatives au sein de l'Église et dans le monde, mener des actions de solidarité.
Tout ça permet vraiment de découvrir que le Mej nous permet de marcher à la suite du Christ. Le chrétien comprend sa vocation à recevoir et à donner sa vie gratuitement, afin d'être tout entier pour et avec les autres. C'est ainsi que le méjiste, celui qui fait partie du Mej, entre dans l'attitude d'offrande du Christ dans l'Eucharistie.
Finalement, on pourrait résumer ce projet éducatif en trois attitudes que nous essayons de cultiver chez les jeunes : vivre la relation à soi, vivre la relation à Dieu, et vivre la relation aux autres. Mais vivre ces trois relations sans les séparer, en fondant sa vie sur Jésus, pour le connaître, mieux l'aimer et le suivre, servir comme le Christ, libre et vivant dans le quotidien.
C'est vraiment une riche pédagogie qu'on essaie de vivre aujourd'hui. J'ai la joie de l'accompagner comme aumônier de l'équipe du diocèse de Chartres, une dizaine d'adultes animateurs en équipe, qui accompagnent des jeunes qui font du Mej, en Beauce, autour de Chartres, en vallée de l'Eure, et qui permettent, par tranche d'âge, de faire grandir cette petite trentaine de jeunes que nous accompagnons dans le Mouvement eucharistique des jeunes dans le diocèse de Chartres.
— Merci beaucoup, Père Silouane. Je crois qu'on arrive à la fin, ou presque, de notre rencontre, et vous aviez pensé la terminer en faisant écouter à chacun une prière qui vous est chère en tant que méjiste, ancien méjiste.
La prière du Mej
Nous allons finir avec la prière du Mej. Le Père Arrupe, jésuite qui a vraiment bien accompagné, qui a beaucoup marqué l'Église, disait : « Faites de Jésus votre ami et votre confident, sachez aller lui rendre visite, le voir, restez avec lui, et vous verrez tout ce que vous apprendrez. » Cette prière du Mej nous permet justement d'apprendre à nous mettre à l'école de Jésus, pour nous rapprocher de lui, pour mieux nous connaître, et pour mieux aimer et servir les autres et le monde.
— Merci Père Silouane, et belle route avec le Mej.
— Merci.
Nous Seigneur, à te choisir tous les jours, donne-nous Seigneur de partager ton amour.
Des frères, chercheurs de l'unité, fais tomber nos barrières, et viens nous rassembler.
Nous Seigneur, à te choisir tous les jours, donne-nous Seigneur de partager ton amour.
Poursuivre ton chemin, libéré de la peur, fais de nous des témoins, toi l'unique Seigneur.
Nous Seigneur, à te choisir tous les jours, donne-nous Seigneur de partager ton amour.
Transcription de l'émission Foi, chemin de liberté, produite et diffusée par Radio Grand Ciel (Chartres). L'écoute reste la référence : épisode original.