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Résumé : Dans cet épisode, le frère Paul-Adrien lit les chapitres 42 et 43 de la Genèse, où Joseph, devenu vizir d’Égypte, retrouve ses frères venus acheter du blé sans être reconnu. Il les met à l’épreuve en exigeant qu’ils reviennent avec Benjamin, le plus jeune. Le commentaire porte sur la complexité du pardon et de la réconciliation : il ne suffit pas de vouloir pardonner, encore faut-il que la confiance perdue soit regagnée et méritée.
Introduction
Notre secours est dans le nom du Seigneur, qui a fait le ciel et la terre.
Nous continuons notre lecture du livre de Joseph. Normalement, vous voyez, ça ne doit pas vous coûter trop que d’écouter jour après jour ces histoires parce qu’elles se laissent facilement écouter. Aujourd’hui, Genèse 42-43, préparez-vous à pleurer.
Lecture : Genèse 42-43
Il les reconnut, mais il se comporta comme un étranger à leur égard et il leur parla avec dureté.
Il leur dit : « D’où venez-vous ? »
Ils répondirent : « Du pays de Canaan, pour acheter du blé en nourriture. »
Joseph avait reconnu ses frères, mais eux ne l’avaient pas reconnu.
Joseph se rappela les songes qu’il avait eus à leur sujet et leur dit : « Vous êtes des espions ! C’est pour découvrir les points faibles du pays que vous êtes venus. »
Ils répondirent : « Non, Monseigneur. Tes serviteurs sont venus pour acheter du blé en nourriture. Nous sommes tous fils du même homme. Nous sommes de bonne foi. Tes serviteurs ne sont pas des espions. »
Joseph leur répéta : « Non, c’est pour découvrir les points faibles du pays que vous êtes venus. »
Et ils ajoutèrent : « Tes serviteurs étaient douze frères. Nous sommes fils d’un même homme au pays de Canaan. Aujourd’hui, le plus jeune est resté avec notre père et l’un de nous n’est plus. »
Joseph leur déclara : « Je maintiens ce que je vous ai dit. Vous êtes des espions. Voici l’épreuve que vous devrez subir. Par la vie de Pharaon, vous ne sortirez de ce pays que si votre plus jeune frère vient ici. Envoyez l’un de vous chercher votre frère, mais vous, vous resterez prisonniers. On va vérifier vos paroles. Est-ce la vérité ? Si c’est non, par la vie de Pharaon, vous êtes vraiment des espions. »
Il les retint au poste de garde pendant trois jours.
Le troisième jour, il leur dit : « Faites ce que je vais vous dire et vous resterez en vie, car je crains Dieu. Si vous êtes de bonne foi, que l’un d’entre vous reste prisonnier au poste de garde. Vous autres, partez en emportant ce qu’il faut de blé pour éviter la famine à votre clan. Puis vous m’amènerez votre plus jeune frère. Ainsi, vos paroles seront vérifiées et vous ne serez pas mis à mort. »
Ils acceptèrent.
Ils se disaient l’un à l’autre : « Hélas, nous sommes coupables envers Joseph, notre frère. Nous avons vu dans quelle détresse il se trouvait quand il nous suppliait et nous ne l’avons pas écouté. C’est pourquoi nous sommes maintenant dans une telle détresse. »
Rubèn alors prit la parole : « Je vous l’avais bien dit. Ne commettez pas ce crime contre notre jeune frère, mais vous ne m’avez pas écouté. Et maintenant, il faut répondre de son sang. »
Comme il y avait un interprète, ils ne se rendaient pas compte que Joseph les comprenait.
Alors Joseph se retira pour pleurer. Ensuite, il revint près d’eux et leur parla. Parmi eux, il choisit Siméon et le fit enchaîner sous leurs yeux.
Alors Joseph ordonna de remplir de froment leurs bagages, de replacer l’argent de chacun dans son sac et de leur donner des provisions pour la route. C’est ainsi qu’il agit envers eux.
Ils chargèrent le blé sur leurs ânes et partirent.
À l’étape, l’un d’eux ouvrit son sac pour donner du fourrage à son âne et il découvrit son argent. Il était sur le dessus de sa besace. Il dit à ses frères : « On m’a rendu mon argent. Il est là dans ma besace. »
Le cœur leur manqua. Ils tressaillirent, se regardant l’un l’autre, et dirent : « Qu’est-ce que Dieu nous a fait ? »
De retour au pays de Canaan, chez Jacob, leur père, ils lui rapportèrent tout ce qui leur était arrivé. Ils dirent : « L’homme qui est le maître du pays nous a parlé avec dureté. Il nous a pris pour des espions du pays. Nous lui avons dit : “Nous sommes de bonne foi, nous ne sommes pas des espions. Nous étions douze frères, fils d’un même père. L’un de nous n’est plus et aujourd’hui le plus jeune est resté avec notre père au pays de Canaan.” »
« Alors, l’homme qui est le maître du pays nous a dit : “Voici comment je saurai si vous êtes de bonne foi. Laissez avec moi l’un de vos frères. Prenez de quoi éviter la famine à votre clan et partez. Puis amenez-moi votre plus jeune frère pour que je sache que vous n’êtes pas des espions mais que vous êtes de bonne foi. Je vous rendrai votre autre frère et vous pourrez aller et venir dans le pays.” »
Ils se mirent à vider leur sac et voici que chacun trouvait dans son sac la bourse avec son argent. Quand eux-mêmes et leur père virent les bourses avec leur argent, ils eurent peur.
Jacob, leur père, dit alors : « Vous me privez de mes enfants. Joseph n’est plus, Siméon n’est plus et vous voulez me prendre Benjamin ? Tout est contre moi. »
Rubèn dit à son père : « Tu pourras faire mourir mes deux fils si je ne te ramène pas Benjamin. Remets-le entre mes mains et je te le rendrai. »
Mais Jacob reprit : « Mon fils ne descendra pas avec vous. Son frère est mort. Il ne me reste que lui. S’il lui arrivait malheur sur la route que vous allez prendre, c’est dans la douleur que vous feriez descendre mes cheveux blancs au séjour des morts. »
La famine continuait à peser sur le pays. Aussi, quand ils eurent fini de manger le blé rapporté d’Égypte, leur père leur dit : « Retournez nous acheter un peu de nourriture. »
Juda lui répondit : « L’homme nous a déclaré expressément : “Vous ne serez pas admis en ma présence si votre frère n’est pas avec vous.” Si tu laisses notre frère partir avec nous, nous descendrons acheter de la nourriture. Mais si tu ne le laisses pas partir, nous ne descendrons pas puisque l’homme nous a dit : “Vous ne serez pas admis en ma présence si votre frère n’est pas avec vous.” »
Israël dit alors : « Pourquoi m’avoir fait du mal en apprenant à l’homme que vous aviez encore un frère ? »
Ils répondirent : « L’homme nous a posé des questions sur nous et notre parenté. “Votre père est-il encore en vie ? disait-il. Avez-vous un frère ?” Nous avons répondu à ces questions. Est-ce que nous pouvions savoir qu’il dirait : “Amenez ici votre frère” ? »
Juda dit alors à son père Israël : « Laisse partir le jeune homme avec moi. Debout ! Allons, si nous voulons vivre et non pas mourir, nous, toi et nos jeunes enfants. Moi, je me porte garant de lui. Tu pourras m’en demander compte. Si je ne te le ramène pas auprès de toi, si je ne le présente pas devant toi, j’aurai commis une faute envers toi pour toujours. Si nous n’avions pas tellement hésité, nous serions déjà revenus deux fois. »
Leur père Israël reprit : « Si c’est le cas, eh bien, faites ceci. Prenez dans vos bagages des produits du pays pour en faire présent à cet homme. Un peu de baume, un peu de miel, des aromates, de la myrrhe, des pistaches et des amandes. Prenez avec vous deux fois la somme d’argent. Ainsi, l’argent remis sur le dessus de vos besaces, vous pourrez le restituer. C’était peut-être une erreur. Emmenez votre frère, debout, retournez chez cet homme. Que le Dieu Tout-Puissant vous donne de susciter la compassion de cet homme. Que celui-ci vous laisse ramener votre autre frère et aussi Benjamin. Pour moi, si je dois être privé d’enfants, que j’en sois privé. »
Les hommes prirent avec eux le présent et la double somme d’argent. Ils emmenèrent aussi Benjamin. Ils se levèrent, descendirent en Égypte et se présentèrent devant Joseph.
Apercevant Benjamin avec eux, Joseph dit à son intendant : « Fais entrer ces hommes dans la maison. Tue une bête et apprête-la, car ces hommes mangeront avec moi ce midi. »
L’intendant exécuta les ordres de Joseph et fit entrer les hommes dans la maison. Mais ceux-ci eurent peur, car on les faisait entrer dans la maison de Joseph. Ils se disaient : « C’est à cause de l’argent remis dans nos besaces la fois passée. C’est pour ça qu’on nous amène ici. Ils vont se ruer sur nous, tomber sur nous, nous garder en esclaves avec nos ânes. »
Ils s’approchèrent de l’intendant de Joseph et lui parlèrent à l’entrée de la maison en disant : « Pardon, mon Seigneur, nous sommes déjà descendus une première fois pour acheter de la nourriture. Or, quand nous sommes arrivés à l’étape et avons ouvert nos besaces, chacun a retrouvé son argent sur le dessus de sa besace. La somme exacte, nous la rapportons avec nous. Et nous sommes descendus avec une autre somme d’argent pour acheter de la nourriture. Nous ne savons pas qui avait remis notre argent dans nos besaces. »
L’intendant répondit : « Soyez en paix. N’ayez pas peur. C’est votre Dieu, le Dieu de votre père, qui a caché un trésor dans vos besaces. Votre argent m’était bien parvenu. »
Et il leur relâcha Siméon.
L’homme les fit entrer dans la maison de Joseph. Il leur apporta de l’eau et ils se lavèrent les pieds, puis il donna du fourrage à leurs ânes. Ils préparèrent le présent en attendant l’arrivée de Joseph pour midi, car ils avaient appris qu’ils prendraient là leur repas.
Joseph entra dans la maison et ils lui offrirent le présent qu’ils tenaient entre leurs mains. Puis ils se prosternèrent devant lui jusqu’à terre.
Il leur demanda comment ils allaient et ajouta : « Comment va votre vieux père dont vous m’aviez parlé ? Est-il toujours en vie ? »
Ils répondirent : « Ton serviteur, notre père, se porte bien. Il est toujours en vie. » Puis ils s’inclinèrent et se prosternèrent.
Joseph leva les yeux et aperçut son frère Benjamin, le fils de sa mère. Et il dit : « Est-ce lui votre plus jeune frère, celui dont vous m’aviez parlé ? » Puis il ajouta : « Que Dieu te prenne en grâce, mon fils. »
Ému jusqu’aux entrailles à la vue de son frère, Joseph chercha en toute hâte un endroit pour pleurer. Il entra dans sa chambre et là, il pleura.
Il se lava le visage et ressortit. Il se domina et dit : « Servez le repas. »
On le servit à part. On les servit à part, eux aussi. On servit à part les Égyptiens qui mangeaient chez lui, car les Égyptiens ne peuvent prendre un repas avec les Hébreux. Ce serait une abomination pour les Égyptiens.
Les frères se placèrent devant Joseph par rang d’âge, depuis l’aîné selon son droit d’aînesse, jusqu’au plus jeune. Ils se regardaient l’un l’autre avec étonnement.
Puis Joseph leur fit servir des portions de ce qui était devant lui. Et la portion de Benjamin était cinq fois plus copieuse que celle de tous les autres.
Ils burent et s’enivrèrent avec lui.
Commentaire
Il y a quand même un petit talent littéraire. Ça vaut peut-être pas le sacrifice d’Isaac où on a beau connaître l’histoire, on ne peut pas s’empêcher d’attendre la fin. On se dit, il va le sacrifier ou il va pas le sacrifier, alors qu’on sait très bien comment ça va se terminer. Mais c’est tellement bien écrit qu’on se laisse prendre au jeu à chaque fois. Mais ici, on n’est peut-être pas à ce niveau-là, mais on n’en est pas loin. Avec cette espèce de jeu entre « je dis, je ne dis pas, j’en dis un tout petit peu », mais « je tends des pièges » et puis en même temps « je fais des cadeaux » en même temps que « j’essaye de mettre à l’épreuve ». C’est extraordinaire. Avec cette émotion qui est à peine dite et qui est tout de suite cachée. Joseph qui pleure en cachette. Et puis la résolution finale. C’est quand même extraordinaire.
La morale de cette affaire, c’est la grandeur de Joseph et comment apprendre à pardonner à ses frères. Et ce que vous dit cette histoire, c’est qu’en fait, apprendre à pardonner à ses frères, c’est beaucoup plus compliqué que ça n’en a l’air, malgré la grandeur d’âme de Joseph.
Je dis grandeur d’âme de Joseph parce qu’il ne prend pas leur argent, parce qu’en plus il essaye de prendre de leurs nouvelles. Et puis parce que vous sentez que son petit cœur brisé à ce pauvre Joseph, il ne demande qu’une seule chose, c’est de pouvoir se réconcilier avec ses frères.
Sauf que — et c’est là où ça devient compliqué — sauf que la réconciliation, ça ne se fait pas comme ça. Et c’est là où il faut être clair. Il ne suffit pas de vouloir se réconcilier pour pouvoir se réconcilier. Quand en face de vous, vous avez subi de véritables crasses — et ça arrive — si jamais vous pardonnez trop vite, ça peut être très compliqué et vous pouvez en fait tout simplement suggérer à l’autre de recommencer ses crasses. Et donc, il faut mettre à l’épreuve.
La confiance, ça se perd — ça, c’est la mauvaise nouvelle. La bonne nouvelle, c’est que la confiance, ça peut se regagner, mais ça ne se regagne pas comme ça. Il faut la mériter. A priori, on fait confiance aux gens, mais une fois qu’ils ont perdu la confiance, mon grand, cette fois-ci, tu vas mériter de pouvoir la regagner.
Donc là, les tests que Joseph fait avec ses frères sont une manière pour eux de prouver à Joseph qu’ils sont dignes de confiance. Et en fait, ce n’était pas gagné, cette affaire. Alors, je n’en dis pas plus parce qu’on est en plein dans la mise à l’épreuve. Donc, je ne vais pas spoiler. Donc, chut, je me tais.
Proverbes 6, 6-11
Va vers la fourmi, paresseux.
Regarde-la marcher et deviens sage.
Elle n’a pas de supérieur, ni surveillant, ni gouverneur, et tout l’été, elle fait ses provisions, elle amasse à la moisson de quoi manger.
Combien de temps vas-tu rester couché, paresseux ? Quand vas-tu émerger de ton sommeil ?
Un somme par-ci, une sieste par-là, s’allonger un moment, se croiser les bras…
Et voilà que survient la pauvreté, comme un rôdeur, la misère, comme un garde bien armé.
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