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Jour 4 ☾ — Douleur et incompréhension

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Résumé : Ce quatrième jour achève le prologue du livre de Job avec le chapitre 2 : l'adversaire obtient de frapper Job dans sa chair, sa femme l'invite à maudire Dieu et à mourir, et ses trois amis viennent s'asseoir près de lui sept jours en silence. Le frère Paul-Adrien rapproche la solitude de Job de celle de Noé, et montre que rattacher le malheur à Dieu, loin d'être morbide, est un acte de confiance qui ouvre un chemin de sens. Il expose ensuite l'enjeu du pari de Satan : l'amour gratuit de Dieu existe-t-il vraiment ? Enfin, il distingue la tentation (qui vient de Satan), l'épreuve (libre, comme le sacrifice d'Isaac) et la croix (imposée par la vie dans un monde déchu), que le Christ a transformée en moyen d'union à lui.

Introduction

Nous passons maintenant à notre lecture de Job. Job, chapitre 2, ce sera la fin de notre prologue.

Lecture : Job 2

Le jour où les fils de Dieu se rendaient à l'audience du Seigneur, l'adversaire lui aussi vint parmi eux à l'audience. Le Seigneur lui dit : « D'où viens-tu ? » L'adversaire répondit : « De parcourir la terre et d'y rôder. » Le Seigneur reprit : « As-tu remarqué mon serviteur Job ? Il n'a pas son pareil sur la terre. C'est un homme intègre et droit, qui craint Dieu et s'écarte du mal. Il persiste encore dans son intégrité. Mais c'est pour rien que tu m'as incité à le détruire. »

Mais l'adversaire répliqua au Seigneur : « Peau pour peau. L'homme donne tout ce qu'il a pour sauver sa vie. Mais étends la main, touche à ses os et à sa chair : je parie qu'il te maudira en face. »

Le Seigneur dit à l'adversaire : « Soit, le voici en ton pouvoir. Mais préserve sa vie. »

Et l'adversaire, quittant la présence du Seigneur, frappa Job d'un ulcère malin depuis la plante des pieds jusqu'au sommet de la tête. Job prit un tesson pour se gratter, assis parmi les cendres.

Sa femme lui dit : « Tu persistes encore dans ton intégrité ? Maudis Dieu et meurs ! » Il lui répondit : « Tu parles comme une insensée. Si nous accueillons le bonheur comme venant de Dieu, comment ne pas accueillir de même le malheur ? » En tout cela, Job ne commit pas de péché par ses lèvres.

Trois amis de Job apprirent tout ce malheur qui lui était advenu. Ils arrivèrent chacun de son pays : Élifaz de Témân, Bildad de Shouah et Sofar de Naama, et ils se concertèrent pour venir le plaindre et le consoler. De loin, levant les yeux sur lui, ils ne le reconnurent pas. Alors ils éclatèrent en sanglots, ils déchirèrent chacun son manteau et projetèrent de la poussière sur leur tête. Sept jours et sept nuits, ils restèrent assis par terre auprès de lui, et à la vue d'une si grande douleur, personne ne lui disait mot.

Commentaire

Vous voyez, c'est intéressant de faire quand même le parallèle entre Job et Noé. De la même manière que Noé se retrouve seul, Job se retrouve seul. Peut-être que c'est même encore pire pour Job que pour Noé, parce que Noé peut partir dans l'arche avec sa femme, tandis que là, la femme de Job ici prend le relais de Satan et de l'accusateur.

Maudis Dieu et meurs !

C'est quand même extraordinaire, on a l'impression que c'est le serpent qui parle à travers elle. Vous sentez à travers cette phrase-là le désespoir, la souffrance brutale et une certaine forme de cruauté. Tout cela à mêler, on voit bien derrière le déchaînement du diable. À celui qui est enfoncé sans espoir dans son malheur ne reste comme solution que le plaisir de la malédiction. Comme ultime expression de la vengeance et de la rébellion. Une rébellion impuissante et une vengeance vaine, mais quand même la complaisance dans le désespoir. Maudis Dieu et meurs.

Avec cette réponse extraordinaire de la part de Job : « Tu parles comme une folle. Si nous acceptons le bonheur comme venant de Dieu, comment ne pas accueillir comme venant de Dieu le malheur aussi ? » Dans la réponse de la femme, il y avait quelque chose de morbide, un désir de mort. Et dans la réponse de Job, c'est au contraire un désir de vie. Parce que si vous rattachez le malheur à Dieu, ça veut dire que vous lui donnez une source, vous lui donnez une cause. Et si vous lui donnez une cause, vous lui donnez aussi la possibilité de trouver une solution et vous demandez à ce qu'on en rende raison. Il y a une énorme différence, avec en arrière-fond cette confiance envers le Dieu créateur qui s'exprime.

Nous sommes dans la main de Dieu. Ça, c'est la première réponse chrétienne. Nous croyons que la souffrance, qui pourtant n'a pas de sens, peut en avoir un dans une relation avec Dieu. De quelle manière exactement, c'est encore ce qu'il va falloir découvrir. Mais l'homme est capable de donner un sens à sa souffrance de par sa proximité, sa relation à Dieu.

C'est d'ailleurs tout l'enjeu. À travers cette souffrance, c'est la qualité de notre relation à Dieu à laquelle Satan ne croit pas et qu'il scrute. Pour Satan, le service désintéressé et gratuit de Dieu envers l'homme ou de l'homme envers Dieu n'existe pas. La seule logique qu'il comprenne, c'est don contre don, comme une sorte de contrat de service commercial où l'homme, contre un acte d'adoration, achète envers Dieu sa protection. C'est ce qu'il dit à travers le proverbe qu'il rapporte : « Peau pour peau. »

Et c'est pour ça que peu à peu Job est dépouillé de tous ses biens. Pour voir si la fine pointe de l'amour que l'on peut avoir pour Dieu est là, à savoir l'amour de Dieu pour rien. L'amour de Dieu pour Dieu, ce qu'on appelle en réalité la charité, l'amour surnaturel. Et c'est quelque chose de dramatique que, pour savoir si jamais on en est vraiment capable, il faille que nous soyons amenés jusqu'au bord de la mort. Et c'est ainsi que les malheurs s'accumulent sur la tête de Job, pour l'amener jusqu'au bord du précipice et voir si jamais la foi pure, la charité pure, ça existe vraiment ou pas.

Bon, vous me direz : d'accord, mais tout cela ne répond pas à la question. Pourquoi est-ce que Dieu permet cela ? Pour le simple plaisir de prouver à Satan qu'il a tort ? Pour vérifier si jamais les hommes sont capables de l'aimer par-dessus tout ? Il y a une vraie question. Alors je ne suis pas sûr d'avoir la réponse. Et c'est peut-être bien, d'ailleurs, parce que c'est précisément le livre de Job qui va essayer de nous en donner une. Donc écoutez, prenez votre mal en patience, je sais que cette question est brûlante et qu'il faudra quarante chapitres pour peut-être entrapercevoir un élément de réponse. Mais vous sentez bien que le mystère du mal est une vraie question et que ce n'est pas cher payé, quarante chapitres, pour simplement espérer en avoir une clé.

En attendant, pour ne pas vous laisser sur votre faim, j'ai peut-être quand même un ou deux éléments de réponse qui, à défaut d'éclairer totalement cette question, permettront d'éviter des contresens. Je pense que c'est bien de distinguer la tentation, l'épreuve et la croix.

La tentation, ça, ce n'est pas Dieu : c'est Satan qui tente. Satan tente dans l'objectif d'amener à l'échec de la foi, pour vous détourner de Dieu. Pour cela, il manipule votre imagination, il amène sur vous une série de malheurs qui vous poussent dans vos derniers retranchements.

Dieu, lui, ne met pas en tentation : il met à l'épreuve. Et l'épreuve, c'est autre chose. L'épreuve, c'est quelque chose que Dieu vous propose et que vous avez le droit de refuser, c'est dans la liberté, et qui est censé amener au triomphe de la foi, comme si c'était un moyen que Dieu vous donnait de prouver à vous-même, à vos propres yeux, l'amour que vous portez à Dieu. L'exemple type, c'est le sacrifice d'Isaac. C'est quelque chose que Dieu demande à Abraham — « Sacrifie-moi ton fils » — mais c'est quelque chose qui est libre et qui amène au triomphe de la foi.

Est-ce que nous sommes avec Job dans le cas d'une épreuve ? Je ne crois pas, parce qu'il n'y a pas ici de liberté. De la part de Satan, c'est une tentation. De la part de Dieu, c'est quoi ? C'est peut-être encore autre chose, et c'est là où je parle de croix. Les croix, ce sont les épreuves que vous n'avez pas choisies, qui vous sont imposées par la vie. Par exemple, un handicap physique. Par exemple, une maladie. Par exemple, le deuil de votre femme. Des choses qui vous tombent du ciel, que Dieu n'a pas voulues. Dieu n'a pas voulu que vous soyez malade. Dieu n'a pas voulu que votre femme vous quitte prématurément. Mais qui vous arrivent quand même parce que vous vivez dans un monde déchu, où le mal existe, où toutes les choses ne sont pas à leur place. Les croix, dans notre monde, existent. Et Job, qui perd ses fils, ses filles, qui perd ses troupeaux, subit ses premières croix.

Les croix existent et, en plus, Dieu nous demande de les porter. « Celui qui veut être mon disciple, disait Jésus, qu'il renonce à lui-même, qu'il porte sa croix et qu'il me suive. » Mon Dieu ! C'est là où peut-être on atteint quand même la dureté de la condition chrétienne. Pas facile de répondre à ça.

C'est peut-être là où, quand même — spoiler — on va peut-être tout de suite faire un tour du côté du Nouveau Testament : la manière dont Jésus nous demande de porter nos croix, ou le sens qu'il nous donne, ou pourquoi est-ce qu'il accepte ça, c'est à travers Jésus qu'on l'a. C'est-à-dire qu'il ne nous demande pas quelque chose que lui-même n'a pas pris pour lui. Jésus a connu la croix, et ce qu'il y a de très beau, c'est que nous savons que nos croix, grâce à Jésus, par Jésus, sont devenues un moyen de nous unir à Dieu.

Dire cela n'enlève pas l'horreur des croix, la patience sans borne que parfois il faut avoir quand il faut supporter une maladie qu'on n'a pas choisie et qui fait souffrir pendant dix, vingt, trente, enfin je ne sais pas combien d'années. Vous ne me connaissez pas, moi je ne vous connais pas, mais vous savez qu'on a tous nos difficultés — et je ne vous parle pas de ma vie, on ne va pas rentrer dans les détails, mais on en est tous là. Mais avec Jésus — bon, spoiler, tant pis, mais c'est peut-être des choses trop graves pour laisser ça dans le suspens — il a transformé les croix pour en faire un moyen de s'unir à lui. Ça n'enlève rien à la douleur, mais la solitude n'existe plus. Et ça, précisément, ce sera la réponse à venir du livre de Job.

Terminons par une prière.

Prière

Au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit.

Seigneur, nous continuons de te confier ceux qui ne vont pas bien. Nous avons déjà prié pour eux hier, mais nous te demandons, Seigneur, de leur faire cette grâce : d'arriver à donner un sens à ce qu'ils vivent.

Le Seigneur vous bénisse, qu'il vous garde, vous et vos proches, au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit. Amen.


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