Trouver la volonté de Dieu
🎓 Enseignement
Sœur Michèle · Enseignements et témoignages · diffusé en avr. 2020
🎧 Écouter sur Radio Grand CielEn bref : Comment savoir ce que Dieu attend de vous ? Sœur Michèle propose de voir la volonté de Dieu comme la rencontre de deux désirs, le sien et le vôtre. En s'appuyant sur Ignace de Loyola, elle passe en revue les décisions petites et grandes, et donne une méthode concrète pour choisir dans la liberté.
Bonjour, c'est Sœur Michèle qui vient encore une fois, et avec plaisir, vous parler dans le cadre des émissions « Foi, chemin de liberté ». Nous parlerons aujourd'hui de trouver la volonté de Dieu. Trouver la volonté de Dieu, ou bien apprendre à choisir ce que Dieu veut. Comment faire ?
La question posée
Il n'y a pas très longtemps, fin 2019, une jeune femme est venue en retraite au Prieuré et m'a dit : « On me dit que je suis faite pour la vie religieuse. Plusieurs personnes me le disent, parce que j'ai une foi profonde, parce que je suis tournée vers les autres. » Et elle ajoute : « En effet, il y a une série de coïncidences dans ma vie qui me disent cela. Mais comme je n'en ai pas envie, comme je suis sur le point de me fiancer avec quelqu'un que j'aime et qui m'aime, je suis dans une énorme crise d'angoisse depuis plusieurs mois. Est-ce Dieu qui me met dans cette angoisse jusqu'à ce que je lui dise oui ? Ou bien est-ce une tentation du diable ? Est-ce mon imagination ? Dites-moi ce que je dois faire. »
Comment faire, en effet ? Comment trouver la volonté de Dieu ?
La volonté de Dieu, rencontre de deux désirs
J'ai l'habitude de dire : la volonté de Dieu, c'est la rencontre de deux désirs. Celui de Dieu et le mien. Nos vies sont toutes en quête de bonheur, avec des désirs divers. Désir d'être reconnu, aimé, en bonne santé, de vivre dans l'aisance financière. Désir d'apprendre. Désir de vivre entouré. De vrais désirs, respectables. Mais où Dieu me parle-t-il dans tous ces désirs ?
Peut-être nous faut-il d'abord désherber nos désirs multiples, pour en trouver la racine. Faire place au vrai désir, celui de Dieu, en moi.
Dieu me parle dans la vie mêlée
Étienne Grieu, jésuite, nous dit : « Le lieu naturel de la révélation chrétienne, c'est la vie mêlée. » Cette vie mêlée, c'est bien la nôtre. Vie de tension, parfois de déception. Pourquoi les choses m'arrivent-elles ? Dieu veut-il me dire quelque chose ? Veut-il me punir ? Comment lire ce qui m'arrive ? Dans ma vie mêlée, Dieu me parle.
Jésus vivait en Galilée. La Galilée, c'est un carrefour commercial, avec ses mélanges de races, de langues, de cultures. Un lieu de commerce aussi. Il a fréquenté la vie des hommes, nos lieux de tension, de déception, de questions. Il y a apporté liberté, pardon, espérance. Il savait reconnaître le don du Père, inscrit en chacun, comme une promesse.
Ce chemin, les grands saints l'ont fait aussi. Saint Augustin, Thérèse d'Avila, la petite Thérèse, Madeleine Delbrêl, Etty Hillesum, Mère Teresa. Et l'innombrable cortège de ceux que nous croisons et qui sont inscrits dans le cœur de Dieu. Lisez la vie des saints. Tous ont cherché à entendre Dieu leur parler, à reconnaître son chemin en eux-mêmes.
Et donc, dans toute cette vie mêlée, comment se décider, comment se décider avec Dieu ? Que veut Dieu ? Dieu veut notre bonheur et notre vie. Il ne sait pas, à notre place, ce qu'il faut faire. Mais il sait ce qui est bon pour nous, ce qui nous détruit et ce qui nous construit. Il cherche avec nous et marche avec nous.
Alors, nous allons passer en revue les différents types de décisions que nous avons à prendre.
Les décisions de petite ou moyenne importance
Dans une décision de petite ou moyenne importance, il arrive que notre cœur soit partagé. Malgré notre bonne volonté, on n'y voit pas clair, ou bien on culpabilise. Par exemple : est-ce que je peux prendre tel engagement en paroisse ? Est-ce que je peux m'occuper de tel jeune en difficulté ? Un voisin me demande de l'aider, de lui prêter des outils, de lui prêter de l'argent. Qu'est-ce que je réponds ? Un ami passe en jugement, me demande de l'écouter, de lui écrire une attestation en sa faveur. Avec mes parents âgés, comment faire ? Chercher une place en EHPAD ? Avec mes frères et sœurs, nous héritons de nos parents, mais il y a des dissensions entre nous : dois-je renoncer à mon droit ? Je vis une relation qui apparemment me fait du bien, mais qui porte aussi quelque chose de nuisible : dois-je rompre ?
Il y a aussi l'indécision qui quelquefois nous tenaille. Elle n'est pas toujours signe de mort, au contraire. Elle révèle ce qui m'habite, les tensions dont je ne suis pas toujours conscient. Tensions sur la valeur de mon argent, l'angoisse qui est tapie au fond de moi, mes résistances, des failles qu'il faut avoir le courage de nommer. Peut-être le signe d'un péché, ou peut-être pas. Juste le fond de mon cœur à clarifier. Juste un choix qui paraît bon en soi, et qui ne l'est pas pour moi : je ne pourrais pas le tenir.
Osons descendre au fond de nous-mêmes, sous le regard de Dieu. Ignace de Loyola dit : « L'expérience nous enseigne toujours que là où il y a beaucoup de contradictions, là aussi on peut espérer un plus grand fruit. » C'est en effet la richesse des choix difficiles. Nous y reconnaissons nos tiraillements. Par exemple, entre le désir de reconnaissance et l'indifférence aux besoins des autres. Prendre le risque de choisir nous révèle à nous-mêmes.
L'indécision, les crises et l'ennemi de la nature humaine
Il y a aussi les moments de morosité, de crise, quand je n'ai plus d'énergie, quand s'insinue le doute. Il m'arrive de ne plus avoir envie du tout de prendre des décisions. Souvenons-nous alors de nos commencements, des moments heureux et clairs où nous nous élancions à la suite du Christ. Souvenons-nous de sa promesse, du but. Le Christ est présent. Il est fidèle et il nous appelle. Culpabilité, amertume, déception sont balayées par la présence du Christ.
Il peut y avoir aussi ce qu'Ignace appelle l'ennemi de la nature humaine, qui nous attire vers le bas. Ne pas l'appeler trop vite le diable, mais quelque chose qui nous attire ailleurs que vers Dieu. Quelque chose qui provoque en moi tristesse, vague à l'âme, mauvaise conscience. Saint Paul nous dit que les fruits de l'Esprit sont amour, joie, paix, patience, bonté, bienveillance, foi, humilité, maîtrise de soi.
Et puis il arrive aussi que, si je suis en bonne santé, je sois tenté de dire oui à tout. Mais alors, que se passera-t-il à la longue ? Dans le temps, dans la durée, où nos engagements nous mèneront-ils ? Quels fruits d'amour produiront-ils si je veux tout faire ? Donc la décision m'aide à voir clair sur mes motivations, et m'aide aussi à choisir en fonction de l'appel de Jésus-Christ.
Les décisions importantes : comment s'y prendre
Mais il y a des décisions plus importantes. Un appel reçu dans la prière, comme la vocation religieuse, ou bien un appel reçu d'une personne. Travailler pour une ONG, s'engager en politique, passer six mois dans un pays en voie de développement, déménager pour être plus proche de mes parents. Je me sens appelé à réagir, à faire quelque chose. Comment nous y prendre pour bien décider et faire la volonté de Dieu ?
D'abord, je dirais : bien poser la question de manière concrète et réaliste. Faire ceci ou faire cela. Sortir du flou. Poser la question simplement, entre un bien et un autre bien, pas entre un bien et un mal. On ne choisit pas le mal. Entre un bien et un mal, la question du choix ne se pose pas. Je pose clairement la question : faire ceci ou faire cela.
Et je me dispose dans la disponibilité, l'humilité. Hors de la toute-puissance : on ne peut pas tout faire. J'offre à Dieu ma question. Je lui demande sa lumière.
Troisièmement, je rassemble les données objectives. Est-ce faisable ? En temps ? En argent ? En lieu ? Consulter des documents ? Prendre conseil ? On peut faire, et c'est une bonne chose, un tableau à quatre entrées. Par exemple, partir six mois à Madagascar : une colonne pour les avantages, une colonne pour les inconvénients. Rester ici avec ma famille et ne pas partir à Madagascar : une colonne pour les avantages, une colonne pour les inconvénients. Et prendre le temps d'écrire clairement, dans la disponibilité, l'honnêteté dans ma recherche, la liberté intérieure, la confiance dans mon intelligence, don de Dieu.
Je peux aussi demander conseil à mon entourage, mon conjoint, mes amis. Et puis, devant Dieu, je tranche et je lui offre ma décision dans la prière. Il y a de fortes chances que Dieu me réponde en envoyant sa paix et sa joie.
Devenir libre pour choisir
En fait, il s'agit de devenir libre pour nous décider. Si nous regardons la vie des saints et des saintes, chacun et chacune avec son charisme propre, nous y reconnaissons un trait commun. C'est dans leur force intérieure à vivre une manière d'aimer et de servir. D'où cette efficacité dans l'action, ce pouvoir d'attraction. Ils savent ce qu'ils veulent, vont droit au but, bien loin de l'émiettement de notre volonté, souvent ballottée au gré de nos envies et de nos répulsions.
Merci à vous.
Transcription de l'émission Foi, chemin de liberté, produite et diffusée par Radio Grand Ciel (Chartres). L'écoute reste la référence : épisode original.