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Résumé : Dans cet épisode, le frère Paul-Adrien lit Genèse 39-40 où Joseph, vendu en Égypte, prospère chez Putiphar, résiste à la tentation de sa femme, puis interprète en prison les songes de l’échanson et du panetier. Le commentaire met en lumière un parallèle saisissant entre la situation de Joseph et le jardin d’Éden : même intimité avec Dieu, même abondance, même interdit — mais cette fois, le juste résiste à la tentation.
Introduction
Notre secours est dans le nom du Seigneur qui a fait le ciel et la terre. On commence avec Genèse 39-40. Écoutez, laissez-vous porter par le récit. Il parle de lui-même.
Lecture : Genèse 39-40
Livre de la Genèse, chapitre 39.
Joseph fut emmené en Égypte. Putiphar, dignitaire de Pharaon et grand intendant, un Égyptien, l’acheta aux Ismaélites qui l’avaient emmené là-bas. Le Seigneur était avec Joseph et tout lui réussissait. Il vivait dans la maison de son maître, l’Égyptien. Ce dernier vit que le Seigneur était avec Joseph et faisait réussir tout ce qu’il entreprenait.
Joseph trouva grâce aux yeux de son maître qui l’attacha à son service. Il lui donna autorité sur sa maison et remit entre ses mains tout ce qu’il possédait. Dès que l’Égyptien eut confié cette charge à Joseph, le Seigneur bénit sa maison à cause de Joseph, et la bénédiction du Seigneur s’étendit sur tout ce que possédait l’Égyptien, sa maison et ses champs. Il abandonna entre les mains de Joseph tout ce qu’il possédait et ne s’occupa plus de rien, sinon de la nourriture qu’il prenait.
Joseph avait belle allure et il était agréable à regarder. À quelque temps de là, la femme de son maître leva les yeux sur Joseph et dit : « Couche avec moi. » Mais il refusa et répondit à la femme de son maître : « Voici que mon maître ne s’occupe plus de rien dans la maison, tout ce qu’il possède, il l’a remis entre mes mains. Dans cette maison, il ne m’est pas supérieur et il ne me refuse rien, sinon toi, car tu es sa femme. Comment donc pourrais-je commettre ce grand mal et pécher contre Dieu ? »
Chaque jour, elle insistait auprès de Joseph. Mais lui n’acceptait pas de partager sa couche et d’être à elle. Vint le jour où Joseph entra dans la maison pour faire son travail, alors qu’aucun domestique n’était là. La femme l’attrapa par son vêtement en disant : « Couche avec moi. » Mais il abandonna le vêtement entre ses mains et s’enfuit au-dehors.
Lorsqu’elle réalisa que, dans sa fuite, il avait abandonné son vêtement entre ses mains, elle appela ses domestiques et leur dit : « Ah, voyez ça ! On nous a amené un Hébreu pour se jouer de nous. Il est venu vers moi pour coucher avec moi et j’ai appelé à grands cris. Quand il m’a entendue élever la voix et crier, il a abandonné son vêtement à côté de moi et s’est enfui au-dehors. »
Elle garda près d’elle le vêtement de Joseph jusqu’à ce que le maître rentre chez lui. Elle lui tint alors le même langage : « Le serviteur hébreu que tu nous as amené est venu vers moi pour se jouer de moi. Mais j’ai appelé à grands cris et il a abandonné son vêtement à côté de moi et s’est enfui au-dehors. »
Quand le maître entendit sa femme lui dire : « Voilà comment ton serviteur a agi envers moi ! », il s’enflamma de colère. Le maître de Joseph se saisit de lui et le jeta dans la prison où étaient enfermés les prisonniers du roi.
Joseph était en prison, mais le Seigneur était avec lui. Il lui accorda sa faveur et lui fit trouver grâce aux yeux du chef de la prison. Le chef de la prison remit entre les mains de Joseph tous les prisonniers. Tout ce qui se faisait, c’est Joseph qui le faisait faire. Le chef de la prison ne s’occupait en rien de ce qui était confié à Joseph, car le Seigneur était avec lui, et ce qu’il entreprenait, le Seigneur le faisait réussir.
À quelque temps de là, l’échanson du roi d’Égypte ainsi que le panetier commirent une faute envers leur maître, le roi d’Égypte. Pharaon s’irrita contre ces deux dignitaires, le grand échanson et le grand panetier, et il les fit mettre au poste de garde dans la maison du grand intendant, au lieu même où Joseph était prisonnier. Le grand intendant les confia aux soins de Joseph, qui fut attaché à leur service. Ils demeurèrent un certain temps au poste de garde.
Une même nuit, l’échanson et le panetier du roi firent tous deux un songe, alors qu’ils étaient prisonniers dans la prison, et chacun des songes avait sa propre signification. Au matin, quand Joseph entra chez eux, il vit qu’ils avaient la mine défaite. Il demanda donc aux dignitaires de Pharaon, qui étaient avec lui au poste de garde dans la maison de son maître : « Pourquoi vos visages sont-ils si sombres aujourd’hui ? » Ils lui répondirent : « Nous avons eu un songe, et il n’y a personne pour l’interpréter. » Joseph leur dit : « N’est-ce pas à Dieu qu’il appartient d’interpréter ? Racontez-moi donc. »
Le grand échanson raconta à Joseph le songe qu’il avait fait : « J’ai rêvé qu’une vigne était devant moi. Elle portait trois sarments. Elle bourgeonnait, fleurissait, puis ses grappes donnaient des raisins mûrs. Et j’avais entre les mains la coupe de Pharaon. Je saisissais les grappes, je les pressais au-dessus de la coupe de Pharaon, et je lui remettais la coupe entre les mains. »
Joseph lui dit : « Voici l’interprétation. Les trois sarments représentent trois jours. Encore trois jours, et Pharaon t’élèvera la tête, il te rétablira dans ta charge, et tu placeras la coupe entre ses mains, comme tu avais coutume de le faire précédemment quand tu étais son échanson. Mais, quand tout ira bien pour toi, pour autant que tu te souviennes d’avoir été avec moi, montre ta faveur à mon égard. Rappelle-moi au souvenir de Pharaon, et fais-moi sortir de cette maison. En effet, j’ai été enlevé au pays des Hébreux, et là non plus je n’avais rien fait pour qu’on me jette dans la citerne. »
Voyant que Joseph avait fait une interprétation favorable, le grand panetier lui dit : « Moi, j’ai rêvé que je portais sur la tête trois corbeilles de gâteaux. Et dans la corbeille d’au-dessus, il y avait tous les aliments que le panetier fabrique pour la nourriture de Pharaon. Et les oiseaux picoraient dans la corbeille au-dessus de ma tête. »
Joseph répondit : « Voici l’interprétation. Les trois corbeilles représentent trois jours. Encore trois jours, et Pharaon t’élèvera la tête, et il te pendra à un arbre. Et les oiseaux picoreront ta chair. »
Le troisième jour, jour anniversaire de Pharaon, celui-ci fit un festin pour tous ses serviteurs. Il éleva la tête du grand échanson et celle du grand panetier en présence de ses serviteurs. Il rétablit dans sa charge le grand échanson, et celui-ci plaça la coupe entre les mains de Pharaon. Mais le grand panetier, il le pendit, comme l’avait annoncé Joseph. Toutefois, le grand échanson ne se souvint pas de Joseph. Il l’oublia.
Commentaire
Il y a quand même une phrase étonnante. Putiphar le préposa à sa maison et lui confia tout ce qu’il avait. Ça ne vous rappelle rien, par hasard ? Et regardez encore la réponse de Joseph : « Voici que mon maître avec moi ne s’occupe pas de ce qui est dans la maison, et il m’a confié tout ce qu’il a. Il n’est pas plus grand que moi dans cette maison, il ne m’a rien interdit que toi, parce que tu es sa femme. » Ça ne vous rappelle toujours rien ? Surtout quand on vous dit que l’Égypte était cette contrée verdoyante dans laquelle on allait se réfugier en temps de famine ?
Bien oui, effectivement, on a retrouvé notre jardin d’Éden. Comme quoi le jardin d’Éden n’est peut-être pas lié à un lieu en particulier, mais à une personne. Et la personne que l’on retrouve, de manière inattendue, au milieu d’un jardin de bonheur, est le juste innocent qui a été trahi et qui reste fidèle à la parole de Dieu.
Le Seigneur fut avec Joseph. De la même manière qu’il y avait une familiarité entre Dieu et Adam, il y a ici des songes entre Dieu et Joseph. De la même manière qu’Adam vivait dans un jardin de délices, Joseph vit dans une maison où il ne manque de rien. De la même manière que Dieu avait mis Adam comme intendant de la création, Joseph se retrouve intendant des biens de Putiphar, un grand dignitaire. Et de même que Dieu avait tout permis à Adam sauf une chose — l’arbre du fruit défendu — de la même manière, Joseph a le droit de faire tout ce qu’il veut, sauf une chose : toucher à la femme de son maître. Il y a un parallèle complet.
Et là, ça vous donne une autre structure dans le livre de la Genèse : comment le prologue, les premiers chapitres, qui ont ensuite donné lieu à toute une longue histoire — entre Noé où Dieu s’est énervé, où on essaye de reconstruire les choses, avec Joseph qui commence à avoir des enfants — comment cette histoire initiale commence à trouver sa résolution. On commence à retrouver le chemin du paradis.
Il manque encore un élément de résolution que je vais vous demander de garder dans votre tête. C’est cette histoire de l’arbre de la connaissance du bien et du mal. Cet arbre, qu’il est interdit de toucher, on l’a ici à travers la femme. Mais en quoi est-ce qu’il est question de bien et de mal, de connaissance du bien et du mal ? Gardez cette notion-là dans un coin de votre tête. Vous saurez que le livre de la Genèse a atteint sa résolution lorsqu’il sera question et du bien et du mal ensemble que l’on peut connaître.
Mais pour le malheur de Joseph, vous savez, il y a des hommes, je ne sais pas comment ils font, mais ils ont la malchance, le sort s’acharne sur eux. C’est quand même le cas de Joseph. Bon, il a déjà été trahi par ses frères, et voilà que, pas de chance pour lui, la femme de son maître s’éprend de lui. C’est toujours la tentation qui poursuit les hommes justes.
Elle lui demande de coucher avec elle, et remarquez comment répond Joseph : la première fois, de manière propre, claire et nette, sans rentrer dans le dialogue, mais en opposant une parole à une autre parole. Le commandement de l’intendant, qui ici vaut commandement de Dieu. On le sent qu’il a compris pourquoi il fallait résister à la tentation. Ce n’est pas simplement le plaisir de se dire « c’est mal, je n’ai pas le droit », mais c’est par amour de son maître. « Voici que mon maître, avec moi, ne s’occupe pas de ce qui est dans la maison, il m’a confié tout ce qu’il a. » Donc obéir à Dieu, ici, devient un symbole de gratitude. C’est beau, ça. Ce n’est pas de la petite morale où on vous apprend à gérer votre frustration et puis à détourner le regard. Là, il est question de rendre à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu, et d’honorer Dieu en obéissant à sa parole parce qu’il vous a tout donné. L’obéissance est l’acte de gratitude de l’homme.
Mais manifestement, ça ne suffit pas puisque Joseph continue d’être harcelé par la tentation. Et alors, très grand réflexe de l’homme ou de la femme — bref, de tout le monde — quand il est soumis à la tentation : qu’est-ce qu’on fait dans ces cas-là ? C’est ce que disait d’ailleurs sainte Thérèse de Lisieux : il faut fuir. Quand on sait qu’on ne va pas résister — et là, c’est en train de devenir compliqué, c’est-à-dire que là, elle lui dit carrément « couche avec moi » et elle prend son habit — c’était quoi la prochaine étape ? Donc là, la résistance n’était plus possible. La seule chose qu’il pouvait faire, c’était fuir.
D’accord, vous voyez, il n’a plus de manteau. Là à nouveau, il a préféré abandonner sa dignité plutôt que de succomber à la tentation. Il se retrouve nu, c’est-à-dire vulnérable, et à nouveau réduit à son statut d’esclave parce qu’il ne peut pas se défendre. Que vaut la parole d’un esclave contre la parole de la maîtresse ? Qui d’ailleurs, quand même, là, cette fois-ci, accuse à demi-mot son mari. C’est la réponse du berger à la bergère. Souvenez-vous, dans le jardin d’Éden, Adam à demi-mot avait accusé Ève, et là, maintenant, c’est la femme qui accuse à demi-mot son mari. « Voilà de quelle manière ton esclave a agi avec moi. » C’est bien de ta faute à toi. Tu as mis un homme libidineux et tu lui as confié les clés de la baraque. Tu t’attendais à quoi ?
Peut-être que le maître de maison n’était pas totalement dupe, ou je ne sais pas. D’ailleurs, en tout cas, Joseph se retrouve en prison. Et à nouveau, quand je vous dis que la malédiction s’acharne sur lui, à nouveau, ça se passe bien : le jardin d’Éden, vous l’emmenez avec vous. Il n’est pas lié à un lieu, il est lié à une personne. Même en prison, le jardin refleurit.
Sauf que la malédiction s’acharne sur Joseph, qui arrive à interpréter les songes, mais voilà qu’il est en butte, cette fois-ci, non plus à la jalousie de ses frères, non plus à l’intempérance d’une femme, mais à l’ingratitude d’un dignitaire. Et il croupit en prison. Bon, ça fait beaucoup pour un seul homme.
Mais derrière ce jardin d’Éden, Joseph, c’est un autre Joseph à venir, qui sera lui aussi un homme de songe et un juste, et ça nous ramène encore, cette fois-ci, à Jésus et à son père adoptif. Avant de passer dans Job, lui aussi homme de douleur, transition poétique.
Proverbes 5, 15-23
Bois de l’eau à ta citerne, des eaux vives de ton puits. Tes sources iraient-elles se répandre au-dehors, couler en ruisseaux sur les places ? Qu’elles soient pour toi, pour toi seul, sans partage. Que ta fontaine soit bénie, qu’elle soit ta joie, la femme de ta jeunesse, biche de tes amours, gracieuse gazelle. Laisse-toi toujours enivrer de ses charmes, reste éperdu d’amour pour elle. Pourquoi, mon fils, t’éprendre d’une autre, enlacer une étrangère ? Le Seigneur a les yeux sur les chemins de l’homme, il observe toutes ses pistes. Les crimes du méchant se retournent contre lui, il est captif des liens de son péché. Il mourra faute de discipline, par trop de folie il se perdra.
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