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Résumé : Dans cet épisode, le frère Paul-Adrien lit Genèse 20–21 : Abraham fait à nouveau passer Sarah pour sa sœur auprès d’Abimélek roi de Gérar, puis Isaac naît enfin, suivi de l’expulsion d’Agar et Ismaël dans le désert. Le commentaire se concentre sur les preuves archéologiques de l’existence historique d’Abraham, de la ville d’Our aux tablettes de Mari, en passant par l’enceinte d’Abraham mentionnée à Karnak.
Introduction
Notre secours est dans le nom du Seigneur, qui a fait le ciel et la terre.
Écoutez, je suis très content. Je suis très content parce que c’était pas forcément fait exprès, mais quand même, le fait de marier d’un côté lecture du livre de la Genèse et de terminer nos épisodes comme espaces de transition par un morceau de poésie tiré du livre des Proverbes, eh bien ça marche très bien. Ça marche très bien parce que vous sentez qu’on appartient au même univers moral, que la vie des patriarches d’un côté, Abraham, et que ces Proverbes issus du fond ancien de la morale patriarcale, eh bien les deux ensemble se répondent très bien.
Donc, jour 9, la vie est belle. Pour l’instant, c’est plutôt facile, je trouve, de lire la Bible en continu. Il y aura peut-être des passages plus arides, je vous préviens, donc faites votre plein. Aujourd’hui, Genèse 20–21.
Lecture : Genèse 20–21
De là, Abraham leva le camp pour le pays du Néguev. Il habita entre Cadès et Shour, puis séjourna à Gérar.
Comme Abraham disait de sa femme Sarah : « C’est ma sœur », Abimélek, roi de Gérar, envoya prendre Sarah.
Mais voici, pendant la nuit, Dieu vint en songe auprès d’Abimélek et lui dit : « Voici que tu vas mourir à cause de la femme que tu as prise, car elle est mariée. »
Abimélek, qui ne s’était pas approché d’elle, répondit : « Seigneur, est-ce que tu vas tuer des gens, même s’ils sont justes ? N’est-ce pas lui qui m’avait dit : “C’est ma sœur” ? Et elle, elle aussi, ne disait-elle pas : “C’est mon frère” ? J’ai fait cela le cœur intègre et les mains innocentes. »
Toujours en songe, Dieu lui répondit : « Eh oui, je sais bien que tu as fait cela le cœur intègre. Aussi, moi-même, je t’ai retenu de pécher contre moi. C’est pour ça que je ne t’ai pas laissé la toucher. Maintenant, rends sa femme à cet homme, car c’est un prophète. Il intercédera en ta faveur et tu resteras en vie. Mais si tu ne rends pas la femme, sache qu’il te faudra mourir, toi et tous les tiens. »
Abimélek se leva de bon matin, convoqua tous ses serviteurs et rapporta toute l’affaire. Les hommes eurent très peur.
Ensuite, Abimélek convoqua Abraham et lui dit : « Que nous as-tu fait là ? En quoi ai-je péché contre toi pour que tu nous aies exposés, moi et mon royaume, à un si grave péché ? Tu as fait à mon égard une chose qui ne se fait pas. »
Abimélek dit encore à Abraham : « Qu’avais-tu en vue pour agir ainsi ? »
Abraham répondit : « Je m’étais dit : pour sûr, en cet endroit, il n’y a aucune crainte de Dieu, et ils me tueront à cause de ma femme. De plus, c’est vrai qu’elle est ma sœur, la fille de mon père, mais non celle de ma mère, et elle est devenue ma femme. Lorsque Dieu me fit errer loin de la maison de mon père, j’ai dit à Sarah : “Voici la faveur que tu me feras. Partout où nous irons, dis de moi : c’est mon frère.” »
Alors Abimélek prit du petit et du gros bétail, des serviteurs et des servantes, et les donna à Abraham, et lui rendit Sarah, sa femme.
Puis Abimélek dit : « Voici devant toi mon pays. Habite où bon te semblera. »
Et il dit à Sarah : « Voici que je donne mille pièces d’argent à ton frère. Ce sera pour toi comme un voile sur les yeux de tous ceux qui t’entourent, et vis-à-vis de tous tu seras réhabilitée. »
Abraham intercéda auprès de Dieu, et Dieu guérit Abimélek, sa femme et ses servantes, qui purent avoir des enfants. En effet, Dieu avait rendu stériles toutes les femmes de la maison d’Abimélek, à cause de Sarah, la femme d’Abraham.
Le Seigneur visita Sarah comme il l’avait annoncé. Il agit pour elle comme il l’avait dit. Elle devint enceinte, et elle enfanta un fils pour Abraham dans sa vieillesse, à la date que Dieu avait fixée.
Et Abraham donna un nom au fils que Sarah lui avait enfanté. Il l’appela Isaac, c’est-à-dire : « Il rit. »
Quand Isaac eut huit jours, Abraham le circoncit, comme Dieu le lui avait ordonné. Abraham avait cent ans quand naquit son fils Isaac.
Sarah dit : « Dieu m’a donné l’occasion de rire. Quiconque l’apprendra rira à mon sujet. »
Puis elle ajouta : « Qui aurait dit à Abraham que Sarah allaiterait des fils ? Et pourtant j’ai donné un fils à sa vieillesse. »
L’enfant grandit et il fut sevré. Abraham donna un grand festin le jour où Isaac fut sevré.
Or, Sarah regardait s’amuser Ismaël, ce fils qu’Abraham avait eu d’Agar l’Égyptienne. Elle dit à Abraham : « Chasse cette servante et son fils, car le fils de cette servante ne doit pas partager l’héritage de mon fils Isaac. »
Cette parole attrista beaucoup Abraham à cause de son fils Ismaël.
Mais Dieu lui dit : « Ne sois pas triste à cause du garçon et de ta servante. Écoute tout ce que Sarah te dira, car c’est par Isaac qu’une descendance portera ton nom. Mais je ferai aussi une nation du fils de la servante, car lui aussi est de ta descendance. »
Abraham se leva de bon matin. Il prit du pain et une outre d’eau. Il les posa sur l’épaule d’Agar, lui remit l’enfant, puis il la renvoya. Elle partit et alla errer dans le désert de Beer-Shéba.
Quand l’eau de l’outre fut épuisée, elle laissa l’enfant sous un buisson et alla s’asseoir non loin de là, à la distance d’une portée de flèche. Elle se disait : « Je ne veux pas voir mourir l’enfant. » Elle éleva la voix et pleura.
Dieu entendit la voix du petit garçon, et du ciel, l’ange de Dieu appela Agar : « Qu’as-tu, Agar ? Sois sans crainte, car Dieu a entendu la voix du petit garçon, là où il est. Debout ! Prends le garçon et tiens-le par la main, car je ferai de lui une grande nation. »
Alors Dieu ouvrit les yeux d’Agar et elle aperçut un puits. Elle alla remplir l’outre et fit boire le garçon.
Dieu fut avec lui. Il grandit et habita au désert, et il devint un tireur à l’arc. Il habita au désert de Parân et sa mère lui choisit une femme du pays d’Égypte.
En ce temps-là, Abimélek, accompagné de Pikol, le chef de son armée, vint dire à Abraham : « Dieu est avec toi en tout ce que tu fais. Maintenant, ici même, jure-moi par Dieu de ne pas trahir ni moi, ni ma lignée, ni ma postérité. Tu montreras envers moi et envers ce pays où tu séjournes la même faveur que celle que j’ai montrée envers toi. »
Abraham répondit : « Moi, je le jure. »
Abraham fit des reproches à Abimélek au sujet d’un puits d’eau que les serviteurs de ce dernier avaient accaparé. Abimélek dit : « Je ne sais pas qui a fait cela. Jamais tu ne m’en as informé et moi, je n’ai rien entendu à ce sujet avant ce jour. »
Abraham prit du petit et du gros bétail et les donna à Abimélek. Tous deux conclurent une alliance. Abraham mit à part sept jeunes brebis de son petit bétail.
Abimélek demanda à Abraham : « Que font là ces sept jeunes brebis que tu as mises à part ? »
Abraham répondit : « C’est pour que tu les reçoives de ma propre main et qu’elles soient un témoignage de ce que j’ai, moi-même, creusé ce puits. »
C’est pourquoi on appela ce lieu Beer-Shéba, c’est-à-dire le puits du serment, car tous deux y avaient prêté serment.
Ils conclurent donc une alliance à Beer-Shéba. Abimélek se leva et, accompagné de Pikol, le chef de son armée, il retourna au pays des Philistins.
Abraham planta un tamaris à Beer-Shéba et y invoqua le nom du Seigneur, Dieu éternel. Abraham séjourna longtemps au pays des Philistins.
Commentaire
Vous avez vu, hein ? Abraham, sacré filou, il n’a pas changé. Extraordinaire par sa foi, avec énormément de grandeur d’âme pour son neveu, on a quand même vaguement l’impression qu’il est moins doué sur les questions de conjugalité. Et ça y est qu’il a à nouveau tenté de prostituer sa femme, et puis même avec ses histoires entre Agar et Sarah, on sent notre bon patriarche un peu dépassé et pas toujours très classe. Qu’est-ce que vous voulez ? Ne nous moquons pas trop vite de lui, c’est quand même de là d’où on vient, mais notez au passage comment Dieu veille au grain et qu’il protège Sarah.
Mais moi aujourd’hui, je voudrais vous parler d’autre chose. Ça fait quand même plusieurs jours que j’attends d’avoir un petit peu de temps pour vous les donner, et j’ai choisi que ce serait là : les informations archéologiques. Parce que vous savez, ces histoires-là, il y a quand même une question. Est-ce qu’Abraham a existé ? C’est important pour notre foi de savoir si jamais on est en train de lire des contes pour enfants, si jamais on est en train de lire des récits historiques, ou si jamais tout ça n’a qu’un vague rapport à la réalité.
La réponse — aussi étonnant que cela puisse paraître, parce qu’en tout cas pour moi, à force de lire des livres d’exégèse qui construisent et qui déconstruisent pour essayer de reconstruire le texte biblique, on se demande ce qui nous reste à la fin entre les mains — mais aussi étonnant que cela puisse paraître, Abraham a peut-être existé. Alors je dis « peut-être existé » en tant qu’historien archéologue, ça veut dire que je n’ai pas de raison particulière de douter de son existence. En tant que prêtre croyant, en tant que frère Paul-Adrien, je pense qu’il a existé.
Alors pourquoi est-ce que je vous dis qu’en tant qu’archéologue, on peut dire qu’Abraham a peut-être après tout existé ? Eh bien parce qu’on a retrouvé pas mal d’indices archéologiques. Avec Adam, Caïn et Abel, Noé même, on était plutôt dans l’ordre du mythe, de la légende. Bon, il y a bien eu un premier homme, il y a bien eu une première femme, voilà, ça c’est propre, clair et net, mais il ne s’appelait probablement pas Adam et Ève, qui de toute façon étaient des surnoms. Pareil pour Noé. Et puis pareil pour Caïn et Abel : il y avait eu un premier meurtre, mais ça ne s’est probablement pas tout à fait passé comme ça. Ce qui est intéressant, c’est de nous dire que la Bible met ce premier meurtre dans la religion, par un prêtre. Ça, ça veut dire des choses.
Bon, Abraham, c’est différent. Abraham, on n’est plus dans l’ordre de la légende ou du mythe, même si — encore une fois, ne me faites pas dire ce que je n’ai pas dit — Adam et Ève, il y a eu un premier homme et il y a eu une première femme, ils ont fait n’importe quoi, ça c’est clair et net. Mais Abraham, on est plutôt dans un autre genre qui s’appelle l’épopée. Ça veut dire qu’il y avait une histoire vraie, mais qui au fur et à mesure des générations s’est enrichie d’anecdotes qui ont été surajoutées. On pourrait dire, comme vous voyez parfois dans les films d’Hollywood : « basé sur une histoire vraie ».
Alors, qu’est-ce qui nous fait dire que c’est basé sur une histoire vraie ? C’est là où on se tourne vers l’archéologie. La ville d’Our, d’où a commencé Abraham, on l’a retrouvée. La localisation la plus probable étant à côté de Babylone, où précisément on a retrouvé ces ziggourats, les tours de Babel. Ça mérite d’être dit.
Ensuite, si vous regardez le trajet d’Abraham, vous voyez qu’il fait le Croissant fertile et qu’à un moment donné, il s’arrête à Harân, exactement, et qu’on l’a retrouvée. Avec même une particularité : il y a ce qu’on appelle les maisons-ruches de Harân. Vous voyez une ruche comme une sorte de cône en mode de terre ? Eh bien ça, ça vous donne les maisons de Harân, qui était à l’époque un grand centre commercial.
Bon, on pourrait dire la même chose avec Tel Dan, dont on a retrouvé la porte, dite maintenant justement « la porte d’Abraham ». Bref, on a retrouvé quasiment toutes les villes dont il est question dans le récit d’Abraham. Et on pourrait dire la même chose de cette fameuse bataille des cinq rois contre quatre. On a retrouvé pas mal de noms de ces rois dans la région, d’autant plus qu’on sait qu’à l’époque d’Abraham, il n’y avait pas de grande puissance. C’étaient les localités qui se faisaient la guerre entre elles.
Et puis après, on arrive dans les choses un peu bizarres, qui nous amènent du côté de l’Égypte. Par exemple, vous avez une tombe — la tombe de, alors vous m’excuserez, je vais le dire comme je peux — de Khnoumhotep II à Béni Hassan, et dans laquelle vous voyez des marchands sémitiques. Vous avez un bas-relief dans la tombe, et vous voyez des marchands sémitiques de Canaan qui arrivent en Égypte. Donc, il y avait des rapports.
Toujours en Égypte, pour moi c’est le plus curieux, le plus probant : ce qu’on appelle l’enceinte d’Abraham, qui est mentionnée à Karnak. Je lis le texte que j’ai devant moi. Le pharaon égyptien Shishak — Sheshonq Iᵉʳ — qui avait envahi les terres de Juda et d’Israël en 926 avant Jésus-Christ, à son retour en Égypte, fait un compte-rendu de sa victoire. Il se vante d’avoir conquis plus de 150 places, dont une qui s’appelle « le fort, l’enceinte d’Abraham ». Donc, on sait qu’Abraham, en -1000, était un nom utilisé. Ça ne veut pas dire que c’est le même, mais ça veut dire que le nom d’Abraham ne vient pas de nulle part. D’autant plus que ce nom était situé dans le Néguev.
Bon, vous avez encore les tablettes de Mari, cette ville au nord, qui nous donnent des descriptifs des lois, des coutumes et de la manière de vivre à cette époque-là, qui coïncident énormément avec la vie d’Abraham.
Donc oui, Abraham a peut-être existé. Rien dans ce que dit le récit biblique n’est en contradiction flagrante, ou même corrobore plutôt les données de l’archéologie. Le reste appartient à la foi, mais je vous disais : épopée. Moi, je crois qu’il a existé. Et ça ancre tous les récits que vous venez d’entendre dans une certaine réalité historique. On en a rajouté, mais quand même.
Proverbes 3, 9-12
Fils, ne rejette pas les leçons du Seigneur, ne dédaigne pas ses critiques. Car le Seigneur reprend celui qu’il aime, comme fait un père pour le fils qu’il chérit.
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