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Résumé : Dans ce deuxième jour consacré au Lévitique, le frère Paul-Adrien approfondit la signification du sacrifice comme porte d’entrée du culte et de la rencontre avec Dieu. Il propose d’utiliser l’imagination ignatienne pour revivre de l’intérieur les scènes sacrificielles, puis lit Lévitique 5, consacré aux sacrifices de réparation pour les fautes commises par inadvertance ou par infidélité. L’épisode se conclut avec le Psaume 10.

Introduction

Notre secours est dans le nom du Seigneur, qui a fait le ciel et la terre.

C’est votre deuxième jour dans le Lévitique. Ça va ? Vous survivez ? Alors, nous allons continuer de vous faire rêver pour rentrer dedans. Je vous ai dit, la pédagogie étant l’art de la répétition, que le Lévitique avait son importance. Il était au centre de la Torah, qui est la partie la plus importante de l’Ancien Testament. Il permet à Moïse, qui était à l’extérieur de la tente, de rentrer à l’intérieur. Et à travers Moïse, tout Israélite de pouvoir rencontrer Dieu. Et à travers tout Israélite, c’est de vous dont il est question.

Je vous ai dit aussi que la porte d’entrée du Lévitique était le sacrifice. Et qu’à travers le sacrifice, on parlait d’autres choses que du sacrifice, mais de vous. Je vous ai redit que pour nous, chrétiens, le sacrifice continue d’être la clé de lecture de toute la liturgie, de la prière publique. Et même de la prière du Christ. Laissez-moi deux petites secondes pour que je vous explique ça un peu plus.

Moi, ça me fait penser à la différence entre le culte catholique et le culte protestant. Le culte protestant, en tout cas, c’est comme ça que je me l’imagine. C’est de la musique moderne avec des prédications enflammées. Et c’est vrai que ceux auxquels j’ai participé, c’était ça. Bon, je suppose qu’il y en a peut-être d’autres. Et je suppose aussi que tous les cultes protestants ne sont pas enflammés, qu’il y en a aussi des mauvais. Le culte catholique, lui, certainement, je pense, est plus austère. Même s’il y a encore des messes avec des groupes de musique moderne et puis des prédications enflammées. Mais la porte d’entrée est certainement plus austère. Parce que la porte d’entrée, c’est ni la prédication, ni la musique. C’est le sacrifice. Quelque chose que l’on offre. Et même si je trouve que les cultes protestants sont par bien des aspects extrêmement édifiants, je ne peux pas m’empêcher de me dire qu’il manque quelque chose. Et bien qu’on s’est arrêté précisément à l’entrée de la tente de la rencontre, et qu’on n’était pas allé à l’intérieur. Parce que pour pénétrer à l’intérieur de la tente de la rencontre, ben… la pédagogie liturgique, celle de l’Ancien Testament, c’est le sacrifice. Et cette pédagogie, c’est celle-là qu’a repris le Nouveau Testament à travers… ben à travers la communion. Le rite de la communion.

Alors oui, le sacrifice chrétien, c’est celui de la charité. Mais cette charité, précisément, vous l’avez inscrite dans votre corps, c’est ce corps-là que vous offrez à Dieu en essayant d’imiter par cela même le sacrifice que Jésus a fait. C’est notre manière de rentrer à l’intérieur du sacrifice de la croix. À l’intérieur de la tente de la rencontre.

Alors, oubliez deux secondes ce que je viens de vous dire sur les différences catholiques-protestants. Vous êtes d’accord, vous n’êtes pas d’accord. Le but n’est pas là. Le but était juste de vous donner un exemple pour essayer de vous faire sentir ce que je pressens être l’importance du Lévitique et du culte chrétien. La porte d’entrée du culte chrétien, c’est le sacrifice.

Alors, c’est sûr que ces sacrifices dans le Lévitique, ils ne sont pas parfaits. Mais il ne faudrait pas que ça vous empêche de rentrer dans ce que ça signifie. La symbolique du sacrifice. Le symbolisme du sacrifice, c’est quand vous prenez quelque chose que vous offrez à Dieu en le détruisant. Dans l’acte même de le détruire, holocauste, vous le consacrez à Dieu pour montrer qu’il est réservé à Dieu et qu’il appartient maintenant au domaine céleste. Il monte en parfum d’agréable odeur. Offrir en renonçant, c’est la notion de gratuité qu’il y a dans la charité. En prenant sur une partie de votre bétail, c’est la notion d’effort pour montrer que ça vous coûte. Les entrailles, qui sont le lieu de vos pensées et de vos émotions.

Mais c’est pour ça que moi j’essaye de vous faire rêver, pour que vous puissiez vivre le texte. Et en le vivant, que vous rentriez dans cette fichue tente de la rencontre où Dieu vous attend, parce que pour l’instant vous êtes comme avec Moïse à l’extérieur. Il va bien falloir, si jamais vous voulez repartir dans le désert en terre promise — Nombres, chapitre 1, verset 1 — que vous arriviez à l’intérieur.

Voilà, dans Lévitique chapitre 5, il va être encore question des sacrifices que l’on fait pour réparer ses étourderies et ses fautes. Voilà la clé de lecture que je vous propose pour aujourd’hui. Il y avait la trame narrative, il y avait le symbolisme, et maintenant c’est la puissance de votre imagination. Écoutez, la clé de lecture, c’est saint Ignace de Loyola, ses principes pour faire de la lectio divina. Vous voulez méditer l’Évangile ? Saint Ignace vous dit : revivez la scène de l’intérieur en imaginant que vous êtes un personnage dont il est question. Vous voulez revivre le Lévitique ? Vous dirait saint Ignace : revivez la scène de l’intérieur. Imaginez que vous êtes un Hébreu, devant vous il y a Aaron, et vous venez de lui apporter une pièce de votre bétail pour qu’il l’offre en sacrifice.

Alors vous me direz : mais moi je sais pas du tout à quoi ça ressemblait cette tente de la rencontre, et même le temple de Jérusalem j’y ai pas été. Moi ce qui m’intéresse c’est Jésus. Sauf que Jésus, il allait dans le temple de Jérusalem, il vivait tous ses sacrifices, c’est là-dedans qu’il a été éduqué, ça fait partie de son imagination. Donc là, en fait, ce que je vous propose, c’est de rentrer dans l’imagination de Jésus.

Imaginez, imaginez-moi… je sais pas, que vous êtes un de ces laïcs qui avait commis une faute par étourderie, ou vous voulez offrir un sacrifice pour demander pardon. Vous avez pris un bœuf que vous avez apporté au prêtre. Le prêtre, vous êtes à l’intérieur du parvis, avec ses mains sur son front, pour que vous puissiez vous identifier à lui, juste à côté de la tente de la rencontre où vous avez toujours pas le droit d’aller. Et puis ensuite, avec lui, vous avez expliqué pourquoi vous l’amenez, parce que c’est comme la messe, c’est comme la confession, les laïcs et les prêtres ça parle. Vous avez chanté avec lui des psaumes, vous êtes rentré dans une prière, et vous l’avez dit. Et le prêtre vous a rassuré en vous disant que ça vous avait bien fait, que le sacrifice allait être accepté. Et puis maintenant vous êtes avec un couteau de boucher, avec lui, et vous êtes en train de dépecer l’animal, vous êtes en train de racler les excréments, vous en avez plein les mains, vous en avez plein les narines parce que tout ça devait sentir, vous en avez plein les yeux. Et vous êtes en train de parler avec le prêtre. Ça devait être une scène extrêmement vivante, parce qu’un sacrifice, on le vit en entier.

Et ben ça, c’est le Lévitique. Moi, Lévitique chapitre 5, je vous lis la partition, à vous de la rejouer.

Lecture : Lévitique 5

Si un homme commet une faute parce qu’il a entendu l’appel solennel à témoigner et que, ayant été témoin direct, ou ayant vu, ou ayant eu connaissance des faits, il ne se présente pas comme témoin, il portera le poids de son péché.

Ou si un homme touche quoi que ce soit d’impur — cadavre de bête sauvage impure, cadavre d’animal domestique impur, cadavre de bestiole impure — même si le fait lui échappe, alors il devient impur et coupable.

Ou s’il touche une impureté humaine, parmi toutes celles qui rendent impur, et qu’il le fasse sans s’en rendre compte, alors qu’il en connaît le caractère impur, il devient coupable.

Ou si un homme laisse échapper un serment, en mal ou en bien, dans l’un des cas où il arrive de jurer inconsidérément, même si le fait lui échappe, bien qu’il en connaisse le caractère impur, il devient coupable.

Et si un homme devient coupable dans l’un de ces cas, il reconnaîtra publiquement la faute qu’il a commise. Il se présentera en coupable devant le Seigneur et il amènera pour son sacrifice, à cause de la faute commise, une femelle de petit bétail, brebis ou chèvre, comme sacrifice pour la faute. Alors le prêtre accomplira sur lui le rite d’expiation pour sa faute.

Mais si l’homme n’a pas les moyens de se procurer une tête de petit bétail, il amènera au Seigneur, en sacrifice de réparation pour la faute commise, deux tourterelles ou deux jeunes pigeons, l’un en sacrifice pour la faute et l’autre en holocauste.

Il les amènera au prêtre. Le prêtre offrira d’abord celui qui est destiné au sacrifice pour la faute, en lui tordant le cou. Le prêtre lui rompra la nuque sans détacher la tête. Avec un peu du sang de la victime, il aspergera le côté de l’autel, et ce qui reste du sang sera versé à la base de l’autel. C’est un sacrifice pour la faute.

Du second oiseau, il fera un holocauste en suivant le rite. Le prêtre accomplira pour l’homme le rite d’expiation pour sa faute.

Si l’homme n’a pas les moyens de se procurer deux tourterelles ou deux jeunes pigeons, il apportera comme présent réservé, en vue du sacrifice pour la faute, un dixième de mesure de fleur de farine. Pour ce sacrifice, il n’y versera pas d’huile et n’y mettra pas d’encens, car c’est un sacrifice pour la faute.

Il l’apportera au prêtre. Le prêtre en prendra une pleine poignée, il la fera fumer à l’autel en témoignage, comme nourriture offerte pour le Seigneur. C’est un sacrifice pour la faute.

Le prêtre accomplira pour l’homme le rite d’expiation pour la faute qu’il a commise en l’un de ces cas, et il lui sera pardonné. Le prêtre aura sa part comme pour l’offrande de céréales.

Le Seigneur parla à Moïse et dit :

Si un homme se rend infidèle en commettant une faute par inadvertance contre les droits sacrés du Seigneur, il fera venir devant le Seigneur, à titre de réparation, un bélier sans défaut pris dans le troupeau, à évaluer en sicles d’argent au taux du sicle du sanctuaire, pour le sacrifice de réparation.

Ce dont il a frustré le sanctuaire, il le remboursera en y ajoutant un cinquième, et il le remettra au prêtre. Alors le prêtre accomplira pour lui le rite d’expiation avec le bélier du sacrifice de réparation, et il lui sera pardonné.

Si un homme commet une faute, faisant sans le savoir l’une des choses défendues par les commandements du Seigneur, et qu’il devienne ainsi coupable, il portera le poids de son péché. Il amènera au prêtre un bélier sans défaut de son troupeau, selon la valeur fixée pour le sacrifice de réparation. Le prêtre accomplira pour lui le rite d’expiation pour la faute commise par inadvertance, et il lui sera pardonné. C’est un sacrifice de réparation : le coupable doit vraiment faire réparation envers le Seigneur.

Le Seigneur parla à Moïse et dit :

Si un homme commet une faute, se rendant infidèle envers le Seigneur, soit en mentant à l’un de ses compatriotes à propos d’un objet reçu en dépôt, d’un objet emprunté ou d’un objet volé, soit en exploitant son compatriote, ou encore si, ayant trouvé un objet perdu, il ment à son propos, et si de plus il prononce un faux serment au sujet de l’une de ses actions qui sont des fautes :

puisqu’il a commis une faute et qu’il est coupable, il rendra ce qu’il a volé ou ce qu’il a extorqué, ou ce qui lui a été confié en dépôt, ou l’objet qu’il a trouvé, ou toute chose pour laquelle il a prêté un faux serment. Il le restituera dans sa totalité en y ajoutant un cinquième ; il le remettra le jour où sa culpabilité sera connue.

Puis il fera venir devant le prêtre, comme sacrifice de réparation envers le Seigneur, un bélier sans défaut de son troupeau, selon la valeur fixée pour le sacrifice de réparation. Le prêtre accomplira pour l’homme le rite d’expiation devant le Seigneur, et il lui sera pardonné, quelle que soit la faute dont il s’est rendu coupable.

Commentaire

Aujourd’hui encore, pas de commentaire, je suis désolé. Pour l’instant, je suis en train de poser les principes. Mais là, vous sentez que petit à petit, votre posture d’auditeur en écoutant le Lévitique est en train de changer. Et c’est déjà pas mal. Après, on pourra rentrer dans les détails, mais j’ai pas encore tout dit. Pour l’instant, j’essaye de vous faire rêver, de vous montrer les enjeux. Après, on les explorera.

En attendant, transition poétique.

Psaume 10

Auprès du Seigneur j’ai mon refuge. Comment pouvez-vous me dire : « Oiseaux, fuyez à la montagne » ?

Voici que des méchants tendent l’arc, ils ajustent leurs flèches à la corde pour viser dans l’ombre l’homme au cœur droit.

Quand sont ruinées les fondations, que peut faire le juste ?

Mais le Seigneur, dans son temple saint, le Seigneur, dans les cieux, garde les yeux ouverts sur le monde. Il voit, il scrute les hommes.

Le Seigneur a scruté le juste et le méchant : l’ami de la violence, il le hait. Il fera pleuvoir ses fléaux sur les méchants, feu et soufre et vent de tempête, c’est la coupe qu’ils auront en partage.

Vraiment, le Seigneur est juste, il aime toute justice ; les hommes droits verront sa face.


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