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Résumé : Cet épisode ouvre le cycle de Joseph au sein du grand cycle de Jacob. Genèse 37 raconte les songes de Joseph, la jalousie de ses frères et leur trahison lorsqu’ils le vendent comme esclave. Genèse 38 relate l’histoire de Juda et Tamar. Le commentaire du frère Paul-Adrien établit des parallèles entre la tunique de Joseph et celle de Jésus, et entre la trahison de Joseph par ses frères et celle de Jésus par l’un des Douze.
Introduction
Notre secours est dans le nom du Seigneur, qui a fait le ciel et la terre.
Quand même, l’avantage de commencer la lecture de la Bible en un an par le livre de la Genèse, c’est qu’on vous prend dans le sens du poil, parce que, mon Dieu, qu’est-ce que ces histoires sont imagées. Donc, pour les gens qui sont avides de nouveautés, afin de raviver votre enthousiasme dans la lecture continue de cette Bible, Dieu a pensé à vous.
Nous commençons un nouveau cycle, celui de Joseph, même si, à proprement parler, il s’agit plutôt d’un cycle à l’intérieur d’un cycle. Le grand cycle, c’est Jacob, Israël, qui va mourir à la fin du livre de la Genèse. Et là, nous faisons un focus sur l’histoire de l’un de ses fils en particulier, Joseph.
Lecture : Genèse 37–38
Jacob habita la terre où son père était venu en immigré, la terre de Canaan. Voici l’histoire de la descendance de Jacob.
Joseph, âgé de dix-sept ans, faisait paître le petit bétail avec ses frères. Le jeune homme accompagnait les fils de Bilha et les fils de Zilpa, femmes de son père. Il fit part à leur père de la mauvaise réputation de ses frères.
Israël, c’est-à-dire Jacob, aimait Joseph plus que tous ses autres enfants, parce qu’il était le fils de sa vieillesse, et il lui fit faire une tunique de grand prix. En voyant qu’il leur préférait Joseph, ses autres fils se mirent à détester celui-ci, et ils ne pouvaient plus lui parler sans hostilité.
Joseph eut un songe et le raconta à ses frères, qui le détestèrent d’autant plus. « Écoutez donc, leur dit-il, le songe que j’ai eu. Nous étions en train de lier des gerbes au milieu des champs, et voici que ma gerbe se dressa et resta debout. Alors vos gerbes l’ont entourée et se sont prosternées devant ma gerbe. »
Ses frères lui répliquèrent : « Voudrais-tu donc régner sur nous ? Nous dominer ? » Et ils le détestèrent encore plus à cause de ses songes et de ses paroles.
Il eut encore un autre songe et le raconta à ses frères. Il leur dit : « Écoutez, j’ai encore eu un songe. Voici que le soleil, la lune et onze étoiles se prosternaient devant moi. »
Il le raconta également à son père, qui le réprimanda et lui dit : « Qu’est-ce que c’est que ce songe que tu as eu ? Nous faudra-t-il venir, moi, ta mère et tes frères, nous prosterner jusqu’à terre devant toi ? » Ses frères furent jaloux de lui, mais son père retint la chose.
Les frères de Joseph étaient allés à Sichem faire paître le troupeau de leur père. Israël dit à Joseph : « Tes frères ne gardent-ils pas le troupeau à Sichem ? Va les trouver de ma part. » Il répondit : « Me voici. » Jacob reprit : « Va voir comment se portent tes frères et comment va le troupeau. Et rapporte-moi des nouvelles. »
C’est de la vallée d’Hébron qu’il l’envoya, et Joseph parvint à Sichem. Un homme le rencontra alors qu’il était perdu en pleine campagne et lui demanda : « Que cherches-tu ? » Il répondit : « Je cherche mes frères. Indique-moi donc où ils font paître le troupeau. » L’homme dit : « Ils sont partis d’ici. Je les ai entendus dire : allons à Dotane. »
Joseph continua donc à chercher ses frères et les trouva. Ceux-ci l’aperçurent de loin et, avant qu’il arrive près d’eux, ils complotèrent de le faire mourir. Ils se dirent l’un à l’autre : « Voici l’expert en songes qui arrive. C’est le moment. Allons-y. Tuons-le et jetons-le dans une de ces citernes. Nous dirons qu’une bête féroce l’a dévoré, et on verra ce que voulaient dire ses songes. »
Mais Ruben les entendit et voulut le sauver de leurs mains. Il leur dit : « Ne touchons pas à sa vie. » Et il ajouta : « Ne répandez pas son sang. Jetez-le dans cette citerne du désert, mais ne portez pas la main sur lui. » Il voulait le sauver de leurs mains et le ramener à son père.
Dès que Joseph eut rejoint ses frères, ils le dépouillèrent de sa tunique, la tunique de grand prix qu’il portait. Ils se saisirent de lui et le jetèrent dans la citerne, qui était vide et sans eau. Ils s’assirent ensuite pour manger.
En levant les yeux, ils virent une caravane d’Ismaélites qui venait de Galaad. Leurs chameaux étaient chargés d’aromates, de baumes, de myrrhe, qu’ils allaient livrer en Égypte.
Alors Juda dit à ses frères : « Quel profit aurions-nous à tuer notre frère et à dissimuler sa mort ? Vendons-le plutôt aux Ismaélites et ne portons pas la main sur lui, car il est notre frère, notre propre chair. » Ses frères l’écoutèrent.
Des marchands madianites qui passaient par là retirèrent Joseph. Et ils le vendirent pour vingt pièces d’argent aux Ismaélites, et ceux-ci l’emmenèrent en Égypte.
Quand Ruben revint à la citerne, Joseph n’y était plus. Il déchira ses vêtements, revint vers ses frères et dit : « L’enfant n’est plus là. Et moi, où vais-je donc aller, moi ? »
Ils prirent alors la tunique de Joseph, égorgèrent un bouc et trempèrent la tunique dans le sang. Puis ils firent porter à leur père la tunique de grand prix avec ce message : « Nous avons trouvé ceci. Regarde bien : est-ce ou n’est-ce pas la tunique de ton fils ? »
Il la reconnut et s’écria : « La tunique de mon fils ! Une bête féroce a dévoré Joseph. Il a été mis en pièces. »
Jacob déchira ses vêtements, mit un sac sur ses reins et porta le deuil de son fils pendant de longs jours. Ses fils et ses filles se mirent tous à le consoler, mais il refusait les consolations en disant : « C’est en deuil que je descendrai vers mon fils au séjour des morts. » Et son père le pleura.
Quant aux Madianites, ils le vendirent en Égypte à Potiphar, dignitaire de Pharaon et grand intendant.
En ce temps-là, Juda quitta ses frères et se rendit chez un homme d’Adoullam appelé Hira. Là, Juda aperçut la fille d’un Cananéen appelé Shoua. Il la prit et s’unit à elle. Elle devint enceinte et enfanta un fils qu’on appela Er. Elle devint encore enceinte et enfanta un fils qu’elle appela Onane. Elle devint enceinte une troisième fois et enfanta un fils qu’elle appela Shéla. Juda était à Kézib lors de cette naissance.
Juda prit une femme pour Er, son premier-né. Elle s’appelait Tamar. Mais Er, le premier-né de Juda, déplut au Seigneur, et le Seigneur le fit mourir.
Alors Juda dit à Onane… Mais Onane savait que la descendance ne serait pas à lui. Aussi, quand il s’unissait à la femme de son frère, il laissait la semence se perdre à terre pour ne pas donner de descendance à son frère. Ce qu’il faisait déplut au Seigneur, qui le fit mourir, lui aussi.
Juda dit alors à Tamar, sa bru : « Habite comme une veuve dans la maison de ton père, jusqu’à ce que mon fils Shéla ait grandi. » Il se disait en effet : « Il ne faudrait pas que celui-ci meure aussi comme ses frères. » Tamar s’en alla donc habiter dans la maison de son père.
Bien des jours passèrent, et la fille de Shoua, la femme de Juda, mourut. Quand Juda fut consolé, il monta à Timna avec les tondeurs de son troupeau et son ami Hira, qui était d’Adoullam.
On informa Tamar : « Voici que ton beau-père monte à Timna pour la tonte de son troupeau. » Alors, elle ôta ses vêtements de veuve, se couvrit d’un voile, se rendit méconnaissable et s’assit à l’entrée d’Énaïm, sur le chemin de Timna. En effet, elle voyait bien que Shéla avait grandi et qu’elle ne lui avait toujours pas été donnée pour femme.
Juda l’aperçut et la prit pour une prostituée, puisqu’elle avait couvert son visage. Il se dirigea vers elle au bord du chemin et dit : « Permets donc que j’aille avec toi. » En effet, il n’avait pas reconnu sa bru. Elle répondit : « Et que me donneras-tu pour aller avec moi ? » Il dit : « Je t’enverrai un chevreau de mon troupeau. » Elle reprit : « Oui, si tu me donnes un gage jusqu’à ce que tu l’envoies. » Et lui : « Quel gage vais-je te donner ? » Elle répondit : « Ton sceau à cacheter, ton cordon et le bâton que tu tiens en main. »
Il les lui donna et s’unit à elle. Et elle devint enceinte de lui. Elle se leva, s’en retourna, ôta son voile et reprit ses vêtements de veuve.
Juda envoya le chevreau par l’intermédiaire de son ami d’Adoullam, pour reprendre le gage des mains de la femme. Celui-ci ne la trouva pas. Il interrogea les gens de l’endroit : « Où est la prostituée qui se trouvait à Énaïm, au bord de la route ? » Ils répondirent : « Il n’y a jamais eu là de prostituée. »
Il retourna donc chez Juda et dit : « Je ne l’ai pas trouvée. Et les gens de l’endroit m’ont même déclaré qu’il n’y avait jamais eu là de prostituée. » Juda répondit : « Qu’elle garde tout pour elle. Ne nous couvrons pas de ridicule : moi qui lui ai envoyé un chevreau, et toi qui ne l’as pas trouvée. »
Or, trois mois plus tard, on informa Juda : « Ta bru Tamar s’est prostituée, et voilà même qu’elle est enceinte. » Juda déclara : « Qu’on la jette dehors et qu’on la brûle. »
Tandis qu’on la jetait dehors, elle envoyait dire à son beau-père : « C’est de l’homme à qui appartiennent ces objets que je suis enceinte. » Et elle ajouta : « Regarde donc bien à qui appartiennent le sceau à cacheter, le cordon et le bâton que voici. »
Juda les reconnut et dit : « Elle est plus juste que moi, car, de fait, je ne l’ai pas donnée à mon fils Shéla. » Et désormais, il ne s’unit plus à elle.
Or, quand elle accoucha, on s’aperçut qu’elle portait des jumeaux. Pendant l’accouchement, l’un d’eux présenta une main que la sage-femme saisit. Elle y attacha un fil écarlate en disant : « Celui-ci est sorti le premier. » Mais il retira sa main, et c’est son frère qui sortit. La sage-femme dit : « Quelle brèche tu as ouverte ! » Et on l’appela Péretz, c’est-à-dire « brèche ». Son frère sortit ensuite, lui qui avait à la main le fil écarlate. On l’appela Zérah.
Commentaire
Ce n’est jamais simple d’élever des enfants. Et certainement, si vous avez des difficultés chez vous, vous vous reconnaîtrez à mot couvert dans l’histoire de Jacob qui fait ce qu’il peut avec ce qu’il a. Surtout que ses enfants ne font plus seulement des bêtises d’adolescents, mais des bêtises tout court. Et comme si jamais celui-ci était fatigué, il reporte son affection sur le fils de Rachel, le petit dernier à l’époque, Joseph. Ce qui rend les choses encore plus compliquées quand vous avez un chouchou. C’est vrai que ce n’est jamais très simple dans une famille quand on a un chouchou, et celui-ci est le chouchou officiel.
Ce rôle privilégié de Joseph, la Bible le signale à travers une histoire de manteau. Je cite : « Jacob lui avait fait faire une tunique à longues manches. » On ne sait pas exactement ce que ça signifie, mais certainement que cela avait une signification particulière. Et les rabbins ont glosé dessus en rapprochant ce manteau de Joseph au manteau de gloire qu’Adam perdit lorsqu’il fut chassé du paradis.
On retrouvera ce manteau avec la vente de Joseph. Les frères vont prendre son manteau, vont le tacher de sang pour le ramener à son père et prouver qu’il est mort. Et à son tour, Joseph prendra son propre manteau qu’il déchirera en signe de deuil. Ce qui vous rappelle, à quelques milliers d’années près, une autre histoire de manteau, celui de Jésus. Au pied de la croix, les soldats romains prendront son manteau taché de sang, sa tunique, qu’ils se partageront au sort. Et le grand prêtre d’alors prendra aussi son propre manteau qu’il déchirera en signe de deuil devant ce qu’il estime être le blasphème de Jésus. Le manteau ici symbolise la dignité.
Et Joseph, avec son manteau, prouve par là qu’il est le préféré de son père. Mais Joseph, en cela, n’a peut-être pas totalement tort, parce qu’il semble bien que Joseph, pour Dieu, soit un objet de prédilection. Il est le détenteur de songes. Mais ça, pour les frères de Joseph, c’est insupportable.
Alors, on aurait presque envie de les plaindre, ces frères, parce que c’est vrai que ce n’est jamais agréable d’avoir un chouchou en face de soi. À ceci près, c’est que les frères de Joseph, ce ne sont pas des enfants de chœur et on n’en est pas à leur première incartade. La preuve : quand Joseph va les voir, alors qu’ils sont censés garder le troupeau, on peut s’apercevoir que les frères ne sont pas avec leur troupeau, mais plutôt à la ville, en train probablement de faire n’importe quoi.
Le reste, c’est une histoire de trahison, ce qui, dans la Bible, est le péché qui fait le plus souffrir, parce que la trahison, ce sont vos proches qui vous méprisent, vous haïssent et vous détestent. Comme ce sont vos proches, ça vous plonge plus à l’intérieur de votre âme, ça vous détruit de l’intérieur. Là encore, préfiguration de Jésus qui sera trahi par l’un des Douze.
En attendant, l’autre chapitre en bonus nous amène du côté de Tamar. J’insiste un tout petit peu sur ce bonus parce que Tamar, encore une histoire de femme qui décidément doit tout faire pour survivre, ça nous amène là encore du côté de Jésus, parce que c’est de la descendance de Tamar que naîtra Jésus. Pour ceux qui veulent aller plus loin, vous regarderez la signification du cordon, du bâton et du sceau. Le sceau, symbole de l’autorité que l’on perd en s’adonnant au péché ; le bâton, la fermeté que l’on perd encore ; et le cordon, le lien du cœur.
Proverbes 5,7-14
Maintenant, mon fils, écoute-moi. Ne t’écarte pas de ce que dit ma bouche. Éloigne de cette femme ton chemin. N’approche pas du seuil de sa maison.
Sinon, tu laisseras chez d’autres ta vigueur et tes années au mari sans pitié. Oui, des étrangers dévoreront ton énergie. Tu travailleras dur pour la maison d’un autre, si bien qu’à la fin, tu hurleras, ton corps et ta chair épuisés.
« Ah, diras-tu, comment ai-je pu haïr la discipline, compter pour rien les avertissements ? Je n’ai pas écouté les maîtres. Je n’ai pas prêté l’oreille à ceux qui me formaient. Pour un peu, le pire me serait arrivé devant la communauté rassemblée. »
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