La prière dans la Bible
🎓 Enseignement · Gn 4, 26 ; Ps 142 ; Ps 121
Sœur Michèle · Enseignements et témoignages · diffusé en nov. 2019
🎧 Écouter sur Radio Grand Ciel📖 Ce texte à la messe : Samedi 24 octobre 2026 · samedi, 29ᵉ sem. ordinaire (paire)
En bref : Sœur Michèle vous emmène à travers la prière telle que la Bible la donne à vivre. De la première invocation dans la Genèse aux psaumes, de la prière de Jésus à celle des premières communautés, vous voyez comment la prière traverse toute l'Écriture. Une invitation à ouvrir votre Bible et à prier avec elle.
Encore une fois, c'est Sœur Michèle du Prieuré Saint-Thomas qui vous parle dans le cadre des émissions « Foi, chemin de liberté ». Depuis quelques semaines, et même l'année dernière, je vous parle de prière. Et vous m'avez répondu, en utilisant le site internet de Radio Grand Ciel : « Parlez-nous de la Bible. » En effet, la Bible, c'est la parole de Dieu sur la prière. Et c'est dans la Bible qu'on trouve des prières.
Alors, parlons de la Bible dans l'ordre chronologique. Je vous parlerai d'abord de la prière dans l'Ancien Testament, puis de la prière de Jésus, et finalement de la prière chrétienne.
La prière dans l'Ancien Testament
Nous trouvons la première mention de la prière dans le livre de la Genèse, au chapitre 4, verset 26 : « Alors on commença à invoquer le nom du Seigneur. » Le « on » désigne ici un homme appelé Énosh, et ce nom veut dire « faible et mortel ». Et remarquons ceci : après la chute de l'humanité, après la tragédie d'Adam et d'Ève, celle de Caïn et Abel, voilà que là, l'homme se fait prière. L'homme comprend qu'il n'est lui-même, homme debout, qu'en s'ouvrant à Dieu.
Mais dans la Bible, la prière par excellence, ce sont les psaumes. La Bible hébraïque les appelle « livre des louanges ». La louange est première, fondamentale. Louange et supplication s'appellent l'une l'autre. La supplication ne représente qu'un moment de la prière : par-delà l'épreuve, la prière redeviendra louange. Et puis, jusque dans l'abîme où il est descendu, le suppliant fait l'expérience de Dieu qui intervient. Nous savons que Dieu va nous écouter, puisqu'il nous a donné son nom, dans le récit du Buisson ardent, au livre de l'Exode.
Évidemment, le chant des moines peut nous aider à prier, par exemple les moines de Tamié. Pour les jours d'épreuve, nous pouvons nous laisser porter par les psaumes, en particulier le 142. Je vous propose d'ouvrir votre Bible et de lire avec moi.
Le texte : Psaume 142
Seigneur, entends ma prière. Dans ta justice, écoute mes appels. Dans ta fidélité, réponds-moi. N'entre pas en jugement avec ton serviteur. Aucun vivant n'est juste devant toi.
L'ennemi cherche ma perte. Il foule au sol ma vie. Il me fait habiter les ténèbres avec les morts de jadis. Le souffle en moi s'épuise. Mon cœur au fond de moi s'épouvante.
Je me souviens des jours d'autrefois. Je me redis toutes tes actions. Sur l'œuvre de tes mains, je médite. Je tends les mains vers toi.
La communauté de l'Emmanuel aussi s'est souvent inspirée des psaumes. Vous entendrez une reprise du psaume 121.
Seigneur, mon secours… Ma vie repose entre tes mains. Le secours me vient de Dieu, de Dieu seul.
Le langage des psaumes est universel. Ils nous décrivent des personnes affrontées au monde qui les entoure, le monde avec ses querelles publiques, ses injustices, mais aussi ses chants de fête. Saint Augustin disait, à propos des psaumes, que c'est la prière d'un peuple, prière que le Christ a dite avec ses lèvres et son corps, et aujourd'hui avec son corps qu'est l'Église.
La prière de Jésus
Alors, quelle était la prière de Jésus ? Jésus a d'abord vécu la prière de son peuple, en particulier la liturgie de la synagogue. Il a aussi consacré des moments importants à la prière, vous le savez, en particulier la nuit. Mais ce qui a frappé les disciples, c'est son union au Père. Il vivait pour le Père, sous son regard, n'ayant d'autre désir que de faire sa volonté. Sa prière, c'était comme la respiration de sa vie en Dieu.
S'il a vécu dans la prière les événements importants de sa vie, il a surtout porté dans sa prière ses disciples, son peuple, et toute l'humanité. Vous connaissez cette phrase de l'évangile de Marc, décrivant Jésus dès la première journée de sa vie publique : « Jésus, au matin, dans la nuit noire, se leva, sortit pour s'en aller dans un lieu désert, et là, il priait. » Et puis, on le souligne encore, après la multiplication des pains, Jésus oblige ses disciples à monter en barque pour aller sur l'autre rive, puis il renvoie la foule, et il part dans la montagne pour prier. Nous voyons qu'il passe de façon incessante de l'action à la prière, de la prière à l'action. Quel bel exemple pour nous !
Jésus priait les psaumes, bien sûr : il les connaissait par cœur, sous leurs deux formes qu'il a faites siennes, la supplication et l'action de grâce. « Père, je te rends grâce d'avoir caché cela aux sages et aux savants », dans saint Luc. Et puis, vous connaissez bien cette citation du psaume 21 à Gethsémani : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'as-tu abandonné ? » Dans sa prière, il fait confiance jusqu'au bout à son Père, jusqu'à dire : « Abba, Père, tout est possible, éloigne de moi cette coupe. Pourtant, non pas ce que je veux, mais ce que tu veux », dans saint Marc.
C'est là que les premières communautés chrétiennes ont recueilli le mot « Abba ». Ce terme, qui serait mieux traduit en français par « Papa » que par « Père », exprime sa familiarité extraordinaire avec Dieu. Et c'est cette relation que Jésus nous offre, puisque nous sommes fils comme lui, par adoption.
La prière chrétienne
Alors, qu'en est-il des communautés chrétiennes, des premières communautés chrétiennes qui héritent tout droit de ce message de Jésus ? Les premières communautés chrétiennes prient d'abord de la prière juive, en particulier des liturgies à la synagogue, construites selon trois pôles : lecture, psaume, bénédiction. Et nos liturgies de la parole ont encore cette structure. Nous accueillons Dieu qui vient à nous par sa parole, nous y répondons par le chant des psaumes et nous présentons nos demandes.
Mais quelque chose de nouveau apparaît : la mention de la Trinité. Le mot de « Trinité » n'existe pas encore, mais en priant le Dieu de leurs pères, les patriarches et les prophètes, les disciples de Jésus ont bien conscience de s'adresser au Père de Jésus et de n'avoir accès auprès du Père que par Jésus. En priant ainsi le Père par le Fils, ils font l'expérience d'agir selon l'Esprit de Jésus. Ils sont ainsi baptisés au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit. Et ils terminent leur prière par une doxologie, une façon de rendre gloire au Père par le Fils et dans l'Esprit.
Des expressions diversifiées
Personnelle ou communautaire, la prière chrétienne a inventé des modes d'expression diversifiés tout au long des vingt siècles de son histoire. Nous pouvons invoquer le nom de Jésus avec l'aveugle Bartimée : « Jésus, Fils de Dieu, Sauveur, prends pitié de moi, pécheur. » Dans cette prière, Dieu a maintenant pris un visage et un nom, Jésus, c'est-à-dire « Dieu sauve ».
Et puis, avançant un peu dans l'histoire, avec les moines et les Pères de l'Église, nous trouvons la Lectio Divina. Il s'agit d'une lecture lente, recueillie, de la Parole de Dieu, qu'on laisse pénétrer en soi pour qu'elle y porte du fruit. Elle peut se décliner en méditation, contemplation de la scène racontée. Ensuite, plus loin dans l'histoire de l'Église, aux quatorzième et seizième siècles, on parle d'oraison. C'est la prière pour tous : religieux, apostoliques, laïcs, tous ceux qui sont dans l'action.
En résumé
En bref, la prière est aussi diverse que la vie. Elle est l'expression d'un cœur d'homme qui rapporte vers Dieu, en Dieu, ses joies et ses peines, ses désirs et ses craintes, son action de grâce et sa supplication. Elle est le fruit de l'Esprit en nous.
Au revoir.
Transcription de l'émission Foi, chemin de liberté, produite et diffusée par Radio Grand Ciel (Chartres). L'écoute reste la référence : épisode original.