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Qu'est-ce que la vérité ?

🎓 Enseignement · Jn 14, 5-6

Raymonde Richard · Enseignements et témoignages · diffusé en mai 2020

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📖 Ce texte à la messe : Lu récemment : Dimanche 3 mai 2026 · 5ᵉ dim. Pâques A

En bref : Vous êtes invités à réfléchir sur la question de la vérité, à partir des propos d'un procureur, du métier d'avocat et d'un dominicain britannique face au Brexit. Le chemin conduit jusqu'à l'affirmation du Christ « Je suis le chemin, la vérité, la vie », et à la place qu'elle laisse au dialogue interreligieux.

Bonjour, Raymonde Richard au micro. Nous nous retrouvons pour l'émission « La foi, chemin de liberté ». Et aujourd'hui, pour cette émission, je me propose de réfléchir avec vous sur la question de la vérité, d'un point de vue un peu particulier, à partir d'un article sur François Molins.

Le témoignage d'un procureur

François Molins, procureur, après plus de 40 ans dans la magistrature, se pose quelques questions et dialogue. C'est dans le journal La Croix que j'ai trouvé ma source d'inspiration. D'emblée, il nous dit : « Cela me fait toujours peur quand j'entends des magistrats dire, après 30 ou 40 ans de carrière, moi, je ne me suis jamais trompé. » C'est un bon moyen, non pas de trouver la vérité, mais de se poser la question pour être le plus vrai avec soi-même.

Et puis il nous dit, François Molins : « Il faut le courage, car il faut trancher en permanence. » Alors il explique qu'avant de se rendre sur une zone d'attentats, de crimes, il a besoin d'un moment de recueillement. C'est une aspiration profonde, en même temps qu'une question de respect pour les victimes. Et puis, après ce moment, il remplit son office de procureur. Mais l'attente des médias dans ce métier et l'attente du public est immense. Ce n'est pas d'ailleurs simple, parce qu'il faut arbitrer entre ce qui peut être dit et ce qui ne le peut pas.

Et il nous dit : « Je ne savais vraiment ce que j'allais dire que quinze minutes avant ma prise de parole. Ensuite, j'exposais les faits, en veillant toujours à proscrire toute recherche de morbide ou de sensationnel. » Il faut, ajoute-t-il, retenir sa plume, retenir sa langue peut-être aussi. Aussi, dans ce métier, il faut nommer l'horreur. Et il explique qu'effectivement, dans les points presse où il nomme l'horreur, c'est parce que la parole d'un procureur, c'est crédible. Loin des rumeurs, de la confusion ambiante, on explique les choses telles qu'elles sont, sans calcul, sans réserve, sans travestissement de la vérité, sans en rajouter.

Lorsqu'on lui pose la question des raisons de la délinquance, il dit : « Effectivement, on assiste à une explosion du trafic de stupéfiants, à une montée des violences, au discours de haine, en lien aussi peut-être avec le développement des réseaux sociaux. » Donc là, il y a effectivement la question de la vérité qui se pose. Et puis, réseaux sociaux, cela renvoie au tribunal médiatique et aux questions : « Y a-t-il une justice à deux vitesses ? » Et puis, qu'est-ce qu'on juge ? On juge l'homme ou l'acte ? C'est une question qui est intéressante.

Et puis il faut aussi se départir de ses propres préjugés. En tant que magistrat, il faut toujours s'interroger sur ses propres dépendances, lutter contre ses a priori, ses préjugés. « Je me suis en effet rendu compte dès mon premier poste que j'avais tendance à être plus indulgent avec les individus de la même origine sociale que moi. Ça m'a sauté aux yeux. Et j'ai ensuite lutté contre ce biais. »

Et puis, bien sûr, il y a des reproches d'avoir tardé à ouvrir une information judiciaire ou bien, au contraire, à lancer des investigations sur des dossiers politico-financiers. Alors il y a effectivement le stress, mais aussi la pression. Une pression liée au développement du journalisme d'investigation. Donc on est soupçonné d'être téléguidé par le pouvoir ou d'agir contre le pouvoir. Et si on ne fait rien, on est critiqué pour ne pas avoir répondu aux accusations portées par la presse. Et voilà, il faut faire avec.

En tout cas, la question est de trouver quel est le chemin de la vérité. Et la réponse me paraît intéressante pour une réflexion : la ligne droite n'est pas le plus court chemin d'un point à un autre. Et plus sérieusement, dit-il, « j'ai appris l'importance du discernement, l'ouverture au monde, les valeurs de tolérance et d'humanité. Il faut que l'autre soit et qu'il soit autre. C'est pour moi la plus belle définition de l'humanisme chrétien. L'autre a le droit d'être ce qu'il est, quel qu'il soit, d'où qu'il vienne. »

Le métier d'avocat

Pour poursuivre sur cette question de la vérité, j'ai déroulé une réflexion sur le métier d'avocat. Parce que comment défendre un accusé qui vous ment ? Et un accusé a le droit de mentir. Le rôle de son avocat n'est pas de le pousser à faire des aveux. L'avocat le conseille au mieux en fonction des éléments du dossier. Il confronte et il voit si ce qu'on lui a raconté tient la route ou pas, et s'il va être possible pour lui de bâtir une ligne de défense cohérente. Mais il n'a pas une exigence de vérité, puisque la mission première d'un avocat reste de défendre au mieux les intérêts de la personne qu'il assiste.

Timothy Radcliffe et le Brexit

J'ai aussi été voir un autre témoignage. C'est celui de Timothy Radcliffe, l'ancien maître de l'ordre des Dominicains. Il est britannique. Et au moment du Brexit, il s'exprime : « L'une des raisons pour lesquelles tant de personnes ont été attirées par le Brexit, c'est qu'on leur a raconté des mensonges sur les énormes sommes d'argent qui seraient libérées par notre sortie. Des bus ont parcouru le pays en prétendant que nous pourrions gagner chaque semaine 350 millions de livres sterling qui pourraient être utilisées pour les services de santé, pour aider les chômeurs, etc. Des mensonges racontés des deux côtés. »

Il prend ensuite une certaine distance : « Dans ce monde de fausses nouvelles, comment la société peut-elle retrouver une passion pour la vérité, sans laquelle elle se désintégrera ? » Et il rappelle que l'humanité doit être la communauté de la vérité. Et il pose la question : « Comment pouvons-nous reconstruire nos communautés en chérissant la vérité ? Si l'Église peut servir cette société dans le brouillard d'affirmations non vérifiées, alors l'Église doit apprendre elle aussi à être véridique. Nous devons la vérité sur les immenses dégâts que nous avons causés sur les jeunes vivants. Nous devons la vérité sur les personnes vulnérables et ouvrir nos cœurs afin que cette douleur soit considérée comme la nôtre. Nous devons ouvrir nos cœurs et nos esprits aux vérités des personnes. Nous devons être honnêtes dans nos doutes et nos questions. »

Les vérités qui nous concernent

Et quelles sont ces questions ? Par exemple, quelle est la vérité des hommes politiques en période électorale lorsque l'affirmation de fake news tient lieu de vérité ? Et lorsqu'il faut chercher ensemble des solutions pour trouver le bien commun.

Autre lieu pour se poser cette question de la vérité : quelle est la vérité des conséquences démographiques d'une terre peuplée de 7,5 milliards d'habitants, dans lesquels seulement 1,5 milliard, au bas mot, vont bien, ont de quoi vivre, alors que d'autres sont dans la misère ? Quelle est la vérité aussi sur le réchauffement climatique et ses conséquences ? Alors qu'il y a des hommes politiques et même certains scientifiques qui nient ce réchauffement climatique, sur lequel beaucoup reconnaissent qu'il est une réalité. Quelle est la vérité sur les catastrophes naturelles générées par les technosciences ? Et puis il y a la vérité sur le budget européen, sur l'imposition des citoyens, sur le budget de nos hôpitaux, sur les choses très concrètes qui nous concernent tous. Toutes ces vérités que l'on doit faire, ou sur lesquelles on doit réfléchir, discerner, sur ce qui est le meilleur pour chacun et pour tous.

La vérité selon l'Évangile

C'est le moment aussi de s'interroger sur la vérité que promeut le christianisme et l'Évangile. Dans son discours d'adieu aux apôtres, le Christ déclare être le chemin, la vérité, la vie. En effet, pour répondre à Thomas qui vient de lui dire « Nous ne savons pas où tu vas, comment pourrions-nous savoir le chemin ? », c'est alors que Jésus déclare qu'il est le chemin, la vérité, la vie.

Et alors on peut se poser la question : mais quelle place cette affirmation « Je suis la vérité » laisse-t-elle pour le dialogue interreligieux ? Puisque par cette affirmation, le chemin de la vérité se cherche dans la personne même du Christ. Qu'elle continue de nous tarauder, de nous interroger, et que si le Christ s'affirme comme l'unique médiateur entre les hommes et Dieu, le chemin de la vérité doit se chercher en Jésus, dans la relation personnelle que chacun entretient avec lui. Mais ça veut dire que chacun, par sa propre expérience du Christ, cherche cette vérité.

Cela nous renvoie à nos préjugés, parce que c'est naturel d'avoir des préjugés, des idées préconçues. Au début de l'émission, j'avais trouvé extraordinaire cette proposition du procureur François Molins, disant « Laissez l'autre être l'autre ». Cela peut-être nous amène à déplacer le lieu de la relation, du dialogue. Le dialogue interreligieux est un dialogue qui nous met en relation avec d'autres croyants, avec des croyants d'autres manières, pour chercher, échanger, connaître de l'autre, connaître les rayons de la vérité qui illuminent tous les hommes.

Au Concile Vatican II, on évoquait les semences et rayons qui se trouvent dans les personnes et les traditions religieuses de l'humanité, chez les autres. Le défi positif pour l'Église, c'est de découvrir, reconnaître les signes de la présence du Christ aussi chez les autres. Parce que finalement, la vérité n'est pas une chose que nous possédons, c'est une personne par laquelle nous devons nous laisser posséder. Donc là, c'est une entreprise qui regarde chacun, qui approfondit son identité, qui reçoit des autres, qui reçoit à travers les autres les valeurs positives de leur tradition, et qui cherche lui-même à se comprendre et à se placer en face de l'autre, de Jésus-Christ.

Cette émission a été faite avec les numéros du journal La Croix concernant la vérité, dans le numéro sur le Brexit de ce journal. Et puis je vous dis bonne semaine à tous. Au revoir.

Transcription de l'émission Foi, chemin de liberté, produite et diffusée par Radio Grand Ciel (Chartres). L'écoute reste la référence : épisode original.