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Résumé : En ce jour 12, le frère Paul-Adrien lit Genèse 25 et 26 : la mort d’Abraham, les généalogies d’Ismaël, la naissance des jumeaux Ésaü et Jacob et leur rivalité pour le droit d’aînesse, puis l’installation d’Isaac à Gérar où Dieu renouvelle son alliance. Le commentaire souligne la dimension politique de la rivalité entre Ésaü et Jacob — préfiguration de celle entre Édomites et Israélites — et trace un parallèle inattendu avec Jean le Baptiste et Jésus dans le Nouveau Testament.

Introduction

Notre secours est dans le nom du Seigneur, qui a fait le ciel et la terre.

Jour 12, nous passons aujourd’hui à Genèse 25 et 26 qui seront des chapitres de transition. On passe d’une histoire à l’autre. Vous allez voir la mort d’Abraham et, comme la Bible est un grand livre de famille, toujours ces généalogies qui reviennent pour vous retracer les origines de ces tribus juives que les Israélites lisaient, si jamais je puis dire, le soir autour du feu pour se rappeler d’où ils venaient. Et puis ensuite, nous arriverons vers une autre histoire qui commence à poindre : Jacob.

Lecture : Genèse 25–26

Abraham prit encore une femme. Elle s’appelait Qetoura. Elle lui donna Zimrân, Yokshân, Medân, Madiân, Ishbaq et Shuah. Yokshân engendra Saba et Dedân. Dedân eut pour fils les Ashourites, les Letoushites et les Léoummites. Madiân eut pour fils Épha, Épher, Hanok, Abida et Eldaa. Ce sont là tous les fils de Qetoura.

Abraham donna tous ses biens à Isaac. Il fit des donations aux fils de ses concubines et, tandis qu’il était encore en vie, il les éloigna d’Isaac, son fils, en les envoyant à l’est, dans un pays d’Orient.

175 ans ! Quelle fut la durée de la vie d’Abraham ! Puis il expira. Abraham mourut au terme d’une heureuse vieillesse, très âgé, rassasié de jours, et il fut réuni aux siens. Ses fils, Isaac et Ismaël, l’ensevelirent dans la caverne de Makpéla, dans le champ d’Éphron, fils de Soar, le Hittite, ce champ qui est en face de Mambré et qu’Abraham avait acheté au Hittite. C’est là qu’Abraham fut enseveli auprès de Sarah, sa femme.

Après la mort d’Abraham, Dieu bénit son fils Isaac, qui habitait près du puits de Lahaï-Roï.

Voici la descendance d’Ismaël, le fils d’Abraham que lui donna Hagar, l’Égyptienne, la servante de Sarah. Voici les noms des fils d’Ismaël, selon l’ordre de leur naissance : Nebayot, le premier-né, puis Qédar, Adbéel, Mibsam, Mishma, Douma, Massa, Hadad, Téma, Yetour, Naphish, Qedma. Voici les fils d’Ismaël et leurs noms selon leur village et leur campement. Douze chefs pour leur clan.

Ismaël vécut 137 ans, puis il expira. Il mourut et fut réuni aux siens. Les Ismaélites s’étaient établis de Havila jusqu’à Shour, aux confins de l’Égypte en direction d’Assour. Face à tous ses frères, Ismaël se coucha dans la mort.

Et voici l’histoire d’Isaac, fils d’Abraham. Abraham avait engendré Isaac. Isaac avait 40 ans quand il prit pour femme Rébecca, fille de Bétouel l’Araméen, originaire de Paddân-Aram et sœur de l’Araméen Laban.

Isaac implora le Seigneur en faveur de sa femme car elle était stérile. Et le Seigneur l’exauça. Sa femme Rébecca devint enceinte. Comme ses fils se heurtaient dans son sein, elle dit : « Pourquoi faut-il que cela se passe ainsi pour moi ? » Et elle alla consulter le Seigneur. Le Seigneur lui dit : « Deux nations sont dans ton ventre. Deux peuples différents sortiront de tes entrailles. L’un sera plus fort que l’autre et l’aîné servira le cadet. »

Quand arriva le jour où elle devait enfanter, voici qu’il y avait des jumeaux dans son ventre. Le premier qui sortit était roux, tout couvert de poils comme d’une fourrure. On lui donna le nom d’Ésaü. Après quoi sortit son frère, la main agrippée au talon d’Ésaü. On lui donna le nom de Jacob, c’est-à-dire « il talonne ». À leur naissance, Isaac avait 60 ans.

Les garçons grandirent. Ésaü devint un chasseur habile, un homme des champs. Jacob était un homme délicat, demeurant sous les tentes. Isaac préférait Ésaü car il appréciait le gibier, mais Rébecca préférait Jacob.

Un jour, Jacob préparait un plat quand Ésaü revint des champs, épuisé. Ésaü dit à Jacob : « Laisse-moi donc avaler ce roux qui est là, car je suis épuisé. » C’est pour ça qu’on a donné à Ésaü le nom d’Édom, c’est-à-dire le roux. Jacob lui dit : « Vends-moi maintenant ton droit d’aînesse. » Ésaü répondit : « Je suis en train de mourir. À quoi bon mon droit d’aînesse ? » Jacob reprit : « Jure-le-moi maintenant. » Et Ésaü le jura. Il vendit son droit d’aînesse à Jacob. Alors Jacob donna à Ésaü du pain et un plat de lentilles. Celui-ci mangea et but, puis il se leva et s’en alla. C’est ainsi qu’Ésaü montra du mépris pour le droit d’aînesse.

Il y eut une famine dans le pays, en plus de la première, celle qui avait eu lieu au temps d’Abraham, et Isaac partit pour Gérar, chez Abimélek, roi des Philistins. Le Seigneur lui apparut et dit : « Ne descends pas en Égypte, mais demeure dans le pays que je t’indiquerai. Séjourne dans ce pays, je serai avec toi et je te bénirai, car à toi et à ta descendance je donnerai tous ces pays. Je tiendrai le serment que j’ai prêté à Abraham ton père. Je rendrai ta descendance aussi nombreuse que les étoiles du ciel et je lui donnerai tous ces pays. C’est par ta descendance que se béniront toutes les nations de la terre, puisqu’Abraham a écouté ma voix et qu’il a gardé mes observances, mes commandements, mes décrets et mes lois. »

Isaac demeura donc à Gérar. Les hommes de cet endroit l’interrogèrent sur sa femme et il répondit : « C’est ma sœur. » Car il avait peur de répondre : « C’est ma femme. » Il se disait : « Les hommes de cet endroit pourraient me tuer à cause de Rébecca. Elle est si belle à regarder. »

Il était là depuis longtemps déjà. Et voici qu’Abimélek, roi des Philistins, regardant par la fenêtre, le vit caresser Rébecca, sa femme. Abimélek convoqua Isaac et lui dit : « À coup sûr, c’est ta femme. Comment as-tu pu dire : c’est ma sœur ? » Isaac lui répondit : « Je l’ai dit car j’avais peur de mourir à cause d’elle. » Abimélek reprit : « Que nous as-tu fait là ? Un peu plus et un homme de ce peuple aurait couché avec ta femme et, à cause de toi, nous serions devenus coupables. » Abimélek donna cet ordre à tout le peuple : « Quiconque touchera à cet homme ou à sa femme sera mis à mort. »

Isaac fit des semailles sur cette terre et récolta cette année-là le centuple. Le Seigneur le bénit. Et Isaac devint un personnage important, de plus en plus important, jusqu’à devenir vraiment très important. Il avait un troupeau de petit bétail, un troupeau de gros bétail et de nombreux serviteurs. Aussi les Philistins en furent-ils jaloux. Tous les puits qu’avaient creusés les serviteurs de son père Abraham au temps de celui-ci, les Philistins les bouchèrent en les remplissant de terre. Abimélek dit à Isaac : « Va-t’en de chez nous, car tu es devenu beaucoup plus puissant que nous. »

Isaac s’en alla donc. Il campa dans la vallée de Gérar et y demeura. Isaac se mit à creuser de nouveau les puits d’eau qu’on avait creusés au temps d’Abraham son père et que les Philistins avaient bouchés après la mort d’Abraham. Il leur donna les noms que leur avait donnés son père. Puis les serviteurs d’Isaac creusèrent dans la vallée et y trouvèrent un puits d’eau vive. Les bergers de Gérar cherchèrent querelle aux bergers d’Isaac en disant : « Cette eau est à nous. » Isaac donna donc à ce puits le nom d’Ések, c’est-à-dire la dispute, car les bergers de Gérar s’étaient disputés avec lui. Ils creusèrent un autre puits et se querellèrent encore à son sujet. Isaac lui donna le nom de Sitna, c’est-à-dire l’accusation. Il partit de là et creusa un autre puits. Ils ne cherchèrent plus querelle à son sujet. Isaac donna donc à ce puits le nom de Rehoboth, c’est-à-dire les largesses, et dit : « Maintenant le Seigneur nous a mis au large. Nous allons prospérer dans le pays. »

De là, il monta à Beer-Shéba. Le Seigneur lui apparut cette nuit-là et dit : « Je suis le Dieu d’Abraham, ton père. Ne crains pas, car je suis avec toi. Je te bénirai et je multiplierai ta descendance à cause d’Abraham, mon serviteur. » À cet endroit, Isaac bâtit un autel et invoqua le nom du Seigneur. Là, il planta sa tente et ses serviteurs forèrent un puits.

Abimélek, accompagné d’Ahouzat, un de ses proches, et de Pikol, le chef de son armée, sortit de Gérar pour aller rencontrer Isaac. Celui-ci leur dit : « Pourquoi êtes-vous venus vers moi alors que vous me détestez et m’avez renvoyé de chez vous ? » Ils répondirent : « Nous avons bien dû constater que le Seigneur est avec toi. Et nous avons dit qu’un même serment nous unisse, nous et toi, et nous conclurons ensemble une alliance. Tu ne nous feras pas de mal, de même que nous ne t’avons pas frappé et que nous t’avons uniquement fait du bien et renvoyé en paix. À présent, tu es le béni du Seigneur. »

Alors il leur fit un festin, ils mangèrent et ils burent. Ils se levèrent de bon matin et se prêtèrent serment l’un à l’autre, puis Isaac les congédia et ils le quittèrent en paix.

Ce jour-là, les serviteurs d’Isaac vinrent l’informer au sujet du puits qu’ils creusaient. Ils lui dirent : « Nous avons trouvé de l’eau. » Il donna au puits le nom de Shiv’a, c’est-à-dire le serment. Et c’est pourquoi aujourd’hui encore, on appelle cette ville Beer-Shéba.

Ésaü avait 40 ans quand il prit pour femme Judith, fille de Beéri le Hittite, et Basmat, fille d’Élôn le Hittite. Elles furent un sujet d’amertume pour Isaac et Rébecca.

Commentaire

Abraham est mort, comblé de richesse, rassasié de biens et ayant mis toutes ses affaires en ordre. Un tombeau pour sa femme, une femme pour son fils. Si vous êtes père ou mère de famille, vous savez que ça va jusque-là, le soin de sa famille, et que les testaments, l’héritage spirituel et matériel, c’est pas toujours simple. Et c’est toujours touchant de voir comment nos soucis trouvent dans la Bible un lointain écho. Nous vivons la même vie que celle des patriarches.

Nous passons donc à la génération suivante, Isaac, lequel en profite lui aussi pour prostituer sa femme. Décidément, ça doit être un trait de famille. Donc Isaac, que la Bible nous présente comme étant quelqu’un d’installé. Et « installé » dans la Bible, c’est rarement une bonne chose. On voit surtout Isaac préoccupé par des questions matérielles et comme passant à côté des enjeux d’aînesse qui vont se jouer entre Ésaü et Jacob.

Grâce à Dieu, ce sont encore les femmes qui tiennent la baraque, si je puis dire. Rébecca, c’est elle qui va prendre les choses en main. C’est Rébecca, l’homme de la maison. Et même devant elle, Jacob n’en mène pas large. Rébecca qui a un mauvais présage sur l’avenir, avec ses jumeaux en son sein qui se battent — vivre entre frères dans la Bible, c’est jamais simple. Et là, manifestement, ça commence dès le sein maternel avec cette dispute, cette compétition pour le droit d’aînesse.

Ésaü, nous dit la Bible, est roux avec un manteau de poils. C’est curieux quand même comme indication. Bon, on voit bien ce qu’il y a derrière : montrer qu’Ésaü, le chasseur qui a toujours faim, qui court les femmes, est plutôt du côté de l’animalité, tandis que Jacob est plutôt quelqu’un de pondéré, de calme et de réfléchi. C’est pas très difficile de voir à qui allait la préférence de Dieu là-dedans.

Ésaü, Jacob, ça va pas très bien se passer. Mais ces histoires de frères qui ne s’entendent pas très bien vont trouver un autre écho, cette fois-ci positif et inattendu, dans le Nouveau Testament. Regardez Jean le Baptiste et Jésus. Ok, ils étaient cousins et pas frères, mais Jean le Baptiste qui était revêtu d’un manteau en poils de chameau, qui vivait dans le désert, ça ne vous rappelle rien ? Eh bien, cette fois-ci dans le Nouveau Testament, Jean le Baptiste va céder librement son droit d’aînesse à Jésus pour qu’ainsi s’accomplisse toute justice. Vous voyez, il y a de l’espoir aussi dans l’amour fraternel. Ça ne se passe pas toujours mal.

Mais revenons à Ésaü et à Jacob. Ce qui est important de comprendre, c’est qu’avec Jacob — qui je pense en fait est la grande histoire de la Genèse, en tout cas en termes de chapitres, qui va nous amener à la mort de Jacob, elle est à la toute fin de la Genèse — avec Jacob, c’est la naissance d’Israël. Et vous verrez d’ailleurs comment le nom de Jacob va se transformer pour devenir Israël.

Donc, dans l’histoire de Jacob, tout aura une dimension politique, au sens de l’histoire de la politique d’un peuple. Par exemple, Ésaü est présenté ici comme l’ancêtre du peuple d’Édom, les Édomites, qui sont à la frontière entre l’Égypte et Israël, ce qui aura une grande importance après l’Exode, quand les Israélites vont sortir d’Égypte. Et ici, tous les indices dans la Bible ont une connotation géopolitique. Ésaü est roux, et « roux » en hébreu se dit admoni, « Édom ». Il mange un plat de lentilles, qui se dit en hébreu Édom. Donc, la rivalité entre Jacob et Ésaü, c’est plus que la rivalité entre deux personnes, c’est la rivalité, l’histoire d’amour et de haine entre deux peuples, les Édomites et les Israélites.

Et vous voyez comment en fait, fonder une famille, c’est plus que fonder une famille. Fonder une famille, c’est déjà fonder une civilisation. Eh bien ça, vous y penserez si jamais vous le faites. Vous y penserez si jamais vous êtes père ou mère de famille. Je vous jure que c’est ce que vous dit la Bible.

Proverbes 3, 21-26

Mon fils, ne perds jamais de vue le savoir-faire et la perspicacité. Ils te seront force de vie, parure à ton cou. Alors tu iras ton chemin avec assurance, ton pied n’achoppera pas. Au moment de dormir, nulle anxiété. Une fois endormi, ton sommeil sera doux. Tu n’auras rien à craindre, ni l’angoisse soudaine, ni la tourmente qui surprend les méchants. C’est le Seigneur qui sera ton assurance. Il gardera ton pied des embûches.


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