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Résumé : Dans cet épisode, le frère Paul-Adrien lit les chapitres 29 à 31 de Job, qui forment le monologue conclusif du livre. Job y évoque d’abord le bonheur et le respect dont il jouissait autrefois (ch. 29), puis sa détresse actuelle et l’humiliation qu’il subit (ch. 30), avant de plaider son innocence par une série de serments solennels (ch. 31). L’épisode se conclut par une prière reprenant les paroles de Job comme examen de conscience.

Introduction

Fin du troisième cycle du livre de Job. Nous allons écouter aujourd’hui ensemble les chapitres 29, 30 et 31 qui sont longs. Donc, exceptionnellement, je ne les commenterai pas. Il y a une raison à cela.

Ces trois chapitres 29, 30, 31 que je n’ai pas voulu séparer forment un tout que l’on appelle le monologue conclusif. Donc, vous aviez le cycle des discours, les amis qui parlaient, Job qui leur répondait. Nous arrivons à la fin de cette partie et vous avez, comment récapituler, Job. Job qui va faire un long précis de ce qu’il vit.

Ce monologue final fait en fait pendant au monologue introductif que nous avions écouté ensemble mais que vous aviez peut-être oublié : le chapitre 3, qui était la longue plainte inaugurale de Job. « Périsse le jour où je suis né et la nuit où ma mère m’a conçu. » Ça, c’était le monologue introductif. Nous arrivons ici au monologue final.

Le chapitre 29 va nous rappeler le bonheur dont jouissait Job avant que tout cela n’arrive. Puis ensuite, chapitre 30, il va récapituler ce qui se passe en ce moment et sa détresse actuelle, avant de faire au chapitre 31 sa propre défense, rappeler les pactes qu’il avait faits et comment il a toujours essayé de bien se comporter.

Lecture : Job 29 — Le bonheur passé

Job reprit le fil de son propos et dit.

Quand Dieu était le familier de ma demeure, quand le Puissant était encore avec moi et que mes garçons m’entouraient, quand je lavais mes pieds dans le lait et que le rocher près de moi ruisselait d’huile à flots,

lorsque je sortais aux portes de la cité et que sur la place j’installais mon siège, à ma vue, les jeunes gens s’esquivaient, les vieillards se levaient et restaient debout. Les notables retenaient leurs paroles et mettaient la main sur leur bouche. La voix des chefs s’atténuait, la langue collait au palais.

L’oreille qui m’entendait me proclamait heureux et l’œil qui me voyait me rendait témoignage, car je délivrais le pauvre qui appelait, l’orphelin et l’homme sans recours. La bénédiction du mourant venait sur moi et je faisais crier de joie le cœur de la veuve.

Je revêtais la justice, c’était mon vêtement. Mon droit me servait de manteau et de turban. J’étais les yeux de l’aveugle et les pieds du pauvre. Pour l’indigent, j’étais un père. La cause d’un inconnu, je l’étudiais à fond. Je brisais les crocs de l’injuste, de ses dents j’arrachais la proie.

Et je disais : je mourrai dans mon nid. Comme le phénix, je multiplierai mes jours. Vers les eaux, mes racines s’étirent. La rosée se dépose la nuit sur mes rameaux. Ma gloire sera en moi toujours neuve. Mon arc dans ma main se retendra sans cesse.

Les gens m’écoutaient, ils attendaient, ils accueillaient en silence mes avis. Et quand j’avais parlé, nul ne répliquait. Sur eux, goutte à goutte, tombait ma parole. Ils m’attendaient comme la pluie, ils ouvraient leur bouche aux ondées de printemps. Si je leur souriais, ils n’osaient y croire, et la lumière de mon visage, ils n’en laissaient rien perdre.

Je choisissais leur route et siégeais à leur côté. Je m’installais, j’étais tel un roi dans la troupe quand ils consolent les affligés.

Lecture : Job 30 — La détresse présente

Et maintenant, je suis la risée de plus jeunes que moi, dont je méprisais trop les pères pour les mettre avec les chiens de mon troupeau. Même la force de leurs mains, à quoi m’eût-elle servi ? Toute énergie en eux avait péri.

Épuisés par la disette et la famine, ils rongeaient la steppe, crépuscule de malheur et de désolation. Ils cueillaient sur les buissons une herbe au goût de sel, racines de genêts, c’était là tout leur pain. On les bannissait de la société, on criait sur eux comme sur un voleur. Ils faisaient leur logis dans le creux des ravins, les cavités du sol et des rochers. Ils vociféraient au milieu des buissons et sous les chardons ils s’entassaient. Fils d’insensés — pire — fils d’un homme sans nom, ils étaient expulsés du pays.

Je suis maintenant leur chanson, et ils parlent sur moi. Ils m’ont en horreur et prennent leur distance. À mon visage, ils n’épargnent pas le crachat. Parce que Dieu a relâché la corde de mon arc et m’a humilié, eux, devant moi, perdent toute retenue. À ma droite surgit la canaille, ils me font lâcher pied, ils élèvent contre moi leur rampe de malheur. Ils détruisent mon sentier et s’affairent à ma ruine sans avoir besoin d’aide. Ils arrivent comme par une large brèche, sous les décombres ils se bousculent.

Les terreurs se tournent contre moi. Ma dignité est emportée par le vent. Mon salut est passé comme nuage.

Et maintenant, mon âme en moi s’épanche. Des jours d’affliction m’ont saisi. La nuit transperce mes os et ce qui me ronge n’a pas de répit.

Avec une grande violence, Dieu saisit mon vêtement, il me serre au col de ma tunique. Il m’a jeté dans la fange. Me voici pareil à la poussière et à la cendre.

Vers toi je crie, et tu ne réponds pas. Je me tiens devant toi, et tu me fixes du regard. Tu es devenu cruel pour moi. De ta poigne vigoureuse, tu t’acharnes sur moi. Tu m’emportes sur le vent, tu m’y fais chevaucher. Tu me dissous dans l’orage. Oui, je le sais, tu me ramènes à la mort, au rendez-vous de tout vivant.

Pourtant, on ne porte pas la main sur celui qui s’effondre si dans son malheur il crie. Et n’ai-je pas pleuré sur l’homme à la vie dure ? Mon âme ne s’est-elle pas émue sur l’indigent ?

Je ne sais pas. J’espérais le bonheur et c’est le malheur qui survient. J’attendais la lumière et vient l’obscurité. Mes entrailles bouillonnent sans repos. Des jours d’affliction viennent à ma rencontre. Je marche assombri, sans soleil. Je me lève dans l’assemblée et je crie.

Me voici devenu le frère des chacals, le compagnon des autruches. Ma peau a noirci sur moi, mes os brûlent de fièvre. Ma cithare sert à la plainte et ma flûte à la voix des pleureurs.

Lecture : Job 31 — Le serment d’innocence

J’avais conclu un pacte avec mes yeux. Comment alors aurais-je fixé du regard une jeune fille vierge ? Quel est donc le sort que de là-haut Dieu assigne ? Quelle part le Puissant réserve-t-il depuis les hauteurs célestes ? N’est-ce pas le malheur pour l’injuste et l’infortune pour les artisans du mal ? Ne voit-il pas mes chemins ? De toutes mes démarches ne fait-il point le compte ?

Si j’ai fait route avec le mensonge, si mon pied a hâté le pas vers la fausseté, qu’il me pèse sur une juste balance et Dieu reconnaîtra alors mon intégrité. Si mon pas a dévié du chemin, si mon cœur a suivi mes yeux et si une tache me colle aux mains, qu’un autre mange ce que je sème et que soient déracinés mes jeunes pousses.

Si mon cœur a été séduit par une femme et si j’ai guetté à la porte du voisin, que ma femme tourne la meule pour autrui et que d’autres la possèdent, car c’est une infamie, une faute relevant des juges. Oui, c’est un feu qui dévore jusqu’à l’abîme, capable de détruire à la racine toute ma récolte.

Si j’ai méprisé le droit de mon serviteur ou de ma servante en litige avec moi, que ferai-je quand Dieu se lèvera ? Quand il enquêtera, quelle sera ma réponse ? Ne les a-t-il pas formés dans le ventre tout comme moi ? N’est-ce pas le même qui nous a façonnés dans le sein maternel ?

Ai-je repoussé les désirs des pauvres ? Ai-je laissé s’éteindre le regard de la veuve ? Ai-je mangé seul mon pain sans que l’orphelin en mange aussi ? Au contraire, dès ma jeunesse il a grandi avec moi comme avec un père, et dès mon enfance j’étais le guide de la veuve.

Si je voyais un miséreux sans vêtements, un indigent sans rien sur le dos, est-ce que ses reins ne me bénissaient pas, réchauffés par la toison de mes agneaux ? Si contre l’orphelin j’ai brandi la main parce que je me voyais soutenu par les notables, que mon épaule tombe de ma nuque et que mon bras se brise au coude ! Car le châtiment de Dieu serait ma terreur et devant sa majesté je ne pourrais tenir.

Ai-je fait de l’or mon appui ? Ai-je dit à l’or pur : « C’est toi ma confiance » ? Me suis-je réjoui de posséder de grandes richesses, d’avoir mis la main sur une fortune ? À la vue de la lumière dans son éclat, de la lune splendide, si dans sa marche mon cœur secrètement a été séduit, la main à la bouche, leur ai-je fait un baiser ? Cela aussi serait une faute relevant du juge, car j’aurais renié le Dieu d’en haut.

Me suis-je réjoui de la ruine de mon ennemi ? Ai-je bondi de joie quand le malheur le frappait ? Jamais je n’ai laissé ma langue pécher en réclamant sa vie par une imprécation.

Ce qui logeait sous ma tente le disait bien : « Qui n’a-t-il pas rassasié de viande ? » Jamais un étranger ne passait la nuit dehors. Ma porte restait ouverte aux voyageurs.

Comme tout un chacun, ai-je dissimulé mes transgressions, en cachant ma faute dans un repli de ma tunique, parce que je craignais la rumeur de la foule et que me terrifiait le mépris des familles, au point de rester figé au seuil de ma maison ?

Si j’avais seulement quelqu’un pour m’écouter ! Voilà mon dernier mot. Que le Puissant me réponde. Que la partie adverse rédige son mémoire. Je le porterai sur l’épaule, comme un diadème je le ceindrai. Je rendrai compte au Puissant du nombre de mes pas. Tel un prince, je m’avancerai vers lui.

Si ma terre crie contre moi, si ensemble pleurent ses sillons, si je mange ses fruits sans donner d’argent, si à ses métayers je fais rendre l’âme, qu’au lieu de blé pousse la ronce et à la place de l’orge l’herbe fétide.

Fin des paroles de Job.

Prière et examen de conscience

Je vous l’avais dit, je ne commenterai pas. Et vous avez entendu les paroles finales : « Fin des paroles de Job. » Dans les autres parties, cette fois-ci, ce sera autre chose, une révélation.

Je voudrais juste, en guise de prière et comme sous forme d’examen de conscience, reprendre les paroles de Job pour que nous nous interrogions sur nous-mêmes et notre manière de vivre.

Au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit.

Si j’ai méprisé le droit de mon serviteur ou de ma servante en litige avec moi, que ferai-je quand Dieu se lèvera ? Quand il enquêtera, quelle sera ma réponse ? Ne les a-t-il pas formés dans le ventre tout comme moi ? Ai-je repoussé les désirs des pauvres ? Ai-je laissé s’éteindre le regard de la veuve ? Ai-je mangé seul mon morceau de pain sans que l’orphelin en mange aussi ?

Ces interrogations, je vous les laisse comme un examen de conscience. Quant à moi, je reconnais devant vous, frères et sœurs, que j’ai péché, en pensée, en parole, par action et par omission. Prenez pitié de moi, s’il vous plaît, mes frères, et priez pour moi.

Et vous, que le Seigneur vous bénisse, le Père, le Fils et le Saint-Esprit.


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