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Résumé : Dans cet épisode, le frère Paul-Adrien commente Job 18-19 : le discours cruel de Bildad, qui décrit méthodiquement le sort funeste réservé au méchant en visant Job, puis la réponse bouleversante de Job qui, abandonné de tous — amis, famille, serviteurs —, lance un cri de foi inattendu : « Je sais, moi, que mon Rédempteur est vivant. » Le commentaire montre comment la parole de Job passe insensiblement de la plainte à la révolte, de la révolte à la demande de justice, et de la demande de justice à l’espérance.

Introduction

Job, chapitres 18 et 19, et cette fois-ci nous aurons le discours du deuxième ami, Bildad, chapitre 18, avant d’avoir la réponse de Job, chapitre 19. Souvenez-vous de Bildad dont on avait dit que c’était le logicien, celui qui a accordé beaucoup d’importance aux lois et à la rigueur. Et vous allez voir comment, dans la plainte qu’il adresse à Job, il va utiliser la rigueur pour aller jusqu’au bout d’une certaine forme de cruauté en décrivant la mort qui attend Job.

La mort est de plus en plus présente dans le dialogue. Job, lui, de son côté, l’espère, entre guillemets, comme une issue. Il la souhaite parce que ce serait pour lui une délivrance de sa souffrance. Et de l’autre côté, ses amis commencent à lui présenter la mort comme l’issue fatale qu’il va rencontrer en s’enfonçant dans son impiété.

J’attire votre attention sur le début du discours de Bildad que vous allez entendre là tout de suite. Après, peut-être que vous l’oublierez au fur et à mesure de la lecture. Vous ferez attention à comment Bildad introduit sa plainte, non pas en s’adressant à Job, comme c’était pourtant l’habitude de tout le monde, mais en s’adressant à ses amis. « Quand donc mettrez-vous un terme au discours ? Réfléchissez, ensuite nous parlerons. » Comme si Bildad commençait à se douter que ça tournait en rond et que eux trois n’arrivaient à rien. D’où cette interpellation à ses amis.

On sent Bildad piqué à vif. En fait, on sent Bildad vexé. « Pourquoi passerions-nous pour des bêtes et serions-nous stupides à vos yeux ? » Ça, c’est Bildad qui, visiblement, n’a pas apprécié les allusions précédentes de Job qui comparait ses amis à des fauves. « Et serions-nous stupides à vos yeux ? » C’est-à-dire que les uns après les autres, ils sont en train de se déprécier. Ce qui commence à être en jeu dans le dialogue de Job n’est plus seulement de consoler la plainte de l’homme qui souffre, mais de sauvegarder son propre ego.

Nous passons à la lecture de ce texte.

Lecture : Job 18-19

Quand donc mettrez-vous un terme au discours ? Réfléchissez et ensuite nous parlerons. Pourquoi passerions-nous pour des bêtes et serions-nous stupides à vos yeux ? Ô toi qui te déchires dans ta colère ! À cause de toi la terre sera-t-elle désolée et le rocher changé de place ?

Oui, la lumière du méchant s’éteint. La flamme de son feu ne brille plus. La lumière s’obscurcit dans sa tente. Sa lampe au-dessus de lui s’éteint. Ses pas vigoureux se raccourcissent. Ses intrigues le font trébucher.

Car il se prend les pieds dans le filet. Il marche sur un piège. Un lacet le saisit au talon. Un collet se referme sur lui. Caché dans la terre, une corde l’attend. Et sur le sentier, une trappe.

Autour de lui, des terreurs l’épouvantent et s’accrochent à ses pas. En pleine vigueur, il souffre la faim et le malheur se tient à ses côtés. Il dévore sa peau. Le démon de la mort la dévore par lambeaux. On l’arrache à la sécurité de sa tente. On le conduit vers le roi des terreurs.

Un autre habite sous sa tente qui ne lui appartient plus. Sur sa demeure, on répand du soufre. En bas, ses racines se dessèchent. En haut, ses rameaux se flétrissent. Sa mémoire est effacée de la terre. Il n’a plus de nom dans la contrée. De la lumière, on le pousse dans les ténèbres. Et du monde, on le chasse.

Pas de lignée pour lui, ni de postérité dans son peuple, et point de survivant en son lieu de séjour. Son destin stupéfie ceux de l’Occident et ceux de l’Orient sont saisis d’effroi. Oui, telles sont les demeures du criminel, le lieu de qui ne connaît pas Dieu.

Job prit la parole et dit :

Allez-vous longtemps encore affliger mon âme et m’écraser avec des mots ? Voilà dix fois que vous m’outragez et que sans vergogne, vous me rudoyez. S’il est vrai que j’ai fait un faux pas, mon faux pas ne regarde que moi.

Si vraiment avec moi vous le prenez de haut et me reprochez mon déshonneur, sachez alors que c’est Dieu qui a violé mon droit et qui m’a pris dans son filet.

Si je crie à la violence, pas de réponse. J’ai beau appeler, pas de jugement. Il a barré ma route pour que je ne passe pas et sur mes sentiers, il a mis des ténèbres. De ma gloire, il m’a dépouillé. Il m’a enlevé la couronne de ma tête. Il me ruine de toutes parts et je m’en vais. Il déracine comme un arbre mon espérance.

Enflammé de colère contre moi, il me traite comme ses ennemis. Ensemble arrivent ses troupes. Elles remblaient leur route jusqu’à moi. Elles campent autour de ma tente.

Mes frères, il les a éloignés de moi. Ceux qui me connaissent prennent soin de m’éviter. Mes proches ont disparu. Mes intimes m’ont oublié. Les hôtes de ma maison et mes servantes me considèrent comme un inconnu. À leurs yeux, je suis devenu un étranger. Si j’appelle mon serviteur, il ne répond pas. Je dois le supplier de ma bouche.

Mon haleine répugne à ma femme. Mon souffle à mes propres enfants. Même les garnements ont pour moi du mépris. Si je me lève, ils parlent contre moi. Tous mes confidents m’ont en horreur. Ceux que j’aimais se sont tournés contre moi.

Mes os collent à ma peau et à ma chair. Je n’ai pu sauver que ma peau et mes dents.

Ayez pitié de moi, vous du moins, mes amis, car la main de Dieu m’a frappé. Pourquoi me poursuivre comme Dieu lui-même ? Ne serez-vous jamais rassasiés de ma chair ?

Ah, si seulement on écrivait mes paroles, si on les gravait sur une stèle avec un ciseau de fer et du plomb, si on les sculptait dans le roc pour toujours !

Mais je sais, moi, que mon Rédempteur est vivant, que le Dernier, il se lèvera sur la poussière. Et quand bien même on m’arracherait la peau, de ma chair, je verrai Dieu. Je le verrai, moi, en personne. Et si mes yeux le regardent, il ne sera plus un étranger. Mon cœur défaille au-dedans de moi.

Lorsque vous dites : « Comment le poursuivre et trouver en lui prétexte à procès ? », craignez pour vous-mêmes le glaive, car la colère mérite châtiment par le glaive, et ainsi vous saurez qu’il y a une justice.

Commentaire

Reprenons. Il y a quelque chose de terrible dans le discours que Bildad a adressé à son ami. Verset 5 : « Oui, la lumière du méchant s’éteint, la flamme de son feu ne brille plus. » Qui est ce méchant dont Bildad parle ? Le méchant dont il parle, c’est Job. En fait, il est en train de décrire le sort de Job. Voilà ce qu’il va t’arriver à toi qui es un méchant parce que tu te rebelles contre l’ordre établi. Non seulement en souffrant, mais pire, en n’acceptant pas ta souffrance. Car en n’acceptant pas ta souffrance, tu veux passer pour un innocent alors que ta souffrance prouve aux yeux de tout le monde que tu es forcément coupable. Donc voilà ce qu’il va t’arriver, toi, le méchant.

C’est la double peine qu’il veut pour Job. Non seulement il veut que Job souffre, mais en plus, il veut qu’il accepte de souffrir. Ce qu’on appelle d’ailleurs la résignation et ce qui vous détruit de l’intérieur. Mon Dieu, quelle cruauté.

J’ai même devant moi mes notes de bas de page qui montrent le plan de cette lente description et de cette lente déchéance. D’abord, comment l’impie est pris au piège. Puis ensuite, comment il est victime des terreurs et d’angoisse. Pour enfin se complaire dans la description de la fin tragique de l’impie. Pour terminer, versets 18-21, l’impie voué à la disparition. « Oui, telles sont les demeures du criminel, le lieu de qui ne connaît pas Dieu. » Voilà ce qui attend Job.

Lequel Job ne se laisse pas démonter et prend Bildad au mot. Il se présente d’abord comme un adversaire de Dieu. Adversaire ici au sens de celui qui se tient en face de, contre, ad versus. Il se présente devant Dieu privé de sa réputation : « De ma gloire, il m’a dépouillé. » Il se présente devant Dieu privé de sa richesse et de son bien-être : « Il a enlevé la couronne de ma tête », pour finalement se présenter — c’est tout ce qui lui reste — nu devant Dieu. La nudité, symbole de la vulnérabilité, symbole du péché. Et c’est la seule chose qui lui reste.

C’est là où ça devient tragique, cette phrase : « Mes os collent à ma peau et à ma chair. Je n’ai plus sauvé que ma peau et mes dents. » Plus de gloire, plus d’honneur, plus de réputation, plus d’amis même, même plus de vêtements. Simplement sa peau. Et encore, ce qu’il y a de terrible, c’est que même sa peau n’est pas en paix. « Pourquoi me poursuivre comme Dieu lui-même ? Ne serez-vous jamais rassasiés de ma chair ? »

Mais Job n’a pas encore totalement abandonné la bataille. Malgré tout, ce qu’il garde, c’est le sentiment de sa dignité et de son innocence. Écoutez ce qu’il dit : « Si vraiment avec moi vous le prenez de haut et me reprochez mon déshonneur, sachez alors que c’est Dieu qui a violé mon droit et qui m’a pris dans son filet. » Sous-entendu, c’est là où Job se présente comme l’adversaire de Dieu. Il est en train d’adresser à Dieu une critique très fine. Quel est l’honneur de Dieu dans tout ça ? Qu’est-ce que Dieu a-t-il gagné ? Est-ce que le fait de s’acharner sur un innocent, en fait, ça ne rabaisse pas Dieu ?

Peu importe, en tout cas, face à ses amis, Job se retrouve seul. « Mes frères, il les a éloignés de moi. Ceux qui me connaissent prennent soin de m’éviter. » C’est-à-dire que le dernier lieu où Job espérait un secours et une consolation, ses amis, cela lui fait défaut.

Et c’est là, en fait, où tout va aussi commencer à changer. Parce que vous savez que dans notre vie l’homme est ainsi fait : c’est quand il a fait le tour de tout ce qu’il pouvait avoir comme consolation, quand ça n’a pas marché, que là, il se jette en Dieu. Ce sera la même chose avec Job. N’ayant plus trouvé aucune consolation sur terre, même si Dieu est son adversaire et qu’il y a une sorte de jeu d’amour-haine entre eux, au moins Dieu est resté là. Et à défaut de l’avoir consolé, il ne lui a pas dit des platitudes qui l’ont enfoncé dans son malheur. Donc Job se tourne vers lui.

Bon, ce n’est pas difficile de voir que c’est exactement ce que nous faisons. Quand on se trouve au fond du gouffre, qu’on n’a plus aucun espoir humain ou aucune consolation maternelle qu’on puisse attendre, c’est peut-être là où, en fait, la foi pure, la foi nue peut jaillir.

Et voilà ce que ça donne dans le livre de Job. Confession de foi inattendue et qui arrive comme un cri lancé en face du Dieu vivant : « Mais je sais, moi, que mon Rédempteur est vivant et que le Dernier, il se lèvera de la poussière. De ma chair, je verrai Dieu, quand bien même on m’arracherait la peau. »

Et c’est là où, à force de souffrance, qui commence par défigurer l’image que nous avons en nous de Dieu, elle finit par la purifier. C’est quand même très étonnant. Insensiblement, le discours de Job est passé de la plainte à la révolte, de la révolte à la demande de justice, et de la demande de justice à l’espérance.

Prière

Je vous propose pour la prière maintenant de revenir un tout petit peu plus tôt. Nous venons de Jacob et de Laban, et de confier les Labans que nous connaissons à la miséricorde de Dieu.

Au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit. Amen.

Seigneur, tu connais nos vies. Tu sais que parfois, nous sommes en face de gens, même dans nos familles, qui cherchent à nous exploiter. Nous te demandons, Seigneur, d’être comme des Jacob : fermes, pas naïfs, mais suffisamment délicats pour arriver à la fois à protéger nos familles, tout en restant respectueux des différences. Faire un lien familial qui, à la fois, nous unisse et nous fasse grandir.

Que Dieu, qui est tout-puissant, nous bénisse et nous garde, le Père, le Fils et le Saint-Esprit.


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