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Résumé : Dans cet épisode consacré à Job 12–14, le frère Paul-Adrien présente la réponse de Job à Sophar. Job retourne la logique de la rétribution en montrant que ce sont souvent les méchants qui prospèrent, prend la sagesse de Dieu à témoin, puis intente un véritable procès à Dieu en clamant son innocence. Ce cri d’innocence, loin d’être un blasphème, révèle une démarche de croyant qui prend Dieu au sérieux en exigeant qu’il s’explique.

Introduction

Nous continuons notre livre de Job. Job, ça se mérite, hein ? Ça fait déjà quelques jours que l’on est dedans, et peut-être vous commencez à en avoir assez d’entendre cette sorte de déballage de souffrance et de misère. Ben oui, Job, ça se mérite, c’est une épreuve spirituelle. La lecture de cet ouvrage nous force à affronter une part de nous-mêmes que d’habitude nous préférons laisser dans les ténèbres. Mais ça, si vous voulez, c’est un exercice que nous devons faire pour la charité. Essayer de comprendre la misère des gens.

Aujourd’hui, Job 12, 13, 14. J’ai mis ces trois chapitres ensemble parce qu’ils forment un tout qui est la réponse de Job à Sophar. Avec une nouveauté, et de taille, dans l’argumentation de Job. Alors que jusqu’à présent, dans la doctrine de la rétribution, on expliquait que les méchants souffraient et que les bons étaient récompensés, quitte à faire appel à l’expérience comme l’ont fait chacun de ses amis, Job va appeler à lui, à son expérience, et d’après son expérience, ce sont plutôt les méchants qui réussissent dans la vie.

La réponse de Job va commencer dans l’ironie avant d’en prendre la sagesse de Dieu à témoin, pour finalement se tourner vers Dieu, et c’est là que commence la mise en demeure de Dieu. À la fin, chapitre 14, Job commence son procès contre Dieu.

Lecture : Job 12–14

Job prit la parole et dit :

Vraiment, c’est vous qui êtes la voix du peuple, et avec vous mourra la sagesse.

Moi aussi, comme vous, je sais réfléchir. Je ne vous suis nullement inférieur, et qui ne disposerait d’arguments semblables ?

Je suis la risée du prochain, moi qui appelle vers Dieu pour qu’il réponde. Objet de risée, le juste parfait.

Aux malchanceux, le mépris, pense l’homme heureux. Un coup de plus à ceux dont le pied chancelle.

Elles sont en paix, les tentes des pillards. Ils sont tranquilles, ceux qui provoquent Dieu, et celui qui veut mettre Dieu en son pouvoir.

Mais interroge donc le bétail, il t’instruira, l’oiseau du ciel, il te renseignera. Parle avec la terre, elle t’apprendra, ils te raconteront, les poissons de la mer.

Qui ne sait, parmi tous ces êtres, que c’est la main du Seigneur qui a fait cela, lui qui tient dans sa main l’âme de tout vivant et le souffle de toute créature humaine ?

N’est-ce pas l’oreille qui apprécie les mots, le palais qui goûte les mets ?

N’est-ce pas chez les vieillards que se trouve la sagesse, dans le grand âge, le discernement ?

En Dieu, sagesse et puissance. À lui, conseil et intelligence.

S’il détruit, nul ne peut rebâtir. S’il enferme un homme, nul n’ouvrira. S’il retient les eaux, c’est la sécheresse. S’il les relâche, elles bouleversent la terre.

En lui, force et prudence. À lui, l’homme égaré et celui qui égare.

Il fait marcher nu-pieds les conseillers et frappe les juges. Il enlève le baudrier des rois et leur passe une corde aux reins. Il fait marcher nu-pieds les prêtres et renverse les puissants.

Il ôte le langage aux hommes les plus sûrs, retire aux vieillards la sagacité. Il déverse le mépris sur les notables, il dénoue les ceinturons des forts.

Il met à découvert les profondeurs des ténèbres, il fait sortir à la lumière l’ombre de la mort.

Il agrandit les nations, puis les fait périr, laisse les peuples s’étendre et les déporte.

Il ôte l’intelligence au chef de la populace, les égare dans un chaos sans chemin. Là, ils tâtonnent dans les ténèbres, sans lumière, égarés comme des ivrognes.

Oui, tout cela, mon œil l’a vu, mon oreille l’a entendu et compris. Ce que vous savez, je le sais, moi aussi, et je ne vous suis nullement inférieur.

Mais moi, c’est au Puissant que je veux parler, c’est contre Dieu que je veux récriminer. Vous, vous n’êtes que badigeonneurs de mensonges, guérisseurs de néant.

Ah, si seulement vous gardiez une bonne fois le silence, il vous tiendrait lieu de sagesse !

Écoutez donc ma récrimination, au plaidoyer de mes lèvres, prêtez l’oreille.

Est-ce pour Dieu que vous dites des paroles injustes ? Pour lui que vous débitez des faussetés ? Prenez-vous donc son parti ? Est-ce pour Dieu que vous plaidez ?

Serait-il bon qu’il enquête sur vous ? Se moque-t-on de lui comme on se joue d’un homme ? Il vous reprocherait sûrement d’avoir pris parti en secret. Sa grandeur ne vous effraie-t-elle donc pas ? Est-ce que sa terreur ne fond pas sur vous ?

Vos références ? Des maximes de cendres. Vos défenses, des défenses d’argile.

Taisez-vous devant moi, c’est moi qui vais parler, et m’advienne que pourra. J’emporte ma chair entre mes dents, je mets ma vie en jeu.

S’il doit me tuer, je n’ai plus d’espoir. Je veux seulement, face à lui, justifier ma conduite. Et cela même sera mon salut, car nul impie ne viendrait en sa présence.

Écoutez ma parole, prêtez l’oreille à mon explication. Voici, j’ai intenté un procès. C’est moi qui ai raison, je le sais.

Y aurait-il quelqu’un pour plaider contre moi ? À l’instant, je n’aurai qu’à me taire et à expirer.

Épargne-moi donc seulement deux choses, alors je ne me cacherai pas devant ta face : éloigne ta main qui pèse sur moi, et que ta terreur ne m’épouvante plus.

Puis appelle, et moi je répondrai, ou bien je parlerai et tu me répliqueras.

Combien ai-je commis de fautes et de péchés ? Ma transgression et mon péché, fais-les-moi connaître.

Pourquoi caches-tu ta face et me considères-tu comme un ennemi ?

Veux-tu faire trembler une feuille qui s’envole et poursuivre une paille sèche, pour que tu rédiges contre moi d’amères sentences, que tu m’imputes des fautes de jeunesse, que tu fixes mes pieds dans des blocs de bois, que tu observes toutes mes démarches et relèves l’empreinte de mes pas ?

Et tout cela contre un être qui se désagrège comme bois vermoulu, comme vêtement dévoré par la teigne.

L’homme, né de la femme, vit peu de jours, rassasié de tourments. Comme fleur, il germe et se fane, tel une ombre, il fuit sans s’arrêter.

Et toi, Dieu, c’est sur lui que tu fixes ton regard ? C’est moi que tu obliges à comparaître avec toi ?

Qui tirera le pur de l’impur ? Personne !

Puisque ses jours sont décrétés, que tu as décidé du nombre de ses mois et fixé sa limite infranchissable, détourne de lui ton regard et laisse-le, jusqu’à ce que, tel un salarié, il s’acquitte de sa journée.

Car il y a pour l’arbre un espoir : une fois coupé, il peut verdir encore, et les jeunes pousses ne lui feront pas défaut. Quand bien même sa racine aurait vieilli en terre et que la souche serait morte dans le sol, dès qu’il flaire l’eau, il bourgeonne et se fait une ramure comme un jeune plant.

L’homme qui meurt, lui, reste inerte. Quand un humain expire, où donc est-il ?

Les eaux pourront quitter la mer, les fleuves tarir et se dessécher, mais l’homme, une fois couché, ne se relèvera plus. Les cieux disparaîtront avant qu’il ne s’éveille, qu’il ne sorte de son sommeil.

Ah, si seulement tu me cachais au séjour des morts et me dissimulais jusqu’à ce que reflue ta colère ! Tu me fixerais un terme où tu te souviendrais de moi.

Mais l’homme qui meurt, va-t-il revivre ? Tous les jours de mon service, j’attendrai jusqu’à ce que vienne ma relève. Tu m’appellerais et je te répondrais, tu languirais après l’œuvre de tes mains.

Alors que maintenant tu dénombres mes pas, tu n’épierais plus mon péché. Scellé dans un coffret serait ma transgression, et tu blanchirais ma faute.

Mais la montagne tombe et s’écroule, le rocher bouge de sa place, l’eau creuse les pierres, l’averse emporte la poussière du sol. Et c’est ainsi que l’espoir de l’homme, tu l’anéantis.

Tu terrasses l’homme pour toujours, et il s’en va. Tu le défigures et puis tu le renvoies. Ses fils sont-ils honorés ? Il n’en sait rien. Sont-ils méprisés ? Il l’ignore. Sa chair ne ressent que ses propres souffrances, et son âme ne gémit que sur lui-même.

Commentaire

Alors, reprenons. Je vous avais parlé d’une ironie mordante au début, et vous l’avez entendu : « Vraiment, c’est vous qui êtes la voix du peuple, et avec vous mourra la sagesse. »

Ensuite, souvenez-vous comment, à travers la logique de la rétribution, les amis de Job lui montraient par une expérience que tout le monde était censé faire, à savoir que les méchants sont punis. Sauf que là, Job leur répond que l’expérience commune montre que c’est plutôt les méchants qui réussissent :

Elles sont en paix, les tentes des pillards. Ils sont tranquilles, ceux qui provoquent Dieu, et celui qui veut mettre Dieu en son pouvoir.

Et c’est vrai que Job n’a pas tort. On en a tous dans notre vie des exemples comme ça de salauds, excusez-moi le terme, mais de salauds qui nous ont fait du mal et qui demeurent totalement impunis.

Et alors, ça veut dire quoi ? « Interroge le bétail, il t’instruira. L’oiseau du ciel, il te renseignera. Ils te raconteront, les poissons de la mer. » Vous avez donc convoqué le bétail sur la terre, les oiseaux dans les airs et les poissons dans la mer, tous les étages de la création, pour prendre Dieu à témoin parce que Dieu possède toute chose dans sa main :

Qui ne sait, parmi tous ces êtres, que la main du Seigneur a fait cela, lui qui tient dans sa main l’âme de tout vivant et le souffle de toute créature humaine ?

Si donc toute chose est dans la main de Dieu, non seulement l’innocent frappé à mort est dans sa main, mais l’injuste qui réussit est aussi dans sa main. Il est non seulement responsable du malheur du juste, mais il est aussi responsable du bonheur de l’injuste. L’injuste qui réussit, c’est Job en négatif. Job, l’innocent frappé à mort malgré lui ; l’injuste qui réussit est celui qui mériterait la mort.

Mais il y a quelque chose dans l’innocence de Job. L’innocence de Job, parce qu’au fond de lui-même il sait qu’il n’a rien fait qui mérite le châtiment qu’il subit, son innocence est ce qui lui permet de citer Dieu en procès, de s’adresser à lui. D’une certaine manière, le procès que Job fait à Dieu montre qu’il croit en lui et en sa justice. Clamer son innocence, c’est citer Dieu à comparaître en justice pour qu’il s’explique. C’est prendre Dieu à son propre jeu de la sagesse et de la justice. C’est, malgré les apparences, une démarche de croyant.

Écoutez ma parole, prêtez l’oreille à mon explication. Voici, j’ai intenté un procès. C’est moi qui ai raison, je le sais.

Et au fond, qu’est-ce que Job reproche à Dieu ? Verset 24 : « Pourquoi caches-tu ta face et me considères-tu comme un ennemi ? » L’absence de Dieu ressentie ici comme son inimitié. « Tu rédiges contre moi d’amères sentences » (verset 26) : chacune des souffrances de Job est perçue ici comme un décret injuste de Dieu à son égard. « Tu m’imputes les fautes de ma jeunesse » : est-ce que Dieu serait mesquin ? « Tu fixes mes pieds dans des blocs de bois » : Dieu qui prive l’homme de sa liberté. « Tu observes mes démarches et relèves l’empreinte de mes pas » : Dieu qui s’acharne de manière obsédante contre une personne à qui il ne laisse aucun repos.

Pour finalement mettre en valeur sa propre petitesse :

Et tout cela contre un être qui se désagrège comme bois vermoulu, comme vêtement dévoré par la teigne.

Est-ce que le jeu en vaut véritablement la chandelle pour Dieu ? Pourquoi est-ce qu’il s’acharne contre quelque chose qui est aussi insignifiant ? Tout cela n’a aucun sens. La souffrance qui fait explorer les confins de l’absurdité.

Prière

Nous terminons par une courte prière pour confier à Dieu tous les innocents qui souffrent injustement. Au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit. Amen.

Seigneur, toi qui défends les faibles, toi qui protèges les innocents, nous te confions, Seigneur, la douleur des âmes innocentes. Nous te demandons de venir éclairer leur ténèbre. Nous te demandons, Seigneur, que ta justice triomphe, que tout innocent trouve son refuge en toi.

Que Dieu qui est tout-puissant vous bénisse et vous garde, le Père, le Fils et le Saint-Esprit.


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