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Résumé : Dans cet épisode, le frère Paul-Adrien lit les chapitres 22 et 23 de la Genèse, consacrés à l’épreuve du sacrifice d’Isaac puis à la mort et la sépulture de Sarah. Son commentaire explore la foi d’Abraham, fruit d’une longue histoire de fidélité mutuelle avec Dieu, et montre comment cet acte de confiance extrême préfigure le sacrifice de Jésus et révèle une foi en la résurrection des morts.

Introduction

Notre secours est dans le nom du Seigneur, qui a fait le ciel et la terre. Genèse, chapitres 22 et 23. Nous en sommes au dixième jour.

Lecture : Genèse 22–23

Après ces événements, Dieu mit Abraham à l’épreuve. Il lui dit : « Abraham. » Celui-ci répondit : « Me voici. » Dieu dit : « Prends ton fils, ton unique, celui que tu aimes, Isaac. Va au pays de Moriyya, et là tu l’offriras en holocauste sur la montagne que je t’indiquerai. »

Abraham se leva de bon matin, sella son âne et prit avec lui deux de ses serviteurs et son fils Isaac. Il fendit le bois pour l’holocauste et se mit en route vers l’endroit que Dieu lui avait indiqué.

Le troisième jour, Abraham, levant les yeux, vit l’endroit de loin. Abraham dit à ses serviteurs : « Restez ici avec l’âne. Moi et le garçon, nous irons jusque là-bas pour adorer, puis nous reviendrons vers vous. »

Abraham prit le bois pour l’holocauste et le chargea sur son fils Isaac. Il prit le feu et le couteau et tous deux s’en allèrent ensemble.

Isaac dit à son père Abraham : « Mon père ! » Celui-ci répondit : « Eh bien, mon fils. » Isaac reprit : « Voilà le feu et le bois, mais où est l’agneau pour l’holocauste ? » Abraham répondit : « Dieu saura bien trouver l’agneau pour l’holocauste, mon fils. » Et ils s’en allèrent tous les deux ensemble.

Ils arrivèrent à l’endroit que Dieu avait indiqué. Abraham y bâtit l’autel et disposa le bois. Puis il lia son fils Isaac et le mit sur l’autel par-dessus le bois. Abraham étendit la main et saisit le couteau pour immoler son fils.

Mais l’ange du Seigneur l’appela du haut du ciel et dit : « Abraham ! Abraham ! » Il répondit : « Me voici. » L’ange dit : « Ne porte pas la main sur le garçon. Ne lui fais aucun mal. Je sais maintenant que tu crains Dieu. Tu ne m’as pas refusé ton fils, ton unique. »

Abraham leva les yeux et vit un bélier retenu par les cornes dans un buisson. Il alla prendre le bélier et l’offrit en holocauste à la place de son fils. Abraham donna à ce lieu le nom de « Le Seigneur voit » et on l’appelle aujourd’hui « Sur la montagne, le Seigneur est vu. »

Du ciel, l’ange du Seigneur appela Abraham une seconde fois et déclara : « Je le jure par moi-même — oracle du Seigneur — parce que tu as fait cela, parce que tu ne m’as pas refusé ton fils, ton unique, je te comblerai de bénédiction. Je rendrai ta descendance aussi nombreuse que les étoiles du ciel et que le sable au bord de la mer, et ta descendance occupera les places fortes de ses ennemis. Puisque tu as écouté ma voix, toutes les nations de la terre s’adresseront l’une à l’autre la bénédiction par le nom de ta descendance. »

Abraham retourna auprès de ses serviteurs et ensemble ils se mirent en route pour Bershéba, et Abraham y habita.

Après ces événements, on annonça à Abraham la nouvelle suivante : « Voici que Milka, elle aussi, a donné des fils à ton frère Nahor : Ouz, son premier-né, Bouz, le frère de celui-ci, Kemuel, père d’Aram, Késed, Hazo, Pildash, Yidlaf et Betuel. » Et Betuel est celui qui engendra Rébecca. Ce sont les huit enfants que Milka donna à Nahor, le frère d’Abraham. Sa concubine nommée Réouma eut aussi des enfants : Tébah, Gaham, Tahash et Maaka.

Sarah vécut cent vingt-sept ans. Elle mourut à Qiryat-Arba, c’est-à-dire à Hébron, dans le pays de Canaan. Abraham s’y rendit pour le deuil et les lamentations.

Puis il laissa le corps pour aller parler aux Hittites : « J’habite le pays. Je ne suis qu’un immigré, un hôte chez vous. Accordez-moi d’acquérir chez vous une propriété funéraire où je pourrai enterrer cette morte. »

Les Hittites répondirent à Abraham : « Écoute, mon seigneur, tu es au milieu de nous un prince de Dieu. Ensevelis ta morte dans le meilleur de nos tombeaux. Aucun d’entre nous ne te refusera son tombeau pour y ensevelir ta morte. »

Abraham se leva et se prosterna devant le peuple de ce pays : « Si vous acceptez que j’ensevelisse cette morte, alors écoutez-moi. Intervenez pour moi auprès d’Éphron, fils de Tsohar, pour qu’il me cède la caverne de Makpéla qui lui appartient et qui se trouve au bout de son champ. Qu’il me la cède contre sa valeur en argent, comme une propriété funéraire au milieu de vous. »

Éphron était assis parmi les Hittites. Éphron le Hittite répondit à Abraham, de façon à être entendu des Hittites, de tous ceux qui entraient par la porte de sa ville : « Non, mon seigneur, écoute-moi : le champ, je te le donne, et la caverne qui s’y trouve, je te la donne aussi. Sous les yeux des fils de mon peuple, je te les donne. Ensevelis ta morte. »

Abraham se prosterna devant le peuple du pays et parla à Éphron de façon à être entendu du peuple du pays : « Veuille m’écouter : je te donne l’argent pour le champ. Accepte-le de moi, et là, j’ensevelirai ma morte. »

Éphron répondit à Abraham : « Écoute, mon seigneur, un terrain de quatre cents pièces d’argent, qu’est-ce donc entre toi et moi ? Ensevelis donc ta morte. »

Abraham écouta Éphron et pesa pour lui l’argent dont il avait parlé, de façon à être entendu des Hittites : quatre cents pièces d’argent, au taux du marché.

Ainsi, le champ d’Éphron, qui se trouve à Makpéla, en face de Mambré, le champ et la caverne avec tous les arbres qui y poussent, sur toute sa superficie, tout devint possession d’Abraham aux yeux des Hittites et de tous ceux qui entraient par la porte de la ville.

Après quoi, Abraham ensevelit sa femme Sarah dans la caverne du champ de Makpéla, qui est en face de Mambré, c’est-à-dire à Hébron, dans le pays de Canaan. Ainsi donc, les Hittites garantirent à Abraham la propriété funéraire du champ et de la caverne qui s’y trouvait.

Commentaire

Alors une chose est sûre, c’est que si un jour vous entendez une voix qui vous demande de sacrifier votre fils, posez-vous des questions, cela ne vient probablement pas de Dieu. Mais alors, pourquoi est-ce que pour Abraham, ça vient de Dieu ? Ah ah, voilà la bonne question ! Eh bien, tout le monde n’est pas Abraham.

Ce que je veux dire par là, c’est qu’on en est déjà plutôt à la fin de la vie d’Abraham. Et ça, ça change tout ! Dieu n’a pas commencé par demander le sacrifice d’Isaac, il a terminé par le lui demander. Abraham a eu le temps de mettre Dieu à l’épreuve, autant que Dieu a mis Abraham à l’épreuve. Il y a une familiarité, et ils ont vieilli ensemble.

C’est la même chose dans notre vie spirituelle. Dieu ne nous demande pas les mêmes choses quand nous commençons dans la foi et quand nous avons 20, 30, 40 ans dans la foi. Quand on vieillit avec quelqu’un, on sait davantage qu’on peut lui faire confiance. Regardez la vie d’Abraham, le nombre de fois où Dieu l’a mis à l’épreuve et où Dieu l’a sauvé par un miracle. Pensez à toutes les fois où il a sauvé Sarah, des rois et des pharaons. Pensez aux victoires militaires que Dieu a accordées à Abraham. Pensez à la naissance d’Isaac. Pensez à tous ces miracles qui émaillent la vie d’Abraham. La tradition juive en a noté dix. Abraham a eu le temps de voir que Dieu tenait parole.

Donc, les interventions divines dans la vie d’Abraham, il y en a eu pas mal en fait. Abraham a eu le temps de discerner comment Dieu lui parlait. Bon, il y a là une leçon pour nous, c’est-à-dire la sagesse et le discernement.

Donc, quand Dieu demande à Abraham de sacrifier son fils, son unique, son bien-aimé — d’ailleurs des mots qui sont repris pour Jésus — ça s’inscrit au cours d’une longue histoire d’amitié. Abraham sait que Dieu veut son bien. Abraham sait que Dieu veut le bien d’Isaac, qu’il ne lui a pas donné son fils pour ensuite le sacrifier. Alors, au niveau logique, il y a encore une connexion qu’Abraham est incapable de faire. C’est ce qu’on appelle le saut dans la foi. Comment est-ce que Dieu, qui veut son bien, peut en même temps lui demander le sacrifice d’Isaac ? Bien malin qui pourra le dire, mais Abraham sait que c’est pourtant ce que Dieu veut. N’empêche que Dieu a donné suffisamment de gages dans la vie d’Abraham pour qu’Abraham puisse se dire à bon droit que ça n’allait pas tout à fait se passer comme ça. Et c’est toujours cette perspective de foi qu’il ne faut jamais oublier.

Sur le sacrifice lui-même, vous pouvez avoir toutes les explications que vous voulez, et ça n’a pas manqué dans l’histoire de l’interprétation biblique. Vous avez énormément d’explications. Vous avez par exemple l’explication psychanalytique, c’est-à-dire que le père doit se séparer de son fils. Vous avez l’explication d’archéologie religieuse, c’est-à-dire que dans toutes les religions, il était courant de faire des sacrifices humains et que, malgré les apparences, cet épisode dans la vie d’Abraham va ensuite être utilisé pour interdire les sacrifices humains. C’est à la fois le premier et le dernier. Mais toutes ces explications-là ne peuvent pas se substituer à l’expérience quasi mystique d’intimité et de familiarité à laquelle Abraham est parvenu au terme de sa vie avec Dieu, et qui explique la confiance qu’il lui fait.

Et puis après, vous avez les différents points selon les religions. Par exemple, d’après la religion musulmane, ce serait Ismaël qui a été offert en sacrifice. Les juifs, quant à eux, se focalisent sur la figure d’Isaac qui, il est vrai, à l’époque du sacrifice, devait bien avoir entre 12 et 18 ans. Donc Abraham, personne âgée, comment a-t-il fait pour ligaturer, pour attacher Isaac, sinon qu’en fait ce soit celui-ci qui se laisse faire lui-même en sacrifice ?

Pour les chrétiens, c’est la figure d’Abraham qui domine tout le reste. Parce que l’acte de foi qu’il pose est considéré comme parfait. Abraham, notre père dans la foi. Ce que reprendra la lettre aux Romains de saint Paul. Il est — je vous cite la lettre aux Romains chapitre 4 — « il est notre père devant Dieu en qui il a cru, le Dieu qui donne la vie aux morts et qui appelle à l’existence ce qui n’existe pas. Espérant contre toute espérance, il a cru. Il n’a pas faibli dans la foi lorsque, presque centenaire, il considéra que son corps était déjà marqué par la mort et que Sarah ne pouvait plus enfanter. Devant la promesse de Dieu, il n’hésita pas. »

Alors, saint Paul ici parle davantage de la foi d’Abraham quand il quitta tout, mais ça marche très bien aussi pour le sacrifice d’Isaac. Parce que lui qui était stérile, Sarah qui était stérile, il a vu que Dieu était capable de faire surgir la vie de cela. C’est pour ça que saint Paul disait qu’Abraham croyait déjà, à sa manière, à la résurrection des morts. Il a ressuscité le ventre de Sarah, il a tiré de l’existence Isaac qui n’existait pas. Et donc, quand Dieu demande à Abraham de lui donner son fils Isaac en sacrifice, Abraham comprend qu’il doit offrir en sacrifice son fils à celui qui a le pouvoir de ressusciter les morts, au maître de la vie et de la mort. Alors évidemment, pour lui, ça veut dire autre chose. Telle est la foi d’Abraham et sa grandeur.

Il y a quelque chose qui nous dépasse dans la relation d’Abraham à Dieu. Job, qu’on est en train de lire, arrive à percer le mystère de Dieu à travers la souffrance. Abraham, c’est encore une autre histoire. C’est à travers la foi qu’il perce le mystère de Dieu, et on dit que c’est encore une plus belle porte d’entrée. C’est ce que dit la Bible dans un autre chapitre à propos d’Abraham : « Il crut, et cela lui fut compté comme justice. » La justice ici, ça veut dire la perfection, la sainteté.

Et c’est cette foi d’Abraham qui culmine dans le sacrifice d’Isaac, au point qu’Abraham, sans s’en rendre compte, commence à imiter Dieu et commence à le refléter. Il est en train de devenir le reflet de Dieu sur terre, et de Dieu le Père. De Dieu le Père qui envoie son fils sauver l’humanité. Je ne sais pas comment c’est possible, mais Abraham a entrevu quelque chose de cela, à mots couverts. C’est ce que raconte cette histoire de sacrifice.

Alors nous, chrétiens, y avons vu une préfiguration aussi du sacrifice de Jésus. D’ailleurs, il y a énormément d’indices dans le texte qui vous ramènent à Jérusalem, par exemple. Ce sacrifice qui prend place au mont Moriyya, un mont que la tradition a situé du côté de Jérusalem et dont le nom signifie « Dieu voit », le lieu de la vision, de la révélation. Isaac qui porte son bois comme Jésus va porter sa croix. Cette histoire de bouc, de bélier qui vous rappelle vaguement le bouc émissaire qui va porter le poids du péché. Et c’est là, d’ailleurs, que l’intervention divine à la fin change un tout petit peu le sens du sacrifice d’Abraham. Ce qui rappelle à Abraham que le sacrifice parfait qu’il a entrevu dans son acte de foi, ce n’est pas lui qui va l’accomplir, mais Dieu.

Proverbes 3,13-18

Nous terminons notre épisode par un morceau de poésie. Proverbes, chapitre 3, versets 13 à 18.

Heureux qui trouve la sagesse, qui accède à la raison. C’est une bonne affaire, meilleure qu’une affaire d’argent, plus rentable que l’or. La sagesse est plus précieuse que les perles, rien ne l’égale. Dans sa main droite, longueur de jours ; dans sa main gauche, richesse et gloire. Ses chemins sont des chemins de délices, tous ses sentiers des lieux de paix. Pour qui la tient, elle est arbre de vie. Qui la saisit est un homme heureux.


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