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Résumé : Dans cet épisode, le frère Paul-Adrien lit Genèse 32-33 : Jacob, angoissé à l’idée de retrouver son frère Ésaü, adresse à Dieu une prière d’une sincérité bouleversante, puis lutte mystérieusement toute la nuit au gué du Yabok, recevant le nom d’Israël. Le commentaire explore cette prière comme modèle de combat spirituel et l’importance de ne pas lâcher prise devant Dieu. L’épisode se conclut avec Proverbes 4, 10-19.
Introduction
Notre secours est dans le nom du Seigneur, qui a fait le ciel et la terre. Seizième jour, et nous commençons avec Genèse 32-33.
Lecture : Genèse 32-33
Laban se leva de bon matin, embrassa ses fils et ses filles. Il les bénit, puis s’en retourna chez lui.
Jacob se mit en route, et des anges de Dieu vinrent à sa rencontre. À leur vue, Jacob déclara : « C’est le camp de Dieu ! » Et il appela ce lieu Mahanaïm, c’est-à-dire les deux camps.
Jacob envoya des messagers devant lui vers son frère Ésaü, au pays de Séïr, dans la campagne d’Édom. Il leur donna cet ordre : « Vous parlerez ainsi à mon Seigneur, à Ésaü. Ainsi parle ton serviteur Jacob : j’ai séjourné chez Laban comme un immigré, et j’y suis resté jusqu’à présent. Je possède des bœufs et des ânes, du petit bétail, des serviteurs et des servantes. J’en ai fait informer mon Seigneur, afin de trouver grâce à tes yeux. »
Les messagers revinrent vers Jacob et dirent : « Nous avons trouvé ton frère Ésaü. Lui aussi marche à ta rencontre, et avec lui quatre cents hommes. »
Jacob eut très peur, et l’angoisse le saisit. Il partagea en deux camps les gens qui étaient avec lui, le petit et le gros bétail, ainsi que les chameaux. Il se disait : « Si Ésaü attaque un camp et le saccage, l’autre camp pourra en réchapper. »
Jacob dit alors : « Dieu de mon père Abraham ! Dieu de mon père Isaac ! Ô Seigneur, toi qui m’as dit : retourne dans ton pays, dans ta parenté, et je te ferai du bien. Je suis trop petit pour toutes tes faveurs et toute ta fidélité que tu as prodiguées à ton serviteur, car je n’avais que mon bâton quand j’ai traversé ce Jourdain, et maintenant je suis à la tête de deux camps. Délivre-moi donc de la main de mon frère, de la main d’Ésaü, car j’ai peur de lui. J’ai peur qu’il ne vienne me frapper, frapper la mère avec les fils. Or toi, tu m’as dit : je te comblerai de bienfaits, je rendrai ta descendance comme le sable de la mer qu’on ne peut dénombrer tant il y en a. »
Jacob passa la nuit à cet endroit. Puis, sur ce qu’il avait acquis, il préleva un présent pour son frère Ésaü : deux cents chèvres, vingt boucs, deux cents brebis et vingt béliers, trente chamelles laitières avec leurs petits, quarante vaches, dix taureaux, vingt ânesses et dix ânons.
Il confia les bêtes aux mains de ses serviteurs, troupeau par troupeau, et leur dit : « Passez devant moi, et vous laisserez un espace entre chaque troupeau. » Puis il donna cet ordre au premier serviteur : « Quand mon frère Ésaü te rencontrera et te demandera : à qui appartiens-tu, où vas-tu, à qui appartient ce troupeau qui est là devant toi ? Tu répondras : à ton serviteur, à Jacob, c’est un présent qu’il envoie à mon seigneur, à Ésaü. Et le voici lui-même derrière nous. »
Il donna le même ordre au deuxième, puis au troisième, bref, à tous ceux qui marchaient derrière les troupeaux. Il disait : « C’est en ces termes que vous parlerez à Ésaü quand vous le trouverez. Vous direz : voici que ton serviteur Jacob arrive derrière nous. » En effet, Jacob se disait : « Je l’apaiserai avec le présent qui m’aura précédé. Ensuite, je pourrai paraître devant sa face. Peut-être me fera-t-il bon accueil. » Ainsi, le présent précéda Jacob, et lui-même passa la nuit au camp.
Cette nuit-là, Jacob se leva. Il prit ses deux femmes, ses deux servantes, ses onze enfants, et passa le gué du Yabok. Il leur fit passer le torrent, et fit passer aussi ce qui lui appartenait.
Jacob resta seul. Or, quelqu’un lutta avec lui jusqu’au lever de l’aurore. L’homme, voyant qu’il ne pouvait rien contre lui, le frappa au creux de la hanche, et la hanche de Jacob se démit pendant ce combat.
L’homme dit : « Lâche-moi, car l’aurore s’est levée. » Jacob répondit : « Je ne te lâcherai que si tu me bénis. » L’homme demanda : « Quel est ton nom ? » Il répondit : « Jacob. » Il reprit : « Ton nom ne sera plus Jacob, mais Israël, c’est-à-dire Dieu lutte, parce que tu as lutté avec Dieu et avec des hommes, et tu l’as emporté. »
Jacob demanda : « Fais-moi connaître ton nom, je t’en prie. » Mais il répondit : « Pourquoi me demandes-tu mon nom ? » Et là, il le bénit.
Jacob appela ce lieu Penouël, c’est-à-dire face de Dieu, car, disait-il : « J’ai vu Dieu face à face, et j’ai eu la vie sauve. » Au lever du soleil, il passa le torrent à Penouël. Il boitait de la hanche. Et c’est pourquoi, aujourd’hui encore, les fils d’Israël ne mangent pas le muscle qui est au creux de la hanche, car c’est là que Jacob avait été touché.
Jacob leva les yeux. Il vit qu’Ésaü arrivait, et avec lui quatre cents hommes. Il répartit alors les enfants entre Léa, Rachel et les deux servantes. En tête, il mit les servantes et leurs enfants, Léa et ses enfants, et derrière, Rachel et Joseph. Quant à lui, il passa devant eux, et il se prosterna sept fois face contre terre avant d’aborder son frère.
Ésaü courut à sa rencontre, l’étreignit, se jeta à son cou, l’embrassa, et tous deux pleurèrent.
Ésaü leva les yeux, vit les femmes et les enfants, et dit : « Qui sont ceux-là pour toi ? » Jacob répondit : « Ce sont les enfants que Dieu a accordés à ton serviteur. » Alors les servantes s’avancèrent avec leurs enfants et se prosternèrent. Puis s’avança Léa avec ses enfants, et ils se prosternèrent. Enfin s’avancèrent Joseph et Rachel, et ils se prosternèrent.
Ésaü reprit : « Qu’est-ce que toute cette troupe que j’ai rencontrée ? » Jacob répondit : « C’est pour trouver grâce aux yeux de mon Seigneur. » Ésaü dit : « J’ai largement ce qu’il me faut, mon frère. Garde pour toi ce qui est à toi. »
Jacob répondit : « Oh, que non ! Si j’ai trouvé grâce à tes yeux, de ma main tu accepteras mon présent. En effet, j’ai pu paraître devant ta face comme on paraît devant la face de Dieu, et tu t’es montré bienveillant envers moi. Accepte donc le présent que je t’ai apporté, car Dieu m’a fait grâce, et j’ai tout ce qu’il me faut. » Il insista auprès de lui, et celui-ci accepta.
Ésaü dit : « Levons le camp. En route, je marcherai en tête. » Mais Jacob répondit : « Mon Seigneur sait que les enfants sont fragiles, et j’ai à ma charge des brebis et des vaches qui allaitent. Si on presse l’allure un seul jour, tout le petit bétail meurt. Que mon Seigneur passe donc devant son serviteur. Mais moi, je cheminerai tranquillement au pas du convoi qui me précédera et au pas des enfants, jusqu’à ce que j’arrive chez mon Seigneur en Séïr. »
Ésaü dit : « Je vais laisser auprès de toi quelques-uns des gens qui m’accompagnent. » Jacob répondit : « À quoi bon ? Pourvu que je trouve grâce aux yeux de mon Seigneur. »
Ce jour même, Ésaü reprit son chemin vers Séïr. Jacob, lui, partit pour Soukkot, où il se bâtit une maison et fit des huttes pour son troupeau. C’est pourquoi on appela cet endroit Soukkot, c’est-à-dire huttes.
Venant de Paddân-Aram, Jacob arriva sain et sauf à la ville de Sichem, au pays de Canaan, et il campa en face de la ville. Pour cent pièces d’argent, il acheta aux fils de Hamor, père de Sichem, la parcelle de champ où il avait dressé sa tente. Là, il érigea un autel qu’il appela El, Dieu d’Israël.
Commentaire
Jacob poursuit son chemin et des anges de Dieu viennent à sa rencontre. Les anges de Dieu qui nous assistent. Ces petites mentions çà et là dans le récit vous rappellent qu’il s’agit de quelque chose de plus qu’un récit humain. Il y a les armées célestes qui assisteront Jésus pendant son combat sur la terre, qui assisteront, nous dit l’Apocalypse, les élus pour combattre contre le mal. Dans nos combats, les anges de Dieu sont là qui nous aident. Ce que vous rappellera Exode, chapitre 23 : « Voici que moi, j’envoie un ange devant toi pour te protéger en chemin. »
Jacob s’exclame : « C’est le camp de Dieu ! » et il appelle cet endroit Mahanaïm, les deux camps. D’après les rabbins, c’est parce que Jacob était dans une telle situation de détresse qu’il avait besoin de deux camps d’anges, l’un à l’avant, l’autre à l’arrière, car derrière, Jacob est poursuivi par son beau-père et devant, il y a son frère qui vient à sa rencontre. Bref, il est pressé de tous les côtés et la tension monte.
Ésaü a toutes les raisons de l’attaquer et le fait qu’il vienne avec quatre cents hommes est tout sauf un présage de paix. D’abord, il y a cette amertume et cette rancune du droit d’aînesse plus ou moins volé. Ensuite, il y a possiblement la jalousie d’Ésaü envers Jacob parce que Jacob, qui est parti de rien, est maintenant devenu riche. Et puis, Jacob est en chemin, donc vulnérable. Et puis, si jamais il faut l’attaquer, c’est avant que Jacob ne voie Isaac, son père. Donc là, Jacob est dans une position critique.
Alors, regardez cette prière. Parce que, vous savez, des pièges inextricables desquels nous sommes cernés de tous les côtés, quand le malheur va fondre sur nous — ça aussi, comment est-ce que nous prions dans ces cas-là ? La prière de Jacob devient un modèle.
« Dieu de mon grand-père Abraham, Dieu de mon père Isaac, Seigneur, Toi qui m’as dit… » Regardez, Jacob commence par prendre de la hauteur et rappeler qu’il n’est pas seulement question de lui, mais de tout un peuple avec lui, de toute une tradition. « Toi qui m’as dit : retourne dans ton pays, dans ton lieu de naissance et je te ferai du bien. » Ce que Jacob rappelle, c’est qu’il n’est pas parti sur un coup de tête, qu’il a pris le temps de bien mettre les choses en ordre pour obéir à Dieu. Il est là sur son ordre à lui. Ce n’est pas la même chose de prier quand on s’est mis tout seul dans une situation compliquée ou quand on s’y est mis à cause de Dieu.
Jacob continue en disant : « Je ne suis pas digne de toutes les faveurs que tu m’as montrées. » Jacob rappelle son humilité. « Je ne suis pas digne, je suis trop petit. » Ça veut dire que là, ce qu’il demande à Dieu, c’est bien une grâce et une faveur qu’il ne mérite pas.
« Délivre-moi de mon frère Ésaü car j’ai peur. » C’est le moment où c’est l’émotion qui vient prier, et vous voyez que la prière là atteint une forme de sincérité. Et bien souvent, c’est la sincérité qui fait la qualité de notre prière quand elle vient des tripes. Et regardez ce qu’il dit : « J’ai peur qu’il ne vienne et me frappe sans épargner ni la mère, ni les enfants. » Ce dont Jacob a peur, ce n’est pas de se faire frapper. Ce dont il a peur, c’est que la vengeance d’Ésaü soit telle qu’elle ne se cantonne pas à sa personne, Jacob, mais qu’elle finisse par emporter avec elle et la mère et les enfants. Ce qu’il veut, ce n’est pas épargner sa personne. Ce qu’il veut, c’est épargner la mère et les enfants.
Et il continue : « C’est toi-même qui as dit : je te ferai du bien et je rendrai ta descendance pareille au sable de la mer. » Et là, il s’appuie sur la promesse de Dieu. Donc voyez : l’humilité, la sincérité, et en même temps, il a quand même essayé de faire les choses bien. Et c’est comme ça qu’il s’en remet entièrement à Dieu.
Vous savez, c’est facile d’être fier, arrogant, roublard, quand il est question simplement de nous-mêmes. Mais quand on a des responsabilités — et Jacob, c’est ça la grandeur de ce personnage, c’est qu’il est conscient de ses responsabilités — il y a un moment donné où la roublardise ne suffit plus. Et on se retrouve pauvre devant Dieu. Devant Dieu à lui dire : « Sauve-moi », c’est la panique. À la limite, on comprendrait que Dieu n’exauce pas nos prières quand elles ne nous concernent que nous. Mais quand on a charge d’enfant et charge d’âme, vous savez que les prières dans ces cas-là, elles sont beaucoup plus intenses et beaucoup plus angoissées.
Et ça, ça vous donne cette image du combat de Jacob qui reste derrière tout le monde pour combattre — on ne sait pas très bien contre qui. À la fois contre ses propres peurs, contre ses ennemis, contre un homme, contre Dieu. Contre Dieu, une forme mystérieuse. Dieu qui prend une apparence humaine, ce qui nous fait penser à Jésus, mais on n’y est pas encore. En tout cas, il lutte avec lui toute la nuit parce qu’il n’a pas le choix. Il faut qu’il obtienne une réponse à ses prières et la bénédiction.
Il lutte avec lui toute la nuit et c’est ce combat qui fait la grandeur de Jacob. Vous savez qu’en parallèle, on est en train d’écouter Job. Ce qui fait la grandeur de Job, c’est qu’il ne lâche pas non plus le morceau. Dieu aime les combattants. Dieu aime les personnes humbles. Mais il aime aussi les personnes debout qui se battent.
Est-ce que nous, nous concevons nos prières sous ce mode du combat spirituel ? Comme si Dieu était une sorte de catcheur qu’il faut à tout prix mettre par terre pour obtenir de lui la bénédiction. Je vous jure, si jamais nous ne lâchions pas le morceau et que nous nous battions avec Dieu pour qu’au bout de la nuit, il exauce nos prières, elles seraient exaucées. Et bien ça, ça veut dire quelque chose de l’homme.
Et c’est là le titre de gloire de Jacob qui fut le premier homme à se battre dans sa prière contre Dieu pour obtenir de lui les bénédictions. Ce qui lui donne ce nom d’Israël qui va donner naissance à un peuple entier dont nous venons. Israël : qui lutte avec Dieu. Pas forcément contre Dieu. Qui lutte avec Dieu.
En bonus, vous regarderez comment est-ce que Jacob répartit les femmes et les enfants. Je n’en dis pas plus.
Proverbes 4, 10-19
Écoute, mon fils, accueille mes paroles. Les années de ta vie en seront augmentées.
Je te conduis par un chemin de sagesse. Je te fais cheminer par des sentiers de droiture.
Nulle entrave à ta marche. Si tu cours, tu ne trébucheras pas.
Tiens-toi à la discipline, ne te relâche pas. Veille sur elle, elle est ta vie.
La route des méchants, ne t’y engage pas. Ne t’avance pas sur le chemin des malfaiteurs. Évite-le. N’y passe pas. Détourne-toi de lui. Passe au-delà.
Car ils ne dorment pas qu’ils n’aient commis le mal. Le sommeil les fuit tant qu’ils n’auront fait chuter personne. C’est de la méchanceté qu’ils se nourrissent. D’un vin de violence ils s’abreuvent.
La route des justes est lumière d’aurore. Sa clarté s’accroît jusqu’au grand jour.
Le chemin des méchants, c’est la ténèbre. Ils trébuchent sans savoir sur quoi.
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