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Résumé : Dans cet épisode consacré à Job 6, le frère Paul-Adrien lit et commente la réponse de Job à Éliphaz. Job exprime sa détresse à travers l’image des flèches de Dieu qui blessent la chair et empoisonnent l’âme, puis reproche à ses amis d’être comme des torrents asséchés — abondants dans les bons jours, mais taris dans l’épreuve. L’épisode met en lumière l’appel biblique à la compassion envers celui qui souffre, même s’il rejette Dieu.

Introduction

Livre de Job, chapitre 6. Vous avez entendu le discours d’Éliphaz qui tentait de réconforter Job. Nous écoutons maintenant la réponse de Job à Éliphaz, la réponse du berger à la bergère. Job va commencer d’abord par une sorte de monologue dans lequel il va ressasser sa plainte, ce sera tout le chapitre 6 que nous entendrons aujourd’hui, avant de s’adresser à ses amis.

Vous ferez attention au verset 15 qui sert comme de transition et qui est d’une beauté un peu désespérante. « Mes frères, eux, ont trahi comme un torrent, comme le lit des torrents passagers. La glace les assombrit, sur eux s’amoncèle la neige. » Et puis ensuite vous aurez Job qui s’adressera à eux directement. Verset 21 : « Ainsi êtes-vous pour moi à présent. À ma vue, saisis d’effroi, vous êtes pris de panique. »

Donc vous retenez le mouvement d’ensemble général : du monologue à une considération sur les faux amis, et puis ensuite à une adresse directe envers ses amis. Seul Éliphaz avait parlé, mais ils sont considérés ici comme un groupe unique.

Lecture : Job 6

L’âne sauvage va-t-il braire devant l’herbe tendre ? Le bœuf meugle-t-il auprès de son fourrage ? Un mets fade se mange-t-il sans sel ? Le blanc de l’œuf a-t-il quelque saveur ? Je me refuse à y toucher. Ce n’est que nourriture écœurante.

Ah, si seulement se réalisait ma requête ! Si Dieu répondait à mon attente ! Si Dieu consentait à me broyer ! S’il étendait sa main et me retranchait ! J’aurais du moins la consolation, sursaut de joie dans une torture insoutenable, de n’avoir pas renié les décrets du Dieu Saint.

Quelle est ma force pour que j’espère ? Qu’y a-t-il au terme pour que je prolonge ma vie ? Ma force est-elle celle du roc ? Ma chair est-elle de bronze ? Ne suis-je pas sans appui et toute ressource ne m’a-t-elle pas quitté ?

À l’homme découragé devrait aller la pitié de son prochain, même s’il rejette la crainte du Puissant. Mes frères, eux, ont trahi comme un torrent, comme le lit des torrents passagers.

La glace les assombrit, sur eux s’amoncèle la neige, mais à la saison brûlante ils tarissent, sous l’ardeur du soleil, sur place ils s’évaporent. À leur recherche, les caravanes quittent la piste, s’enfoncent dans le désert et périssent. Les caravanes de Téma les cherchent du regard, en eux espèrent les convois de Saba. Mais ils sont déçus dans leur confiance. Arrivés sur les lieux, ils restent confondus.

Ainsi êtes-vous pour moi à présent. À ma vue, saisis d’effroi, vous êtes pris de panique. Vous ai-je dit, faites-moi un cadeau, et sur votre fortune offrez-moi un présent ? De la main de l’ennemi, arrachez-moi, libérez-moi du pouvoir des tyrans, et instruisez-moi. Alors, je me tairai, montrez-moi en quoi j’ai failli, en quoi peuvent blesser des paroles de droiture.

Que trouvez-vous à critiquer ? Prétendez-vous censurer des mots ? Les paroles d’un désespéré, le vent les emporte, et vous iriez jusqu’à tirer au sort l’orphelin, jusqu’à mettre aux enchères votre ami.

Et maintenant, décidez-vous, tournez-vous vers moi. Vous mentirais-je en face ? Revenez donc. Pas de perfidie. Encore une fois, revenez. Il y va de ma justice. Y a-t-il de la perfidie sur ma langue ? Mon palais ne sait-il pas discerner l’infortune ?

Commentaire

Très beau, mais si vous voulez, à travers toute la beauté de la poésie, parfois c’est difficile d’arriver à saisir le mouvement général du texte, la pointe ou les articulations. C’est pour ça que je suis un peu plus long sur les introductions.

Dans la première partie, ce qu’il y avait de saisissant, c’était que, à l’expérience d’Éliphaz qui parle de ses fausses visions nocturnes, répond l’expérience, pour le coup, bien concrète et bien réelle de la détresse de Job. « Ah, si l’on pouvait peser mon affliction et sur la balance mettre aussi ma détresse ! » L’expérience de Job vaut bien l’expérience d’Éliphaz de Téman. Et ce dont il fait l’expérience, c’est d’une certaine image de Dieu, d’un Dieu qui s’acharne contre lui. C’est l’image du Dieu archer. Le Dieu archer, c’était une représentation commune qu’il y avait dans les religions mésopotamiennes. Vous pouvez penser à l’image bien connue de Jupiter qui lance des éclairs sous forme de flèches. Et ici, c’était au verset 4 : « Les flèches du Puissant me transpercent, c’est leur venin que boit mon esprit, les terreurs de Dieu se rangent contre moi. »

Ça va être à partir de cette image de flèche que je vous propose de décrire la souffrance humaine. Ces flèches ont quelque chose de terrible, parce qu’elles vous font à la fois souffrir dans votre chair et dans votre âme. La souffrance vous fait d’abord souffrir dans votre chair, comme ces flèches, et c’est d’abord de là qu’elles vous atteignent. Mais ensuite, comme un venin qui distille son poison, elles vous atteignent de l’intérieur de l’âme. Parce qu’avec la souffrance, c’est un moyen que le diable a choisi pour instiller en vous le désespoir, l’angoisse et la solitude. Comme dit le livre de Job, « c’est leur venin que mon âme boit ». Ça, c’est le chemin psychologique de la souffrance en nous.

Et c’est ça ce qui explique pourquoi est-ce que Job en est venu à maudire Dieu. C’est que à cause de ces flèches-là que Job attribue à Dieu — Dieu, mais est-ce qu’elles viennent vraiment de Dieu ? — en tout cas, on n’a plus le goût de vivre. Si Job a envie de mourir, c’est ça ce qu’il vous dit. C’est que Job, comme tout être humain, a été créé pour le bonheur et que voilà que se prenant les flèches de Dieu contre lui, du Dieu archer qui l’enferme dans la terreur, il connaît maintenant le malheur et tout simplement, la vie humaine n’est pas calibrée pour ça. On n’est pas fait pour supporter la souffrance et le malheur. Et le désir de mort de Job, ce n’est pas une rébellion contre Dieu, c’est tout simplement l’expression d’une condition humaine détruite malgré lui. On n’est pas fait pour ça.

Alors évidemment, ici, vous pouvez penser à toutes ces personnes-là qui ont des pensées noires, voire suicidaires. Vous savez, il y a quelques siècles, le suicide était pensé comme une posture philosophique, la maîtrise de l’homme face à son destin. Mais là, à travers Job, vous avez l’expression de la douleur psychologique et le malheur veut que parfois, et on n’en peut tellement plus, c’est comme si notre cerveau humain était grippé à force de souffrir, la machine va mal et la mort devient présentée comme une solution. Une solution pour mettre fin à la souffrance. Est-ce que, dans ces cas-là, on dira que les personnes qui ont des pensées suicidaires se rebellent contre Dieu ? Ce sont des victimes qui n’en peuvent plus, parfois, tout simplement.

Et c’est là que vous arrivez à la question, vous arrivez à cette transition. « Ma force est-elle celle du roc ? Ma chair est-elle celle du bronze ? » Job, qui est à bout de force, il n’en peut tout simplement plus, il est arrivé jusqu’au bout de ce qu’il pouvait supporter. Et voici ce qu’il dit : « À l’homme découragé devrait aller la pitié de son prochain, même s’il rejette la crainte du Puissant. Mais mes frères, eux, ont trahi comme un torrent, comme le lit des torrents passagers. »

Je relis parce que c’est extraordinaire. Ça, c’est dans la Bible : « À l’homme découragé devrait aller la pitié de son prochain, même s’il rejette la crainte du Puissant. » Ça veut dire que si en face de vous, vous avez quelqu’un qui maudit Dieu, qui ne craint pas Dieu, qui ne croit pas en Dieu, qui déteste l’Église, l’Évangile… Enfin, vous pouvez imaginer tout ce que vous voulez derrière. Si jamais c’est quelqu’un qui est dans la souffrance, la Bible vous dit que vous devez quand même avoir pitié de lui. Vous devez arriver à voir, à travers sa révolte et sa rébellion, l’expression de sa souffrance. Je redis le livre de Job : « À l’homme découragé devrait aller la pitié de son prochain, même s’il rejette la crainte du Puissant. » C’est extrêmement beau.

C’est extrêmement beau sauf que Job, lui, ce n’est pas ce qu’il a en face de lui et il l’apprend à ses dépens. Parce qu’en face de lui, il a des frères dont il dit — je vais vous réciter l’image — qu’ils ont trahi comme un torrent. Un torrent qui est gros en hiver avec la neige et aride en été quand il y a le soleil qui frappe. Comme le lit des torrents passagers, la glace les assombrit, sur eux s’amoncèle la neige, la saison brûlante, ils tarissent, sous l’ardeur du soleil, sur la place, ils s’évaporent. Voilà, ces amis, en fait, sont comme ces torrents. Quand ça va bien, qu’il y a de la neige, qu’il y a de la pluie, il y a plein de consolation dans leur amitié, comme un torrent qui déborde. Mais dès que frappe le soleil et qu’on est dans la tribulation, ils sont comme les torrents qui s’évaporent. Leur consolation a tout simplement disparu. Ils deviennent arides, secs et méchants. Il n’y a aucune consolation, aucune fraîcheur à attendre d’eux.

Et alors après, cette phrase, là, on est dans le pathétique : « Vous ai-je dit, faites-moi un cadeau et sur votre fortune offrez-moi un présent ? » Ce que dit Job, c’est qu’il ne leur demande pas des choses extraordinaires. Il ne leur demande pas de lui payer un médecin ou de prendre sur eux pour subvenir aux besoins de la sécurité sociale ou autre chose. Il leur demande simplement de pouvoir être écouté. « Prétendez-vous censurer des mots, les paroles d’un désespéré ? C’est le vent qui les emporte. Vous iriez jusqu’à tirer au sort l’orphelin et mettre aux enchères votre ami. »

Et quand Job termine en disant « revenez donc », il faut entendre le cri de désespoir de Job qui dit à ses amis : souvenez-vous de notre amitié, faites-moi crédit, montrez-moi un peu de compassion et un peu d’amitié, un peu d’affection. Ce qu’il y a de pire dans la souffrance, c’est la solitude.

Prière

Nous terminons par une prière dans laquelle nous demandons à Dieu de venir guérir les amitiés que nous avons déçues.

Seigneur, Dieu de miséricorde et de réconciliation, toi qui as fait de l’amitié la plus belle expression de l’amour, nous te demandons de prendre soin des amis que nous n’avons pas su réconforter. Nous te demandons pardon pour nos paroles et nos actes qui ont causé de la peine. Nous te demandons de pouvoir reconnaître nos erreurs avec humilité et nous te demandons sincèrement pardon. Accorde-nous la grâce de restaurer les amitiés que nous avons déçues, si tel est ton désir. Remplis notre cœur de compassion pour que nous soyons de bons amis, pour que nous soyons de meilleurs amis.

Et vous, que Dieu vous bénisse et vous garde, le Père, le Fils et le Saint-Esprit. Amen.


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