Jésus, de l'histoire à la foi
🎓 Enseignement
Raymonde Richard · Enseignements et témoignages · diffusé en mai 2021
🎧 Écouter sur Radio Grand CielEn bref : Raymonde Richard propose de « revenir à la source » de la foi, c'est-à-dire à Jésus. Vous découvrez ce que la recherche historique permet d'établir de sa vie, les nombreuses sources qui en parlent et son enracinement dans le judaïsme de son temps. Une invitation à comprendre pourquoi cette histoire, mise par écrit par ses partisans, appelle encore à la foi et à la fraternité.
Revenir à la source
L'animateur. — Aujourd'hui, vous nous proposez un sujet qui va peut-être paraître évident, mais qui finalement ne l'est pas tant que ça : Jésus.
Raymond. — Il appartient à tout le monde, et aussi à moi. Je n'ai aucune prétention, simplement peut-être rendre compte du cheminement que je fais, et c'est un cheminement spirituel que je partage finalement avec d'autres. « Foi, chemin de liberté », c'est ma liberté à moi de rencontrer ce Jésus et d'essayer d'en rendre compte.
L'animateur. — Ce choix ne vient pas par hasard. C'est peut-être une volonté, par ces temps troublés, de revenir à la source ?
Raymond. — C'est ça. Toutes les histoires autour de l'Église — l'affaire du Père Preynat, les religieux abusés, puis d'autres histoires encore. Et puis le cléricalisme, qui apparaît comme quelque chose de mis en cause. On voit le pape qui reprend un peu la curie, on voit un certain nombre d'abus, et je me dis : quand même, ce n'est pas possible. Et puis la période de Covid a, d'une certaine manière, vidé les églises. Ce qu'on entendait dans les propos, c'était : « Ah, maintenant qu'il n'y a plus la messe » — sous-entendu qu'il n'y a plus la quête à la messe — « l'Église se trouve dans une situation... » Mais je me suis dit : l'Église, ce n'est pas que ça. Donc revenons à la source.
Et puis il se trouve qu'on a un pape, le pape François, qui écrit des textes. Avant, les textes étaient de l'Église, c'était une encyclique, ça s'adressait aux catholiques. Là, il écrit aux catholiques, certes, mais aussi aux autres. Il ne se présente pas comme expert en humanité : on a aussi, comme chrétiens, comme catholiques, quelque chose à dire, et quelque chose à dire au monde. Je trouve que c'est courageux de sa part, et ça me fait plaisir. Je me dis : allons un peu vers l'origine. L'origine, c'est Jésus.
Le Jésus historique
L'animateur. — Ce qu'on va peut-être voir en premier, c'est le Jésus historique, qui n'est pas facile à cerner.
Raymond. — C'est assez amusant, parce que beaucoup de gens ont parlé du Jésus de l'histoire. Et tous ceux qui se sont attachés à trouver un Jésus historique, s'ils étaient révolutionnaires, trouvaient un Jésus révolutionnaire ; s'ils étaient dans la psychologie, ils trouvaient un Jésus psychologue ; s'ils étaient dans la médecine, ils trouvaient un Jésus guérisseur. En fait, on trouve le Jésus qu'on cherche. Et sûrement, Jésus est un peu ça.
Ça m'intéresse beaucoup, parce que, quand on est chrétien, Jésus vient à nous, et la foi nous dit : je fais alliance avec toi. S'il fait alliance avec moi, Jésus va m'aider à trouver mon chemin vers lui. Mais on a à rendre compte de la foi. C'est important de savoir que ce n'est pas une fable, que ce n'est pas simplement une histoire dans sa tête.
L'animateur. — L'histoire ne se suffit pas à elle-même. Ce serait une impasse de vouloir comprendre Jésus uniquement d'un point de vue historique, comme ce serait une erreur de vouloir le faire uniquement par le prisme de la foi.
Raymond. — De toute façon, c'est l'aspect de la recherche historique. Quand on cherche quelque chose en histoire, on ne peut pas faire l'impasse de l'époque où l'on cherche, parce qu'on est marqué par son époque. À un moment donné, on recherchait plutôt l'histoire politique ; puis l'histoire économique et sociale ; puis une histoire autour de la psychologie, une histoire populaire. Chaque historien qui étudie aujourd'hui le Moyen Âge ou la Révolution française trouve des choses, des angles qui avaient été laissés de côté. Il y a les faits — la prise de la Bastille, la mort de Louis XVI, la disposition prise par François Ier pour qu'on parle français — mais après, il faut interpréter.
On ne s'est pas posé la question historique de Jésus depuis très longtemps, parce que tout le monde était chrétien jusqu'au XVIIIᵉ siècle : on l'était obligatoirement, en tout cas dans la sphère occidentale qui nous intéresse ici. Au XIXᵉ siècle, on est à l'époque scientifique. On a Renan, sa Vie de Jésus. Et cela intéresse : le tirage de la Vie de Jésus, c'est 168 000 exemplaires à la fin de l'année 1864, l'année de sa parution. À titre de comparaison, L'Assommoir d'Émile Zola, en cinq ans, avait fait 100 000 exemplaires. Ça en dit long sur l'intérêt. Aujourd'hui encore, chez les libraires — et pas seulement dans les librairies chrétiennes — il y a toujours des livres sur Jésus, parce que ça intéresse, parce que son histoire et le fait chrétien donnent du sens.
Beaucoup de sources
L'animateur. — En préparant l'émission, vous m'avez interpellé sur le nombre de sources concernant Jésus. Il y en a beaucoup.
Raymond. — Oui, c'est très intéressant. On se demande : comment le connaît-on, Jésus ? D'abord, par beaucoup de documents. Il y a quatre évangiles, les lettres de Paul et de bien d'autres. Ce sont des documents écrits à partir des années 50-60 de notre ère, donc assez proches de l'événement Jésus. Mais Jésus lui-même n'a rien écrit. 27 livres, quand même, dans le Nouveau Testament, ce qui n'est pas mal. Il y a aussi les sources apocryphes et les sources non chrétiennes. Dans l'histoire romaine, qui s'intéresse aux chroniques politiques de l'époque, on a Tacite, qui évoque quelques révoltes juives que le gouverneur Ponce Pilate a matées assez vite. On a aussi un courrier échangé entre Pline et l'empereur Trajan au moment de la persécution des chrétiens. Et il y a Flavius Josèphe, qui a beaucoup écrit.
L'animateur. — D'une façon générale, l'existence de Jésus historique n'est jamais remise en cause, maintenant.
Raymond. — Oui, Jésus a existé.
L'animateur. — A-t-on des éléments qui échappent à toute interprétation, des éléments communs sur qui était Jésus ?
Raymond. — Oui, son existence même. On a des chroniques qui disent qu'il a été tué. On a des textes qui évoquent Ponce Pilate. Archéologiquement, il y a des traces de cette époque chrétienne. Et il y a aussi des textes qui étaient contre Jésus et contre les chrétiens : ils attestent de son existence, parce qu'autrement, on n'aurait aucune raison d'en parler.
Jésus, un Juif de son temps
L'animateur. — Jésus était juif. Ce n'est pas une petite chose. Il faut replacer son ministère dans son contexte.
Raymond. — Jésus est juif. À son époque, en Galilée, il y avait de nombreux groupes juifs. Les principaux, dont parle aussi l'Évangile : les Samaritains, les Pharisiens, les Esséniens — avec notamment les manuscrits de la mer Morte, essentiellement esséniens, qui permettent de recouper le monde juif au temps de Jésus. Jésus se présenterait presque comme un pharisien : il a des pratiques communes avec eux — comme ceux qui suivaient Jean-Baptiste — mais il a aussi des pratiques inverses. Il est immergé dans la pratique juive : il va au Temple, il est dans les synagogues, il prie. C'est véritablement un rabbi comme un autre, il a ses disciples autour de lui. Mais il a une attitude très originale par rapport aux règles de pureté : là, il les inverse. Et c'est peut-être une des clés qui font qu'il a été rejeté, et qu'il y a eu un procès juif avant le procès romain qui l'a condamné à mort.
Il inverse les choses, notamment dans le rapport à autrui. Pour les Juifs, on ne pouvait pas fréquenter des Romains — c'étaient les occupants — on ne pouvait pas fréquenter des gens impurs ; il y avait des pratiques rituelles de pureté exigeantes, il y avait le sabbat, il y avait le Temple. Jésus va au Temple, respecte le sabbat, suit la Loi ; mais en même temps, il tord les pratiques juives lorsqu'elles se font contre la vie et contre l'amour. Pour les Juifs, c'est le rapport à autrui qui apporte des souillures, le fait de manger comme les autres apporte des souillures ; pour Jésus, c'est l'amour du prochain qui est le signe de la sainteté, donc de la pureté.
Il se signale aussi par un rapport particulier à Dieu. Dans tous les groupes juifs, on était monothéistes, mais Jésus se signale par sa relation à son Père, une relation filiale. Il prie son Père.
Une histoire mise par écrit
Raymond. — Les Juifs de son temps qui l'ont suivi pensaient, là aussi : l'homme est décapité, tout ça va disparaître. Or, pas du tout. Non seulement ça ne disparaît pas, mais ensuite ses partisans mettent par écrit son histoire.
Pourquoi est-ce que je fais cette émission dans le cadre de « Foi, chemin de liberté » ? Parce que c'est cette histoire, transcrite par des gens qui étaient les partisans de Jésus, qui interprètent — et de façon différente. Et ça, c'est extraordinaire : parmi les partisans de Jésus, il y a ces interprétations que l'Église a retenues. Quatre interprétations différentes pour les évangiles, par exemple, et des évangiles différents. Une parole qui nous interpelle encore aujourd'hui, qui nous dit : vous pouvez construire une relation avec ce Jésus. C'est ça qu'on appelle la foi.
Une foi qui se vérifie dans l'amour
Raymond. — Ce qui m'intéresse, c'est que cette foi doit se vérifier. Et elle se vérifie dans l'amour des autres. Là, je retrouve mon point de départ : il y a le pape François qui nous invite à être frères avec tous. Eh bien, dans cette histoire, Jésus nous invite aussi à être frères avec les autres. La boucle est bouclée.
L'animateur. — Merci beaucoup, Raymond. Bonne semaine à tous.
Transcription de l'émission Foi, chemin de liberté, produite et diffusée par Radio Grand Ciel (Chartres). L'écoute reste la référence : épisode original.