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Résumé : Dans ce troisième cycle de discours, Éliphaz accuse directement Job de méfaits graves, basculant dans la mauvaise foi pour défendre la justice divine. Job répond en clamant son innocence et développe le thème poignant de l’absence de Dieu : présent par la souffrance qu’il inflige, mais absent parce qu’il refuse de répondre. Le frère Paul-Adrien souligne comment Job commence à s’élever vers la sagesse et la mystique, dépassant peu à peu la condition humaine.

Introduction

Nous entamons le troisième cycle de discours. On prend les mêmes et on recommence. Alors, vous sentez bien quand même que c’est toujours à la fois la même chose et que quand même la profondeur du thème et la manière magistrale dont il est mené… Enfin, je ne sais pas pour vous, mais alors moi, je ne m’en lasse pas. Je veux bien admettre qu’écouter ça jour après jour a probablement quelque chose d’un peu pesant et peut-être d’un peu démoralisant à la fin. Mais encore une fois, qu’est-ce que vous voulez que je vous dise ? C’est notre vie humaine et ce dont il est question dans Job, c’est de nous, c’est de notre mère quand elle devient malade, c’est de nos amis quand ils se font écraser par un camion ou je ne sais pas quoi. Enfin, je viens tout de suite avec des exemples un peu durs.

Mais le mal, l’expérience du mal, je remercie la Bible d’explorer toutes les… comment je pourrais dire ça ? Toutes les réactions que l’on peut avoir et de leur donner cette expression poétique et ce sentiment de grandeur qui s’exprime à travers elle. Même dans la souffrance, il y a quelque chose de la grandeur humaine.

Alors sur ce troisième cycle, que dire ? Le ton va devenir plus exacerbé et au fur et à mesure, vous allez voir comment Job commence à s’échapper de la conversation en ayant des grandes envolées lyriques sur la sagesse. Il est en train de passer à autre chose. Il est en train d’acquérir le statut d’homme de sagesse et de mystique. Il est en train de dépasser la condition humaine. Nous commençons donc avec le chapitre 22, troisième discours d’Éliphaz, suivi du discours de Job, chapitres 23 et 24.

Lecture : Job 22

Éliphaz de Témane prit la parole et dit :

Est-ce à Dieu qu’un homme est utile ? Et non, l’homme avisé n’est utile qu’à lui-même. Qu’importe au Puissant que tu sois juste. Que gagne-t-il si tu améliores ta conduite ? Est-ce à cause de ta piété qu’il te reprend, qu’il vient en jugement avec toi ?

Ta malice n’est-elle pas considérable et tes fautes sans limite ? Car tu prenais indûment des gages à tes frères. Tu dépouillais de leurs vêtements ceux qui étaient démunis. Tu n’abreuvais pas d’eau l’homme altéré et à l’affamé tu refusais le pain. L’homme de poigne s’emparait de la terre et son protégé s’y installait. Tu renvoyais les veuves les mains vides et tu broyais les bras des orphelins.

Et voilà pourquoi des pièges t’environnent et qu’une terreur soudaine t’épouvante. Oui, c’est bien l’obscurité, tu n’y vois plus, et une masse d’eau te recouvre.

Dieu n’est-il pas là-haut dans le ciel ? Regarde la cime des étoiles, comme elles sont élevées. Et tu disais : que peut savoir Dieu ? Peut-il juger derrière la nuée sombre ? Les nuages lui forment un voile et lui cachent la vue. Ils se déplacent sur le pourtour des cieux.

Veux-tu donc suivre la route de jadis que foulèrent les hommes d’iniquité ? Ils furent emportés avant le temps, quand un fleuve submergea leur fondation. Eux qui disaient à Dieu : écarte-toi de nous. Or, que faisait pour eux le Puissant ? Il avait rempli leur maison de bonheur.

Je rejette, moi aussi, les pensées des méchants. Que les justes voient et se réjouissent. Que l’innocent se moque d’eux. Voilà nos adversaires anéantis, un feu a consumé leurs biens.

Allons, accorde-toi avec Dieu et fais la paix, et ainsi te reviendra le bonheur. Accueille de sa bouche l’enseignement et mets ses paroles dans ton cœur. Si tu reviens au Puissant, si tu éloignes de ta tente l’iniquité, tu seras rétabli. Jette à la poussière ton or, aux cailloux du torrent, le métal d’Ophir. Le Puissant sera ton or et pour toi, des monceaux d’argent.

Ainsi tu trouveras tes délices dans le Puissant et vers Dieu tu élèveras ta face. Tu le supplieras, il t’écoutera, et tu accompliras tes offrandes votives. Si tu prends une décision, elle te réussira, et sur tes sentiers brillera la lumière.

Quand Dieu humilie quelqu’un, tu peux lui dire : c’est pour son orgueil. Car celui qui baisse les yeux, Dieu le sauve. Il délivrera même l’homme qui n’est pas innocent. Celui-ci sera délivré par la pureté de tes mains.

Lecture : Job 23–24

Job prit la parole et dit :

Aujourd’hui encore, ma plainte se révolte, quand de la main je retiens mon gémissement. Ah ! qui me donnera de savoir où le trouver et de parvenir jusqu’à sa demeure ? J’organiserai devant lui un procès, ma bouche serait remplie d’arguments. Je saurai en quels termes il me répondrait et je comprendrai ce qu’il me dirait.

Lui faudrait-il une grande force pour débattre avec moi ? Non, il n’aurait qu’à me prêter attention. Là, un homme droit argumenterait avec lui. Pour toujours, je serai quitte envers mon juge.

Mais si je vais à l’Orient, il n’y est pas. À l’Occident, je ne l’aperçois pas. Agit-il au nord ? Je ne l’atteins pas. Se cache-t-il au midi ? Je ne le vois pas.

Lui connaît mon chemin. Qu’il me passe au creuset, j’en sortirai comme l’or. Mon pied s’est attaché à son pas. J’ai suivi son chemin sans dévier. Le précepte de ses lèvres, je ne m’en suis pas écarté. Au-delà de mon devoir, j’ai gardé les paroles de sa bouche.

Lui est immuable. Qui le ferait changer ? Ce qu’il désire, il l’exécute. Et de tels projets, il en a d’innombrables. Voilà pourquoi, devant lui, je suis effrayé. Plus je réfléchis, plus j’ai peur de lui. Dieu a découragé mon cœur. Le Puissant m’a effrayé. Certes, je n’ai pas été anéanti face aux ténèbres, mais, pour autant, il n’a pas épargné à mon visage l’obscurité.

Puisque les occasions favorables ne sont pas cachées au Puissant, pourquoi ses fidèles ne le voient-ils pas intervenir ?

Ils repoussent les bornes. Ils conduisent au pâturage des troupeaux volés. Ils emmènent l’âne des orphelins. Ils prennent en gage le bœuf de la veuve. Ils écartent du chemin les nécessiteux. Les malheureux du pays doivent se terrer ensemble.

Tels les ânes sauvages du désert, ils sortent pour leur ouvrage, en quête de nourriture. Le pain, pour leurs petits, c’est la steppe. Dans les champs, ils coupent du fourrage. Ils grappillent la vigne du méchant.

La nuit, ils la passent nus, faute de vêtements, sans couverture dans le froid. Trempés par les pluies des montagnes, privés d’abri, ils se blottissent contre le rocher.

On arrache l’orphelin du sein de sa mère et on réclame des gages aux pauvres. Ils s’en vont nus, faute de vêtements. Affamés, ils doivent porter les gerbes. Dans les enclos des autres, ils extraient de l’huile. Ils foulent au pressoir alors qu’ils sont assoiffés.

Dans la ville, les gens se lamentent. Les blessés, dans un souffle, appellent à l’aide, mais Dieu ne prête pas attention à la prière.

Quant aux méchants, ils se rebellent contre la lumière. Ils n’en reconnaissent pas les chemins et n’en fréquentent pas les sentiers. Le meurtrier se lève au point du jour. Il assassine le pauvre et l’indigent. Et la nuit, il se fait voleur. L’œil de l’adultère guette le crépuscule. « Personne ne me verra », dit-il, et il se met un masque sur le visage. Un autre, dans l’obscurité, force les maisons. Le jour, ils se tiennent claquemurés. Ils ne connaissent pas la lumière. Car pour eux tous, l’ombre de mort est clair matin, accoutumés qu’ils sont aux terreurs de cette ombre.

Ils sont emportés à la surface des eaux. Leur part est maudite dans le pays. Ils ne prennent plus le chemin des vignes. Comme la chaleur et l’aridité absorbent l’eau des neiges, les morts engloutissent les pécheurs. Le sein maternel les oublie. La vermine fait d’eux ses délices. Personne ne garde leur souvenir. La perfidie est brisée comme un arbre.

Ils maltraitent la femme stérile parce qu’elle ne donne pas d’enfant. Ils ne veillent pas au bien-être de la veuve. Dieu, par sa force, fait durer les puissants. Mais quand ils se dressent pour juger, l’homme n’est plus sûr de vivre. S’il leur accorde la confiance pour appui, il garde pourtant les yeux sur leur conduite. Élevés pour un temps, ils ne sont plus. Rabaissés, ils sont moissonnés comme tous les hommes et se fanent comme la tête d’un épi.

N’en est-il pas ainsi ? Qui me démentira ? Qui réduira mes paroles à néant ?

Commentaire

Quelques mots sur le discours d’Éliphaz, qui commence à s’emballer. D’abord, il nous parle de la grandeur de Dieu, mais dans des termes dont on a du mal à comprendre s’ils sont ceux d’un homme juste ou d’un homme injuste. Alors c’est vrai, on a l’évocation de la transcendance de Dieu, mais cette transcendance de Dieu se fait maintenant comme au prix de la négation de la justice. Comme si Dieu se désintéressait des affaires humaines parce qu’elles n’avaient aucune valeur. Alors c’est vrai qu’entre n’avoir pas beaucoup de valeur et n’avoir aucune valeur, il y a quand même une différence.

Notre bon Éliphaz, qui était le plus conciliant, devient cette fois-ci le plus mauvais puisqu’il accuse directement Job de méfaits qui font froid dans le dos s’ils sont avérés. « Car tu prenais indûment des gages à tes frères. Tu dépouillais de leurs vêtements ceux qui étaient démunis. Tu n’abreuvais pas d’eau l’homme altéré, l’homme de poigne s’emparait de la terre. Tu renvoyais les veuves les mains vides. » Ça y est, là on est dans l’accusation franche, claire, nette et massive. La seule chose où on a du mal à y croire vraiment, c’est que si Job avait vraiment commis tout ce mal, probablement quand même que ce serait venu dès le début du discours. Sortir de telles accusations à la fin des discours, vous ne gardez pas les meilleures cartes quand vous avez déjà perdu la partie. C’était avant qu’il fallait le dire.

Et là vous voyez bien cette fois-ci comment on est passé dans autre chose. Non plus dans la cruauté, non plus dans le manque de sagesse ou de consolation ou dans le manque d’empathie, mais on arrive maintenant dans la mauvaise foi. Et ça, il y a une leçon pour nous. Parce que vouloir sauver l’honneur de Dieu et de la transcendance au prix de la mauvaise foi, encore une fois on comprendra pourquoi ce que Dieu dira : « Vous avez mal parlé de moi. »

En face de cela, Job clame à nouveau son innocence et développe un nouveau thème, celui de l’absence de Dieu. Je veux dire, c’était déjà présent, mais là ça prend des accents poignants. « Mais si je vais à l’Orient, il n’y est pas. À l’Occident, je ne l’aperçois pas. Agit-il au nord, je ne l’atteins pas. Se cache-t-il au midi, je ne le vois pas. Lui, pourtant, est censé connaître mon chemin. Qu’il me passe au creuset, j’en sortirai comme l’or. » Dieu qui est présent parce qu’il fait souffrir Job est quand même absent parce qu’il refuse de lui répondre. Et c’est le thème de cette absence qui fait souffrir qui est développé dans la réponse de Job. Et là, ça nous renvoie à nos propres prières quand nous nous tournons vers Dieu pour lui dire : « Où es-tu ? »

Prière

Nous terminons par une prière en nous souvenant de Dina et de toutes ces femmes qui sont maltraitées.

Au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit.

Ô Dieu de justice et de miséricorde, toi qui as vu la douleur de Dina, entends le cri silencieux des femmes blessées et fais-leur justice. Soutiens-les dans leur souffrance. Entoure-les de ta tendresse infinie. Qu’elles trouvent refuge à l’ombre de tes ailes. Donne-leur la force de se relever, de marcher à nouveau la tête haute malgré les cicatrices. Et que l’histoire de Dina ne soit jamais répétée. Seigneur, toi qui transformes leurs larmes en rivières de guérison, que la honte ne soit jamais leur fardeau.


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