← J7 ☾ · 📋 Index · 🎙️ Écouter · J8 ☾ →
Résumé : Dans cet épisode, le frère Paul-Adrien parcourt les chapitres 18 et 19 de la Genèse : la visite des trois anges aux chênes de Mambré, l’annonce de la naissance d’Isaac, le marchandage d’Abraham pour sauver Sodome, et la destruction de Sodome et Gomorrhe suivie de l’épisode de Lot et ses filles. Le commentaire s’attarde sur le thème de l’hospitalité des étrangers, le pouvoir d’intercession d’Abraham et ses limites, et la lente réhabilitation de Sarah.
Introduction
Notre secours est dans le nom du Seigneur, qui a fait le ciel et la terre. Allez vite, on retourne à Abraham. Chapitres 18 et 19, l’un dans la foulée de l’autre.
Lecture : Genèse 18–19
Aux chênes de Mambré, le Seigneur apparut à Abraham, qui était assis à l’entrée de la tente. C’était l’heure la plus chaude du jour.
Abraham leva les yeux, et il vit trois hommes qui se tenaient debout près de lui. Dès qu’il les vit, il courut à leur rencontre depuis l’entrée de la tente et se prosterna jusqu’à terre.
Il dit : « Mon Seigneur, si j’ai pu trouver grâce à tes yeux, ne passe pas sans t’arrêter près de ton serviteur. Permettez que l’on vous apporte un peu d’eau. Vous vous laverez les pieds, et vous vous étendrez sous cet arbre. Je vais chercher de quoi manger, et vous reprendrez des forces avant d’aller plus loin, puisque vous êtes passés près de votre serviteur. »
Ils répondirent : « Fais comme tu l’as dit. »
Abraham se hâta d’aller trouver Sarah dans sa tente, et il dit : « Prends vite trois mesures de fleur de farine, pétris la pâte et fais des galettes. »
Puis Abraham courut au troupeau. Il prit un veau gras et tendre, et le donna à un serviteur qui se hâta de le préparer. Il prit du fromage blanc, du lait, le veau qu’on avait apprêté, et les déposa devant eux.
Il se tenait debout près d’eux, sous l’arbre, pendant qu’ils mangeaient.
Ils lui demandèrent : « Où est Sarah, ta femme ? » Il répondit : « Elle est à l’intérieur de la tente. »
Le voyageur reprit : « Je reviendrai chez toi au temps fixé pour la naissance, et à ce moment-là, Sarah, ta femme, aura un fils. »
Or, Sarah écoutait par derrière, à l’entrée de la tente. Abraham et Sarah étaient très avancés en âge, et Sarah avait cessé d’avoir ce qui arrive aux femmes. Elle se mit à rire en elle-même. Elle se disait : « J’ai pourtant passé l’âge du plaisir, et mon seigneur est un vieillard. »
Le Seigneur Dieu dit à Abraham : « Pourquoi Sarah a-t-elle ri en disant : “Est-ce que vraiment j’aurai un enfant, vieillie comme je suis ?” Y a-t-il une merveille que le Seigneur ne puisse accomplir ? Au moment où je reviendrai chez toi, au temps fixé pour la naissance, Sarah aura un fils. »
Sarah mentit en disant : « Je n’ai pas ri », car elle avait peur. Mais le Seigneur répliqua : « Si, tu as ri. »
Les hommes se levèrent pour partir, et regardèrent du côté de Sodome. Abraham marchait avec eux pour les reconduire.
Le Seigneur s’était dit : « Est-ce que je vais cacher à Abraham ce que je veux faire ? Car Abraham doit devenir une nation grande et puissante, et toutes les nations de la terre doivent être bénies en lui. En effet, je l’ai choisi pour qu’il ordonne à ses fils et à sa descendance de garder le chemin du Seigneur en pratiquant la justice et le droit. Ainsi, le Seigneur réalisera sa parole à Abraham. »
Alors le Seigneur dit : « Comme elle est grande, la clameur au sujet de Sodome et de Gomorrhe, et leur faute, comme elle est lourde ! Je veux descendre pour voir si leur conduite correspond à la clameur venue jusqu’à moi. Si c’est faux, je le reconnaîtrai. »
Les hommes se dirigèrent vers Sodome, tandis qu’Abraham demeurait devant le Seigneur.
Abraham s’approcha et dit : « Vas-tu vraiment faire périr le juste avec le coupable ? Peut-être qu’il y a cinquante justes dans la ville. Vas-tu vraiment les faire périr ? Ne pardonneras-tu pas à toute la ville à cause des cinquante justes qui s’y trouvent ? Loin de toi de faire une chose pareille ! Faire mourir le juste avec le coupable ? Traiter le juste de la même manière que le coupable ? Loin de toi d’agir ainsi ! Celui qui juge toute la terre n’agirait-il pas selon le droit ? »
Le Seigneur déclara : « Si je trouve cinquante justes dans Sodome, à cause d’eux je pardonnerai à toute la ville. »
Abraham répondit : « J’ose encore parler à mon Seigneur, moi qui ne suis que poussière et cendre. Peut-être, sur les cinquante justes, en manquera-t-il cinq ? Pour ces cinq-là, vas-tu détruire toute la ville ? » Il déclara : « Non, je ne la détruirai pas si j’en trouve quarante-cinq. »
Abraham insista : « Peut-être s’en trouvera-t-il seulement quarante ? » Le Seigneur déclara : « Pour quarante, je ne le ferai pas. »
Abraham dit : « Que mon Seigneur ne se mette pas en colère, si j’ose parler encore. Peut-être s’en trouvera-t-il seulement trente ? » Il déclara : « Si j’en trouve trente, je ne le ferai pas. »
Abraham dit encore : « J’ose encore parler à mon Seigneur. Peut-être s’en trouvera-t-il seulement vingt ? » Il déclara : « Pour vingt, je ne le détruirai pas. »
Il dit : « Que mon Seigneur ne se mette pas en colère, je ne parlerai plus qu’une fois. Peut-être s’en trouvera-t-il seulement dix. » Et le Seigneur déclara : « Pour dix, je ne détruirai pas. »
Quand le Seigneur eut fini de s’entretenir avec Abraham, il partit, et Abraham retourna chez lui.
Les deux anges arrivèrent à Sodome le soir. Lot était assis à la porte de Sodome. Dès qu’il les vit, il courut et se prosterna jusqu’à terre.
Il dit : « De grâce, mes seigneurs. Faites un détour par la maison de votre serviteur. Vous y passerez la nuit. Vous vous laverez les pieds, et vous vous lèverez de bon matin, pour reprendre votre route. » Ils répondirent : « Non, nous passerons la nuit sur la place. »
Mais il insista tellement auprès d’eux qu’ils firent le détour et entrèrent dans sa maison. Il leur prépara un festin, fit cuire des pains sans levain, et ils mangèrent.
Il n’était pas encore couché que les hommes de la ville, ceux de Sodome, cernèrent la maison, des plus jeunes aux plus vieux, toute la population, sans aucune exception.
Ils appelèrent Lot et lui dirent : « Où sont les hommes qui sont venus chez toi cette nuit ? Amène-les. Nous voulons nous unir à eux. »
Lot s’avança vers eux à l’entrée et ferma la porte derrière lui. Il dit : « De grâce, mes frères. Ne commettez pas le mal. Voici, j’ai deux filles qui ne sont unies à aucun homme. Je vais vous les amener, et vous leur ferez ce que bon vous semblera. Mais à ces hommes, ne faites rien. Ils sont venus s’abriter sous mon toit. »
Ils répliquèrent : « Ôte-toi de là ! » Ils ajoutèrent : « Lui, le seul étranger, il voudrait nous juger ? À toi, nous ferons plus de mal qu’à eux. »
Ils bousculèrent Lot et s’approchèrent pour enfoncer la porte. Mais les deux hommes étendirent la main et firent rentrer Lot dans la maison auprès d’eux, et ils refermèrent la porte. Ils frappèrent de cécité les hommes qui se trouvaient à l’extérieur de la maison, du plus petit au plus grand, si bien que ceux-ci ne purent trouver l’entrée.
Les deux hommes dirent à Lot : « Qui as-tu encore ici avec toi ? Gendres, fils, filles, tous ceux qui sont avec toi dans la ville, fais-les sortir de ce lieu, car nous allons le détruire. Elle est grande à la face du Seigneur, la clameur qui s’est élevée contre ses habitants. Et le Seigneur nous a envoyés pour détruire ce lieu. »
Lot sortit parler à ses gendres, ceux qui allaient épouser ses filles, et dit : « Debout, sortez de ce lieu, car le Seigneur va détruire la ville. » Mais aux yeux de ses gendres, il parut plaisanter.
À l’aurore, les deux anges pressèrent Lot en disant : « Debout, prends ta femme et tes deux filles qui se trouvent ici, et va-t’en, de peur que tu ne périsses à cause des crimes de cette ville. »
Comme il s’attardait, ces hommes le saisirent par la main, ainsi que sa femme et ses deux filles, parce que le Seigneur voulait l’épargner. Ils le firent sortir et le conduisirent hors de la ville.
Lorsqu’ils les eurent fait sortir, ils dirent : « Sauve-toi si tu tiens à la vie. Ne regarde pas en arrière. Ne t’arrête nulle part dans cette région. Sauve-toi dans la montagne si tu ne veux pas périr. »
Lot leur répondit : « Non, je vous en prie, mes seigneurs. Votre serviteur a trouvé grâce à vos yeux et vous m’avez fait une très grande faveur en me laissant la vie. Mais je n’ai pas le temps de me sauver dans la montagne. Le malheur va me rattraper et je mourrai. Voici une ville assez proche pour y fuir. Elle est si petite. Permettez que je me sauve là-bas — elle est si petite — afin de rester en vie. »
Ils lui répondirent : « Pour te faire plaisir cette fois encore, je ne détruirai pas la ville dont tu parles. Vite, sauve-toi là-bas, car je ne puis rien faire avant que tu y sois arrivé. » Et c’est pour cela que l’on a donné à cette ville le nom de Soar, ce qui veut dire « petite ».
Le soleil se levait sur le pays, et Lot entrait à Soar, quand le Seigneur fit tomber du ciel sur Sodome et Gomorrhe une pluie de soufre et de feu venant du Seigneur.
Dieu détruisit ces villes et toute la région, avec tous leurs habitants et la végétation.
Or, la femme de Lot avait regardé en arrière, et elle était devenue une colonne de sel.
Abraham se leva de bon matin pour se rendre à l’endroit où il s’était tenu en présence du Seigneur, et il regarda du côté de Sodome, de Gomorrhe et de toute la région. Il vit monter de la terre une fumée semblable à celle d’une fournaise.
Lorsque Dieu a détruit les villes de cette région, il s’est souvenu d’Abraham. Il a fait échapper Lot au cataclysme qui a détruit les villes où il habitait.
Lot monta de Soar pour habiter dans la montagne avec ses deux filles. Il craignait d’habiter Soar, et il vécut dans une caverne avec ses deux filles.
L’aînée dit à la cadette : « Notre père est vieux, et il n’y a pas d’homme dans tout le pays pour venir à nous comme cela se fait partout. Allons, faisons boire du vin à notre père, et couchons avec lui. Ainsi, grâce à lui, nous donnerons la vie à une descendance. »
Elles firent boire du vin à leur père cette nuit-là, et l’aînée alla coucher avec son père qui ne s’aperçut de rien, ni de son coucher, ni de son lever.
Le lendemain, l’aînée dit à la cadette : « Voici, hier soir, j’ai couché avec mon père. Faisons-lui boire du vin cette nuit encore, et toi, tu iras coucher avec lui. Et alors, nous donnerons la vie à une descendance issue de notre père. »
Cette nuit encore, elles firent boire du vin à leur père. La cadette se leva et alla coucher avec lui. Il ne s’aperçut de rien, ni de son coucher, ni de son lever.
Les deux filles de Lot devinrent enceintes de leur père. L’aînée donna naissance à un fils qu’on appela du nom de Moab : c’est le père des Moabites d’aujourd’hui. La cadette, elle aussi, donna naissance à un fils qu’elle appela du nom de Ben-Ammi : c’est le père des Ammonites d’aujourd’hui.
Commentaire
Ce qui vous a peut-être frappé à la lecture de ce passage, c’est que l’enfant de la promesse dont on n’arrête pas de nous parler, finalement, on passe relativement peu de temps sur sa naissance. Tout est dans le détail, si je puis dire. Par exemple, Isaac, un prénom extraordinairement beau, qui signifie « Dieu rit » et qui est tout à la fois une moquerie, une ironie, une joie, une douceur. Enfin, il y a toute la vie humaine dans ce prénom. Il y a une prière dans la messe de mariage qui dit « Toute naissance ajoute à la beauté du monde » et celle-là peut-être encore plus.
Ou encore, dans les autres détails de ce récit, ces trois anges qui parlent d’une seule voix et dans lequel la tradition a vu une préfiguration de la Trinité et qui apparaît sous un chêne, un arbre sacré. Les arbres dans l’Antiquité sont comme les montagnes, elles ont le pouvoir d’unir et la terre et le ciel parce que l’arbre plonge ses racines dans la terre et ses branches jusqu’au ciel. Ce n’est donc pas tout à fait un hasard s’ils apparaissent ici.
Ou encore Sarah, notre Sarah, qui est encore reléguée dans un rôle subalterne et qui n’est pas présente dans la scène, et pourtant Dieu a les yeux rivés sur elle. La lente réhabilitation de Sarah.
Voilà pour les détails, mais vous sentez que le récit va plutôt rapidement là-dessus et là où il s’arrête au contraire, c’est sur Sodome et Gomorrhe. Qui l’eût cru ? Et c’est là où Abraham va pouvoir mettre, pour la première fois de sa vie, à l’épreuve, son pouvoir de bénédiction sur les nations pourtant pécheresses.
On a retrouvé la ville de Sodome. Non seulement on l’a retrouvée, mais l’archéologie montre que c’est une ville qui a subi une destruction violente. On ne sait pas exactement l’origine, mais il y a eu un avant et il y a eu un après.
Si vous faites attention, dans la Bible, ce qui relie Mambré et Sodome, c’est un même thème. La question de l’hospitalité des étrangers et la manière dont Abraham va au-devant des anges pour leur offrir à manger, et qui contraste avec la douloureuse manière dont les habitants de Sodome veulent s’occuper de ces mêmes anges. L’hospitalité des étrangers, c’est LA vertu sacrée.
Bon, mais voilà, notre bon Abraham monte au front et entend intercéder pour cette ville. C’est là son pouvoir de bénédiction sur les nations qu’il met à l’épreuve. Abraham qui cherche à sauver cette ville, ou en tout cas à sauver son neveu, qui entre nous n’en mérite peut-être pas tant.
Ce qu’il y a simplement de dommage, c’est qu’Abraham se soit arrêté en cours de route. On assiste à un véritable marchandage à la mode orientale : est-ce que tu détruiras pour 50 ? Est-ce que tu détruiras pour 30 ? Est-ce que pour 20 ? Est-ce que pour 10 ? Et voilà qu’Abraham s’arrête. Qu’est-ce qu’il se serait passé s’il était allé jusqu’à un juste ? Dieu aurait-il sauvé la ville pour un seul juste ? Peut-être que oui, mais avoir le courage d’aller jusque-là, c’est quitter les négociations patriarcales du monde antique pour arriver dans autre chose, le don de sa vie, et Abraham n’est pas encore Jésus.
Proverbes 3, 5-8
Terminons notre épisode par un morceau de poésie.
De tout ton cœur, fais confiance au Seigneur. Ne t’appuie pas sur ton intelligence. Reconnais-le où que tu ailles, c’est lui qui aplanit ta route. Ne te complais pas dans ta sagesse. Crains le Seigneur, écarte-toi du mal. Voilà le traitement pour ton corps, l’élixir pour tes os.
← J7 ☾ · 📋 Index · 🎙️ Écouter · J8 ☾ →