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Résumé : Dans ce quinzième épisode, le frère Paul-Adrien commente Genèse 31, où Jacob, exploité par Laban pendant vingt ans, décide de fuir avec sa famille vers le pays de Canaan. Le commentaire met en lumière la transformation de Jacob, passé de fugitif roublard à homme de vertu, modèle de celui qui sait naviguer dans une situation abusive avec générosité et dignité, avant de savoir dire « stop ».

Introduction

Notre secours est dans le nom du Seigneur, qui a fait le ciel et la terre. Aujourd’hui, jour 15.

Alors, j’en profite, avant qu’on y aille. Petit appel, si jamais vous aimez ce podcast, on vous le… On est… Ah, comment je… Ah, voilà que je m’embrouille. Bref, on va la jouer simple. Il est gratuit, mais soyez sympas, aidez-nous à payer les patates. Faut bien qu’on vive aussi, donc on vous met en lien tout ce que vous pouvez. Allez, à votre bon cœur. L’ouvrier mérite son salaire, a dit Jésus. Aidez-moi à payer les équipes. J’en dis pas plus.

Lecture : Genèse 31

Jacob entendit parler les fils de Laban, qui disaient : « Jacob a pris tout ce qui appartenait à notre père. C’est à partir des biens de notre père qu’il a bâti toute sa fortune. »

Jacob observa le visage de Laban et constata qu’il ne se comportait plus vis-à-vis de lui comme auparavant.

Le Seigneur dit à Jacob : « Retourne au pays de tes pères, dans ta parenté, je serai avec toi. »

Jacob fit appeler Rachel et Léa pour qu’elles le rejoignent dans le champ où ils se trouvaient avec le bétail. Et il leur dit : « J’ai vu sur le visage de votre père qu’il ne se comportait plus avec moi comme auparavant. Mais le Dieu de mon père a été avec moi. Vous, vous le savez bien. J’ai servi votre père de toutes mes forces et votre père s’est joué de moi. Il a changé dix fois mon salaire, mais Dieu ne lui a pas permis de me faire du mal. Ainsi, quand il disait : “Tu auras pour salaire les bêtes tachetées”, toutes les brebis mettaient bas des tachetées. Et quand il disait : “Tu auras pour salaire les rayées”, toutes les brebis mettaient bas des rayées. C’est ainsi que Dieu a enlevé son troupeau à votre père et me l’a donné.

Au temps où les brebis entraient en chaleur, je levai les yeux et je vis en songe des béliers qui s’accouplaient aux brebis. Tous rayés, tachetés, tavelés ! Et l’ange de Dieu me dit en songe : “Jacob !” Je répondis : “Me voici !” Il reprit : “Lève donc les yeux et regarde les béliers qui s’accouplent aux brebis, tous rayés, tachetés, tavelés. C’est parce que j’ai vu tout ce que t’a fait subir Laban ! Je suis le Dieu de Béthel, là où tu as fait l’onction sur une stèle et où tu t’es engagé envers moi par un vœu. Maintenant, lève-toi. Quitte ce pays. Retourne dans le pays de ta parenté.” »

Rachel et Léa lui firent cette réponse : « Avons-nous encore une part, un héritage dans la maison de notre père ? Ne nous a-t-il pas traitées comme des étrangères, puisqu’il nous a vendues et qu’il a bel et bien mangé notre argent ? Maintenant, puisque toutes les richesses que Dieu a enlevées à notre père sont à nous et à nos fils, fais donc tout ce que Dieu t’a dit. »

Alors Jacob se leva et fit monter ses fils et ses femmes sur les chameaux. Il emmena aussi tous ses troupeaux et tous les biens qu’il avait acquis, le troupeau qu’il avait acquis en Paddân-Aram, pour retourner chez son père Isaac au pays de Canaan.

Tandis que Laban était allé tondre son petit bétail, Rachel déroba les idoles domestiques qui appartenaient à son père, et Jacob se déroba à la vigilance de Laban l’Araméen en s’enfuyant sans le prévenir. Il s’enfuit donc avec tout ce qu’il possédait. Il se leva, traversa l’Euphrate et se dirigea vers la montagne de Galaad.

Le troisième jour, on avertit Laban de la fuite de Jacob. Laban prit avec lui ses frères et poursuivit Jacob pendant sept jours de marche. Il le rejoignit à la montagne de Galaad.

Pendant la nuit, Dieu vint trouver Laban l’Araméen dans un songe et lui dit : « Garde-toi de dire le moindre mot à Jacob, en bien ou en mal. »

Laban rattrapa Jacob qui avait planté sa tente dans la montagne. Laban et ses frères plantèrent la leur dans la montagne de Galaad.

Laban dit à Jacob : « Qu’as-tu fait ? Tu t’es dérobé à ma vigilance ? Tu as emmené mes filles comme des captives de guerre. Pourquoi t’es-tu caché pour fuir ? Tu m’as volé, tu ne m’as pas prévenu. Je t’aurais laissé partir dans la joie et les chants, au son du tambourin et de la cithare. Mais tu ne m’as pas laissé embrasser mes fils et mes filles. Tu te comportes vraiment comme un fou. J’ai entre les mains le pouvoir de vous faire du mal. Mais hier soir, le Dieu de votre père m’a adressé cette parole : “Garde-toi de dire le moindre mot à Jacob, en bien ou en mal.” Maintenant, si tu es parti car tu désirais ardemment retrouver la maison de ton père, pourquoi as-tu dérobé mes dieux ? »

Jacob répondit à Laban : « C’est que j’ai eu peur. Je me disais que tu voudrais peut-être me reprendre de force tes filles. Quant à celui chez qui tu trouveras tes dieux, il perdra la vie. Devant nos frères, inspecte mes affaires et reprends ce qui est à toi. »

Jacob, en effet, ne savait pas que Rachel avait dérobé les idoles domestiques.

Laban entra dans la tente de Jacob, la tente de Léa et celle des deux servantes. Il ne trouva rien. Il sortit de la tente de Léa et entra dans la tente de Rachel. Or, Rachel avait pris les idoles, les avait mises dans le bât du chameau, et s’était assise dessus. Laban fouilla toute la tente, mais ne trouva rien.

Rachel dit à son père : « Que les yeux de mon seigneur ne s’enflamment pas de colère. En effet, je ne peux pas me lever devant toi, car j’ai ce qui arrive aux femmes. » Il chercha partout, mais ne trouva pas les idoles.

Jacob s’enflamma de colère et prit Laban à partie. Il s’écria : « Quel crime ai-je fait ? Quelle faute ai-je commis pour que tu t’acharnes contre moi ? Tu as fouillé toutes mes affaires. As-tu trouvé un seul objet qui provienne de ta maison ? Expose-le ici même, devant mes frères et tes frères, et qu’ils nous départagent. Voici vingt ans que je suis avec toi. Tes brebis et tes chèvres n’ont pas avorté. Les béliers de ton troupeau, je ne les ai pas mangés. La bête déchirée, je ne te la rapportais pas. C’est moi qui en subissais le dommage. Et la bête volée, le jour ou la nuit, tu me l’as réclamée. J’étais là le jour, quand la chaleur me dévorait, et la nuit, quand le froid me glaçait, le sommeil me fuyait. Voici vingt ans que je suis dans ta maison. Je t’ai servi quatorze ans pour tes deux filles, six ans pour ton troupeau, et dix fois tu as changé mon salaire. Si le Dieu de mon père, le Dieu d’Abraham, l’Effroi d’Isaac, n’avait pas été avec moi, tu m’aurais maintenant renvoyé les mains vides. Mais Dieu a vu ma misère et la fatigue de mes mains. Hier soir, il s’est prononcé. »

Laban répondit : « Ces filles, ce sont mes filles. Ces fils, mes fils. Ces troupeaux, mes troupeaux. Tout ce que tu vois, c’est à moi. Que ne ferai-je aujourd’hui pour mes filles et pour les fils qu’elles ont enfantés ? Maintenant donc, allons, concluons une alliance, moi et toi, et qu’il y ait un témoin entre moi et toi. »

Jacob prit une pierre et l’érigea en stèle. Puis il dit à ses frères : « Ramassez des pierres. » Ils prirent des pierres et en firent un monticule. Ils mangèrent là, sur le monticule. Laban l’appela Yegar-Sahadouta et Jacob l’appela Galaad.

Laban déclara : « Ce monticule est aujourd’hui témoin entre moi et toi. » C’est pourquoi on l’appelait Galaad. On l’appelle aussi Mitspa, c’est-à-dire poste de guet, car Laban avait ajouté : « Que le Seigneur fasse le guet entre moi et toi quand nous serons hors de vue l’un de l’autre. Si tu humilies mes filles, si tu prends des femmes en plus de mes filles, ce ne sera pas un homme comme nous, mais bien Dieu lui-même qui sera témoin entre moi et toi. »

Laban déclara encore à Jacob : « Voici ce monticule et voici la stèle que j’ai élevée entre moi et toi. Témoin sera ce monticule et témoin la stèle. Je ne passerai pas de ton côté au-delà de ce monticule. Tu ne passeras pas de mon côté au-delà de ce monticule et de la stèle avec de mauvaises intentions. Au Dieu d’Abraham et au Dieu de Nahor, le Dieu de leur père, de juger entre nous. »

Alors Jacob prêta serment par l’Effroi d’Isaac, son père, puis Jacob offrit un sacrifice sur la montagne et invita ses frères à manger le pain. Ils mangèrent le pain et passèrent la nuit sur la montagne.

Commentaire

Une des joies quand on est parent, je me dis, c’est de voir ses enfants évoluer, prendre leur essor et leur responsabilité. Ben là, c’est la joie que vous donne cette lecture. Vous pourrez mettre les deux en parallèle. Petit à petit, sous nos yeux, Jacob se transforme. Il passe de fugitif à jeune amoureux, de jeune amoureux à mari, et de mari à père de famille responsable. Il s’en sortait déjà pas si mal comme mari, parce qu’avec la compétition entre Léa et Rachel, on voit qu’en fait, il n’a pas trop pris part, et que c’est plutôt à son crédit. On le voit là, maintenant, penser au cheptel pour subvenir aux besoins de sa famille et prendre son indépendance. Et tout cela, ben, c’est pas mal, hein ? On commence à sentir une autre stature chez cet homme.

Quelques remarques, maintenant, de détail sur le texte pour essayer de creuser cette compétition entre les deux. On voit maintenant Laban et Jacob : à roublard, roublard et demi, et qui peut-être mettront en avant ce que je venais de vous dire, comment Jacob évolue, parce que vous allez vous apercevoir qu’il est en fait beaucoup plus classe que ce qu’il n’y paraît.

Par exemple, d’après les règles en usage à Nuzi, Jacob devrait être l’héritier de Laban, puisqu’il lui a donné ses filles et que l’héritage passera par là. Mais le chapitre 31, verset 1, prend une autre tournure. Jacob entendit les propos des fils de Laban qui disaient : « Jacob a pris tout ce qui appartenait à notre père, et c’est grâce aux biens de notre père qu’il s’est constitué cette richesse. » Probablement que Laban a eu des fils biologiques à qui il voudrait donner son héritage, sauf que les lois de l’époque, normalement, voudraient que ça passe à Jacob. Et Jacob, qui avait volé le droit d’aînesse à Ésaü, ici ne revendique pas son droit d’héritage. Il pourrait faire valoir ses droits. Il préfère demander ce qui lui est dû et partir pour laisser la place libre. Grand seigneur !

D’autant plus que, normalement, un contrat entre un berger et celui qui l’emploie, c’est aux alentours de 10-20 % de ce que donnent les bêtes. Jacob, en se contentant de celles qui sont tachetées, normalement, accepte un pourcentage beaucoup moindre. Et même là, Laban ne le paye pas et retire les troupeaux pour qu’il ne puisse pas vivre. Là encore, une certaine forme de générosité et de magnanimité de Jacob envers son beau-père, dont il perçoit toute la mesquinerie, mais qu’il accepte. Parce que ça reste la famille et qu’il reste le père de ses femmes.

Alors oui, il fait de la magie pour arriver à survivre, mais le fond de l’affaire, c’est plutôt la générosité et simplement, comme il est en train de se faire avoir dans les grandes règles de l’art, on essaye de limiter la casse.

Autre chose aussi, quand Rachel et Léa — Rachel et Léa qui sont d’habitude ennemies l’une envers l’autre — là, se retrouvent d’un commun accord pour critiquer leur père et qui disent : « Avons-nous encore une part et un héritage dans la maison de notre père ? Ne nous a-t-il pas vendues pour des étrangères ? Puisqu’il nous a vendues et qu’il a bel et bien mangé notre argent. » Eh ben oui, de fait, normalement, toujours d’après les coutumes locales, Laban aurait dû garder le revenu des quatorze ans de service de Jacob pour en donner une part à ses filles, ce qu’il n’a pas fait. Et donc, du point de vue strictement commercial, il n’a pas agi comme un père de famille, il a agi comme un homme d’affaires qui a vendu ses filles quasiment en esclavage, si vous reprenez la manière dont ils se sont comportés d’après les coutumes locales. Aux yeux de leur père, elles ont été traitées comme des esclaves, comme du bétail. Il a mangé leur argent en jouissant de l’usufruit de leur dotation.

Bon, alors une fois qu’on a dit ça, maintenant, ça nous ramène à nous-mêmes puisque, à travers l’histoire des patriarches, c’est toujours de nous dont il est question. Et que des situations abusives, ben, on en a tous connu, et si vous n’en connaissez pas, je suis désolé de vous le dire, un jour ça vous arrivera.

Ce qu’il y a de très beau dans l’attitude de Jacob, c’est qu’il n’est pas dupe, il n’est pas dupe, il essaye comme il peut de limiter la casse parce qu’il faut bien vivre, et il essaye de sauver les apparences de son beau-père qui reste quand même le père de sa femme. Donc vous voyez comment est-ce qu’il y a un équilibre délicat entre subvenir aux besoins de sa famille, mettre son ego de côté, accepter de se faire gentiment exploiter, et puis à un moment donné taper du poing sur la table en disant : je suis désolé mais là c’est plus possible. C’est toute une des difficultés de notre vie. C’est qu’entre avaler des couleuvres et puis s’enfoncer dans un système abusif, il y a une différence, et qu’il faut arriver à s’en sortir.

Et vous voyez comment est-ce que Jacob, qui était pris dans le filet de Laban — il était vraiment pris au piège — arrive peu à peu à s’en sortir. Et il arrive à s’en sortir sans détruire la famille, sans s’énerver outre mesure et en gardant sa vertu par-devers lui, une certaine forme de générosité. Et à un moment donné il explose, il n’en peut plus et il dit voilà quoi, il faut arrêter. C’est ce très beau passage : « Je suis chez toi, tes brebis et tes chèvres n’ont pas avorté, je n’ai pas mangé le bélier de ton troupeau, les bêtes déchirées, je ne te les rapportais pas, j’en subissais le dommage… » Jacob qui explose.

Et donc des gens comme Laban, ça existe, qui à force d’abuser deviennent des manipulateurs. C’est très difficile d’arriver à réagir correctement. Donc là vous voyez, Jacob en fait devient un modèle de vertu. Qui l’eût cru, lui qui était quelqu’un de roublard et de peureux.

Nous terminons par une transition poétique comme à notre accoutumée.

Proverbes 4, 1-9

Fils, écoutez les leçons d’un père, soyez attentifs et vous connaîtrez l’intelligence. Oui, c’est une valeur sûre que je vous transmets. Ne négligez pas mon enseignement.

Moi aussi j’étais un fils pour mon père, enfant chéri, unique aux yeux de ma mère. Voilà comment il m’instruisait : « Que ton cœur reçoive mes paroles, garde mes préceptes et tu vivras.

Acquiers la sagesse, acquiers l’intelligence. N’oublie pas, ne te détourne pas de ce que dit ma bouche. La sagesse, ne l’abandonne pas, elle te gardera. Aime-la, elle veillera sur toi.

Ainsi commence la sagesse : elle s’acquiert. Cède tout ce que tu as pour acquérir l’intelligence. Ouvre-lui la voie, elle t’élèvera. Aime-la, elle fera ta gloire. Elle posera sur ta tête un diadème de grâces. Elle te couronnera de splendeur. »


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