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Résumé : Dans cet épisode, le frère Paul-Adrien introduit les discours d’Éliou (Job 32–33), un personnage surgissant entre les plaintes de Job et la réponse de Dieu. Éliou, jeune homme en colère contre Job et ses trois amis, reproche à Job de se déclarer innocent et de nier que Dieu lui parle. Le commentaire souligne les corrections théologiques qu’Éliou apporte : un appel à l’humilité, un rappel que Dieu parle à travers les songes et la souffrance, et le rôle des anges comme interprètes du message divin.

Introduction

Nous continuons notre lecture du livre de Job. Nous commençons une nouvelle partie qui va comme faire une pause entre les plaintes de Job et la réponse à venir de Dieu, qui va lui dévoiler la sagesse. Cette pause dans laquelle nous sommes est ce qu’on appelle le discours d’Éliou.

Éliou est un homme venu de nulle part. Il y avait Bildad, il y avait Éliphaz, il y avait Sofar, les trois amis de Job. Celui-ci n’a pas été introduit. On nous le présente comme étant un judéen : Éliou, fils de Barakéel, le Bouzite, du clan de Ram.

Les discours d’Éliou généralement agacent, parce qu’on a l’impression de ne pas avancer dans notre livre. On voudrait bien que ça arrive à cette conclusion. Mais encore une fois, parfois il est bon de prendre son temps. Ils agacent aussi parce qu’Éliou dit qu’il apporte des choses nouvelles et exceptionnelles, et on ne voit pas très bien ce qu’il apporte en plus. Justement, on verra.

Cette partie semble avoir été un rajout au livre de Job. Vous savez que les livres dans la Bible ont été travaillés et retravaillés. Et là, il y aurait peut-être une nouvelle édition. La preuve, c’est que ni le prologue ni l’épilogue du livre de Job ne citent Éliou. On ne sait pas d’où il vient. En plus, Éliou, dont nous allons entendre les paroles, semble déjà connaître ce que Dieu va dire. Il reprend les paroles de Job qui ont été déjà dites plusieurs chapitres auparavant. Et la langue est d’une facture autre. Il y a des aramaïsmes, etc.

Bref, on a pu y voir comme un premier commentaire par des Juifs du livre de Job lui-même. Il y avait des choses dans le discours entre Job et ses amis qu’on ne pouvait passer sous silence. Il y avait aussi une manière particulière d’introduire les discours de Dieu qui vont venir. Et donc, un Juif reprenant le livre de Job y a inséré sa propre pensée. Il y aura quatre discours qui vont nous amener pour deux ou trois jours. On va d’abord commencer aujourd’hui avec un exorde, chapitre 32, puis le premier discours, chapitre 33.

Lecture : Job 32–33

Ces trois hommes cessèrent de répondre à Job, puisqu’il était juste à ses propres yeux.

Alors s’enflamma la colère d’Éliou, fils de Barakéel, le Bouzite, du clan de Ram. Envers Job s’enflamma sa colère, parce qu’il prétendait avoir raison contre Dieu. Sa colère s’enflamma envers ses trois amis aussi, parce que ceux-ci n’avaient pas trouvé de réponse pour donner tort à Job.

Éliou avait attendu pour s’adresser à Job, parce qu’ils étaient plus âgés que lui. Mais quand Éliou vit que ces trois hommes n’avaient plus de réponse à la bouche, sa colère s’enflamma.

Éliou, fils de Barakéel, le Bouzite, du clan de Ram, prit la parole et dit :

« Je suis jeune, moi, et vous êtes des anciens. C’est pourquoi, intimidé, je craignais de vous manifester mon savoir. Je me disais : il faut que l’âge parle, et que le nombre des années fasse connaître la sagesse.

Mais en réalité, c’est l’Esprit dans l’homme, le souffle du Puissant, qui le rend intelligent. Les plus âgés ne sont donc pas les plus sages, et ce ne sont pas les vieillards qui discernent le droit.

C’est pourquoi, je vous dis : écoutez-moi. Je veux, moi aussi, manifester mon savoir.

Voici, je comptai sur vos paroles. Je prêtai l’oreille à vos raisonnements, tandis que vous cherchiez des mots. Sur vous, je fixai mon attention.

Et voici que nul n’a réfuté Job. Aucun de vous n’a répondu à ses déclarations. N’allez pas dire : “Nous avons trouvé la sagesse”, et Dieu seul le confondra, non un homme. Ce n’est pas contre moi qu’il a aligné les mots, et ce n’est pas avec vos paroles que je lui répliquerai.

Stupéfaits, ils n’ont plus répondu. Les mots leur ont manqué.

Vais-je attendre, puisqu’ils ne parlent pas et se sont arrêtés et ne répondent plus ? Je répondrai pour ma part, moi aussi. Je manifesterai, moi aussi, mon savoir, car je suis rempli de paroles. Un souffle intérieur me contraint.

C’est en moi comme un vin sous pression, comme des outres neuves qui vont éclater. Parler me soulagera. J’ouvrirai les lèvres et je répondrai.

Je ne prendrai le parti d’aucun et je ne flatterai personne. Je ne sais pas flatter. En un rien de temps, mon Créateur m’emporterait.

Je t’en prie, Job, écoute donc mes discours. À toutes mes paroles, prête l’oreille. Voici que j’ouvre la bouche. Ma langue forme des mots dans mon palais.

C’est la droiture de mon cœur que j’exprime, et mes lèvres disent clairement ce que je sais. L’Esprit de Dieu m’a créé. Le souffle du Puissant me fait vivre.

Si tu le peux, réplique-moi. Argumente devant moi. Prends position.

Vois, pour Dieu, je suis ton égal. D’argile, j’ai été façonné, moi aussi. Ainsi, tu n’auras de moi ni terreur ni épouvante, et ma main ne pèsera pas sur toi.

Mais tu as dit à mes oreilles, et j’entends le son de tes paroles : “Je suis pur, sans péché, je suis net et sans faute en moi.”

Car Dieu est plus grand que l’homme. Pourquoi lui cherches-tu querelle, sous prétexte qu’il ne rend compte d’aucun de ses actes ?

C’est que Dieu parle une fois, deux fois, sans qu’on y prenne garde, dans un songe, dans une vision nocturne, quand tombe une torpeur sur les hommes et qu’ils sont assoupis sur leur lit, alors il leur ouvre l’oreille et leur adresse des sommations, pour détourner l’être humain de ses œuvres et pour prémunir le héros de l’orgueil.

Ainsi, il préserve son âme de la fosse, sa vie du passage au chenal de la mort.

Sur son lit, l’homme est corrigé par la douleur, quand ses os ne cessent de s’entrechoquer. Sa vie lui donne le dégoût du pain. Il perd l’appétit pour les mets les plus fins.

Sa chair dépérit à vue d’œil et ses os qu’on ne voyait pas deviennent saillants. Son âme approche de la fosse et sa vie des exterminateurs.

S’il y a près de lui un ange, un interprète, un seul entre mille, pour signifier à l’homme son devoir, s’il le prend en grâce et demande à Dieu : « Exempte-le de descendre dans la fosse, j’ai trouvé une rançon pour sa vie »,

alors sa chair retrouve la fraîcheur de sa jeunesse. Il revient à la vie, il revient aux jours de son adolescence.

Il implore Dieu et Dieu se plaît en lui. Avec allégresse, l’homme voit la face de celui qui le restaure en sa justice.

Il chante devant les hommes en disant : « J’avais péché, j’avais perverti le droit, et je n’ai pas eu ce que je méritais. » Il a épargné à mon âme de passer par la fosse, et mon être contemple la lumière.

Voilà ce que fait Dieu, deux fois, trois fois, à l’égard de l’homme, pour ramener son âme de la fosse, pour l’illuminer de la lumière des vivants.

Sois attentif, Job. Écoute-moi. Tais-toi, c’est moi qui parlerai. Si tu trouves des mots, réplique-moi. Parle, car je voudrais te donner raison. Sinon, toi, écoute-moi. Fais silence, que je t’enseigne la sagesse. »

Commentaire

Vous avez entendu Éliou se présenter dans le prologue. Éliou n’est pas content. Et c’est la différence avec Job, Bildad, Éliphaz ou Sofar. Éliou n’est pas content tout court. Il n’est content envers personne. Tout le monde se trompe : les amis comme Job. Il a conscience de sa jeunesse, et peut-être est-ce sa jeunesse qui le porte à une certaine forme de colère. Mais c’est peut-être aussi ce qui le rend sympathique malgré lui. Et puis aussi, ce qui vous rappelle que la sagesse n’attend pas le nombre des années.

Avec Éliou, c’est ce que je vous disais en introduction : on va scruter à la loupe le discours de Job, pour voir les petits points qui, malgré toute notre sympathie pour l’homme qui souffre, mériteraient quand même quelques critiques. Oui, quand un homme souffre, il faut faire l’effort de l’écouter. Mais ça ne veut pas dire qu’il faut tout prendre pour acquis. Et elle est là, la sagesse d’Éliou, qui n’attend pas le nombre des années.

Alors, voyons ce qu’il dit. La première chose qu’Éliou reproche à Job, c’est de s’être déclaré innocent. « Mais tu as dit à mes oreilles et j’entends le son de tes paroles : je suis pur et sans péché. Or Dieu invente des griefs contre moi. » Et là, Éliou a un point. Qui peut se déclarer innocent ? Qui peut dire qu’il n’a jamais commis le mal de sa vie ?

Alors, si vous voulez, c’est une chose de dire que le mal que vous avez commis ne mérite pas de tels châtiments, et qu’il y a une disproportion entre le petit péché éventuel que vous avez commis et puis les maladies que vous subissez. Ça, c’est une chose. Mais dire de manière tout court « je n’ai jamais commis le mal », ça, ça ne va pas. Et ça reprend ce que je vous avais dit en introduction de ce livre de Job. Il y a quelque chose d’un tout petit peu pharisien chez Job. La conscience morale un peu trop tranquille. Il ne suffit pas d’offrir des holocaustes à Dieu pour être en paix avec lui. Il ne suffit pas de faire le bien autour de soi pour être pur devant Dieu.

Être pur, c’est être totalement pur. Et être innocent devant Dieu, c’est être entièrement consacré au bien, à l’état pur. C’est être une flamme ardente. Qui peut dire qu’il est une flamme ardente ? Alors, encore une fois, le mal éventuel qu’a commis Job, nous ne le connaissons pas, et c’était peut-être des péchés véniels qui ne méritaient pas une maladie. Ça, c’est clair et c’est une chose. Mais quand même, un peu d’humilité, ça ne nuirait pas non plus aux propos de Job.

Ensuite, Job a dit que Dieu ne parlait pas et qu’il restait silencieux. Là encore, Éliou rappelle que Dieu parle. Peut-être pas de la manière dont on s’y attendrait, mais il parle, par exemple, à travers les songes : « Dans un songe, une vision nocturne, quand tombe une torpeur sur les hommes et qu’ils sont assoupis sur leur lit, alors il leur ouvre l’oreille. » Donc, il n’est pas vrai que Dieu ne parle pas tout court. Et Job aurait pu rappeler que, de temps en temps, Dieu nous parle à travers des songes. Ou à travers des signes, ou tout ce que vous voulez.

Mais en fait, le problème, c’est que Job attend de Dieu qu’il parle d’une certaine manière. Soit en enlevant directement son châtiment, soit avec un coup de baguette magique en faisant des miracles. Mais on n’est pas là pour dire à Dieu comment il doit parler. Et à trop vouloir attendre un certain type de discours, on va peut-être passer à côté de la réponse de Dieu. Les songes, c’est déjà beaucoup plus subtil et délicat, mais néanmoins, ça existe comme réponse de Dieu.

Autre manière de parler : les anges. Verset 23 : voici quelle semble être la pensée. Dieu parle à l’homme. Par exemple, il le corrige en lui envoyant la souffrance, ce que Job connaît. Et cette souffrance est déjà une expression de la part de Dieu. Sauf que les amis de Job disaient de manière trop rapide que cette souffrance voulait dire quelque chose de très précis : que la souffrance de Job voulait dire que Job était injuste et qu’il avait commis le mal.

Et là, ce qu’Éliou dit, c’est que la souffrance est bien un mécanisme. C’est un message de Dieu, mais c’est un message caché, qui doit être interprété. Et qu’il faut trouver un interprète pour expliquer le sens profond de ce que vit Job. Un ange. Et là, vous voyez comment, dans ce premier discours qu’il fait, Éliou reprend Job sur des points théologiques très précis : un sens moral et une humilité émoussés en lui, une angélologie défaillante, et aussi une mystique incomplète.

Autrement dit, d’accord, Job fait la leçon à tout le monde. Et autant on comprend que quelqu’un qui souffre, parfois ses paroles dépassent ce qu’il pense et que ça parte dans tous les sens. Néanmoins, au bout de vingt chapitres, Job aurait eu le temps peut-être de mesurer un peu plus ses paroles. Et quitte à faire la leçon à ses amis, il faut être soi-même irréprochable. Dans tout discours, il y a une limite. Et ce qu’Éliou rappelle, c’est que là, nous avons atteint les limites du discours de Job.

Terminons par une courte prière pour demander à Dieu la grâce de l’humilité. Et nous nous confions à nos anges gardiens. Ô bon ange que Dieu a préposé à ma garde, nous t’en prions : garde-nous dans la volonté de Dieu toute la journée et apprends-nous les chemins de l’humilité. Et vous, que Dieu vous bénisse, le Père, le Fils et le Saint-Esprit. Amen.


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