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Vivre en couple dans la foi

🎓 Enseignement

Sœur Michèle · Enseignements et témoignages · diffusé en mai 2020

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En bref : Sœur Michèle du Prieuré Saint-Thomas vous parle de la vie chrétienne vécue en couple. Elle rappelle que le mariage repose moins sur le sentiment que sur une promesse : celle d'apprendre à s'aimer tout au long de la vie. Elle explore le mystère de l'autre, les épreuves qui fragilisent une relation et le discernement à opérer devant Dieu. Une parole qui rejoint aussi celles et ceux qui vivent seuls, car il s'agit toujours de relations.

Bonjour à tous, Sœur Michèle du Prieuré Saint-Thomas vous parle aujourd'hui dans le cadre des émissions « Foi, chemin de liberté ». Je voudrais vous parler aujourd'hui de votre vie chrétienne vécue en couple. Peut-être mes paroles seront-elles utiles aussi à ceux qui vivent seuls, parce qu'il s'agit toujours de relations, et nous vivons tous des relations.

Une promesse plus qu'un sentiment

Vivre en couple dans la foi, qu'est-ce que c'est ? Beaucoup se marient, vivent ensemble parce qu'ils s'aiment. Évidemment oui, et pourtant, je dirais que le mariage est fondé sur l'amour entre un homme et une femme, mais surtout sur la promesse qu'ils se font d'apprendre à s'aimer, de choisir de s'aimer tout au long de leur vie.

La solitude non choisie n'est pas bonne. Elle peut causer l'enfermement, couper de la source de la joie. La joie est toujours liée à une relation. La relation en couple, en famille, en communauté, entre amis, va m'apprendre à aimer. Humblement, j'apprends de l'autre ce que c'est que de le blesser ou l'encourager, l'ignorer ou lui donner toute mon estime, lui pardonner et compter sur lui. Les autres vont m'apprendre à aimer.

Nous sommes des aides les uns pour les autres, pour sans cesse nous rouvrir à l'accueil, à la compréhension plus grande, au respect, au dialogue fraternel. Non pas en nous écrasant pour éviter les conflits, mais en partenaire à égalité.

Le choix du conjoint à l'épreuve du temps

Revenons au couple. Nous avons dit, le mariage n'est pas fondé sur le fait que cet homme et cette femme s'aiment, mais sur la promesse qu'ils se font. Le choix du conjoint peut se faire selon des critères différents, variés : des valeurs communes, des approches de la vie ou de la foi qui sont similaires, des affinités sur la manière de vivre, la beauté, le statut social, l'argent. Mais dans la durée, ces critères peuvent être bousculés par la maladie, le chômage.

Alors l'autre se révèle insaisissable, je ne le comprends plus. Avec le temps qui passe, son mystère grandit plus vite que la connaissance que j'ai de lui. Et je me retrouve devant une interrogation : qu'est-ce que Dieu me dit maintenant par cette relation avec mon conjoint ?

Le mystère de l'autre

Dieu a voulu me donner un conjoint, une aide assortie, comme dit la Bible. J'ai noué une alliance avec lui. Et puis, bien que mon plus proche, mon plus intime, il reste autre pour moi, un mystère. Un mystère qui grandit.

Ce mystère qui est toute personne humaine, je me dois de le respecter, de l'accueillir. Mais je me dois de veiller à ce qu'il ne soit pas source d'éloignement, d'incompréhension, voire de souffrance au sein de notre couple. Alors, dans le dialogue, simple, en vérité, nous sommes appelés à partager nos joies, nos enrichissements, mais aussi nos difficultés, nos incompréhensions rencontrées dans cette altérité. Notre amour, qui ne doit pas craindre cet autre, ne pourra que grandir, s'enrichir de nos différences.

Quand vient le temps de l'épreuve

Nous nous étions dit notre amour, nous avions promis que ce serait possible, pour toujours, et parfois l'épreuve du temps passe par là. Le temps de l'épreuve est arrivé. Je ne donnerai pas ici de conseils qui relèvent de la psychologie ou d'une conseillère conjugale. Bien des raisons peuvent fragiliser une relation conjugale.

Il y a tout ce qui concerne les parents et beaux-parents. Comment les aimer alors qu'ils sont, ou semblent être, la cause de blessures chez mon conjoint ? Il y a les relations entre les frères et sœurs, source de comparaisons, jugements, jalousies, qui remontent à l'enfance, ou des ruptures au moment de l'héritage.

Il y a l'évolution du conjoint. Il est tombé dans une addiction. Il est atteint d'une maladie de longue durée. Il entretient des relations extra-conjugales, ou bien il s'engage sur une voie personnelle qui déconcerte.

Il y a ma propre évolution. Je ne pensais pas que m'engager dans cette vie de couple, cela impliquerait de renoncer à des attitudes, des solidarités. Je réalise qu'en me mariant, j'ai d'abord fui une situation intolérable.

Il y a le poids du quotidien, les enfants, les courses, les repas, les travaux. Il y a les fortes exigences du travail professionnel. Notre couple est-il toujours le lieu de la joie pour la croissance de chacun, ou bien devient-il vide de la présence nourrissante de l'autre ?

Discerner : un temps pour tout

Toutes ces situations, comment les porter devant Dieu et quel discernement opérer ? Il y a des moments pour parler, et des moments pour se taire, des moments pour dénoncer, pour nommer, pour séparer, et des moments pour faire silence, accuser le coup. Il y a des circonstances où la parole est violente, et d'autres fois où c'est le silence qui est violent. Et la violence, d'où vient-elle, où va-t-elle ?

Il y a des moments qui demandent de la patience, pour qu'une conversion puisse mûrir, et un pardon se donner. Il y a des moments où il y a l'urgence d'une décision pour soi, pour les tiers, pour l'autre aussi. Comment discerner si la patience est compromission, ou si elle est espérance ?

Il y a des moments où il faut aller au travail, et des moments où il faut quitter son travail. Il y a des moments où il faut soutenir son conjoint dans son engagement professionnel, et des moments où il faut l'aider à quitter ses préoccupations et ses obsessions.

Se regarder soi-même en vérité

Il y a surtout un moment où, avant de ne voir en l'autre qu'un responsable d'une situation difficile, je dois me regarder sans peur, mais dans un réel souci de vérité. Quelles sont mes propres blessures, mes manques, mes besoins de reconnaissance, mes guérisons dont j'attends réparation par mon conjoint, alors que ces réparations ne peuvent venir que de moi, par un travail personnel de relecture, de distanciation ?

Il y a des personnes qui ne supportent pas les limites du conjoint ou les leurs, et qui demandent le divorce. Cette décision vient-elle de leur propre déception, de la chute de leur fantasme du couple idéal, de leur fermeture à un possible pardon, ou de leur incapacité à ce moment-là de leur vie de demander pardon ou de donner leur pardon ?

Il y a des personnes qui, malgré les comportements condamnables du conjoint, tiennent dans la fidélité à l'engagement pris. Elles savaient que le mariage pouvait faire souffrir, et c'est en effet accepter de souffrir, parfois pour l'autre, avec l'autre, à cause de l'autre. Elles trouvent la source intérieure pour offrir ce qu'elles ressentent et subissent, en action avec ce que le Christ et sa mère ont souffert à la Passion. Elles espèrent en la résurrection.

La force du sacrement

Après avoir traversé l'orage, beaucoup de couples témoignent qu'ils ont trouvé une grande aide intérieure dans la qualité de la décision qu'ils avaient prise en se mariant, et dans la force du sacrement du mariage qui est confiance que Dieu les accompagnera tous les jours. Ils se sont souvenus qu'ils s'étaient engagés sur une promesse, que c'était clair, qu'ils étaient déterminés, qu'ils s'étaient choisis librement, avaient confié leur union à plus grand qu'eux. Ils ont fait un travail sur eux, sur l'autre, sur leurs relations, ce qui leur a permis de garder l'espérance, en celui qui pouvait les mener vers un au-delà inconnu, lumineux.

N'oubliez pas qu'aimer est un vrai travail pour lequel la retraite n'existe pas. L'énergie investie dans les études, l'apprentissage, la vie professionnelle doit être aussi présente dans la construction pérenne d'un amour.

La joie du couple

Bien des couples vivent aussi de vrais moments de joie profonde, à tout âge et parfois en même temps que de gros problèmes, en même temps que des avis divergents et parfois au-delà des difficultés. La joie de l'un des deux vient de la croissance de l'autre dans la vie ordinaire, professionnelle, spirituelle. Elle vient de l'audace d'entreprendre ensemble, notamment dans un engagement au service des autres. Elle vient de l'audace de concevoir un enfant. Désormais, c'est la vie du couple qui accepte d'être éprouvée par la vie d'un autre.

La joie passe par des détails significatifs, une manière de se retrouver en fin de journée, de se parler, de se taire en présence de l'autre, de prier ensemble. La joie apparaît en voyant le parcours déjà vécu ensemble, où chacun est étonné, reconnaissant que la vie permette un tel déploiement.

Transcription de l'émission Foi, chemin de liberté, produite et diffusée par Radio Grand Ciel (Chartres). L'écoute reste la référence : épisode original.