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Résumé : Dans cet épisode, le frère Paul-Adrien lit la fin du premier discours d’Éliphaz de Téman (Job 5), où celui-ci exhorte Job à s’en remettre à Dieu, auteur de merveilles et source de guérison. Le commentaire analyse les trois sources de connaissance d’Éliphaz — la sagesse commune, les visions nocturnes et l’expérience personnelle — et montre comment chacune échoue à rejoindre Job dans sa souffrance, révélant un discours livresque qui surplombe la douleur sans l’avoir traversée.
Introduction
Nous continuons notre lecture du livre de Job. Nous sommes dans ce qu’on appelle le premier cycle. Le premier cycle, c’est-à-dire que c’est la première fois que, tour à tour, les amis de Job vont prendre la parole. Et dans le premier cycle, nous sommes dans le premier discours du premier ami, Éliphaz de Téman, dont nous avons entendu la première partie hier.
Aujourd’hui, nous écoutons la dernière partie de son premier discours qu’il adresse à Job pour tenter de le consoler. Souvenez-vous de ce que je vous ai dit d’Éliphaz. Comment est-ce qu’il essayait, à sa manière, à lui, d’être le plus délicat qu’il pouvait, le plus conciliant qu’il pouvait envers Job ? Vous ferez attention à cela en écoutant son discours.
Lecture : Job 5
Fais donc appel ! Y a-t-il quelqu’un pour te répondre ? Parmi les saints, auquel pourras-tu t’adresser ?
En vérité, la hargne tue l’insensé, et c’est la jalousie qui fait mourir le sot.
J’ai vu, moi, l’insensé prendre racine. Mais aussitôt j’ai maudit sa demeure.
Que ses fils soient écartés du salut, accablés au tribunal, sans que personne les délivre.
Ce qu’il a récolté, que l’affamé le dévore, que malgré les épines on s’en empare, et sa fortune, que les assoiffés l’engloutissent.
L’iniquité ne sourd pas de la terre, la misère ne germe pas du sol.
L’homme, lui, est né pour la misère, comme les aigles sont faits pour s’envoler.
Quant à moi, j’aurai recours à Dieu. À Dieu, j’exposerai ma cause.
Il est l’auteur de grandes œuvres insondables, d’innombrables merveilles.
Il répand la pluie à la surface de la terre. Il arrose les campagnes.
Il élève les humbles. Les affligés parviennent au salut.
Il déjoue les astuces des fourbes, empêchés de mener à bien leur intrigue.
Il attrape les sages à leur astuce. Il prend de vitesse le conseil des retors.
En plein jour, ils se heurtent aux ténèbres. À midi, ils tâtonnent comme en pleine nuit.
Le Sauveur sauve le pauvre du glaive, de leur bouche et de leurs mains puissantes.
Alors, le faible renaît à l’espoir, et l’injustice se trouve muselée.
Oui, heureux l’homme que Dieu corrige ! Ne va pas dédaigner la leçon du Puissant,
car c’est lui qui blesse et lui qui panse la plaie. Lui qui meurtrit et dont les mains guérissent.
De six angoisses, il te préservera. À la septième, le mal ne t’atteindra pas.
Dans la famine, il t’affranchira de la mort. Dans le combat, des atteintes du glaive.
Du fouet de la langue, tu seras à l’abri. Rien à craindre à l’approche du pillage.
Désastre, famine, tu t’en riras. Des bêtes de la terre, n’aie pas peur.
Tu concluras une alliance avec les pierres des champs. Et la bête sauvage sera en paix avec toi.
La tente où tu habites, tu la trouveras en paix. Quand tu visiteras ta demeure, rien n’y manquera.
Ta postérité, tu la verras nombreuse. Tes rejetons comme la verdure de la terre.
Tu entreras dans ta tombe mûr, comme la gerbe mise en meule en son temps.
Voilà ce que nous avons observé. C’est ainsi. Écoute et fais-en ton profit.
Commentaire
Alors, je vous l’accorde, ce n’est pas excessivement évident qu’Éliphaz parle d’une manière qui soit proche et pleine de compassion. Peut-être, peut-être, si vous voulez, ce n’est pas facile à lire ces passages. Quand j’ai lu le début du chapitre 5, je l’ai fait peut-être de manière un peu violente : « Fais donc appel ! Y a-t-il quelqu’un pour te répondre ? » J’aurais pu aussi le lire de manière qui aurait peut-être fait plus justice au caractère d’Éliphaz : « Fais donc appel ! Y a-t-il quelqu’un pour te répondre ? Parmi les saints, auquel pourras-tu t’adresser ? »
En fait, pour Éliphaz, le mal ne peut pas venir de Dieu. Dieu est parfait. Dieu est précisément celui qui fonde le ciel. Il est le droit. Donc, si jamais il y a du mal, ça veut dire que ce sont les hommes qui le causent. Sauf qu’ils manquent de sagesse, parce qu’ils ont une nature limitée, leur intelligence est faible. Et comme ils manquent de sagesse, ils ne parviennent pas à bien comprendre la moralité de leur action. Ils ne parviennent pas non plus à bien comprendre les rouages de la création. Ils ne parviennent pas à entrer dans le plan divin. Et en cela consiste leur sottise.
Alors, comment est-ce qu’Éliphaz justifie ce qu’il dit ? Et ce qu’il dit n’est pas totalement dénué de sens. Il y a une logique derrière, mais le problème, c’est que c’est un discours qui surplombe la maladie. Regardez. C’était hier, chapitre 4, verset 8 : « Souviens-toi, quel innocent a jamais péri ? Je l’ai bien vu, moi. » Et donc, vous avez ici, avec le rappel de la doctrine de la rétribution — « Je l’ai bien vu, moi » — l’appel à l’expérience. Et on attendrait qu’ici, quand Éliphaz dit « Je l’ai bien vu, moi », qu’il nous parle de ses propres souffrances, qu’il nous parle de ses propres combats, et que la sagesse qu’il entend communiquer à Job soit une sagesse qui soit passée par le feu de l’expérience de la souffrance. C’est ça, ce qui donnerait une véritable autorité. On s’attendrait à ce qu’il dise : « Je vais pouvoir parler parce que moi-même, j’ai souffert. »
Mais à la place, qu’est-ce qu’on entend ? Alors, je tire ça d’un très bon livre sur Job, de Jean Radermakers. À la place, je vous cite : « On entend de la bouche d’Éliphaz : je peux parler de la souffrance, car c’est comme ça que tout le monde parle de la souffrance. » D’ailleurs, comme toi-même tu le fais. Il a de la souffrance une connaissance livresque. Il en parle à la troisième personne et, malgré toutes ses précautions oratoires pour être proche de Job, eh bien, quand vous parlez de quelque chose que vous ne connaissez pas, ça finit toujours par se voir.
Je me souviens d’un évêque qui avait écrit des livres sur Job et qui disait : « J’ai écrit des livres et des livres sur Job et puis un jour, j’ai souffert et j’ai tout jeté. »
Alors, ça vaut peut-être le coup de regarder quelles sont les différentes sources de connaissance d’Éliphaz. D’où parle-t-il ?
Donc, la première source de la connaissance d’Éliphaz, c’est la connaissance commune, les platitudes que le peuple enseigne qui, n’étant pas totalement fausses, ne sont pas non plus totalement vraies.
Il invoque ensuite une deuxième source de connaissance qui est censée lui donner une forme d’autorité : les songes qu’il a. « Une parole furtive m’est venue, mon oreille en a perçu le murmure, dans les cauchemars, les visions de la nuit, quand tombe une torpeur sur les humains. Un effroi m’a saisi, un frisson a fait trembler tous mes os, un souffle a glissé sur ma face. Il a hérissé le poil de ma chair. Quelqu’un se tenait là, inconnu de moi, une forme devant mes yeux, un silence, puis une voix s’est fait entendre. » Et que dit cette voix ? « Le mortel aurait-il raison contre Dieu ? »
Donc, la deuxième source de connaissance, c’est une vision nocturne dans laquelle il y a une forme sans visage, simplement une voix, une parole de Dieu. Sauf que ces songes, les songes existent. Dieu parle vraiment en rêve. Mais qui vous dit que c’est un rêve qui venait vraiment de Dieu ? On ne peut pas s’improviser mystique. Et si jamais avoir des songes et jouer aux prophètes consiste simplement à redire la doxa commune, il y a tromperie sur la marchandise. La mystique, ça ne sert pas à pallier un manque de connaissances humaines.
Alors, il y a après une troisième source d’autorité dans le discours d’Éliphaz. Vous avez l’appel à l’expérience. Je vous cite : « J’ai vu, moi. » Et donc cette fois-ci, on y est, dans le registre des faits que l’on peut expérimenter et que l’on peut voir. Sauf que, qu’est-ce qu’Éliphaz voit ? Ce qu’il voit, c’est le méchant être puni. « J’ai vu, moi, l’insensé prendre racine. Mais aussitôt, j’ai maudit sa demeure. » Vous voyez comment, il a beau être bienveillant, comment est-ce qu’il va tout de suite de l’insensé qui prend racine à « Aussitôt, j’ai maudit sa demeure. J’ai dit que ses fils soient écartés du salut, accablés au tribunal, ce qu’il a récolté, que l’affamé le dévore. » Voilà, il continue : « L’iniquité ne sourd pas, ne germe pas de la terre. La misère ne germe pas du sol. C’est l’homme, lui, qui est né pour la misère, comme les aigles sont faits pour s’envoler. » Sous-entendu : quand les aigles bravent la foudre dans leur orgueilleuse passion de l’altitude, c’est ainsi que l’homme engendre la misère.
Donc, qu’est-ce qu’Éliphaz a vu, d’expérience vue ? Ce qu’il a vu, c’est l’orgueilleux être détruit et les impies être maudits. Mais alors, c’est important parce que là, ce qu’il a sous les yeux, c’est Job, qui est déraciné et qui ressemble à un être maudit.
Ah, mais ça, là, c’est peut-être le prof de maths que je suis qui parle. Faute de raisonnement. Parce que voir l’impie déraciné et l’orgueilleux détruit ne veut pas dire que tous ceux qui sont déracinés sont des impies et que tous ceux qui sont abattus sont des orgueilleux. Là, il y a une erreur de logique. Ce n’est pas parce que vous avez vu des hommes mauvais être châtiés que tous ceux qui sont châtiés sont mauvais.
Bon, mais qu’est-ce que vous voulez que je vous dise ? Manifestement, on n’avait pas encore découvert la présomption d’innocence à cette époque-là dans la justice, qui en fait viendra beaucoup plus tard, la présomption d’innocence. La présomption d’innocence, si vous voulez, on en trouve des traces dans le droit romain, mais c’est surtout dans le droit canonique médiéval, et qui ensuite se précise avec les Lumières. Donc là, vous êtes avant toutes ces civilisations et vous avez entendu : « L’homme, lui, est né pour la misère. »
À la fin du discours, ce que vous avez, c’est la perspective d’une espérance, Éliphaz de Téman qui dit l’assurance d’un prompt rétablissement. Enfin, on le sait tous que ce n’est pas tout à fait comme ça que ça marche. Et donc là, si vous voulez, la solution d’Éliphaz, après tout ce qu’il a dit, arrive comme étant plaquée, comme venant trop vite et faisant l’économie de toute la souffrance. Certes, Dieu peut, en claquant des doigts, rétablir quelqu’un du jour au lendemain, mais on sait tous, quand même, que ce n’est pas comme ça qu’on va réconforter les malheureux. « Quant à moi, j’aurai recours à Dieu. À Dieu, j’exposerai ma cause. Il est l’auteur de grandes œuvres, insondables, d’innombrables merveilles. Car c’est lui qui blesse et panse la plaie. Lui qui meurtrit et dont les mains guérissent. De six angoisses, il te préservera. À la septième, le mal ne t’atteindra pas. »
Prière
Je vous propose de terminer maintenant l’épisode d’aujourd’hui par une courte prière pour les femmes qui ont du mal à avoir des enfants, en désir d’enfants. Vous savez que c’est une intention de prière qui revient très souvent. Et ce que nous avons entendu dans le premier épisode de la journée avec Sarah nous rapproche de ces femmes-là.
Au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit. Seigneur, Dieu de vie et d’amour, tu connais le désir profond qui habite le cœur de nombreuses femmes, d’accueillir la vie en elles. Nous te prions pour celles qui traversent l’épreuve de la stérilité. Donne-leur la force, la paix, l’espérance. Donne-leur, nous t’en prions, la joie de fonder un foyer. Et vous, que le Seigneur vous bénisse, au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit.
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