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Résumé : Dans cet épisode, le frère Paul-Adrien lit les chapitres 12 à 14 de la Genèse : l’appel de Dieu à Abraham de quitter son pays, son voyage vers Canaan, sa descente en Égypte où il fait passer Sarah pour sa sœur, la séparation d’avec Lot, la guerre des rois et la rencontre avec le mystérieux Melchisédech. Le commentaire porte sur la foi d’Abraham, le traitement contestable de Sarah et la figure de Melchisédech comme préfiguration du Christ.
Introduction
Notre secours est dans le nom du Seigneur, qui a fait le ciel et la terre. L’épisode d’aujourd’hui sera un tout petit peu plus long que d’habitude parce qu’à cause du hasard des textes, il a fallu mettre ensemble 12, 13 et 14, donc on y va tout de suite.
Lecture : Genèse 12–14
Le Seigneur dit à Abraham : « Quitte ton pays, ta parenté et la maison de ton père, et va vers le pays que je te montrerai. Je ferai de toi une grande nation. Je te bénirai. Je rendrai grand ton nom, et tu deviendras une bénédiction. Je bénirai ceux qui te béniront. Celui qui te maudira, je le réprouverai. En toi seront bénies toutes les familles de la terre. »
Abraham s’en alla, comme le Seigneur le lui avait dit, et Lot s’en alla avec lui. Abraham avait 75 ans lorsqu’il sortit de Haran. Il prit sa femme Saraï, son neveu Lot, tous les biens qu’ils avaient acquis et les personnes dont il s’était entouré à Haran. Ils se mirent en route pour Canaan et ils arrivèrent dans ce pays.
Abraham traversa le pays jusqu’au lieu nommé Sichem, aux chênes de Moré. Les Cananéens étaient alors dans le pays.
Le Seigneur apparut à Abraham et dit : « À ta descendance, je donnerai ce pays. » Et là, Abraham bâtit un autel au Seigneur.
De là, il se rendit dans la montagne, à l’est de Béthel, et il planta sa tente, ayant Béthel à l’ouest et Haï à l’est. Et là, il bâtit un autel au Seigneur et il invoqua le nom du Seigneur.
Puis, de campement en campement, Abraham s’en alla vers le Néguev. Il y eut une famine dans le pays, et Abraham descendit en Égypte pour y séjourner, car la famine accablait son pays.
Quand il fut sur le point d’entrer en Égypte, il dit à Saraï, sa femme : « Vois-tu, je le sais, toi, tu es une belle femme à regarder. Quand les Égyptiens te verront, ils diront : c’est sa femme, et ils me tueront, tandis que toi, ils te laisseront vivre. S’il te plaît, dis que tu es ma sœur. Alors, à cause de toi, ils me traiteront bien. Grâce à toi, je resterai en vie. »
En effet, quand Abraham arriva en Égypte, les Égyptiens virent la femme et la trouvèrent très belle. Les officiers de Pharaon la virent et chantèrent ses louanges à Pharaon, et elle fut emmenée au palais. À cause d’elle, on traita bien Abraham, qui reçut petit et gros bétail, ânes, esclaves et servantes, ânesses et chameaux.
Pharaon convoqua Abraham et lui dit : « Que m’as-tu fait là ? Pourquoi ne m’as-tu pas fait savoir qu’elle était ta femme ? Pourquoi m’as-tu dit : c’est ma sœur ? Aussi, je l’ai prise pour femme. Et maintenant, voici ta femme. Prends-la et va-t’en. »
Pharaon donna ordre à ses gens de le renvoyer, lui, sa femme et tout ce qu’il possédait.
Abraham remonta d’Égypte vers le Néguev, lui, sa femme. Lot l’accompagnait. Abraham possédait également du petit et du gros bétail et son propre campement. Le pays ne leur permettait pas d’habiter ensemble, car leurs biens étaient trop considérables pour qu’ils puissent habiter ensemble. Il y eut des disputes entre les bergers d’Abraham et ceux de Lot. Les Cananéens et les Périzzites habitaient aussi le pays.
Abraham dit à Lot : « Surtout, qu’il n’y ait pas de querelle entre toi et moi, entre tes bergers et les miens, car nous sommes frères. N’as-tu pas tout le pays devant toi ? Sépare-toi donc de moi. Si tu vas à gauche, j’irai à droite. Et si tu vas à droite, j’irai à gauche. »
Lot leva les yeux et il vit que toute la région du Jourdain était bien irriguée. Avant que le Seigneur détruisît Sodome et Gomorrhe, elle était comme le jardin du Seigneur, comme le pays d’Égypte, quand on arrive au delta du Nil.
Lot choisit pour lui toute la région du Jourdain et il partit vers l’est. Et c’est ainsi qu’ils se séparèrent. Abraham habita dans le pays de Canaan et Lot habita dans les villes de la région du Jourdain. Il poussa ses campements jusqu’à Sodome, et les gens de Sodome se conduisaient mal et ils péchaient gravement contre le Seigneur.
Après le départ de Lot, le Seigneur dit à Abraham : « Lève les yeux et regarde, de l’endroit où tu es, vers le nord et le midi, vers l’orient et l’occident. Tout le pays que tu vois, je te le donnerai, à toi et à tes descendants, pour toujours. Je rendrai nombreuse ta descendance, autant que la poussière de la terre. Si l’on pouvait compter les grains de la poussière, on pourrait compter tes descendants. Lève-toi, parcours le pays en long et en large. C’est à toi que je vais le donner. »
Abraham déplaça son campement et il alla s’établir aux chênes de Mambré, près d’Hébron. Et là, il bâtit un autel au Seigneur.
Voici ce qui arriva au temps d’Amraphel, roi de Shinéar, d’Arioc, roi d’Elassar, de Kédor-Laomer, roi d’Élam, et de Tidéal, roi de Goïm. Ceux-ci firent la guerre à Béra, roi de Sodome, Birsha, roi de Gomorrhe, Shinéab, roi d’Adma, Shéméber, roi de Séboïm, et au roi de Béla, c’est-à-dire Soar.
Ces derniers s’étaient tous rejoints dans la vallée de Siddim, c’est-à-dire dans la vallée de la mer Morte. Pendant douze ans, ils avaient servi Kédor-Laomer, mais, la treizième année, ils s’étaient révoltés.
Au cours de la quatorzième année, arriva Kédor-Laomer et les rois qui l’accompagnaient. Ils battirent les Refaïtes à Ashtaroth-Carnaïm, les Zouzim à Ham, les Émim à Shavé-Kiriataïm, les Horites de leur montagne de Séir jusqu’à El-Parân, qui est au bord du désert.
Puis ils s’en retournèrent et arrivèrent à la source du Jugement, c’est-à-dire Cadès. Ils ravagèrent tout le territoire des Amalécites et battirent aussi les Amorites qui habitaient à Haçaçon-Tamar.
Sortirent alors le roi de Sodome, le roi de Gomorrhe, le roi d’Adma, le roi de Séboïm et le roi de Béla, c’est-à-dire Soar. Ils se rangèrent en ordre de bataille dans la vallée de Siddim face à Kédor-Laomer, roi d’Élam, Tidéal, roi de Goïm, Amraphel, roi de Shinéar, Arioc, roi d’Elassar. Quatre rois contre cinq.
La vallée de Siddim était creusée de puits de bitume. Dans leur fuite, le roi de Sodome et le roi de Gomorrhe y tombèrent, et les autres s’enfuirent vers la montagne. Les ennemis prirent tous les biens de Sodome et de Gomorrhe, ainsi que tous leurs vivres, et ils s’en allèrent. Ils prirent aussi Lot et ses biens, et s’en allèrent. Lot était le neveu d’Abraham et il habitait Sodome.
Un fuyard vint informer Abraham l’Hébreu de ces événements. Celui-ci demeurait aux chênes de Mambré l’Amorite, le frère d’Eshkol et d’Aner, qui étaient des alliés d’Abraham.
Dès qu’Abraham entendit que son frère avait été capturé, il mobilisa 318 hommes de guerre qui appartenaient à sa maison et mena la poursuite jusqu’à Dan. Durant la nuit, il se déploya contre ses ennemis, lui et ses serviteurs. Il les battit et les poursuivit jusqu’à Hoba, au nord de Damas.
Il ramena tous les biens. Il ramena aussi son frère Lot et ses biens, ainsi que les femmes et tous les gens.
Le roi de Sodome s’avança vers la vallée de Shavé, c’est-à-dire la vallée du Roi, à la rencontre d’Abraham. Celui-ci venait de battre Kédor-Laomer et les rois qui l’accompagnaient.
Melchisédech, roi de Salem, fit apporter du pain et du vin. Il était prêtre du Dieu Très-Haut. Il le bénit en disant : « Béni soit Abraham par le Dieu Très-Haut qui a créé le ciel et la terre, et béni soit le Dieu Très-Haut qui a livré tes ennemis entre tes mains. »
Et Abraham lui donna le dixième de tout ce qu’il avait pris.
Le roi de Sodome dit à Abraham : « Donne-moi les personnes, et garde pour toi les biens. »
Abraham lui répondit : « J’ai levé la main vers le Seigneur, le Dieu Très-Haut qui a fait le ciel et la terre, et j’ai juré que je ne prendrai rien, pas même un fil, pas même une courroie de sandale, rien de tout ce qui t’appartient, et tu ne pourras pas dire : c’est moi qui ai enrichi Abraham. Rien pour moi, seulement ce que les jeunes ont mangé et la part des hommes qui m’accompagnaient — Aner, Eshkol et Mambré — qu’ils prennent eux-mêmes leur part. »
Commentaire
Ah, il y en aurait des choses à dire. Par où commencer ? Peut-être par le début. Dieu qui dit à Abraham de tout quitter. Il en a fallu du courage à Abraham pour tout quitter. Et de la sagacité aussi pour arriver à discerner cet appel. Comment a-t-il su que Dieu lui demandait de tout quitter ? Songe ? Oracle ? On ne sait pas. Peut-être même qu’Abraham s’est dit : « Qu’ai-je à perdre ? Je veux un enfant, je n’en ai pas. Autant tenter le tout pour le tout. »
Et c’est vrai aussi que parfois nos actes de foi ressemblent à ça. Donc vous pouvez avoir une vision haute de l’acte de foi d’Abraham, qui aurait eu un songe ou une révélation. Ou une vision basse de l’acte de foi d’Abraham, qui s’est simplement dit : « Jouons le tout pour le tout. » Dans les deux cas, sa foi fut parfaite et il partit. Ce fut le premier homme à tout quitter pour Dieu. Nous, nous-mêmes, nous venons après lui.
Alors ça, c’était Abraham, le protagoniste. Mais autour d’Abraham, vous avez une multitude de personnages dont il faut parler aussi quelques instants.
Commençons d’abord par Sarah, la femme d’Abraham, stérile. Et j’attire votre attention sur la posture dans laquelle Abraham l’a mise, ça mérite d’être dit, en Égypte. Abraham a prostitué sa femme Sarah pour le Pharaon. Et à un moment donné, il faut bien appeler les choses par leur nom. Et ce n’est pas très classe de la part de notre père dans la foi que d’avoir ainsi traité sa femme.
En fait, vous pourriez quasiment lire l’histoire d’Abraham non pas du point de vue du patriarche, mais du point de vue de Sarah. Et vous apercevriez alors qu’il s’agit plutôt d’une lente réhabilitation. Comment est-ce que Dieu protège à chaque fois Sarah ? Et dans les différentes révélations qu’il octroie à Abraham, il ne cesse de lui rappeler que c’est à travers Sarah et elle seule qu’il accomplira sa promesse. Et là, vous voyez, la Bible que l’on taxe volontiers de patriarcale, eh bien, quand on regarde dans le détail, ce n’est pas si simple que ça. En attendant, on est quand même un peu étonné et un peu scotché par ce comportement cavalier d’Abraham qui met rapidement dans le lit de Pharaon sa femme Sarah.
Bon, nous avons parlé de la principale protagoniste, Sarah, mais il y en a d’autres. Lot, le neveu, qui viendra plus tard, mais dont vous connaissez probablement déjà le nom. Agar, la servante de Sarah. Et puis, un personnage dont on ne parle pas beaucoup — et on a tort — parce qu’il est un rouage essentiel du récit : Éliézer, le serviteur fidèle, l’intendant.
Et je les mentionne parce que Dieu fait une promesse à Abraham, et Abraham croit en Dieu, mais on sent qu’il a encore du mal à comprendre cette promesse et même peut-être à y croire entièrement. Et donc, il a essayé de chercher à voir comment Dieu peut lui donner un descendant. Il va tout tenter jusqu’à trouver finalement la seule solution qui était la plus difficile : sa femme. Il aura tout tenté. Lot, le neveu, qu’il aurait bien adopté comme fils. Il aura tenté Éliézer, de faire de l’intendant l’héritier. Il aura tenté la servante de Sarah. Et finalement, à chaque fois, Dieu lui dit : non, ce n’est pas lui ; non, ce n’est pas lui ; non, ce n’est pas elle. Ce sera Sarah. Ce qui nous renvoie à notre propre vie et à notre propre manière de nous situer en face de Dieu.
Vous avez encore ce personnage énigmatique de Melchisédech. J’en parle parce que souvent, je sais que c’est un nom qui a une sonorité telle qu’on le retient et on ne peut pas s’empêcher de poser des questions. Melchisédech, pour nous, veut dire des choses très précises. Melchisédech, roi de justice, qui vient de Salem, la paix, qui a donné peut-être Jérusalem. Donc, si vous voulez, ça fait beaucoup de signification pour un seul homme.
Et Abraham qui lui rend hommage, qui donc reconnaît la grandeur de Melchisédech par rapport à lui, et qui lui offre du pain et du vin. Hasard ? Coïncidence ? On ne sait ni d’où Melchisédech vient, ni où il va. Il surgit de nulle part, lui, le roi de la justice, le prince de la paix. Évidemment, il n’en faudra pas beaucoup plus pour voir à travers lui une préfiguration du Christ, telle que vous le rappellera la lettre aux Hébreux dans le Nouveau Testament.
Proverbes 2, 16-22
Tu seras préservé de la femme d’un autre, l’étrangère aux paroles enjôleuses, celle qui a délaissé l’ami de sa jeunesse, oublié l’alliance de son Dieu.
Sa maison incline vers la mort, ses détours mènent aux ombres. Quiconque va chez elle n’en reviendra pas, il n’atteindra jamais les sentiers de la vie.
C’est pourquoi il te faut prendre le bon chemin, garder la route des justes. Les hommes droits habiteront le pays, les gens intègres y resteront, mais les méchants seront extirpés du pays, les fourbes en seront arrachés.
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