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Un grand désir

🎓 Enseignement · Ps 62

Sœur Michèle Marchant · Enseignements et témoignages · diffusé en sept. 2019

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📖 Ce texte à la messe : Dimanche 8 novembre 2026 · 32ᵉ dim. ordinaire A

En bref : C'est la première émission d'une initiation à la spiritualité ignatienne, proposée par petites touches tout au long de l'année. Sœur Michèle Marchant part du « grand désir » qui animait Ignace de Loyola avant sa conversion, et montre comment ce désir peut se laisser saisir par le Christ. Elle vous invite à faire retraite et vous propose de prier avec le psaume 62.

Bonjour à vous, je suis sœur Michèle Marchant, du Prieuré Saint-Thomas. Sous le titre « La foi, chemin de liberté », je vous propose tout au long de cette année une initiation à la spiritualité ignatienne, par petites touches, douze à quinze minutes chaque fois. Cette première émission, je l'intitulerai « Un grand désir ».

Vous vous souvenez de Thérèse de Lisieux ? Elle disait : « Je veux tout. » Et avec elle, nous pouvons chanter : « Je n'ai d'autres désirs. » Ignace de Loyola est bien différent de la petite Thérèse. Et pourtant… et pourtant…

Ignace, homme de désir

Ignace de Loyola, né en 1491 dans le nord de l'Espagne, rêve. Il rêve de grandes choses, il veut gagner de l'honneur. Il veut se faire remarquer par sa bravoure et accomplir des exploits pour le service d'une dame de sang royal dont il est amoureux. Et il dit, dans son langage du XVIe siècle, qu'il avait « un vain et grand désir de gagner de l'honneur ». Et c'est cela qui mène sa vie jusqu'à ce jour de 1521, au siège de Pampelune, où il décide, avec sa petite troupe, de résister à une véritable armée franco-navarraise. Très vite, un boulet de canon lui brise la jambe, et la ville capitule.

Ambitieux, présomptueux, rempli de vanité : voici notre Ignace, ou Íñigo en espagnol. Loin d'être un saint. Mais n'empêche, c'est à partir de là que Dieu l'a saisi.

Ignace, un homme de désir. Et pas seulement Ignace, mais tout homme, nous tous, femmes, nous sommes désir. Et tant que nous n'avons pas atteint ce que nous cherchons, nous sommes en mouvement. Désir de vivre, de survivre, de se surpasser, de se donner, de rendre heureux, de recevoir de l'amour. Nous nous fixons des objectifs et, une fois atteints, nous ne pouvons demeurer au repos. Qu'est-ce qui nous arrive alors ? Au-delà des désirs multiples, nous sommes tourmentés par un désir unique, celui de l'absolu. L'homme créé par Dieu, habité par Dieu, est aspiré par lui, même quand il l'ignore.

La convalescence : le désir se révèle

La première expérience spirituelle d'Ignace a été la mise à jour de ce désir fondamental. Une fois la jambe brisée par ce boulet de canon, c'est la convalescence. Durant de longs jours, il rêve d'exploits, toujours au service de la dame de ses rêves. Et en même temps, il lisait des livres racontant la vie du Christ et la vie des saints. Et peu à peu, les histoires qu'il lisait sont venues rejoindre son désir de se surpasser. « Et si je faisais comme saint François et saint Dominique ? » Et bizarrement, lorsqu'il projette de les imiter, la joie l'envahit. Au signe de cette joie, il reconnaît quelque chose de son désir fondamental. Et donc, une fois guéri, il quitte sa maison, ses biens, et prend la route du pèlerin.

L'aveugle crie, le Seigneur fend la foule et vient vers moi. Et il me dit : que veux-tu que je fasse pour toi ? Quel est le désir de mon cœur ? Où vont mes rêves de bonheur ?

Suivre le Christ

La voie de la spiritualité ignatienne est donc ouverte aux désirants. On peut être séduit par la perspective de réaliser une grande, grande œuvre, ou de se distinguer au service d'une noble cause. Mais alors, nous sommes invités à aller plus loin. Que dit Ignace ? « Voir le Christ, notre Seigneur, et devant lui tout l'univers qu'il appelle, et chacun en particulier. » Et devant cette vision, Ignace invite à nous arrêter, pour chercher avec soin ce que nous désirons tant.

Dans l'Évangile, Jésus dit : « Si quelqu'un veut être mon disciple, qu'il renonce à lui-même, qu'il se charge de sa croix et qu'il me suive. » Saint Ignace dit : « Accepter et désirer de toutes ses forces tout ce que le Christ a aimé et embrassé. De même que ceux qui suivent le monde aiment et cherchent avec grand soin les honneurs, la réputation et le crédit d'un grand nom parmi les hommes, de même ceux qui marchent dans l'esprit et suivent vraiment le Christ, notre Seigneur, aiment et désirent intensément tout le contraire, c'est-à-dire de se revêtir du vêtement et de la livrée de leur Seigneur, pour l'amour et le respect qu'ils lui portent. » Car il est la voie qui conduit à la vie.

Aimer, désirer, embrasser, ce sont des mots d'amour pour Jésus-Christ. Ils ne sont pas dits uniquement pour les religieux et les prêtres, ils sont dits pour nous tous, qui sommes des désirants. Tous, nous sommes hommes, femmes d'amour et de désir. Notre cœur va-t-il un jour s'ouvrir ? Oui, si je choisis la vie, Dieu devient premier en tout. Premier avant les personnes et les choses. Toutes les choses, je les aime dans la mesure où elles me conduisent à la vie de Dieu. Sinon, la course au bien, et même aux personnes, devient course au néant.

Faire retraite

En choisissant d'imiter les saints, Ignace choisit d'être disciple du Christ. Et pour cela, Ignace nous invite à nous arrêter, pour chercher avec soin ce que nous désirons tant. C'est son invitation à faire retraite.

Pour nous, cela peut être chercher un peu de solitude pendant quelques jours, ou faire une retraite dans la vie ordinaire, comme certaines paroisses le proposent, ou bien prendre la décision d'une vraie retraite en centre spirituel. Vous connaissez des centres spirituels : tout près de chez vous, il y a le Prieuré Saint-Thomas, à Épernon. Vous m'y retrouverez. Cela peut être tout simplement prendre quelques minutes tous les jours pour prier.

Quitte ton pays, viens à l'écart. Écoute Dieu te révéler ce qui peut te faire vivre. Le connaître, être habité par sa parole, le suivre, l'aimer dans ce qu'il a vécu en Palestine, m'imprégner de tel ou tel geste, mieux le recevoir dans les sacrements, savoir que chaque jour il me sauve dans mes pauvretés, aimer l'Église aux mille visages, lui demander longuement de recevoir son Esprit.

Le visage du Christ est tellement riche, sa parole adaptée à chaque situation, ses gestes répondant à chaque demande, que nous pouvons, chacun d'entre nous, être touchés par un aspect qui nous correspond.

Peut-être avez-vous entendu cette parole de Charles de Foucauld ? « Quand j'ai su que Dieu existait, j'ai compris que je ne pouvais plus vivre que pour lui. » Comme Thérèse et Ignace, Charles de Foucauld, si différents l'un de l'autre, ont trouvé en Jésus-Christ l'objet de leur désir, ce qui les met en route pour se donner totalement, chacun avec son propre chemin. Chacun de nous, prêtres, hommes, femmes, laïcs, religieux…

Je vous propose de prier pour cela avec le psaume 62.

Le texte : Psaume 62

Dieu, tu es mon Dieu, je te cherche dès l'aube : mon âme a soif de toi ; après toi languit ma chair, terre aride, altérée, sans eau.

Je t'ai contemplé au sanctuaire, j'ai vu ta force et ta gloire. Ton amour vaut mieux que la vie : tu seras la louange de mes lèvres !

Toute ma vie je vais te bénir, lever les mains en invoquant ton nom. Comme par un festin je serai rassasié ; la joie sur les lèvres, je dirai ta louange.

Dans la nuit, je me souviens de toi et je reste des heures à te parler. Oui, tu es venu à mon secours : je crie de joie à l'ombre de tes ailes.

Mon âme s'attache à toi, ta main droite me soutient.

Transcription de l'émission Foi, chemin de liberté, produite et diffusée par Radio Grand Ciel (Chartres). L'écoute reste la référence : épisode original.