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Résumé : Dans ce chapitre 11 du livre de Job, nous écoutons le premier discours de Sophar de Naama, le troisième ami, qui se distingue par sa violence verbale et accuse directement Job d’être responsable de son malheur, sans donner aucun exemple concret. Le frère Paul-Adrien analyse la cruauté de ce discours qui enferme dans la culpabilité, et montre comment notre impuissance à consoler autrui peut nous pousser à durcir nos jugements envers ceux qui souffrent.

Introduction

Nous continuons notre livre de Job, chapitre 11, un chapitre qui sera court. Nous allons écouter le premier discours du troisième ami, Sophar, qui est nettement moins sympathique que Bildad, le logicien, ou qu’Éliphaz, le gentil qui essaye d’être conciliant. Sophar, là, il y va.

On a dit de lui qu’il était peut-être le plus jeune, parce qu’il était aussi le plus violent dans ses paroles, ce qui se voit à quelque chose d’assez clair, vous ferez attention. Il est le premier à accuser explicitement Job de faute. « Si tu écartes le mal dont tu es responsable et n’héberges pas l’injustice sous ta tente, alors tu lèveras un visage sans reproche. » Donc là, de manière propre, claire et nette, il est question du mal dont Job a fait, sauf que vous allez voir que Sophar ne donne pas d’exemple.

Là où les autres disaient « si tu souffres, c’est que tu dois être coupable », Sophar dit « tu souffres, donc tu es coupable ». Ce qui n’est pas la même chose. Plus dur, plus violent, le premier discours de Sophar.

Lecture : Job 11

Sophar de Naama prit la parole et dit :

« Un tel flot de paroles restera-t-il sans réponse ? Suffit-il d’être verbeux pour avoir raison ? Ces bavardages feront-ils taire les gens ? Te moqueras-tu sans que nul ne te confonde ?

Tu as dit : “Mon savoir est irréprochable, je suis pur à tes yeux.”

Mais si seulement Dieu voulait parler, si pour toi il desserrait les lèvres, s’il te dévoilait les secrets de la sagesse, tellement subtils à entendre, alors tu saurais que Dieu oublie une part de tes fautes.

Prétends-tu sonder la profondeur de Dieu, atteindre la perfection du Puissant ? Elle est haute comme les cieux. Que feras-tu ? Plus abyssale que le séjour des morts, qu’en sauras-tu ? Plus longue que la terre et son étendue, et plus vaste que la mer.

S’il vient à passer, s’il emprisonne, s’il convoque en justice, qui l’en détournera ? Car lui connaît les hommes de rien. Sans peine, il discerne le mal.

Un écervelé peut accéder à la raison, un ânon sauvage devenir un homme.

Et toi, si tu affermis ton cœur et tends les paumes vers Dieu, si tu écartes le mal dont tu es responsable et n’héberges pas l’injustice sous ta tente, alors tu lèveras un visage sans reproche. Tu seras ferme et sans crainte.

Ta peine, tu l’oublies. Tu t’en souviendras comme d’une eau déjà écoulée. Plus radieuse que midi, ta vie se lèvera. Le crépuscule brillera comme le matin. Tu seras confiant, car il y aura de l’espoir. Et protégé, tu dormiras tranquille. Ton repos, nul ne le troublera. Et beaucoup rechercheront tes faveurs.

Quant aux méchants, leurs yeux se consument. Tout refuge leur fait défaut. Leur espoir, c’est de rendre l’âme. »

Commentaire

Eh ben, ça rigole pas, hein ? « Quant aux méchants, leurs yeux se consument. Tout refuge leur fait défaut. Leur espoir, c’est de rendre l’âme. » Sous-entendu, le cas de Job n’est pas désespéré, mais ça commence à y ressembler.

Bon, dans ce commentaire, nous continuons notre analyse psychologique de la manière dont l’homme éprouve la souffrance et comment est-ce qu’il essaye d’y répondre. Vous voyez qu’on va quand même relativement dans les détails de toutes ces expressions. Parce que… bah, parce que c’est ce que nous demande de faire la Bible, d’ailleurs. Et puis parce qu’au moins, on ne pourra pas dire que le christianisme ne s’est pas collé à la question du mal. Il est question de la crédibilité de notre foi dans cette enquête du mystère du mal.

Revenons donc à ce que vient de dire Sophar. Le but de Sophar est moins de consoler Job que de mettre le holà à ce qu’il estime être une forme d’insolence. « Un tel flot de paroles restera-t-il sans réponse ? Suffit-il d’être verbeux pour avoir raison ? » C’est quand même extraordinaire. « Suffit-il d’être verbeux pour avoir raison ? »

En tout cas, pour Sophar, les choses sont parfaitement claires. Si Job souffre, c’est parce qu’il le mérite. Et encore, il pourrait s’estimer heureux parce que malgré les apparences, Dieu est quand même miséricordieux. Parce que si Dieu vraiment voulait châtier Job à la hauteur de son péché, alors il n’en resterait plus rien. Regardez ça : « Si seulement Dieu voulait parler, si pour toi il desserrait les lèvres, alors tu saurais que Dieu oublie une part de tes fautes. » Malgré les apparences, malgré les apparences, malgré le plein de l’injustice de Dieu, en fait, ta souffrance est déjà l’expression de sa miséricorde parce que tu ne souffres pas autant que tu devrais souffrir.

Alors j’attire votre attention sur « si seulement Dieu voulait parler, si pour toi il desserrait les lèvres et s’il te dévoilait les secrets de la sagesse, tellement subtils à entendre ». Ce serait quoi si Dieu se mettait à parler et s’il desserrait les lèvres pour Sophar ? Si Dieu se mettait à parler pour Sophar, ce serait Dieu qui enverrait le malheur. Et ça, je trouve ça relativement intéressant. Relativement intéressant quand même. Relativement intéressant et assez difficile à comprendre.

La difficulté, c’est que si Dieu parle à travers le malheur, cela veut dire que la souffrance est à la fois un châtiment et un enseignement, et les deux en même temps. Et c’est pour ça que ce n’est pas facile de la comprendre. Ce qui explique d’ailleurs pourquoi Job a peut-être du mal à comprendre. C’est que Job subit le malheur et qu’en fait, il voudrait que Dieu lui explique dans un autre discours ce malheur. Mais le malheur, la souffrance, c’est précisément la manière dont Dieu s’exprime. Ce qui veut dire, un, que Dieu n’est pas en train de garder le silence, comme Job le dit, parce qu’il parle à travers la souffrance. Et deux, ce qui explique pourquoi on n’arrive pas à la comprendre, parce qu’il faudrait arriver à prendre du recul par rapport à la souffrance pour comprendre ce qu’elle veut dire. Précisément, prendre du recul par rapport à la souffrance, bien malin celui qui y arrive.

Alors tout ceci, encore, culmine dans cette accusation franche et directe : « Si tu écartes le mal dont tu es responsable… » Et ce qu’il y a de terrible, c’est que Sophar ne donne aucun exemple. Ça veut dire qu’ici, la preuve que Job a fait le mal, c’est sa souffrance. Donc si vous voulez, c’est vraiment l’application cruelle du principe de la rétribution divine. « Si tu écartes le mal dont tu es responsable et n’héberges pas l’injustice sous ta tente, alors tu lèveras un visage sans reproche, tu seras ferme et sans crainte. » Sauf que, quand vous n’avez pas commis le mal, en fait, ce discours vous enfonce dans la culpabilité.

C’est un discours qui a le pouvoir de vous détruire, parce qu’avec la vaine espérance d’un prompt rétablissement auquel, d’ailleurs, personne ne croit — « ton repos, nul ne le troublera, et beaucoup rechercheront tes faveurs » — vient ensuite : « Quant aux méchants, leurs yeux se consument, leur espoir, c’est de rendre l’âme. » Il y a quelque chose de cruel dans le fait de dire que l’espoir des méchants, c’est de rendre l’âme. C’est un homme, Sophar, qui ne croit pas dans la rédemption. Point à la ligne. Et quand il dit à Job de se convertir, il n’y croit pas un seul instant.

Donc je dis que ce discours a le pouvoir de détruire quelqu’un de l’intérieur si jamais vous lui accordez le moindre propos. Parce qu’il vous accuse d’un mal que vous n’avez pas commis et donc vous allez, en revenant sur vous-même, scruter tous les replis de votre histoire pour trouver ce qui ne va pas, sauf que comme vous ne trouvez pas, ça devient une culpabilité sur votre existence même. Vous avez l’impression que c’est votre existence qui est un poids pour Dieu.

Derrière Sophar, si vous voulez, c’est la cruauté de l’homme qui s’exprime. Les amis qui viennent ici pour vous consoler, et comme ils n’arrivent pas à vous consoler parce que ça demande pas mal de sagesse, ils finissent par dire du mal de vous. Ça, vous faites attention, parce que c’est peut-être aussi quelque chose que nous pouvons faire. Quand de bonne foi nous allons voir quelqu’un qui est dans le malheur, que nous essayons de le réconforter et qu’on n’y arrive pas, pour justifier notre impuissance à réconforter quelqu’un, on va durcir notre discours et finalement dire que c’est bien fait pour lui. Peut-être qu’on ne le dira pas comme ça, mais on le suggérera à mot couvert. Et il y a une cruauté dont nous sommes capables, parce que l’impuissance à consoler les gens indique quelque chose de notre propre immaturité spirituelle. Et ça, c’est insupportable à nos yeux.

Prière

Je vous propose comme prière finale de retourner du côté d’Isaac et d’Abraham et de penser à tous ces jeunes qui cherchent l’âme sœur et le grand amour. Et c’est pas toujours facile, non seulement d’arriver à la trouver, mais en plus d’arriver à bien discerner cette âme sœur.

Au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit, Amen. Seigneur, nous te confions nos proches, nos amis, peut-être nos enfants, peut-être même nous-mêmes. Nous te demandons, Seigneur, que chaque personne ait la joie de rencontrer le grand amour et que son conjoint soit pour lui une manière d’accomplir dans sa vie les promesses de Dieu. Donne-nous, Seigneur, un bon vieux Éliézer qui nous aide à bien discerner. Et Seigneur, fais que nous soyons heureux sur terre avec elle ou avec lui. Et vous, que Dieu vous bénisse, le Père, le Fils et le Saint-Esprit.


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