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Résumé : Dans cet épisode consacré au Lévitique 10, le frère Paul-Adrien commente la mort foudroyante de Nadab et Abihou, fils d’Aaron, qui ont offert un feu profane devant le Seigneur. Il médite sur la gravité de la liturgie, le danger de l’excès de zèle mal placé, et la grandeur d’âme d’Aaron qui, malgré la perte de deux de ses fils, fait preuve d’une connaissance profonde de la loi et d’une humanité remarquable.

Introduction

Lévitique, chapitre 10. Le chapitre que vous allez entendre maintenant est court et vous allez me dire : « Mais il a mal calibré son truc ! » On vient d’avoir deux chapitres longs et j’espère que vous avez vibré de stress et d’émotion en entendant le premier sacrifice dont on entendait les premiers tours, le premier rodage — comme notre mobylette dont on se demandait si jamais elle allait marcher. Et oui, ça marche ! Alléluia, soupir de soulagement !

Mais les deux chapitres, il y en avait deux et ils étaient tous les deux longs. Et voilà que maintenant, je vous propose un seul chapitre et en plus il est court. Mais il est fou ! Eh ben ! On en reparle dans quelques instants, vous voyez que je ne vous fais même pas d’introduction. À tout de suite dans les commentaires.

Lecture : Lévitique 10

C’est alors que Nadab et Abihou, fils d’Aaron, prirent chacun son brûle-parfum, y mirent des charbons ardents sur lesquels ils déposèrent de l’encens. C’est un feu profane qu’ils apportèrent devant le Seigneur, sans qu’il le leur ait ordonné. Mais de devant le Seigneur, un feu sortit et les dévora. Ils moururent devant le Seigneur.

Alors Moïse dit à Aaron : « C’est bien ce qu’avait dit le Seigneur en déclarant : par ceux qui m’approchent, je me sanctifierai, et devant tout le peuple, je me glorifierai. » Mais Aaron resta silencieux.

Moïse appela Mishaël et Elçafân, les fils d’Ouzziel, oncle d’Aaron, et leur dit : « Approchez, emportez vos frères loin du sanctuaire, hors du camp. » S’étant approchés, ils les emportèrent dans leur tunique hors du camp, comme l’avait dit Moïse.

Moïse dit alors à Aaron, ainsi qu’à ses fils Éléazar et Itamar : « Ne dénouez pas vos cheveux, ne déchirez pas vos vêtements, de peur de mourir et d’attirer la colère contre toute la communauté. Mais tous vos frères, toute la maison d’Israël, eux pleureront ce que le Seigneur a détruit par le feu. Vous, vous ne quitterez pas l’entrée de la tente de la rencontre, de peur de mourir, car l’huile d’onction du Seigneur est sur vous. » Et ils agirent conformément à la parole de Moïse.

Le Seigneur parla à Aaron et dit : « Quand vous devez entrer dans la tente de la rencontre, toi et tes fils avec toi, ne buvez ni vin ni boisson, alors vous ne mourrez pas. C’est un décret perpétuel pour toutes vos générations. Vous séparerez le saint et le profane, l’impur et le pur, et vous enseignerez aux fils d’Israël tous les décrets que le Seigneur a édictés pour eux par l’intermédiaire de Moïse. »

Moïse parla à Aaron et aux fils qui lui restaient, Éléazar et Itamar : « Prenez l’offrande de céréales, et après en avoir retiré la nourriture offerte pour le Seigneur, mangez cette offrande sans levain, à côté de l’autel, car c’est une part très sainte. Vous la mangerez dans un lieu saint. C’est le décret pour toi et le décret pour tes fils à propos des nourritures offertes au Seigneur. Tel est l’ordre que j’ai reçu. »

« Mais la poitrine offerte avec le geste d’élévation et la cuisse, la part prélevée, c’est dans n’importe quel lieu pur que toi, tu pourras les manger, et de même tes fils et tes filles après toi. C’est le décret pour toi et le décret pour tes fils, à propos des sacrifices de paix des fils d’Israël. Ils apporteront la cuisse, la part prélevée, et la poitrine offerte avec le geste d’élévation, ainsi que les graisses offertes en nourriture. Elles seront offertes avec le geste d’élévation devant le Seigneur. C’est un décret perpétuel, édicté par le Seigneur, pour toi et pour tes fils après toi, comme le Seigneur l’a ordonné. »

Alors Moïse chercha avec insistance le bouc du sacrifice pour la faute. Voici qu’on l’avait brûlé. Il se mit en colère contre Éléazar et Itamar, les fils qui restaient à Aaron : « Pourquoi n’avez-vous pas mangé la victime du sacrifice pour la faute dans le lieu saint ? C’est une part très sainte qui vous a été accordée pour ôter le péché de la communauté et pour que soit accompli sur celle-ci le rite d’expiation devant le Seigneur. Puisque le sang de la victime n’avait pas été porté à l’intérieur du sanctuaire, vous deviez absolument la manger dans le sanctuaire, comme je l’avais ordonné. »

Alors Aaron adressa la parole à Moïse : « Voici qu’en ce jour, ils ont présenté leur sacrifice pour la faute et leur holocauste devant le Seigneur. Mais après ce qui m’est arrivé, le Seigneur approuverait-il que je mange d’un sacrifice pour la faute en un tel jour ? » Et quand Moïse entendit cela, il approuva.

Commentaire

Qui l’eût cru ? La Bible, c’est une claque à chaque page. Donc chapitres 8-9, vous avez entendu le cri d’exultation, de joie. Et voilà que tout d’un coup, les Hébreux se sont mis à prendre la confiance et ça s’est terminé par un meurtre, direct. Avec donc Aaron avec quatre fils, Nadab et Abihou. Et en plus, les deux derniers, si jamais vous regardez, ils ont échappé de peu à leur mort, avec cette phrase extraordinaire.

Aaron vient de voir mourir deux de ses fils. Et il y a Moïse qui ne peut pas s’empêcher de faire la mouche du coche : « C’est bien ce qu’avait dit le Seigneur en déclarant : par ceux qui m’approchent, je me sanctifierai, et devant tout le peuple, je me glorifierai. » Et Aaron, pauvre Aaron, c’est marqué juste après dans le texte : « Aaron resta silencieux. » Oh, tu m’étonnes !

Grandeur d’âme d’Aaron, stoïque, qui a compris ce qu’il avait fait avec le Veau d’or, qui acquiesce, qui n’en pense pas moins, qui doit quand même trouver ça un peu vache tout ce qui lui arrive, mais… Mais il a compris la leçon depuis le Veau d’or et là, simplement, il prend sur lui, il subit. Grandeur d’âme d’Aaron qui, pour l’instant, n’avait pas jusque-là brillé.

Mais donc il y a Éléazar et Itamar, ces deux autres fils qui devaient manger un sacrifice et qui ne l’ont pas mangé. Il y a Moïse qui revient à nouveau pour faire la mouche du coche, pour dire : « Mais ce n’est pas du tout ce qu’on avait prévu. Maintenant, il y a le feu de Dieu qui va sortir pour vous manger, vous aussi. » Et Aaron qui répond à Moïse : « Voici qu’en ce jour, ils ont présenté leur sacrifice pour la faute et leur holocauste devant le Seigneur. Mais après ce qui m’est arrivé » — il vient de perdre deux enfants — « le Seigneur approuverait-il que je mange d’un sacrifice pour la faute en un tel jour ? »

Et ça, grandeur d’âme d’Aaron, qui montre qu’il a une connaissance de la loi au moins aussi égale maintenant à celle de Moïse, qu’il est un interprète qualifié de la loi et des prescriptions, et en plus qui arrive à mettre de l’humanité là où il n’y en avait pas beaucoup. La charité a son droit de regard aussi.

Quand les gens sont tristes, eh ben ouais, dans la liturgie, tout n’est peut-être pas ok comme dans toutes les rubriques c’est prévu. Vous savez, c’est comme dans les messes. Les messes, parfois, c’est pas exactement ce qui est prévu dans le missel. Mais en face de vous, vous avez parfois des gens qui sont ou bien tellement dans la joie, ou bien surtout tellement dans la tristesse, que vous vous dites : « Je peux pas appliquer bêtement le rituel, ça va faire de la casse. » Eh ben, le premier grand prêtre l’avait compris.

Avec notamment ce qui a été dit au verset 8. Je suis sûr que ça, personne n’a fait attention. Mais c’est marqué : « Le Seigneur parla à Aaron et dit : “Quand vous devez entrer dans la tente de la rencontre, toi et tes fils avec toi…” » Le Seigneur parla à Aaron. C’est la première fois que Dieu a parlé directement à Aaron. Sauf qu’il l’a payé par la mort de deux de ses fils.

Alors revenons un peu sur cette mort. Nadab et Abihou, les deux fils d’Aaron, ont apporté un feu. Alors, c’est quoi le problème ? On nous dit que c’est un feu profane. En anglais, la traduction est encore plus étonnante : a strange fire. Un feu étrange, un feu étranger, un feu profane, qu’ils apportent devant le Seigneur, sans qu’il le leur ait ordonné. De leur initiative propre.

Ce par quoi ils ont péché, c’est par excès de zèle. C’est parce qu’ils ont pris la confiance qu’ils ont été tués. Vous allez me dire : « C’est un peu vache quand même. » On comprend que, comme c’était la fête, on a voulu marquer le coup en rajoutant un petit peu parce que ça déborde du cœur et qu’on voulait marquer l’allégresse. C’était un grand jour pour le peuple. Pas rien. Dieu qui montre sa gloire, le premier prêtre, les premiers sacrifices agréés.

Eh bien en fait, ce que Dieu vous dit, c’est : « Mais vous n’avez rien compris. Vous croyez que toutes les règles que je vous ai données avant pour vous dire précisément comment il fallait faire, c’était pour rire ? Que c’était juste comme ça, moi qui les ai sorties de mon chapeau en vous donnant des recettes à suivre ou à ne pas suivre ? Vous croyez que tout ce que je vous ai dit sur le saint, le profane, le pur et l’impur, c’était comme ça ? »

Nadab et Abihou, en fait, ils n’avaient pas pris ça au sérieux. Pour eux, c’était un jeu. Eh ben, la liturgie, vous dit Dieu, c’est pas un jeu. Dieu, c’est quelque chose de dangereux. C’est une flamme ardente d’une sainteté telle que si jamais on ne s’en approche pas dans les règles de l’art, eh ben on va finir dévoré par elle.

Et puis, il faut aussi protéger Dieu des hommes, parce que comme les hommes font n’importe quoi, qu’ils manipulent et qu’ils pervertissent la religion — vous savez, parfois les gens refusent de croire en Dieu parce que les prêtres font n’importe quoi — donc il faut bien marquer les distances entre Dieu d’un côté et les hommes de l’autre, pour des questions de sainteté : protéger les hommes qui ne sont pas capables de recevoir une telle sainteté, et protéger la sainteté de Dieu pour pas qu’elle soit compromise par notre impureté.

Ce n’est pas un jeu. Il y a des gens qui croient ou qui ne croient pas à cause de ça. Il y a des gens qui acceptent d’imiter Jésus ou pas en fonction de notre manière de gérer la religion. Donc Dieu dit : prenez les choses au sérieux.

Alors, vous allez me dire : « Je comprends pas, parce que c’était pas… Enfin, il voulait montrer la générosité, il voulait dire merci à Dieu, c’est pas méchant. » Mais Dieu, il vient de vous donner pendant les quatre premiers chapitres comment faire si jamais vous voulez dire merci à Dieu de manière libre et spontanée. Vous croyez quoi ? Que c’était pour rigoler ? C’était pour les petits cochons ?

Et allons même plus loin. La question, c’est : si jamais vous voulez dire à Dieu merci et que vous avez un excès de zèle que vous voulez mettre au service de Dieu, où est-ce que vous le mettez ? Eh ben, c’est dans l’obéissance que là, vous pouvez mettre votre excès de zèle.

Souvenez-vous, la tente de la rencontre. Qu’est-ce qu’il y a dans le Saint des Saints ? Qu’est-ce qu’il y a au centre du culte d’Israël ? Ce qu’il y a au centre de tout ça, c’est l’Arche de l’Alliance, et à l’intérieur de l’Arche de l’Alliance, vous avez les dix commandements. Tout le reste, c’est un moyen de s’approcher de ces dix commandements, et c’est là l’excès de zèle.

Donc Nadab et Abihou, eh ben, ils ont fait un double court-circuit. Premier court-circuit : en mettant un excès de zèle là où il ne fallait pas le mettre. Et deuxième court-circuit : en oubliant que ce qu’il y a au cœur de la religion, c’est d’obéir à Dieu, et que Dieu n’avait pas ordonné ce feu. Eh ben, qu’est-ce qui se passe si jamais vous mettez vos doigts dans une prise électrique et que vous faites un court-circuit ? Eh ben, vous vous faites électrocuter. Et à qui la faute dans ce cas-là ? À vous ou au courant électrique ?

Et en fait, vous voyez, ce passage-là, il est d’une importance cruciale et demain, je vous le prouverai.

Prière

Au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit. Amen.

Dieu, toi qui as dit dans le temple de Jérusalem : « Le zèle pour ta maison m’a dévoré », permets-nous, Seigneur, d’être remplis de zèle et d’un zèle qui te soit agréable. Nous te le demandons par Jésus le Christ, notre Seigneur et notre Dieu, qui vis et règnes avec toi, Père, dans l’unité du Saint-Esprit, Dieu, maintenant et pour les siècles des siècles. Amen.


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