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Résumé : Le frère Paul-Adrien lit le chapitre 41 de la Genèse, où Pharaon fait deux songes mystérieux que Joseph, tiré de prison, interprète comme l’annonce de sept années d’abondance suivies de sept années de famine. Élevé au rang de vice-roi d’Égypte, Joseph organise les réserves du pays. Le commentaire explore comment Dieu parle à tous les hommes — par les songes, les signes et les rencontres — et propose des critères pour discerner si un message vient de Dieu.

Introduction

Notre secours est dans le nom du Seigneur qui a fait le ciel et la terre.

Livre de la Genèse, chapitre 41 — un seul chapitre aujourd’hui — et amusez-vous dans votre tête, vous, à faire les parallèles entre Joseph d’un côté et Job de l’autre. Des hommes qui sont en proie au malheur, des hommes qui ont des songes et des révélations, il y a pas mal de liens. Bon, là maintenant, c’est Joseph dont il est question.

Lecture : Genèse 41

Deux ans plus tard, Pharaon eut un songe. Il se tenait debout près du Nil, et voici que montaient du Nil sept vaches, belles et bien grasses, qui broutaient dans les roseaux. Puis derrière elles montèrent du Nil sept autres vaches, laides et très maigres. Elles se tenaient à côté des premières sur la rive du Nil, et les vaches laides et très maigres mangèrent les sept vaches, belles et bien grasses. Alors Pharaon s’éveilla.

Il se rendormit, et fit encore un songe. Sept épis montaient sur une seule tige. Ils étaient gros et beaux. Mais après eux, germèrent sept épis maigres et desséchés par le vent d’Est, et les épis maigres avalèrent les sept épis gros et pleins. Alors Pharaon s’éveilla. C’était un songe. Mais le matin, son esprit fut troublé.

Le grand échanson parla à Pharaon en ces termes : « Aujourd’hui, je me rappelle mes fautes. Pharaon s’était irrité contre ses serviteurs, et il m’avait mis au poste de garde dans la maison du grand intendant, et avec moi le grand panetier. Une même nuit, nous avons fait un songe, moi et lui, et chacun des songes avait sa propre signification. Il y avait là, avec nous, un jeune Hébreu, serviteur du grand intendant. Nous lui avons raconté nos songes, et il a donné à chacun l’interprétation du songe qu’il avait fait. Et ses interprétations s’avérèrent exactes. Moi, on m’a rétabli dans ma charge, et l’autre, on l’a pendu. »

Pharaon fit appeler Joseph. En toute hâte, on le tira de son cachot. Il se rasa, changea de vêtements, et se rendit chez Pharaon. Pharaon dit à Joseph : « J’ai fait un songe, et personne ne peut l’interpréter. Mais j’ai entendu dire de toi qu’il te suffisait d’entendre raconter un songe pour en donner l’interprétation. » Joseph répondit à Pharaon : « Ce n’est pas moi, c’est Dieu qui donnera à Pharaon la réponse qui lui rendra la paix. »

Alors Pharaon dit à Joseph : « Dans le songe, j’étais debout au bord du Nil, et voici que montèrent du Nil sept vaches, bien grasses et de belles allures, et qui broutaient dans les roseaux. Puis, derrière elles, montaient sept autres vaches, chétives, très laides et décharnées. Je n’en avais jamais vu d’une telle laideur dans tout le pays d’Égypte. Les vaches décharnées et laides mangeaient les premières vaches, les grasses, qui entrèrent dans leurs panses. Mais on ne s’apercevait pas que les grasses étaient entrées dans leurs panses. Elles restaient aussi laides qu’avant. Alors je me suis réveillé. Mais j’ai encore vu, en songe, sept épis qui montaient sur une seule tige. Ils étaient pleins et beaux. Puis, après eux, germaient sept épis durcis, maigres et desséchés par le vent d’Est. Et les épis maigres avalèrent les sept beaux épis. J’en ai parlé aux magiciens, mais personne n’a pu me fournir d’explication. »

Joseph répondit à Pharaon : « Pharaon n’a eu qu’un seul et même songe. Ce que Dieu va faire, il l’a indiqué à Pharaon. Les sept belles vaches représentent sept années, et les sept beaux épis, sept années. C’est un seul et même songe. Les sept vaches décharnées et laides qui montaient derrière les autres représentent sept années. De même, les sept épis vides et desséchés par le vent d’Est, ce seront sept années de famine. C’est bien ce que j’ai dit à Pharaon : ce que Dieu va faire, il l’a montré à Pharaon. Voici qu’arrivent sept années de grande abondance dans tout le pays d’Égypte, mais après elles viendront sept années de famine. Alors on oubliera toute abondance dans le pays d’Égypte. La famine épuisera le pays. On ne saura plus ce que pouvait être l’abondance dans le pays, tant la famine qui suivra pèsera lourdement. Si le songe de Pharaon s’est répété une seconde fois, c’est que la décision de Dieu est bien arrêtée et qu’il va se hâter de l’exécuter. Maintenant donc, que Pharaon voit s’il y a un homme intelligent et sage pour l’établir sur tout le pays d’Égypte. Que Pharaon agisse en instituant des fonctionnaires sur le pays d’Égypte afin de prélever le cinquième des récoltes pendant les sept années d’abondance. Ils recueilleront toute la nourriture de ces bonnes années qui viennent et, sous l’autorité de Pharaon, ils entasseront dans les villes du froment comme nourriture. Ils le garderont en réserve. Ainsi, il y aura une réserve de nourriture pour le pays en vue des sept années de famine qui suivront dans le pays d’Égypte, et la famine ne détruira pas le pays. »

Cette proposition plut à Pharaon et à tous ses serviteurs. Pharaon leur dit : « Trouverons-nous un homme comme celui-ci qui a l’esprit de Dieu en lui ? » Alors Pharaon dit à Joseph : « Dès lors que Dieu t’a fait connaître tout cela, personne ne peut être aussi intelligent et aussi sage que toi. C’est toi qui auras autorité sur ma maison. Tout mon peuple se soumettra à tes ordres. Par le trône seulement, je serai plus grand que toi. »

Pharaon dit à Joseph : « Vois, je t’établis sur tout le pays d’Égypte. » Il ôta l’anneau de son doigt et le passa au doigt de Joseph. Il le revêtit d’habits de lin fin et lui mit autour du cou le collier d’or. Il le fit monter sur son deuxième char et on criait devant lui : « À genoux ! » Et ainsi il l’établit sur tout le pays d’Égypte. Pharaon dit encore à Joseph : « Je suis Pharaon, mais sans ta permission, personne ne lèvera le petit doigt dans tout le pays d’Égypte. »

Pharaon appela Joseph « Tsaphnat-Panéach » et lui donna pour femme Asnath, fille de Potiphéra, prêtre de Ôn. Alors Joseph partit inspecter le pays d’Égypte. Joseph avait trente ans quand il se tint en présence de Pharaon, le roi d’Égypte. Il prit congé de lui et parcourut tout le pays d’Égypte.

Pendant les sept années d’abondance, la terre produisit à plein. Pendant les sept années d’abondance au pays d’Égypte, Joseph recueillit toute la nourriture et l’entreposa dans les villes. Il entreposait au centre de la ville la nourriture produite dans la campagne environnante. Joseph accumula tellement de froment qu’on cessa d’en faire le compte. On ne pouvait pas plus le mesurer que le sable de la mer.

Avant l’année où survint la famine, il naquit à Joseph deux fils, que lui enfanta Asnath, fille de Potiphéra, prêtre de Ôn. Joseph appela l’aîné « Manassé » car, disait-il, « Dieu m’a fait oublier toute ma peine et toute celle de la maison de mon père. » Le second, il l’appela « Éphraïm » car, disait-il, « Dieu m’a fait fructifier dans le pays de ma misère. »

Les sept années d’abondance dans le pays d’Égypte prirent fin. Alors commencèrent les sept années de famine, ainsi que Joseph l’avait annoncé. La famine sévissait partout, mais dans tout le pays d’Égypte, il y avait du pain. Puis tout le pays d’Égypte souffrit, lui aussi, de la faim, et tout le peuple à grands cris réclama du pain à Pharaon. Mais Pharaon dit à tous les Égyptiens : « Allez trouver Joseph et faites ce qu’il vous dira. »

La famine s’étendait à tout le pays. Alors Joseph ouvrit toutes les réserves et vendit du blé aux Égyptiens, tandis que la famine s’aggravait encore dans le pays. De partout, on vint en Égypte pour acheter du blé à Joseph, car la famine s’aggravait de partout.

Commentaire

Il y a quand même quelque chose d’assez étonnant dans ces rêves, c’est qu’à première vue, ils n’ont quand même pas bien l’air difficiles à interpréter. Des vaches grasses et des vaches maigres, des gros épis et des épis maigres. On se dit quand même que ça ressemble vaguement à des histoires d’agriculture et de choses à manger ou de disettes. Il y a peut-être juste la notion de sept années qui est compliquée, mais pour le reste, on se dit qu’il n’y a pas besoin d’avoir fait sept ans d’études de séminaire.

Sauf que, souvenez-vous, beaucoup de choses qui nous paraissent évidentes parce que la Bible nous les explique, paraissent des paraboles. L’exemple type sont les paraboles que vous avez dans les Évangiles, qui ne nous paraissent pas bien compliquées à comprendre. N’empêche que moi, quand je les posais au caté, jamais personne n’était capable de me les expliquer. C’est uniquement parce qu’on nous les a expliquées qu’on les trouve évidentes.

Il en va de beaucoup de choses dans la Bible. Ici, des songes, mais même du paradis, de ce que c’est que la vertu, de ce que c’est que de faire le bien. À défaut d’y arriver, à défaut d’avoir la force de le faire, on a tous quand même une idée à peu près claire de l’endroit vers lequel Dieu nous appelle. Parce que Jésus nous a parlé du bien et du mal. On sait à peu près à quoi ça ressemble.

Bon, il en va de même pour les songes ici, mais n’oubliez pas que pour les gens qui n’ont pas la Bible, pour les gens qui ne connaissent pas Dieu, tout arrive à la manière des songes et d’énigmes. « Heureux vos yeux parce qu’ils voient et vos oreilles parce qu’elles entendent. En vérité, je vous le dis, beaucoup de prophètes ont désiré voir ce que vous avez vu et ne l’ont pas vu, entendre ce que vous avez entendu et ne l’ont pas entendu. » Et voilà pourquoi ce peuple ne comprend pas les paraboles, disait Jésus, que je suis en train de vous citer. C’est parce que leur cœur s’est alourdi.

Leur cœur s’est alourdi, oui, mais ici, Pharaon semble plutôt de bonne composition et Dieu ne lui refuse pas l’interprétation. Alors, nous, quelles sont les leçons à tirer de ça ? C’est que Dieu parle. Dieu parle à tout le monde, pas uniquement aux chrétiens. Il parle à tout le monde. La seule chose, c’est qu’aux chrétiens, il a donné en plus le décodeur et le haut-parleur. Nous avons la Bible qui nous permet d’avoir dans le texte ce que Dieu dit, ce qui nous permet d’éduquer notre oreille, ce qui nous permet d’exercer notre discernement et notre méditation, ce qui fait que les autres choses deviennent plus faciles.

Le premier lieu où Dieu nous parle, c’est dans sa Parole qui est contenue dans les Évangiles, où il y a le lointain écho de la parole de Jésus. Donc, à toutes les personnes qui me disent « je ne comprends pas parce que je n’entends pas Dieu me parler », il faut d’abord les ramener à la Bible et surtout à l’Évangile.

Mais pour les autres, et puis d’ailleurs pour nous-mêmes aussi, ça peut être à travers d’autres choses, à travers des rencontres, à travers des signes, et ici à travers des songes. Les songes existent. Joseph a des songes, le Pharaon a des songes, et puis plus tard dans la Bible, il y aura un autre Joseph qui aura des songes — le père adoptif de Jésus — et il y aura la femme de Ponce Pilate, qui aura des songes aussi. Donc, les songes existent, les signes existent, et le murmure de Dieu qui nous appelle à lui, ça veut dire quelque chose.

Maintenant, comment les repérer ? Ici, le texte vous donne plusieurs indices. D’abord, premièrement, il y a la répétition. Quand un message revient avec force et ne veut pas s’en aller, on peut se dire que là, il y a peut-être quelque chose à creuser. Ça ne veut pas dire que ça devient tout de suite de Dieu, mais certainement quelque chose à creuser.

Ensuite, il laisse une impression émotionnelle. Il met ici le Pharaon dans un état de tristesse. Normalement, il n’y a pas de raison particulière d’être dans un état de tristesse après un songe. Même nos cauchemars, je suis désolé, mais un cauchemar, il nous fait peur et puis ensuite, on l’oublie. Là, le songe de Pharaon le travaille.

Il y a ensuite la certitude qu’il contient un message. Parce que vous savez, il y a rêve et rêve. Parfois, on se réveille au milieu de la nuit, on se dit, mais à quoi est-ce que j’ai rêvé ? On se demande à nous-mêmes qui on est pour être capable de produire de tels rêves. Sauf que vous voyez ici que le rêve de Pharaon est cohérent. Non seulement il se répète, mais en plus, il semble vouloir dire quelque chose. Il y a comme un message qui est caché à l’intérieur et que l’on doit deviner. Donc, ça ne veut pas dire que ça vient de Dieu, mais ça veut dire que ça mérite de voir si on peut l’interpréter.

Et c’est le quatrième signe : si ça vient de Dieu, c’est qu’il est interprétable. Ça veut dire que normalement, il y a quelqu’un dont le charisme est de discerner les songes, les esprits — et c’est un charisme reconnu dans l’Église — qui est capable de vous aider à en discerner le sens. Et ce sens doit porter du fruit. Il doit vous rapprocher de Dieu. Il doit vous rapprocher du prochain. Et ici, de manière claire, il vise au bien commun. Et donc, il est possible qu’il vienne de Dieu.

Vous n’aurez jamais la certitude que vos songes viennent de Dieu. Mais d’une certaine manière, si vous avez discerné tout ce que vous pouviez et que, en plus, ça vous fait grandir dans l’amour de Dieu et du prochain, que ça vienne de Dieu ou que ça ne vienne pas de Dieu, ça ne changera pas grand-chose parce que, dans tous les cas de figure, il produit un fruit qui restera gravé pour la vie éternelle.

Proverbes 6, 1-5

Mon fils, si tu t’es porté garant pour ton prochain, si tu as dit « marché conclu » pour un étranger, si tu es piégé par tes propres paroles, prisonnier de tes propres paroles, alors fais ceci, mon fils, pour t’en sortir, puisque te voilà entre les mains d’un autre. Va, humilie-toi, insiste auprès de lui, interdis tout sommeil à tes yeux et tout répit à tes paupières. Échappe-toi comme la gazelle loin du chasseur, comme l’oiseau de la main de l’oiseleur.


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