Le péché
👁 Contemplation · Gn 2 – 4 ; Lc 23
Sœur Michèle · Enseignements et témoignages · diffusé en avr. 2020
🎧 Écouter sur Radio Grand CielEn bref : Avec Sœur Michèle, vous entrez dans un temps de prière sur le péché, dans la tradition ignatienne. Loin d'un examen de conscience culpabilisant, vous vous tenez d'abord devant un Dieu bon, puis devant le Christ en croix, pour laisser votre cœur se réveiller. Un temps de silence vous est proposé.
Bonjour à vous, auditeurs de Radio Grand Ciel. Sœur Michèle, du Prieuré Saint-Thomas, a le plaisir de vous parler aujourd'hui. Nous consacrerons notre émission à un sujet grave, et même dont on n'aime pas parler : le péché. Pour préparer l'émission d'aujourd'hui, je me suis servie du petit livre de Bruno Régnier sur la vie spirituelle.
Jusqu'à maintenant, dans nos rencontres sur RGC, Radio Grand Ciel, nous avons cherché qui est Dieu pour nous, comment il nous aime, comment il nous rejoint et comment je peux me tourner vers lui. Autrement dit, quel est le désir de Dieu et comment le mien rejoint le sien. Une rencontre amoureuse, en quelque sorte. Nous avons mieux pris conscience que Dieu nous appelle à la vie, une vie qui porte du fruit pour les autres et pour nous. Notre confiance en Dieu s'est affermie.
Alors, tout naturellement, désirant descendre plus en profondeur dans notre être humain, vient en nous le désir de mettre de l'ordre dans nos vies, pour qu'elles soient en effet complètement tournées vers la volonté de Dieu.
Se mettre en présence de Dieu
Tournons-nous maintenant vers le péché. Nous pouvons penser qu'il s'agira d'un moment d'introspection et que c'est un mauvais moment à passer. Mais c'est une erreur de penser ainsi. Nous poursuivons sur notre lancée de la confiance en Dieu, pour qu'il nous révèle ce qui en nous s'oppose à notre désir profond de le servir. C'est donc un bon moment à vivre, une découverte positive dans notre existence. Dieu y a mis sa présence et un grand désir de le servir.
Contemplons notre existence en présence de Dieu.
Qui es-tu, toi qui entends la voix de ma prière ? Tu es, Seigneur, ma force ; la foi de mon cœur est à toi. Je t'appelle.
Je me mets en présence de Dieu. Je me laisse remonter à la mémoire à quel point Dieu m'aime et me cherche, à quel point je l'aime et le cherche.
(Temps de silence.)
Le péché dans la Bible : Adam et Ève
Pour parler du péché, la Bible ne commence pas par une définition, ni par un examen de conscience, mais par une histoire, un mythe des origines : l'histoire d'un homme et d'une femme, Adam et Ève. Ils portent des noms génériques : ils sont vous et moi.
On explique qu'ils ont été créés par Dieu, qu'il y a un Dieu bon qui les a faits à son image. Voulant leur bonheur, il leur a donné une consigne : celle de ne pas manger du fruit d'un arbre, celui de la connaissance du bien et du mal.
Et voilà que le serpent, un rusé, leur explique que manger du fruit de cet arbre conduit à une vie bien meilleure. Le rusé leur explique que Dieu veut garder cette vie meilleure pour lui tout seul. Une manière de dire que Dieu serait pervers.
Adam et Ève se laissent séduire par la beauté du fruit et acceptent le raisonnement du serpent. Et donc ils mangent ce fruit.
Et suite à cette désobéissance, que fait Dieu ? Dieu ne punit pas Adam et Ève comme s'il était vexé d'avoir été désobéi. Mais Adam et Ève découvrent la honte de leur nudité devant Dieu. Ce qui veut dire qu'ils prennent conscience que, devant Dieu, devant cet être bon qui leur veut du bien, leur manque de confiance est une injure.
Alors, qu'est-ce qu'ils sont tentés de faire ? Ils rejettent la responsabilité sur un autre. Ce n'est pas moi, c'est à cause d'elle ou de lui. Peut-être à cause de toi, Dieu : tu n'aurais pas dû nous créer libres, ta bonté est trop grande, tu nous fais trop confiance.
Et Dieu reste bon. Il confirme Ève dans sa mission de donner la vie, d'être la mère des vivants. Il continue à confier à Adam la création, pour la garder et la cultiver.
Caïn et Abel
Et l'histoire se poursuit. Adam et Ève ont deux enfants, Caïn et Abel. Caïn, jaloux, ne supporte pas Abel et le tue. Là, le péché devient évident : c'est le meurtre du frère.
Mais on comprend que ce péché a pris sa source dans celui d'Adam et Ève, dans leur manque de confiance en Dieu. Ils ont transmis à leurs enfants leur refus d'être responsables, leur jalousie de l'autre, leur rejet de l'autre et de Dieu.
Le péché a sa source dans ce refus de croire en la bonté de Dieu. C'est devant Dieu, lorsque nous le rencontrons, que honte et confusion apparaissent en notre cœur. Vivre, c'est donner sa confiance à Dieu et faire ce qu'il demande. Mourir, c'est s'écouter soi-même, choisir de suivre son jugement propre.
L'ennemi de la nature humaine
Là, saint Ignace parle de l'ennemi de la nature humaine. On peut dire le Satan, Lucifer. Il continue à me tromper, à me mentir, comme avec Ève. Je lui cède, et je commence par la suffisance : je me fie à mon propre jugement, pour aller jusqu'à la désespérance : je suis voué à la condamnation, bon à rien d'autre qu'à pécher.
L'ennemi de la nature humaine cherche à m'endormir la conscience, à insinuer que je ne fais pas de mal. Ou bien il me fait croire que je ne suis que pécheur, et que mon acte me colle à la peau.
Tu entends mon cri, tendre Père.
Devant le Christ en croix
Se reconnaître pécheur ne se fait en vérité et en liberté que devant Dieu et son Fils. Ce n'est pas tant s'accuser que se tenir devant Celui qui continue à me dire son amour. Devant le Christ en croix, il n'y a plus de déni possible.
Le récit de la Passion montre que tous les acteurs — les Juifs, les Romains, les disciples — tous l'ont trahi, renié, bafoué, cloué, condamné. Celui qui se tient devant le crucifix se rend compte du mal commis, le mal commis par les Juifs, les Romains et les disciples, et qu'il commet lui aussi chaque jour en refusant de faire confiance à Dieu.
Celui qui se tient devant le crucifix découvre ce mal commis. Il le découvre devant le cœur ouvert d'où coulent le sang et l'eau. Celui qui se tient devant le crucifix entend cette prière de Jésus : « Père, pardonne-leur, ils ne savent pas ce qu'ils font. » Celui qui se tient devant le crucifix entend Jésus accueillir le bon larron.
Et nous prenons conscience de la lourdeur de notre péché. Et nous crions notre admiration : comment se fait-il que je sois aimé jusque-là ? Je suis saisi de honte et de confusion, et c'est heureux.
J'étais enfermé dans l'erreur, dans le mensonge. Dieu le Père, par Jésus, me disait son amour, son estime, sa confiance, et je ne pouvais l'entendre. J'étais insensible, mon cœur était endormi, anesthésié par le péché. Maintenant, le voilà réveillé. Mon cœur sait à nouveau distinguer la vérité et le mensonge, la lumière et les ténèbres, la joie et la tristesse.
Âme du Christ, sanctifie-moi. Corps du Christ, sauve-moi.
Transcription de l'émission Foi, chemin de liberté, produite et diffusée par Radio Grand Ciel (Chartres). L'écoute reste la référence : épisode original.