Je m'éveille à la présence de Dieu
🎓 Enseignement · 1 S 3 ; Ps 118
Sœur Michèle Marchant · Enseignements et témoignages · diffusé en oct. 2019
🎧 Écouter sur Radio Grand Ciel📖 Ce texte à la messe : Samedi 3 octobre 2026 · samedi, 26ᵉ sem. ordinaire (paire)
En bref : Sœur Michèle Marchant vous parle de l'éveil à la présence de Dieu. Elle en suit trois moments : le déclic d'une rencontre qui met en marche, le désir d'y répondre par la prière, puis le passage de l'expérience à la foi. Un chemin balisé par Pascal, Teilhard de Chardin, Jean de la Croix et Antoine Bloom.
Bonjour, c'est encore moi, Sœur Michèle Marchant, du Prieuré Saint-Thomas. Je voudrais vous parler aujourd'hui de la présence de Dieu. Je m'éveille à la présence de Dieu : qu'est-ce que cela veut dire ?
Je vous invite d'abord à vous poser quelques questions. Qui ou quoi m'a parlé de Dieu au tout début ? Quand cette parole m'est-elle devenue plus personnelle ? À quel signe ai-je pu reconnaître la vérité de cette rencontre ?
Un déclic vers la lumière
Il y a d'abord ce déclic mystérieux qui met quelqu'un en marche vers la lumière : non pas attiré vers quelque chose dont il aurait besoin, mais quelqu'un qui s'ouvre à une présence à la fois comblante et très étonnante. C'est insaisissable. Pour comprendre, regardons quelques exemples.
Vous avez entendu parler de Blaise Pascal. Lors d'une nuit de prière, il a vécu un événement d'une telle intensité qu'il le mettra par écrit, et ce mémorial sera cousu dans la doublure de son habit. Ce texte dit : « Feu. Dieu d'Abraham, Dieu d'Isaac, Dieu de Jacob, non des philosophes et des savants. Certitude, certitude, sentiment, joie, paix. Dieu de Jésus-Christ. »
Vous avez aussi entendu parler de Xavier Emmanuelli, homme politique français, fondateur du Samusocial de la Ville de Paris. Il écrira : « J'ai conscience d'avoir été tiré par deux fidélités : la quête spirituelle et le sentiment d'urgence de faire quelque chose d'utile. Un jour, j'ai eu l'absolue certitude qu'un rendez-vous se préparait. Oui, je l'attendais et le désirais. Les mots me manquent pour raconter. Subitement, comme un souffle et une immense joie, avec une tendresse à la dimension des étoiles. »
Nous pouvons dire que Dieu, par discrétion et humilité, reste insaisissable, mais se laisse cependant découvrir à travers les traces de bénédiction de la création. En majesté, par l'infiniment grand, par l'infiniment petit, et par le firmament ton manteau étoilé, et par frère soleil, je veux crier : mon Dieu, tu es grand, tu es beau, Dieu vivant, Dieu très haut, tu es le Dieu d'amour.
Par exemple, le père Teilhard de Chardin a rédigé un texte, « La Messe sur le monde ». Il se trouve en plein désert au cours d'une expédition scientifique. Impossible de célébrer la messe le jour de la Transfiguration. Il nous fait alors le cadeau d'une prière adressée au Christ, clé de voûte de la création.
Et Jean de la Croix ne trouve que la poésie pour dire ceci : Dieu s'est retiré des choses créées par discrétion, parce qu'il avait une chose plus importante à faire, devenir homme parmi nous. Le Fils s'est revêtu de notre humanité pour que nous devenions porteurs de l'Esprit.
Répondre à Dieu
Dans un deuxième temps, monte en nous le désir de répondre à Dieu, de trouver une parole. Le petit Samuel — vous vous souvenez du petit Samuel dans la Bible — entendait une voix l'appeler par son nom, mais il ne savait pas qui pouvait l'appeler ainsi. Quelle étrange parole, qui arrive à se frayer son chemin en nous, par-delà nos surdités, nos encombrements ! Une parole plus vive que le feu, plus tranchante que le glaive, dans la région intérieure que, dès sa conception, l'enfant peut connaître, et ceci à travers la voix même de sa mère, de son père.
Cette parole entendue nous met en marche, comme nous le dit le psaume 118. C'est là, à cette jointure entre l'oreille tendue pour écouter et la réalité de ce que nous vivons, que va surgir la prière, comme une respiration.
Et Dieu désire trouver en l'homme un interlocuteur. Nous. Quand nous nous trouvons devant notre Créateur et Seigneur, nous lui rendons tout : notre vie, notre souffle, toute chose. Nous apprenons à tout attendre de lui, même dans les moments de détresse, quand tout semble s'obscurcir. Dans ces moments de détresse, c'est la supplication qui trouve son chemin en nous, et qui retrouvera peu à peu le chemin de la louange. Louange et supplication sont comme les deux moments de la parole que nous adressons à Dieu, quand nous invoquons son nom.
Enfin, cette aventure — et c'est une aventure — nous ne la vivons jamais seuls. C'est avec des frères que nous la courons. Le pèlerin qui s'engage sur ce chemin est membre de l'Église ; il se met à la suite de Jésus, frère aîné d'une multitude de frères.
De l'expérience à la foi
Troisièmement, après avoir fait cette expérience, il nous faut passer à la foi. Je suis sûr de Dieu parce que j'en ai fait l'expérience. Dieu devient présent à tout mon être. À ce moment, je connais, par une sorte de mystère de communion, ce que Dieu me donne de connaître.
Je reprends ici les mots d'Antoine Bloom, un évêque orthodoxe qui parlait à Taizé : « Bientôt, à la manière dont la mer se retire de la plage, Dieu s'éloigne de moi et me dépose comme un frêle esquif sur la grève. Je suis encore tout plein de l'expérience vécue, mais je ne goûte plus l'actualité de cette expérience. Ma certitude est entière et je peux me remémorer : j'ai adoré la rencontre de Dieu. J'en suis ébranlé jusqu'au très fond de moi-même. Mais Dieu s'est écarté d'un pas. Je suis sur la grève. Je vois les flots qui s'éloignent de plus en plus. »
Alors l'expérience devient la foi. La certitude entière est là, mais son objet est devenu l'invisible. J'ai mis ma confiance dans le Dieu très saint.
Nous parlons de la foi comme de quelque chose qui nous est transmis, et c'est vrai. Nous récitons le Credo, nous répétons des définitions doctrinales, parfois nous assénons nos convictions. Peut-être ne savons-nous tout cela que par notre intelligence. Nous savons que d'autres ont vu, que d'autres ont touché le cœur du mystère de Dieu. Peut-être ne l'avons-nous pas atteint nous-mêmes, si nous n'avons pas fait cette rencontre. Supplions Dieu de nous la donner. Supplions Dieu, et il viendra.
Transcription de l'émission Foi, chemin de liberté, produite et diffusée par Radio Grand Ciel (Chartres). L'écoute reste la référence : épisode original.