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Résumé : Le frère Paul-Adrien lit et commente Genèse 27–28 : Rébecca et Jacob dérobent par ruse la bénédiction d’Isaac destinée à Ésaü, provoquant la colère de l’aîné et la fuite de Jacob vers Harân. En chemin, Jacob fait le songe de l’échelle céleste à Béthel, où Dieu lui renouvelle la promesse faite à Abraham. Le commentaire explore la moralité ambiguë des ruses de Rébecca et Jacob, et comment Dieu accomplit ses desseins même à travers des moyens imparfaits.
Introduction
Notre secours est dans le nom du Seigneur, qui a fait le ciel et la terre.
Alors, comment ça se passe votre lecture de la Bible ? Il y a peut-être commencé déjà à y avoir un ou deux premiers soupirs sur le fait que ça demande aussi une petite discipline. Pour ceux qui parmi vous sont déjà en train de dire « mais où est-ce que ça va mener toute cette affaire », ne vous posez pas de questions pour le moment. Tant qu’on n’a pas encore fait un mois, c’est difficile de savoir exactement ce que ça veut dire tout ça. Donc c’est pas le moment de se poser des questions, on en est encore dans l’introduction, l’échauffement, ben voilà quoi, les muscles sont endoloris, ben c’est pas grave, la vie est belle, on y va.
On continue notre histoire de Jacob, chapitres 27–28 aujourd’hui, et puis ensuite on ira cet après-midi sur Job, Job qui, je le redis, est un des livres les plus sous-cotés de la Bible.
Lecture : Genèse 27–28
Isaac était devenu vieux, ses yeux avaient faibli, et il ne voyait plus. Il appela Ésaü, son fils aîné : « Mon fils. » Celui-ci répondit : « Me voici. »
Isaac reprit : « Tu vois, je suis devenu vieux, mais je ne sais pas le jour de ma mort. Prends donc maintenant tes armes, ton carquois et ton arc, sors dans la campagne et tue-moi du gibier. Prépare-moi un bon plat comme je les aime, et apporte-le-moi pour que je mange et que je te bénisse avant de mourir. »
Pendant qu’Isaac parlait ainsi à son fils Ésaü, Rébecca écoutait. Ésaü alla donc dans la campagne chasser du gibier pour son père.
Alors Rébecca dit à son fils Jacob : « Voici que j’ai entendu ton père parler à ton frère Ésaü. Il lui disait : “Apporte-moi du gibier et prépare-moi un bon plat pour que je mange et que je te bénisse devant le Seigneur avant de mourir.” Maintenant, mon fils, écoute bien ce que je t’ordonne. Va dans le troupeau de petit bétail et ramène-moi deux beaux chevreaux. Je préparerai pour ton père un bon plat comme il les aime, et tu le lui apporteras à manger, alors il pourra te bénir avant de mourir. »
Jacob répondit à sa mère Rébecca : « Mais mon frère Ésaü est un homme velu, tandis que ma peau est lisse. Si jamais mon père me palpe, il croira que je me suis moqué de lui et j’attirerai sur moi la malédiction au lieu de la bénédiction. »
Et sa mère lui répliqua : « Qu’elle vienne sur moi ta malédiction, mon fils. Écoute seulement ce que je te dis, et va me chercher les chevreaux. »
Il alla donc les chercher et les apporta à sa mère. Et celle-ci prépara un bon plat, comme son père les aimait. Rébecca prit les meilleurs habits d’Ésaü, son fils aîné, ceux qu’elle gardait à la maison, et elle en revêtit Jacob, son fils cadet. Puis, avec des peaux de chevreaux, elle lui couvrit les mains et la partie lisse du cou. Elle remit ensuite entre ses mains le plat et le pain qu’elle avait préparés.
Jacob entra chez son père et dit : « Mon père. » Celui-ci répondit : « Me voici. Qui es-tu, mon fils ? » Jacob dit à son père : « Je suis Ésaü, ton premier-né. J’ai fait ce que tu m’as dit. Viens donc t’asseoir, mange de mon gibier, alors tu pourras me bénir. » Isaac lui dit : « Comme tu as trouvé vite, mon fils ! » Jacob répondit : « C’est que le Seigneur, ton Dieu, a favorisé ma chasse. »
Isaac lui dit : « Approche donc, mon fils, que je te palpe, pour savoir si tu es bien mon fils Ésaü. » Jacob s’approcha de son père Isaac. Celui-ci le palpa et dit : « La voix est la voix de Jacob, mais les mains sont les mains d’Ésaü. » Il ne reconnut pas Jacob car ses mains étaient velues comme celles de son frère Ésaü, et il le bénit. Il dit encore : « C’est bien toi, mon fils Ésaü ? » Jacob répondit : « C’est bien moi. »
Isaac reprit : « Apporte-moi le gibier, mon fils, j’en mangerai, et alors je pourrai te bénir. » Jacob le servit et il mangea. Jacob lui présenta du vin et il but.
Son père Isaac dit alors : « Approche-toi et embrasse-moi, mon fils. » Comme Jacob s’approchait et l’embrassait, Isaac respira l’odeur de ses vêtements et il le bénit en disant : « Voici que l’odeur de mon fils est comme l’odeur d’un champ que le Seigneur a béni. Que Dieu te donne la rosée du ciel et une terre fertile, froment et vin nouveau en abondance. Que des peuples te servent, que des nations se prosternent devant toi. Sois un chef pour tes frères, que les fils de ta mère se prosternent devant toi. Maudit soit qui te maudira, béni soit celui qui te bénira. »
À peine Isaac avait-il fini de bénir Jacob, et Jacob avait-il quitté son père, que son frère Ésaü revint de la chasse. Lui aussi prépara un bon plat et l’apporta à son père en disant : « Que mon père se lève et mange du gibier de son fils, alors tu pourras me bénir. » Isaac lui demanda : « Qui es-tu ? » Il répondit : « Je suis Ésaü, ton fils premier-né. »
Isaac se mit alors à trembler violemment et dit : « Qui est donc celui qui a été à la chasse et m’a rapporté du gibier ? J’ai mangé de tout avant que tu n’arrives. Celui-là, je l’ai béni, et béni il restera. »
Dès qu’Ésaü entendit les paroles de son père, il poussa un très grand cri, plein d’amertume. Il dit à son père : « Ô mon père, bénis-moi aussi ! » Isaac répondit : « Ton frère est venu par ruse et il a volé ta bénédiction. »
Ésaü reprit : « Est-ce parce qu’on lui a donné le nom de Jacob, c’est-à-dire le trompeur, que par deux fois celui-ci m’a trompé ? Il a volé mon droit d’aînesse, et voici que maintenant il a volé ma bénédiction. Ne m’as-tu pas réservé une bénédiction ? »
Isaac répondit à Ésaü : « Voici que j’ai fait de lui ton chef. Je lui ai donné tous ses frères pour serviteurs. Je l’ai pourvu de froment et de vin nouveau. Que puis-je faire encore pour toi, mon fils ? »
Ésaü répondit à son père : « N’as-tu donc qu’une seule bénédiction, mon père ? Ô mon père, bénis-moi aussi ! » Puis Ésaü éleva la voix et pleura.
Alors Isaac reprit la parole et dit : « Loin des terres fertiles sera ta demeure, loin de la rosée qui tombe du ciel. Tu vivras grâce à ton épée et tu serviras ton frère. Mais à force de vagabonder, tu ôteras son joug de ton cou. »
Ésaü se mit à considérer Jacob comme son ennemi à cause de la bénédiction qu’il avait reçue de son père. Il se disait en lui-même : « Le moment du deuil de mon père approche. Alors je tuerai mon frère Jacob. »
On rapporta à Rébecca les paroles d’Ésaü, son fils aîné. Et elle fit appeler Jacob, son fils cadet. Elle lui dit : « Voici que ton frère Ésaü veut se venger de toi en te tuant. Maintenant, mon fils, écoute-moi bien. Lève-toi et fuis à Harân chez mon frère Laban. Tu habiteras avec lui quelque temps jusqu’à ce que la fureur de ton frère se détourne de toi. Oui, que sa colère se détourne de toi et qu’il oublie ce que tu lui as fait. Alors j’enverrai quelqu’un te chercher là-bas. Pourquoi serais-je privée de mes deux enfants le même jour ? »
Rébecca dit : « Je suis dégoûtée de la vie à cause des filles des Hittites, les femmes d’Ésaü. Si Jacob devait épouser une fille comme celles-là, une fille de ce pays, à quoi bon vivre encore ? »
Isaac appela Jacob, le bénit et lui donna cet ordre : « Tu n’épouseras pas une fille de Canaan. Lève-toi, va dans la région de Paddân-Aram, à la maison de Bétuel, le père de ta mère, et là, tu prendras pour femme l’une des filles de Laban, le frère de ta mère. Que le Dieu puissant te bénisse, qu’il te fasse fructifier et te multiplie, et que tu deviennes ainsi une assemblée de peuples. Qu’il te donne la bénédiction d’Abraham, à toi et à ta descendance, pour que tu possèdes la terre où tu es venu en immigré, la terre que Dieu a donnée à Abraham. »
Ainsi, Isaac envoya Jacob, et celui-ci partit pour la région de Paddân-Aram, chez Laban, fils de Bétuel l’Araméen, frère de Rébecca, mère de Jacob et d’Ésaü.
Ésaü vit qu’Isaac avait béni Jacob et l’avait envoyé en Paddân-Aram pour y prendre femme. En le bénissant, il lui avait donné cet ordre : « Tu n’épouseras pas une fille de Canaan. » Jacob avait obéi à son père et à sa mère, il était parti en Paddân-Aram. Ésaü comprit alors que les filles de Canaan ne valaient rien aux yeux de son père Isaac, et il alla trouver Ismaël. En plus de ses femmes, il épousa Mahalat, fille d’Ismaël, fils d’Abraham. Mahalat était la sœur de Nebayot.
Jacob partit de Beer-Shéba et se dirigea vers Harân. Il atteignit le lieu où il allait passer la nuit, car le soleil s’était couché. Il y prit une pierre pour la mettre sous sa tête et dormit en ce lieu.
Il eut un songe. Voici qu’une échelle était dressée sur la terre, son sommet touchait le ciel, et des anges de Dieu montaient et descendaient.
Le Seigneur se tenait près de lui. Il dit : « Je suis le Seigneur, le Dieu d’Abraham ton père, le Dieu d’Isaac. La terre sur laquelle tu es couché, je te la donne, à toi et à tes descendants. Tes descendants seront nombreux comme la poussière du sol. Vous vous répandrez à l’Orient et à l’Occident, au Nord et au Midi. En toi et en ta descendance seront bénies toutes les familles de la terre. Voici que je suis avec toi. Je te garderai partout où tu iras et je te ramènerai sur cette terre, car je ne t’abandonnerai pas avant d’avoir accompli ce que je t’ai dit. »
Jacob sortit de son sommeil et déclara : « En vérité, le Seigneur est en ce lieu, et moi, je ne le savais pas. » Il fut saisi de crainte et il dit : « Que ce lieu est redoutable ! C’est vraiment la maison de Dieu, la porte du ciel ! »
Jacob se leva de bon matin, il prit la pierre qu’il avait mise sous sa tête, il la dressa pour en faire une stèle, et sur le sommet, il versa de l’huile. Jacob donna le nom de Béthel, c’est-à-dire « maison de Dieu », à ce lieu qui auparavant s’appelait Luz.
Alors Jacob prononça ce vœu : « Si Dieu est avec moi, s’il me garde sur le chemin où je marche, s’il me donne du pain pour manger et des vêtements pour me couvrir, et si je reviens sain et sauf à la maison de mon père, le Seigneur sera mon Dieu. Cette pierre dont j’ai fait une stèle sera la maison de Dieu. De tout ce que tu me donneras, je prélèverai la dîme pour toi. »
Commentaire
Ma petite Bible en note de bas de page dit, et elle a raison : « Ruses, astuces, mensonges de Jacob et de Rébecca ne reçoivent ni jugement ni condamnation morale, bien que l’on sente pourtant ce qu’une telle conduite a de répréhensible. » Tu m’étonnes ! Tout le monde qui trompe tout le monde, le frère qui trompe le frère, la femme qui trompe le mari. Alors, ruses, astuces, mensonges, qui ne reçoivent ni condamnation… c’est plus compliqué que ça, la vie.
Revenons un instant sur cette histoire de droit d’aînesse qu’Ésaü-Édom vend et refuse. On pourrait se dire que Jacob est un peu roublard à tirer de son frère une bénédiction qui ne lui était pas due. Mais on peut se dire aussi que pour Ésaü, ce droit d’aînesse, ça ne valait pas grand-chose, en fait. Vous savez que dans la vie, les choses de valeur, on ne les laisse pas à ceux qui n’en ont rien à faire.
Enfin, le droit d’aînesse, ce n’est pas rien, je vous rappelle. Ça veut dire protéger son peuple. Spiderman disait qu’avec un grand pouvoir viennent de grandes responsabilités. Donc on ne laisse pas ça à n’importe qui, ça fait des drames.
Donc Jacob apparaît comme roublard, oui. Piloté par sa mère, oui. Mais en attendant, c’est à lui que Dieu donne raison. Et heureusement.
Rébecca qui joue sur la vieillesse et la cécité d’Isaac, laquelle cécité est un symbole de sa cécité spirituelle. Ce n’est pas très classe, on est d’accord. Mais en attendant, Isaac ne comprend rien à ce qui se passe. C’est dramatique. Donc on est content que Rébecca ait pris les choses en main.
Alors, est-ce qu’elle s’y est prise de la bonne manière ? Bah écoutez, faites mieux. Et nous, dans la vie courante, tout le monde voit bien que si on ne trouve pas mille et une astuces pour essayer de mettre un peu d’huile dans le moteur, si jamais ça nous permet d’éviter des drames, évidemment, c’est ce qu’on fait. Alors, on fait ce qu’on peut. Parfois, c’est classe. Parfois, ce n’est pas très classe. Mais il y a une forme de naïveté devant la vie qui peut faire encore plus de dégâts.
Jésus a dit — alors, OK, c’est à propos de l’apostolat, mais quand même — « Soyez candides comme des colombes et rusés comme des serpents. » Et Rébecca, pour le coup, apparaît comme étant plutôt respectueuse du rôle et de l’importance d’Isaac, source de bénédiction et pater familias de la famille. Son rôle n’est pas remis en cause. Et la ruse de Rébecca, c’est aussi ce qui permet à Isaac d’accomplir son rôle. Ah, elle a bien fait.
Et Jacob aussi. Mais Jacob, il y a peut-être un petit côté un peu plus roublard quand même. Il est bien content que ça se passe comme ça, même s’il en avait un peu peur, et qu’il se cache dans les jupes de sa mère.
En exercice à la maison : pour ceux qui veulent creuser le songe à Béthel avec ses anges qui montent et qui descendent, vous regarderez ce que ça devient dans le Nouveau Testament avec l’histoire de Nathanaël dans l’Évangile selon saint Jean.
En attendant, nous passons à notre transition poétique.
Proverbes 3, 27-30
Ne refuse pas un bienfait à qui tu le dois, quand ce geste est à ta portée. Ne dis pas à ton prochain : « Va-t’en, tu reviendras, je donnerai demain », alors que tu as de quoi. Ne travaille pas au malheur de ton prochain, alors qu’il vit sans méfiance auprès de toi. Ne cherche pas de vaines querelles à qui ne t’a pas fait de mal.
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